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Mythographie(s)

La XXe édition du Colloque international d’études francophones de Timişoara

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Abstract

Cette XXe édition du CIEFT entend explorer les formes multiples et interdisciplinaires par lesquelles le mythe continue de structurer, d’interroger et de renouveler le discours littéraire, linguistique, traductologique et anthropologique francophone, de même que les réflexions sur le patrimoine et sa mise en récit.

Announcement

CIEFT XX / 2027 - La XXe édition du Colloque International d’Études Francophones de Timişoara, les 19-20 mars 2027

Argument

Des récits cosmogoniques des sociétés archaïques aux mythologies modernes diffusées par la littérature, les médias, le discours politique et les cultures numériques, le mythe traverse sans cesse les époques et les formes artistiques. Loin d’être simplement associé à un passé glorieux ou à un imaginaire figé, il reste un cadre vivant et dynamique, constituant simultanément une question et une tentative de réponse : il émerge là où la rationalité rencontre le mystère, là où l’expérience humaine dépasse les limites du discours rationnel. Le mythe narre toujours un acte de création (Mircea Eliade, Aspects du mythe 1963) ; il décrit comment quelque chose a commencé à exister. Or, cette vocation fondatrice – dire les origines, nommer le monde, ordonner le chaos – n’a jamais cessé d’habiter la pensée humaine, bien au-delà des civilisations qui l’ont vu naître.

Ce qui fascine encore, c’est précisément sa résistance au temps. Depuis la querelle antique entre le mûthos et le logos, le mythe revient sans cesse, sous des formes toujours nouvelles. La tragédie grecque avait été la gardienne du mythe ; la modernité, en l’étouffant, avait perdu quelque chose d’essentiel. C’est cette perte que la littérature s’est chargée de réparer : ce « tissu nouveau de citations révolues » (Barthes 1968), lieu privilégié de la survie et de la transformation du mythe, en est à la fois l’héritier et le déformateur.

Le mythe conserve son pouvoir de fascination littéraire parce qu’il touche à des questions profondément humaines : l’origine, le destin, la mort, le pouvoir, la filiation, l’amour, la violence. L’émergence du mythe dans les textes s’étend bien au-delà d’une simple fonction décorative (Pierre Brunel, Mythocritique) : il s’y transforme, y rayonne selon une logique d’irradiation qui dépasse souvent les intentions conscientes de l’auteur. Au sein de cette « arborescence mythique » (Monneyron et Thomas, Mythes et littérature 2019), chaque réécriture en est une feuille nouvelle. Le mythe est flexible, car il a la capacité de s’adapter aux exigences de son époque sans jamais perdre cet ensemble de mythèmes qui en garantit la reconnaissance et, d’une certaine façon, la permanence.

Ces réappropriations révèlent quelque chose d’essentiel : le mythe est toujours un terrain d’expérimentation narrative, de réinterprétation symbolique et de construction d’une mémoire à la fois sensible et critique. Héros antiques, figures bibliques, mythes nationaux, légendes populaires, récits fondateurs, imaginaires postcoloniaux ou mythologies numériques – tous témoignent ainsi de la remarquable plasticité du mythe et de sa capacité à irradier, sous des formes souvent inattendues, les discours contemporains.

Cette XXe édition du CIEFT entend explorer les formes multiples et interdisciplinaires par lesquelles le mythe continue de structurer, d’interroger et de renouveler le discours littéraire, linguistique, traductologique et anthropologique francophone, de même que les réflexions sur le patrimoine et sa mise en récit. Sans prétention exhaustive, nous proposons les pistes suivantes :

En littérature

  • Étudier les réécritures contemporaines des mythes antiques, bibliques ou populaires ;
  • Analyser les métamorphoses des figures mythiques dans le roman, la poésie ou le théâtre ;
  • Examiner les mythes de l’origine, de la filiation, de la mémoire et de l’identité dans la littérature contemporaine ;
  • Étudier les transpositions, les reconfigurations et/ou les appropriations du mythe dans les littératures francophones : imaginaires locaux, postcoloniaux, transculturels ;
  • Interroger la permanence des structures mythiques dans la littérature de jeunesse ;
  • Étudier les « vieilles recettes » du mythe dans les bandes dessinées : Superman, Batman, Spiderman ou les X-men ;
  • Analyser les figures héroïques et anti-héroïques dans les récits contemporains ;
  • Interroger la création de mythes littéraires (nouveaux) ;
  • Explorer les mythes urbains, politiques ou médiatiques ;
  • Étudier les mythologies du corps, du genre, de la féminité ou de l’altérité ;
  • Examiner les rapports entre mythe et dystopie, utopie ou science-fiction ;
  • Analyser les procédés de démystification, de parodie ou de subversion du mythe ;
  • Interroger le rôle du mythe dans les écritures de la mémoire traumatique, de l’exil ou de la migration ;
  • Explorer les approches mythocritiques et mythanalytiques dans des analyses appliquées.

En linguistique, deux directions sont à envisager :

  • La langue comme instrument de communication, apte à enregistrer et à transmettre les visions du monde, les croyances et les valeurs culturelles de ses utilisateurs. Cette approche permettra d’investiguer :
    • La manière dont la langue façonne la pensée de son utilisateur et le définit comme individu ;
    • Le « découpage » du monde imposé au locuteur par sa langue maternelle et la façon dont ce découpage peut être modifié par l’apprentissage d’une langue seconde ;
    • Les compartiments lexico-sémantiques qui font de la langue un véhicule des acquis culturels ancestraux : les métaphores lexicales spécifiques, les expressions idiomatiques, les proverbes ;
    • La manière dont la langue codifie les conventions, les règles et les interdits de la société.
  • La langue envisagée comme objet d’étude permettra d’observer :
    • Les réflexions sur la langue, sur son pouvoir et son esthétique, faites par les linguistes, les grammairiens, les écrivains, les hommes politiques au cours du temps ;
    • La conscience de l’appartenance à une communauté linguistique et son exploitation socio-politique ;
    • La défense de la langue contre le changement interne et contre les « menaces » extérieures.

En traductologie

Si le mythe, parole fondatrice et dynamique, possède ses propres mécanismes de transmission textuelle et orale, l’acte de traduire constitue l’un des vecteurs majeurs de sa circulation et de sa métamorphose à travers les âges. Ce passage d’une langue-culture à une autre fait écho au concept de « survie » (Benjamin), où le texte trouve un espace de renouvellement, ainsi qu’à « l’épreuve de l’étranger » (Berman), qui confronte la langue cible à l’altérité des récits d’origines. C’est à la croisée de l’intertextuel et de l’interculturel que s’inscrivent les axes de recherche suivants :

  • La traduction des mythèmes et des culturèmes, traitement des realia mythologiques ;
  • Le traducteur comme « déformateur » et passeur de mythes : le tissu des citations déformées, idéologie et réécriture (ex. christianisation des mythes païens) ;
  • Retraduction et circularité du mythe dans le temps : évolution diachronique des mythes ; résistance textuelle au temps ;
  • Mythologies modernes, transmédialité et cultures numériques : traduction audiovisuelle et nouveaux supports ; mondialisation ; le mythe de la traduction elle-même (déconstruction des grands mythes de la discipline, tels que la fidélité absolue, l’intraduisibilité ou la figure du traducteur de génie isolé).

En patrimoine et pratiques socio-culturelles :

Les mythes agissent souvent comme une force subjacente et dynamique, qui façonne l’identité collective, éclaire la gestion environnementale et influence les récits politiques ou nationaux. Nombreux mythes traditionnels ne sont pas que du folklore, mais des systèmes de connaissances autochtones sophistiqués, qui marquent les lieux (« géomythosites »), utilisés pour la gestion des ressources. Le patrimoine mythologique est souvent instrumentalisé par les Etats et les administrations, pour bâtir un récit identitaire homogénéisé. Par contre, certains créateurs autochtones réinvestissent les mythes dans leurs œuvres pour critiquer le (néo)colonialisme et affirmer la validité de leurs valeurs ancestrales.

Pistes de réflexion proposées :

  • Sur les mythes fondateurs des communautés et des espaces culturels ;
  • Relations entre mythe, mémoire collective et patrimoine immatériel ;
  • Sur les légendes, croyances et traditions orales, les mythes nationaux et les constructions identitaires ;
  • Représentations mythiques des lieux, des villes et des territoires ;
  • Explorer les imaginaires liés au tourisme culturel et aux espaces symboliques ;
  • Examiner les mythes produits par les cultures numériques et médiatiques ;
  • Les formes de survivance et de transmission des mythes dans les pratiques culturelles actuelles ;
  • Dialogue et dynamique des mythes en contextes multi/interculturels ;
  • Mythes, mythomanie, fake news (ou post-vérité) et pouvoir.

Modalités de soumission

Les propositions de communication devront comprendre les éléments suivants :

  • les coordonnées de l’auteur ou des auteurs : nom(s), prénom(s), affiliation ou lieu d’exercice, statut (professeur, chercheur, doctorant, etc.) ;
  • le titre de la communication ;
  • l’objectif de la communication, l’originalité du sujet, la méthode utilisée, les résultats obtenus (350 mots, références bibliographiques non comprises), cinq mots-clés ;
  • une notice biobibliographique de chaque auteur (80-100 mots) indiquant les publications représentatives, les centres d’intérêt, etc.

Les propositions de communication sont à envoyer à l’adresse : ioana.marcu@e-uvt.ro,

avant le 15 février 2027.

L’avis du comité scientifique sera communiqué aux auteurs des propositions le 1er mars 2027.

Présentation orale des communications : le temps prévu pour chaque communication est de 20 minutes, suivies d’une discussion de 10 minutes.

Pour toute question sur le colloque, merci de contacter : claudiu.gherasim@e-uvt.ro

Frais d’inscription au colloque

  • 60 euro (à régler avant le 1er mars 2027) / 70 euro (à régler sur place) /20 euro pour les doctorants

Calendrier

  • Le 15 février 2027 : remise des résumés
  • Le 20 février 2027 : avis du comité scientifique
  • Les 19-20 mars 2027 : dates du colloque

Publication

  • La publication d’une sélection de communications présentées est prévue, après le colloque, dans la revue « Agapes francophones », à paraître au printemps 2028.
  • Les communications seront publiées sous réserve d’acceptation par le comité scientifique.

Comité scientifique

  • Eugenia ARJOCA-IEREMIA, Professeur des universités, Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie
  • Georgiana BADEA, Professeur des universités, Université de l’Ouest de Timişoara
  • Katalin BÓDI, Maître de Conférences HDR, Université de Debrecen, Hongrie
  • Mohamed DAOUD, Professeur des universités HDR, Université d’Oran, Algérie
  • Klaus-Dieter ERTLER, Professeur des universités, Université de Graz, Autriche
  • Katarzyna GADOMSKA, Professeur des universités HDR, Université de Silésie, Pologne
  • Elena GHIŢĂ, Maître de Conférences, Université de l’Ouest de Timişoara
  • Margareta GYURCSIK, Professeur des universités, Université de l’Ouest de Timişoara
  • Kirsten von HAGEN Professeur des universités HDR, Université « Justus-Liebig » de Gießen, Institut des Études Romanes de Gießen, Allemagne
  • Ko IWATSU, Professeur des universités, Université de Kanazawa, Japon
  • Ramona MALITA, Professeur des universités, HDR, Université de l’Ouest de Timişoara
  • Ioana MARCU, Maître-Assistante, Université de l’Ouest de Timişoara
  • Nicolae POPA, Professeur des universités, Université de l’Ouest de Timişoara
  • Trond Kruke SALBERG, Professeur des universités, Université D’Oslo, Norvège
  • Nathalie SOLOMON, Professeur des universités, Université de Perpignan « Via Domitia », France
  • Eugenia TĂNASE, Maître-Assistante, Université de l’Ouest de Timişoara
  • Maria ȚENCHEA, Professeur des universités, Université de l’Ouest de Timişoara
  • Estelle VARIOT, Maître de Conférences, Université Aix-Marseille AMU France

Organisateurs

  • Chaire de Français du Département des Langues Romanes de l’Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie ;
  • Centre d’Études Romanes de Timişoara (CSRT) ;
  • Chaire Senghor à l’Université de l’Ouest de Timișoara

Présidents du colloque

  • Ramona MALITA (Université de l’Ouest de Timişoara)
  • Claudiu GHERASIM (Université de l’Ouest de Timişoara)

Secrétaire du colloque

  • Ioana MARCU (Université de l’Ouest de Timişoara)

Places

  • Université de l'Ouest de Timișoara - Blv. Vasile Pârvan 4, Timișoara 300223
    Timişoara, Romania (300233)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Keywords

  • littérature française, littérature francophone, linguistique, traductologie, traduction, stylistique, sémantique, mythes, mythologie

Reference Urls

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Mythographie(s) », Call for papers, Calenda, Published on Friday, June 19, 2026, https://doi.org/10.58079/16fl6

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