Perceptions du temps à l’ère de la planétarisation. La temporalité dynamique de l’expérience planétaire
« Esprit critique. Revue internationale de sociologie et sciences sociales », Vol. 35.2
Published on Tuesday, June 02, 2026
Abstract
L’objectif de cet appel pour la revue Esprit critique est d’examiner la manière dont les perceptions du temps se constituent socialement, orientent les conduites et les relations à autrui. Les contributions attendues peuvent relever d’approches théoriques, épistémologiques, méthodologiques ou empiriques. Elles pourront explorer l’un ou plusieurs axes proposés, sans toutefois s’y limiter : perceptions du temps en contexte de crise ; perceptions du temps dans les rapports à autrui ; environnements numériques et la perception du temps dans la formation des conduites sociales.
Announcement
Argumentaire
Si tout est en mouvement et si tout change, l’une des transformations majeures des dernières décennies, à l’intersection de la planétarisation et de la puissance technologique, se situe dans la perception du temps. Cette transformation contribue à accélérer les rythmes de la vie quotidienne (urgence, réactivité, immédiateté) ou, a contrario, à faire émerger des styles de vie cherchant à ralentir (slow living, slow cities). Qu’il s’agisse d’accélération ou de ralentissement du temps, ces perceptions reconfigurent les manières de penser, d’agir, d’entrer en relation et d’habiter le monde.
Cette transformation s’observe dans l’ajustement des conduites sociales à cette nouvelle donnée temporelle. Un déplacement noétique s’opère, c’est-à-dire une reconfiguration des cadres de pensée, des catégories de perception et d’interprétation du réel. Parallèlement, une forme d’épi-objectivité s’impose, orientant les visions du monde, les manières de juger le prioritaire, l’urgent ou le tolérable.
Cette expérience temporelle met en tension le général et le particulier. Les perceptions de la temporalité se recomposent dans une pluralité de domaines de la vie sociale : rapports aux institutions (délais, procédures), organisation du travail (injonctions à la réactivité, évaluations), sociabilités et vie familiale (temps pour soi, temps pour les autres, conciliation), trajectoires et âges sociaux (transitions de vie, rapports au corps), santé (parcours de soins), mobilités (temps de transport, accessibilité), consommation (livraison immédiate), participation à la vie collective (engagement, disponibilité). Autrement dit, les perceptions du temps fonctionnent comme des repères pratiques et normatifs : du trop vite au trop lent, du délai acceptable à l’attente intolérable. Dans ces conditions, réfléchir à la formation des conduites sociales sans tenir compte de la dimension temporelle n’est plus tenable.
Cet appel examine la manière dont les perceptions du temps se constituent socialement, orientent les conduites et les relations à autrui. L’objectif consiste à identifier les conditions de formation de ces perceptions, leurs mécanismes et leurs effets, dans un moment historique marqué par la coexistence du temps lent et de l’accélération, le rôle des technologies dans la formation des conduites sociales, la tension entre repli sur soi et projection vers un devenir, et par un déplacement noétique qui conduit les acteurs sociaux à se déplacer comme s’ils pouvaient dominer la réduction de l’espace et gagner du temps.
Dans sa lecture de la société, Cornelius Castoriadis avait déjà mis en avant le rapport au temps, en distinguant celui des institutions (le temps calendaire) et celui de l’acteur social (le temps révolutionnaire du kairos). Ses écrits, en réponses aux préoccupations intellectuelles des années 1970 en France, ont ouvert un espace de réflexion sur le rapport au temps à travers le prisme des enjeux de domination, mais aussi d’émancipation.
Le présent appel s’inscrit dans cette lignée. Il propose d’interroger nos sociétés à travers la grille du temps, car l’émancipation de l’être humain passe par sa maîtrise. Dans nos sociétés contemporaines, cette maîtrise se joue notamment dans l’agencement de temporalités multiples, parfois contradictoires, qui s’imposent aux acteurs et ouvrent, selon les contextes, des marges d’action autant que des contraintes. Les contributions pourront explorer la manière dont la planétarisation renouvelle l’expérience de la temporalité et analyser ses effets ambivalents sur les cadres de pensée et les conduites sociales.
Les contributions attendues peuvent relever d’approches théoriques, épistémologiques, méthodologiques ou empiriques. Elles pourront explorer l’un ou plusieurs axes proposés, sans toutefois s’y limiter :
Axe 1. Perceptions du temps en contexte de crise
Cet axe porte sur les perceptions du temps lorsque des crises (climatiques, sanitaires, économiques, géopolitiques, migratoires) bousculent les repères ordinaires. Ces crises s’accompagnent souvent d’une tension entre « temps court » (réactivité, immédiateté, décisions sous contrainte de délai) et « temps longs » (prévenir, réparer, reconstruire, s’adapter).
Axe 2. Perceptions du temps dans les rapports à autrui
Cet axe porte sur des situations où les perceptions du temps deviennent un enjeu relationnel. Il s’intéresse à la manière dont ces perceptions deviennent des normes pratiques dans l’usage social du temps et dans les rapports entre l’éphémère et le permanent en d’autres termes entre le présent et le devenir.
Axe 3. Les environnements numériques et la perception du temps dans la formation des conduites sociales
Cet axe porte sur la manière dont les environnements numériques reconfigurent les perceptions du temps. Les contributions pourront analyser comment les plateformes et dispositifs numériques (flux continus, formats courts, notifications, gaming, recommandations) produisent des expériences temporelles aux effets ambivalents selon les usages, les contextes et les publics, en redéfinissant les seuils du « trop vite » et du « trop lent ». Celles-ci bousculent nos rapports au temps et nous informent des nouvelles figures du temps.
Modalités de contribution
Les articles sont attendus pour le 31 juillet 2026
Plus d’informations sur la soumission des articles ici.
Contacts : Sylvie Chiousse – sylvie.chiousse@univ-amu.fr
Évaluation
Votre article sera ensuite transmis au responsable du numéro (dans le cas de la réponse à un appel à contribution pour un dossier thématique) et, parallèlement, soumis à l’évaluation de deux membres du Comité scientifique en aveugle. Le comité scientifique de la revue se réserve le droit de soumettre l’évaluation à un chercheur extérieur spécialiste du champ.
Direction du numéro
- Antigone Mouchtouris, professeure émérite en sociologie, Université de Lorraine, Centre de recherche sur les expertises, les arts et les transitions (antigone.mouchtouris@univ-lorraine.fr)
- Kheira Belhadj-ziane, professeure des universités en sociologie, Université de Lorraine, Centre de recherche sur les expertises, les arts et les transitions (kheira.belhadj-ziane@univ-lorraine.fr)
Comité scientifique
- Nacira Abrous – MMSH, Aix-Marseille Université
- Abderrahmane Amsidder – Université Ibn Zohr, Agadir
- Abderrhim Anbi -Université Ibn Zohr, Agadir
- Martine Arino – IRASS
- Souad Aziz – Université Hassan II, Casablanca
- Ahmed Belkadi – Doyen de la faculté des lettres et sciences humaines, Université Ibn Zohr
- Adelhak Bellakhdar – École Normale Supérieure de Meknès, Grafe
- Asmae Benadada – Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fes
- Georges Bertin – CNAM, IFORIS
- Jean-Stéphane Borja -Chercheur associé au Lames
- Céline Bryon-Portet – Université Montpellier 3
- Kamel Chachoua – Aix-Marseille Université, CNRS, IREMAM
- Mohamed Charef – Université Ibn Zohr, Agadir, Ihedate
- Sylvie Chiousse – Aix-Marseille Université, chercheur associée au LISS
- Panagiotis Christias – Université de Chypre
- Yves Couturier – Université de Sherbrooke
- Serge Dufoulon (†) – Université Pierre Mendes-France, Grenoble II
- Zouhir El Bhiri – Faculté des lettres et sciences humaines d’Agadir
- Habiba Hafsaoui – FLSH – Université Ibn Zohr
- Rabah Kechad – École Supérieure de Commerce d’Alger
- Brahim Labari – Université Ibn Zohr, LISS
- Fabienne Le Houérou – CNRS, IREMAM
- Juremir Machado da Silva – Université pontificale catholique de Rio Grande do Sul, Porto Alegre
- Hassan Majdi – Université Ibn Zohr, Agadir, département de sociologie
- Bouchaib Majdoul – FLSH – Université Ibn Zohr
- Anne-Marie Mamontoff – Université Montpellier
- Jean-François Marcotte – Fondateur de la revue Esprit critique, Québec
- Karine Michel – Anthropologue, chercheuse associée à Mesopolhis (UMR 7064)
- Antigone Mouchtouris – Université de Lorraine, laboratoire 2L2S
- Rabah Nabli – Faculté des Lettres et Sciences humaines de Sfax
- Mohamed Nachi – Université de Liège
- Lucien Samir Oulahbib – Université Lyon 3
- Michel Peraldi – CNRS, EHESS
- Yvon Pesqueux – LIRSA, CNAM
- Alain Tarrius – Université de Toulouse, Migrinter
- Philippe Vitale – Aix-Marseille Université, CNRS, LAMES
- Tassadite Yacine – EHESS, Collège de France
Subjects
- Sociology (Main category)
Date(s)
- Friday, July 31, 2026
Keywords
- temporalité, perception, planétarisation, crise, autrui, numérique
Information source
- Kheira Belhadj-ziane
courriel : kheira [dot] belhadj-ziane [at] univ-lorraine [dot] fr
License
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To cite this announcement
« Perceptions du temps à l’ère de la planétarisation. La temporalité dynamique de l’expérience planétaire », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, June 02, 2026, https://doi.org/10.58079/16bdq

