HomeL’empire aux limites. Les constructions du territoire colonial américain (XVIe – XVIIe siècles)
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Abstract

Ce colloque propose de réfléchir aux modalités de construction d’une grammaire des savoirs de la description, de la délimitation et de la transformation des terres et des habitants des espaces américains, tels qu’ils furent investis dans la mise en place de dominations coloniales intégrées à des systèmes impériaux de gouvernement.

Announcement

Argumentaire

Parmi les approches récentes de l’historiographie sur les deux premiers siècles de la colonisation européenne en Amérique, l’étude de la territorialisation du pouvoir recourt de manière croissante à des métaphores maritimes, insulaires, voire extra-terrestres : « thalassocraties », « archipels », « îles d’occupation », « constellations »... Ces images pointent les réalités et les effets du caractère fragmentaire, enclavé et mobile des expériences coloniales européennes outre-Atlantique, du large de la côte occidentale de l’Afrique jusqu’à l’océan Pacifique, en passant par les Caraïbes et le double continent américain. L’un des avantages de ce champ lexical est de nous inciter à dépasser les clivages nationaux ayant dominé l’écriture de l’histoire sur les premières colonisations européennes dans l’espace atlantique, à l’instar de l’opposition, plus affirmée que démontrée, entre une domination terrestre espagnole et un réseau portugais flexible de comptoirs et de routes commerciales.

En effet, si les études impériales et atlantiques de la première modernité ont été bouleversées, depuis une trentaine d’années, par la prise en compte des empires ibériques comme foyers de transformations savantes et institutionnelles employées dans les paramètres de l’» invention » d’un Nouveau Monde outre-Atlantique, le polycentrisme de leur système de gouvernement et la discontinuité de leur projection sur l’espace américain invitent à reconsidérer les termes d’une problématique classique de l’histoire coloniale nord-américaine : l’idée du recul progressif du front pionnier comme dynamique constitutive d’une civilisation.

À partir de ces prémices et à rebours des distinctions posées a priori entre centres et périphéries, ou entre normes et pratiques, nous souhaitons réfléchir aux modalités de construction d’une grammaire des savoirs de la description, de la délimitation et de la transformation des terres et des habitants des espaces américains, tels qu’ils furent investis dans la mise en place de dominations coloniales intégrées à des systèmes impériaux de gouvernement.

Cette proposition s’inscrit dans un chantier d’études ancien sur les liens entre sciences, savoirs et empires aux débuts des temps modernes. Toutefois, le foisonnement des perspectives actuelles façonne de nouveaux objets, de nouvelles problématiques et de nouvelles grilles de lecture des sources, à l’instar de la prise en compte de la pluralité des langues, des traductions et des supports matériels d’information dans la fabrique des archives impériales, ou de l’étude des constructions sociales, culturelles et juridiques de l’environnement employées dans la répartition de droits d’usage des ressources de la terre. La diversité des historiographies convoquées et des horizons tracés par ces travaux appelle à un nouvel état des lieux sur les relations entre pratiques de gouvernement et connaissances de l’espace habité dans les premières situations coloniales euro-américaines.

Les discussions pourront s’organiser autour de quatre axes principaux de réflexion, au sein desquels les communications des participant·e·s seront mises en relation :

Qu’est-ce qu’un espace limitrophe ?

On interrogera les définitions de la frontière en tant que lieu vécu et traversé, et en tant qu’observatoire d’interactions à échelles variables entre les différentes composantes des sociétés coloniales américaines. Il pourra également s’agir de questionner les liens construits entre la frontière et le paysage, en retraçant leur emploi dans la fabrique de catégories descriptives ou classificatoires de l’espace américain.

Connaître la frontière

On cherchera à mettre en évidence la pluralité des acteurs sociaux investis dans la production ou la communication de savoirs sur les frontières coloniales américaines, en s’intéressant aux relations, aux distinctions et aux hiérarchies opérées par ces acteurs entre différents modes d’acquisition d’information (observation, témoignage, expérience…) et domaines de connaissance (cosmographie, géographie, histoire naturelle, botanique, agronomie, médecine, droit, théologie...).

Mettre en œuvre la délimitation

Un autre axe de réflexion visera à mettre en lumière les modalités d’appropriation et de reformulation des connaissances sur la nature, le naturel ou la coutume employées dans les pratiques d’expansion territoriale ou d’encadrement politique et juridictionnel des habitants des colonies américaines, ainsi que de transformation de leurs espaces de vie. On cherchera à reconstituer la praxis de la délimitation selon la configuration des rapports de pouvoirs qui découlent des situations de conquête, de diplomatie ou de colonisation.

Objets, images et collections dans la fabrique d’identités territoriales

Comment des objets échangés, classés, comparés, inventoriés, conservés ou exposés participent-ils à distinguer et à délimiter des régions ? En continuant à faire varier les échelles d’observation et en s’intéressant de plus près aux dynamiques de production de savoirs sur les confins impériaux dans des pôles d’acquisition d’information tels que les villes portuaires, les capitales politiques ou les cours princières, on questionnera le rôle des collections d’objets, de cartes, de manuscrits ou d’imprimés dans la fixation de représentations sélectives et différenciées des terres et des populations américaines.

Modalités de soumission

Les propositions sont à soumettre à l’une des adresses suivantes : elisa.ceron@ehess.fr ; seyni.gueye@u-pec.fr ; julio.vera@ehess.fr,

avant le 20 juillet 2026.

Elles doivent être composées d’un titre provisoire, d’un résumé de la communication d’une demi-page environ ainsi que d’un CV résumé du profil et des publications de trois pages maximum.

Public visé

L’appel est ouvert à tous·tes les chercheur·e·s et doctorant·e·s en sciences humaines et sociales travaillant sur l’ensemble des espaces américains ou impériaux dans leurs relations aux Amériques.

Le cadre chronologique reste flexible pour prendre en compte, selon les espaces considérés, les phases d’émergence des situations coloniales.

Langues de communication

Les langues de communication sont le français, l’anglais, l’espagnol et le portugais. Pour faciliter la compréhension multilingue, nous recommandons que le support de présentation soit rédigé dans une langue différente de celle de la communication orale.

Informations pratiques

Le colloque aura lieu les 10 et 11 décembre 2026 à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales sur le Campus Condorcet d’Aubervilliers (93300).

Une participation en visio-conférence est prévue pour les personnes résidant en dehors de l’Europe.

Pour les autres participants, les frais de transport pour se rendre à Paris pourront être pris en charge dans les limites de notre budget.

Comité d’organisation

  • Elisa CERON (EHESS/CRBC-Mondes Américains, Paris)
  • Seyni Alice GUEYE (UPEC/CRHEC, Créteil)
  • Julio VERA (EHESS- PUC Chile/CAK, Paris, Santiago)

Comité scientifique

  • Benjamin BALLOY (CNRS/FRAMESPA, Toulouse)
  • José PARDO-TOMÁS (IMF/CSIC, Barcelone)
  • François REGOURD (Université Paris Nanterre/ESNA, Nanterre)
  • Antonella ROMANO (EHESS/CAK, Paris)
  • Maria Laura SALINAS (CONICET, Buenos Aires)
  • Alejandra VEGA (Universidad de Chile, Santiago)
  • Carlos ZERON (FFLCH-USP, São Paulo)

Places

  • Campus Condorcet
    Aubervilliers, France (93)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Keywords

  • frontières coloniales, savoirs impériaux

Contact(s)

  • Elisa Ceron
    courriel : elisa [dot] ceron [at] ehess [dot] fr
  • Seyni Alice Gueye
    courriel : seyni [dot] gueye [at] u-pec [dot] fr
  • Julio Vera
    courriel : julio [dot] vera [at] ehess [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« L’empire aux limites. Les constructions du territoire colonial américain (XVIe – XVIIe siècles) », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 08, 2026, https://doi.org/10.58079/16cp7

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