Abstract
La thématique de cette journée d’étude porte sur l’exploration empirique des grandes constructions en pierre sèche (murs et pierriers parementés linéaires, cairns, tours, cabanes) et sur les imaginaires populaires et savants que leur présence devenue souvent énigmatique a suscités depuis plusieurs siècles. Au cours de cette journée sera également inaugurée une exposition documentaire illustrant un projet de recherche sur cette thématique mené dans la région des Pouilles (Italie).
Announcement
Cette rencontre aura lieu à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne, le mercredi 18 novembre 2026.
Les organisateurs
- Vito Avarello (IHRIM/ UMR 5317, Université Jean Monnet Saint-Étienne), maître de conférénces en études italiennes à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne
- Giovanni Stranieri (ARTEHIS/ UMR 6298, Université Bourgogne Europe), chargé d’enseignement en histoire et en archéologie médiévales à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne
Argumentaire
Dans le cadre de son programme de recherche et de formation pluriannuel « Des cailloux sous la langue. Sources matérielles et discours », la Structure Fédérative de Recherche ALLHiS organise une journée d’étude centrée sur l’exploration empirique des grandes constructions en pierre sèche (murs et pierriers parementés linéaires, cairns, tours, cabanes) et sur les imaginaires populaires et savants que leur présence devenue souvent énigmatique a suscités depuis plusieurs siècles. Cette rencontre aura lieu à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne, le mercredi 18 novembre 2026.
L’événement se configure, tout d’abord, comme une nouvelle occasion de restitution et de médiation des premiers résultats d’un programme de recherche et de mise en valeur du bâti rural en pierre sèche de la région des Pouilles (Italie), dirigé par Giovanni Stranieri, chercheur associé au laboratoire ARTEHIS (UMR 6298 – Archéologie, Terre, Histoire et Sociétés) de l’Université Bourgogne Europe.
En novembre 2024, une première rencontre thématique organisée par Mélinda Bizri (ARTEHIS, membre de l’équipe en charge du programme) et Giovanni Stranieri à Dijon avait permis de réunir des archéologues, des architectes, des murailleurs et des ingénieurs travaillant sur le bâti rural en pierre sèche. À présent, c’est à l’Université Jean Monnet – premier partenaire d’ARTEHIS pour ce programme – que nous souhaitons inviter des collègues travaillant sur la fabrique des paysages et la relation homme-milieu, à travers l’étude du bâti rural en pierre sèche, prêts à venir confronter leurs approches et leurs résultats. Il s’agira de mettre en regard l’exploration empirique et factuelle de ces aménagements avec les représentations et les imaginaires spatiaux voire les choix patrimoniaux contemporains qui les concernent.
Partout dans le monde, le bâti en pierre sèche est une composante quantitativement et qualitativement centrale dans les paysages agraires des régions à substrat compact (calcaire, schiste, granite, etc.) et superficiel, où il constitue un immense gisement de données sur les transformations de l’espace agraire, une source inépuisable de récits plus ou moins imaginaires et un patrimoine exceptionnel.
Notamment en archéologie, après avoir été considérées pendant longtemps comme des contextes trop imparfaitement stratifiés, les constructions en pierre sèche sont devenues des objets de recherche à part entière depuis les années 1980, en Angleterre, avec les études pionnières d’Andrew Fleming et Richard Hodges. Les différentes approches technologiques, architecturales, taphonomiques et paysagères ont été ensuite amplifiées grâce aux progrès de la géo- et de la bio-archéologie, d’une part, et à l’essor de l’archéogéographie et de la géomatique, d’autre part. Pour le géoarchéologue, ces constructions sont le résultat et l’archive d’une réorganisation du substrat de la part de l’homme qui remodèle le microrelief, organise la collecte des eaux de pluie – surtout en milieu aride – et influence ainsi la pédogenèse et la création de sols anthropiques. Pour l’historien des divisions du sol, les constructions linéaires sont des marqueurs terminaux qui génèrent des connaissances inédites sur les limites parcellaires et territoriales, les régimes de propriétés, les phases d’emprise et de déprise agricole voire les frontières politiques. Enfin, ces constructions parcourues d’interstices qui captent toute sorte d’artefacts et d’écofacts sont des gisements d’informations sur le peuplement végétal, la mise en valeur agricole, les dynamiques environnementales à l’échelle locale, compensant ainsi au moins partiellement la rareté des sources et la pauvreté du référentiel archéologique, surtout pour certaines périodes.
Si l’exploitation archéologique de ces aménagements n’est plus si rare, les projets qui les mettent au centre de la réflexion le restent bien. Cela nous paraît d’autant plus grave pour les régions et les périodes où les questions exposées ci-dessus restent en grande partie sans réponse, en raison de la pauvreté des corpus documentaires plus classiques. La région des Pouilles en est une, du moins pour les périodes pré- et post-romaine : son cas fera l’objet d’une exposition documentaire qui sera inaugurée au cours de cette rencontre et qui doit être considérée comme une contribution au débat.
En même temps, la présence endémique de ces artefacts ainsi que les dimensions étonnantes de certains d’entre eux ont interrogé les érudits, les voyageurs, les scientifiques et les populations rurales locales depuis des siècles, générant des fausses conjectures et bâtissant parfois de véritables faux passés historiographiques. Aussi, les grandes constructions en pierre sèche sont devenues des « monuments » emblématiques non seulement de nos espaces ruraux mais également de nos imaginaires spatiaux, de nos espaces mentaux, une problématique qui est chère à l’autre organisateur de cette rencontre, Vito Avarello. Tour à tour, la présence de ces imposantes structures a généré des images archétypales tels la muraille infranchissable, les tunnels souterrains qui mènent à quelques villages ou châteaux des alentours, les routes « qui mènent jusqu’à Rome », les trésors cachés et jamais repérés, les alignements présumés signifiants, l’action de personnages à la force surhumaine ou à la nature divine ou diabolique. La curiosité, l’horreur, l’imaginaire historique et paysager collectif ont ainsi rempli le vide dû à l’ignorance des faits historiques, répondant au désir ancestral de récits et aboutissant à la construction d’un corpus de légendes qui en dit long sur les identités spatiales des populations passées et présentes.
Cela relève, nous semble-t-il, d’une lecture géosophique du paysage, dans un rapport intime de l’homme aux lieux qu’il fréquente, qu’il aménage, qu’il exploite et qui construisent une partie de son monde intérieur. La plupart de ces lieux finissent par devenir des espaces liminaux, des seuils entre la matérialité des artefacts et la dimension cognitive, émotionnelle, symbolique du monde.
Enfin, ce vaste corpus de constructions et d’imaginaires pose d’immenses questions patrimoniales. Il constitue un patrimoine technique universel dont on redécouvre de nos jours la soutenabilité écologique et le rôle précieux dans la gestion des sols et de l’eau. Il représente, de l’Irlande à la Dalmatie, des Pouilles au Lubéron, du Yorkshire au Jura, un patrimoine architectural et paysager qui est en grande partie en désérhance et qu’il ne faudrait pas voir disparaître ; il est, enfin, un patrimoine mémoriel et culturel richissime que l’artificialisation de espaces ruraux et le poids croissant d’une représentation urbano-centrée de la ruralité risquent d’oblitérer définitivement.
Cette rencontre doit être une occasion de réflexion à destination de la communauté des chercheurs et des étudiants de deuxième et de troisième cycle. Les mastérants – parmi lesquels se trouvent plusieurs étudiants ayant participé aux chantiers menés dans les Pouilles depuis 2023 – sont directement impliqués dans l’organisation de la journée d’étude et dans la conception et la réalisation de l’exposition.
Modalités de contribution
Les propositions sont à transmettre par courriel aux adresses suivantes :
- giovanni.stranieri@univ-st-etienne.fr
- vito.avarello@univ-st-etienne.fr
Date limite pour l’envoi des propositions (un titre et un court résumé) : 22 août 2026
Places
- Université Jean Monnet Saint-Etienne, campus Tréfilerie - 33 rue du Onze Novembre
Saint-Étienne, France (42)
Event attendance modalities
Hybrid event (on site and online)
Attached files
Keywords
- source, espace rural, paysage agraire, liminalité, marge, imaginaire spatial, patrimoine
Contact(s)
- Giovanni Stranieri
courriel : giovanni [dot] stranieri [at] univ-st-etienne [dot] fr - Vito Avarello
courriel : vito [dot] avarello [at] univ-st-etienne [dot] fr
License
This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.
To cite this announcement
« Les grandes constructions en pierre sèche : recherche empirique et imaginaires spatiaux », Call for papers, Calenda, Published on Friday, June 19, 2026, https://doi.org/10.58079/16fo6
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