Hiérarchies, inégalités et conflits à la lumière de la classe sociale
Hierarchies, Inequalities and Conflicts Through the Lens of Social Class
Publié le lundi 04 mai 2026
Résumé
This conference aims to bring into focus the contribution of the concept of social class to the study of various hierarchies, inequalities and conflicts. We are seeking theoretical contributions and studies on past and present phenomena and situations that use the social class as a central concept, highlighting its capacity to renew or enrich analytical perspectives (see the full CFP attached).
Annonce
14 – 16 octobre 2026, Département d’histoire, Université de Montréal Centre d’étude en pensée politique (CEPP), UQAM
Organisateurs
- Marie-Josée Lavallée, Département d’histoire, Université de Montréal
- Omer Moussaly, Faculté de science politique et de droit, UQAM
Argumentaire
La classe sociale a longtemps été un outil d’analyse privilégié, voire, dominant, en sciences sociales. Ce concept met en exergue le fondement économique d’une diversité de hiérarchies, de formes d’inégalités, de domination et d’oppression, puis de conflits sociaux et/ou politiques à l’échelle locale, nationale et internationale. Tandis que le cadre d’interprétation marxiste connaissait un recul, dès les années 1970, le concept de classe sociale se voyait aussi de plus en plus relégué à l’arrière-plan et ce, bien qu’il n’ait pas seulement attiré l’attention de Marx. L’émergence et l’affirmation des tournants culturel et linguistique, issus du postmodernisme, puis des approches féministes et postcoloniales, en dépit de leurs contributions à la compréhension et à l’analyse de certaines hiérarchies, inégalités, oppressions et conflits, a contribué à parachever cette tendance. Ainsi, Vivek Chibber note qu’en favorisant le scepticisme face aux approches structurelles et aux explications systémiques, en mettant l’accent sur le particulier ou l’identité, au détriment du général, et sur la contingence en lieu et place des structures, ces courants ont pu obscurcir les continuités, les régularités et les traits communs de la multitude des expériences et des perspectives (Chibber 2022 : 8-9). Si l’intersectionnalité reconnaît l’importance de combiner plusieurs perspectives pour saisir les différentes asymétries et formes de domination, elle peut conduire à individualiser les situations en les rendant incommensurables. Un débat intellectuel rigoureux sur la possibilité d’harmoniser l’approche de classe marxiste avec celle de l’intersectionnalité est d’ailleurs en cours (Kergoat 2009 ; Arruzza 2015 ; Foley 2020). Le concept de classe sociale souligne le fondement commun, économique, de formes variées d’inégalités et d’oppressions et, par conséquent, les racines économiques de différents conflits. À l’heure où le constat que le capitalisme traverse une crise profonde est devenu consensuel, même banal, et où les conditions de vie des populations à travers le monde se détériorent continuellement, par-delà les particularismes nationaux, régionaux, ethniques, culturels et identitaires, le soubassement commun aux différents contextes, la composante économique, redevient de plus en plus visible. La recherche récente a amorcé un travail de réintégration de l’économique comme catégorie d’analyse pour suppléer les angles politique et culturel et surmonter l’individualisation des situations (Carrier 2015 : 37). Le concept de classe sociale est redevenu courant dans le discours populaire, mais sa réintégration dans les milieux académiques est plus lente et inégale.
Bien que couramment associée à Marx et à ses épigones, la classe sociale a eu d’autres théoriciens classiques, soit Max Weber et Émile Durkheim au 19e siècle et, plus tard, Pierre Bourdieu. En dépit de leurs différences, ils s’accordent sur le constat que les sociétés sont organisées sur une base inégalitaire, verticale, certains groupes et individus concentrant davantage de pouvoir, de revenus et de richesse. Ces auteurs estiment que ces asymétries, enracinées dans les relations économiques entre les acteurs, se répercutent sur les autres processus sociaux (Manza : 2025). Pour Marx, l’appartenance de classe dépend de la position d’un individu dans les relations sociales de production, à l’instar de l’ensemble des rapports sociaux, qui se déroulent sous le signe de la lutte des classes. Chez Max Weber, la circulation prédomine sur la production dans la détermination des classes sociales, façonnées par le pouvoir des individus sur le marché et par la propriété. Il reconnaît, comme Marx, que la position de classe d’un individu a un impact crucial sur les autres sphères de son existence. Le statut (Stand) est un autre concept central chez Weber qui, déterminant les opportunités, ne se confond pas avec la classe sociale (Carrier 2015 : 29-30, 35). Cependant, si le statut a souvent été approprié séparément de la classe et même, en opposition à celle-ci, les hiérarchies qu’ils produisent respectivement peuvent s’articuler l’une à l’autre (Roueff 2024 : 377). Quant à la position d’Émile Durkheim, bien que, comme celle de Weber, elle se veut une réplique à Marx, ce sont les relations économiques et la production, plus spécifiquement, la division du travail, qui sont au coeur de son analyse de la société. Là où Durkheim conteste Marx, c’est en faisant de la différenciation des tâches dans la hiérarchie des occupations le trait distinctif des sociétés capitalistes, en lieu et place de l’homogénéisation chez Marx (Manza 2025). L’approche de Pierre Bourdieu, intersectionnelle avant la lettre, s’appuie sur la reconnaissance wébérienne d’une pluralité de hiérarchies et de la distinction entre le pouvoir matériel et symbolique pour renouveler le concept de classe sociale. Décrire la classe, pour Bourdieu, exige une perspective multidimensionnelle, car elle est le produit d’une constellation de variables (comme l’âge, le genre, le niveau d’éducation et la profession), dont les relations déterminent la position sociale (Roueff 2024 : 377-379). Conformément à la distinction wébérienne entre le symbolique et le matériel, Bourdieu distingue différents types de capital, économique, informationnel et social. Il souligne la manifestation des inégalités de classe à travers des différences en matière de savoir, de goût et de consommation, tandis que son concept d’habitus reconnaît l’impact de la situation de classe sur le mode de pensée et le comportement (Manza 2025). Tandis que Bourdieu étayait ses idées et que le concept de classe amorçait son recul, il a été récupéré de manière féconde pour analyser le colonialisme, la condition postcoloniale et les inégalités mondiales par des auteurs phares comme Immanuel Wallerstein et Samir Amin.
Plusieurs études récentes retournent aux versions marxistes du concept de classe pour aborder des problématiques liées à l’environnement (Huber 2022), au genre ou à la race (Roediger 2017). Cependant, d’autres auteurs se tournent vers les théorisations de Bourdieu (Hugrée, Penissat et Spire 2020), de Weber (Breen 2005 ; Moen 2025) ou même de Durkheim (Grusky et Galescu, 2005). Quant aux idées d’Immanuel Wallerstein, elles ont suscité un regain d’intérêt dans les deux dernières décennies (Dufoix et Hugot 2021) et le concept de classe commence à être reconsidéré dans le domaine des études postcoloniales (Pradella 2016). Ainsi, il est lentement réintégré, mais ses apports spécifiques par rapport à d’autres cadres interprétatifs restent à démontrer. Ce colloque se propose de contribuer à cette tâche. Si les retours au concept de classe s’observent plus souvent chez les sociologues, le concept de classe peut contribuer à ouvrir de nouvelles perspectives en histoire, en science politique, dans les autres sciences sociales et dans les études sur le genre et les études postcoloniales. Renouer avec des approches structuralistes, économiques, ouvre de nouvelles avenues pour analyser les sources et rouages des différentes hiérarchies et inégalités et de conflits sociaux et/ou politiques à l’échelle locale, nationale et internationale, dans le passé et le présent, et peut contribuer au développement de solutions fécondes pour des enjeux et des mouvements sociaux contemporains.
Nous sollicitons des communications mobilisant le concept de classe pour éclairer des phénomènes et situations du passé et du présent et des contributions théoriques mettant en évidence sa capacité à renouveler les perspectives sur les thèmes suivants (d’autres sujets pourraient être acceptés) :
- Condition féminine / féminisme et classe sociale
- Conflits ethniques et classe sociale
- Conflits religieux et classe sociale
- Violence(s) et classe sociale
- Racisme et classe sociale
- Nationalismes et classe sociale
- Impérialisme et classe sociale
- Guerre et classe sociale
- Polarisation politique ou politique et classe sociale
- Colonialisme/ postcolonialisme et classe sociale
- Marginalisations et classe sociale
Soumissions
Les soumissions de 500 à 700 mots doivent être envoyées au plus tard le 6 juin 2026 à classconceptconference@gmail.com. Les communications doivent être présentées en français ou en anglais. Dans votre proposition, veuillez préciser votre affiliation institutionnelle et votre statut (enseignant, chercheur, doctorant, postdoctorant).
Les organisateurs réserveront quelques places pour des doctorants. Les avis d’acceptation ou de refus seront communiqués dans la semaine du 21 juin. Les frais de colloque seront d’environ 200$ CAD. Le montant exact sera confirmé au plus tard au mois d’août 2026.
Veuillez noter que ce colloque se tient entièrement en présentiel : les communications en ligne ne seront pas acceptées.
Site web du colloque : https://conferenceclassconceptmtl2026.com/.
Références
Arruzza, Cinzia. « Les féminismes marxistes aujourd’hui ». Contretemps, February 23, 2015, https://www.contretemps.eu/feminismes-marxistes-aujourdhui/
Breen, Richard. “Foundations of a Neo-Weberian Class Analysis.” In Approaches to Class Analysis, edited by Erik Olin Wright, 31-50. Cambridge: Cambridge University Press, 2005.
Carrier, James G. “The Concept of Class.” In Anthropologies of Class Power, Practice, and Inequality, edited by James G. Carrier and Don Kalb, 28-40. Cambridge: Cambridge University Press, 2015.
Chibber, Vivek. The Class Matrix. Social Theory After the Cultural Turn. Cambridge (Mass.) – London: Harvard University Press, 2022.
Dufoix, Stéphane and Yves-David Hugot. « Le système-monde Wallerstein ». Socio – La nouvelle revue des sciences sociales 15 (2021) : 9-19. https://doi.org/10.4000/socio.10854.
Foley, Barbara « Intersectionnalité : une critique marxiste ». Réseau Bastille / Marx 21 (2020), https://www.reseau-bastille.info/intersectionnalite-critique-marxiste.
Grusky, David et Gabriela Galescu. “Foundations of a Neo-Durkheimian Class Analysis.” In Approaches to Class Analysis, edited by Erik Olin Wright, 51-81. Cambridge: Cambridge University Press, 2005.
Huber, Matthew T. Climate Change as Class War. Building Socialism on a Warming Planet. London: Verso, 2022.
Hugrée, Cédric, Étienne Penissat, Alexis Spire and Johs. Hjellbrekke, eds. Class Boundaries in Europe. The Bourdeusian Approach in Perspective. London – New York, 2022.
Kergoat, Danièle. « Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux ». Les Cahiers du CEDREF 17 (2009), https://journals.openedition.org/cedref/706.
Manza, Jeff. “Class.” Oxford Bibliographies, 2025, https://www.oxfordbibliographies.com/display/document/obo-9780199756384/obo-9780199756384-0067.xml#firstMatch.
Moen, Atle. “Weber on Class, Status-Groups and Politics; Historical Context and Contemporary Relevance,” SN Social Sciences (2025), doi.org/10.1007/s43545-025-01183-w.
Pradella, Lucia. “Postcolonial Theory and the Making of the World Working-Class.” Critical Sociology 43, 4-5 (2017): 573-586.
Roediger, David. Class, Race, and Marxism. London – New York: Verso, 2017.
Roueff, Olivier. “Social Class.” In Global Handbook of Inequality, edited by Surinder S. Jodhka et Boike Rehbein, 363-386. Springer: Cham, 2024.
Catégories
- Sociologie (Catégorie principale)
- Sociétés > Ethnologie, anthropologie > Anthropologie sociale
- Sociétés > Histoire > Histoire économique
- Sociétés > Économie > Économie politique
- Sociétés > Études du politique > Mouvements politiques et sociaux
- Sociétés > Études du politique > Sociologie politique
- Sociétés > Histoire > Histoire sociale
- Sociétés > Sociologie > Sociologie économique
Lieux
- Université de Montréal en association avec le CEPP, Université du Québec à Montréal - 2900, boul. Édouard-Montpetit, Montréal (Québec)
Montréal, Canada (H3T 1J4)
Format de l'événement
Événement uniquement sur site
Dates
- samedi 06 juin 2026
Mots-clés
- social class, inequality, hierarchy, conflict, analytical framework, classe sociale, inégalité, hiérarchie, conflit, cadre analytique
Contacts
- Omer Moussaly
courriel : classconceptconference [at] gmail [dot] com - Marie-Josée Lavallée
courriel : classconceptconference [at] gmail [dot] com
URLS de référence
Source de l'information
- Omer Moussaly
courriel : classconceptconference [at] gmail [dot] com
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons CC0 1.0 Universel.
Pour citer cette annonce
« Hiérarchies, inégalités et conflits à la lumière de la classe sociale », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 04 mai 2026, https://doi.org/10.58079/165za

