Abstract
Les fascismes de l’entre-deux-guerres reposaient sur une vision profondément masculiniste de la société. Malgré des variations nationales, l’extrême droite considérait alors les femmes comme subordonnées aux hommes. Aujourd’hui, cette posture coexiste avec une acceptation partielle de certaines conquêtes féminines et avec la présence de femmes à la tête de partis d’extrême droite, comme Marine Le Pen, Giorgia Meloni ou Alice Weidel. Parallèlement, un discours qualifié de « fémonationalisme » mobilise la défense des droits des femmes pour stigmatiser certaines populations, tout en maintenant des positions conservatrices sur les rapports de genre.
Announcement
Organisation
LIR3S UR 7366 – Université Bourgogne Europe Contact/lien visio : lir3s.logistique@ube.fr
Participation
Entrée libre, sans inscription
Présentation
Les expressions du fascisme historique de l’entre-deux-guerres sont clairement masculinistes. Dans l’Allemagne hitlérienne, les femmes se résument au triptyque des « 3 K » (Kinder, Küche, Kirche pour « Enfants, Cuisine, Église »). Au point d’avoir le plus grand mal à pouvoir citer le nom d’une seule femme parmi les dirigeants politiques du national-socialisme (cf. Liliane Kandel, Rita Thalmann, Claudia Koonz), et quand bien même des femmes ont évidemment contribué à la reproduction de l’édifice du pouvoir nazi, comme par exemple la réalisatrice de films de propagande Leni Riefenstahl. Il en va de même dans le fascisme mussolinien, dont le corps musculeux du Duce est présenté comme la représentation idéale du fascisme en action (on fait allusion ici à une photo représentant Mussolini lors d’une campagne de récolte de blé en 1938). En France, le gouvernement de Vichy, dont la politique a été brillamment analysée par Francine Muel-Dreyfus, inscrit la femme dans un ordre symbolique immuable, à l’instar de la terre. La conception portée par Pétain et consorts a consisté à développer une vision mythique de l’ordre social qui se fonde sur l’ordre naturel des corps. Quelles que soient les variantes et les configurations nationales, l’extrême-droite de l’entre-deux-guerres ne considère jamais les femmes comme un sujet capable de penser et d’agir par lui-même. « La femme », vue comme un être subalterne, est destinée aux tâches domestiques et précédée (dominée) par les hommes.
Ce discours a longtemps été unanime dans l’extrême-droite française (Dumons, 2006 ; Bugnon, Cleret et alii, 2024 ; Cleret, 2025) ou européenne. Suprématie de l’homme, mépris de la liberté des femmes et de leur droit à disposer de leur corps (s’illustrant notamment par le combat contre la liberté de l’avortement), opposition aux mouvements féministes, l’extrême-droite s’est construite en exacerbant la virilité. Mais si cette configuration frontalement antiféministe a récemment gagné en visibilité avec les mouvements masculinistes, ou l’antenne quotidienne accordée à l’intégrisme catholique dans les médias d’extrême-droite, elle coexiste aujourd’hui avec des formes plus complexes d’instrumentalisation, d’articulation, et parfois d’acceptation d’une partie des conquêtes sociales du mouvement des femmes (non revendiquée et vécue sur le mode de l’évidence, comme pour l’accès des femmes au salariat par exemple).
Plusieurs indices dans les évolutions récentes suggèrent des déplacements qu’il nous semble important d’analyser. Le premier, le plus visible, est la place des femmes dans la direction des partis d’extrême-droite : Marine Le Pen, dirigeante du Rassemblement National (RN) et europarlementaire en France, Giorgia Meloni, cheffe de gouvernement en Italie, Alice Weidel, figure de proue de l’Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne, constituent autant de figures connues de dirigeantes de courants d’extrême-droite à travers l’Union européenne. Pour ce qui concerne la France, Marion Maréchal Le Pen ou Sarah Knafo, eurodéputées également, complètent cette galerie de portraits de femmes dirigeantes.
Au-delà des figures de proue, un discours nouveau apparaît, se réclamant de la défense des droits des femmes et plus rarement du féminisme. Cette nouvelle configuration a été qualifiée de « fémonationalisme » par Magali Della Sudda (voir également Charlène Calderaro), pour désigner notamment l’instrumentalisation du discours féministe sur les violences de genre à des fins de stigmatisation des populations racisées et des pays musulmans — généralement en minimisant les violences des agresseurs blancs et en maintenant des positions inégalitaires et différentialistes sur la question des rôles familiaux ou du droit à disposer de son corps.
Programme
- 8h45 : Accueil des participant·es
- 9h15 - 10h15 : Conférence introductive Charlène Calderaro – Genre et extrême-droite : vers un renouvellement transnational des mobilisations féminines ?
10h15 - 10h30 : Pause
10h30 -12h : Mobilisations discursives de la violence par les femmes d’extrême-droite
- Delphine Dupré – Égéries, combattantes et protectrices : les représentations de la violence chez les femmes de droite
- Maud Diego – Vocation patriotique et virilité féminine : représentations et rôles des femmes dans les discours et les stratégies de la nouvelle extrême-droite espagnole de Vox
12h-13h30 : Pause déjeuner
13h30 - 15h : Division du travail militant et rôles de genre dans les mouvements d’extrême-droite
- Emmanuel Casajus – Tenir la librairie, planquer les armes : nécessaire et invisible, le rôle des femmes dans un groupuscule d’extrême-droite
- Mégane Erbani – De l’engagement dans des rôles de genre au militantisme de droite : une enquête de terrain auprès des militantes de La Manif pour tous
15h-15h15 : Pause
15h15 - 16h45 : Engagements ordinaires et trajectoires politiques
- Elsa Penalba – Je ne suis pas particulièrement féministe, mais… : adhésion, styles de féminité et (anti)féminismes des nouvelles électrices ordinaires du RN
- Estelle Bourgeois – Devenir une femme politique d’extrême-droite : logiques de genre et injonctions contradictoires ?
Comité d’organisation
Lucile Girard, Maud Navarre, Brice Nocenti, Georges Ubbiali.
Bibliographie indicative
Begous Cassandre, Gallot Fanny, « Genre et extrême-droite », p. 103-116, in Palheta Ugo, coord., Extrême-droite, la résistible ascension, Amsterdam, 2025,
Bugnon Fanny, Cleret Camille et alli, Femmes contre le changement. Conservatisme, réaction et extrémisme eu Europe. XVIIIe-XXIe siècle, Rennes, PUR, 2024
Calderaro Charlène, « Quand l’extrême-droite, s’approprie le féminisme », p. 117128 in Paletta Ugo, op.cit.
Cleret Camille, « Des militantes nationalistes et féministes sous la IIIIe République », in Roger-Lacan Baptiste et alii, Nouvelle histoire de l’extrême-droite. France 1780-2025, Paris, Seuil, 2025, pp.109-121
Della Sudda Magali, Les nouvelles femmes de droite, Hors d’atteinte, 2022.
Dumons Bruno, Les Dames de la Ligue des Femmes françaises (1901-1914), Cerf, 2006
Kandel Liliane (dir.) Féminismes et nazisme, Paris, O. Jacob, 2004
Koonz Claudia, « Les femmes, le nazisme et la « banalité du mal », p. 204-214, in Kandel, op. cit.
Muel-Dreyfus Francine, Vichy et l’éternel féminin. Contribution à une sociologie de l’ordre des corps, Seuil, 1996
Thalmann Rita, Être femme sous le IIIe Reich, Laffont, 1981
Places
- Amphithéâtre - MSH Esplanade Erasme
Dijon, France (21)
Event attendance modalities
Hybrid event (on site and online)
Attached files
Keywords
- extrême-droite, électorat féminin, militance féminine, féminisation politique, participation politique des femmes
Contact(s)
- Maud Navarre
courriel : mnavarre [at] laposte [dot] net - Brice Nocenti
courriel : brice [dot] nocenti [at] ube [dot] fr
Reference Urls
License
This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.
To cite this announcement
« L’extrême-droite au féminin ? Reconfigurations de l'électorat, des pratiques militantes et des représentations des femmes », Study days, Calenda, Published on Wednesday, June 17, 2026, https://doi.org/10.58079/16f9s
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