La mort et le genre
« Cahiers de Sociologie Économique et Culturelle »
Abstract
Ce numéro thématique des Cahiers de Sociologie Économique et Culturelle entend interroger la manière dont les rapports de genre façonnent les expériences de la mort, du deuil et de la mémoire. En plaçant le genre au cœur de la réflexion, ce numéro souhaite contribuer à une interrogation plus large sur les inégalités qui traversent les mondes de la mort. Qui prend soin des morts et des mourants ? Qui est autorisé à parler en leur nom ? Quels morts sont visibles ? Quels morts sont rendus visibles dans l'espace public et lesquels demeurent à la marge ? Dans quelle mesure les inégalités observées au cours de la vie se prolongent-elles après la mort ?
Announcement
Argumentaire
« Quoi de plus universel que la mort ? » s'interrogent Metcalf et Huntington (1991, p. 24). Et pourtant, peu de phénomènes sociaux suscitent une telle diversité de pratiques, de rites et de représentations. Les manières de traiter la mort et les morts, d'accompagner les mourants, d'organiser les funérailles ou de faire mémoire varient considérablement d'une société à l'autre. Cette diversité n'est jamais fortuite : elle exprime des systèmes de valeurs, des rapports de pouvoir et des conceptions du monde socialement situés.
La mort n'est donc pas seulement synonyme de fin de vie. Si elle s'inscrit dans une temporalité, elle s'exprime également dans l'espace, comme en témoignent de nombreuses expressions populaires évoquant la « dernière demeure », le « dernier voyage » ou encore, en anglais, le fait de « cross to the other side » ou d'être « in a better place » (Maddrell, 2010). Ces images rappellent que la mort ne se réduit pas à un instant biologique : elle engage des déplacements, des lieux, des appartenances et des formes de mémoire.
En revanche, les conceptions de la mort ne sont pas stables ni dans le temps ni dans l'espace. Comme l'écrit Louer-Saingeorgie, « les trajectoires des morts ne sont donc pas seulement individuelles, mais collectives et suivent des logiques familiales, économiques, sociales, culturelles et, surtout politiques » (2024, p. 6). Les modalités du mourir, le traitement des corps, les rites funéraires, les pratiques de commémoration ou les lieux d'inhumation font l'objet de négociations permanentes qui mobilisent des enjeux individuels, collectifs, juridiques, religieux et psychologiques.
La mort apparaît ainsi comme un observatoire privilégié des sociétés et des rapports sociaux qui les traversent. Parmi les rapports sociaux qui façonnent les trajectoires des morts, le genre occupe une place centrale, quoique souvent moins visible que d'autres formes de différenciation sociale. Il façonne les expériences de la fin de vie, les responsabilités associées au soin des morts, les expressions socialement légitimes du deuil, les professions du funéraire, les pratiques mémorielles et les représentations de la mort. Pourtant, les articulations entre mort et genre demeurent encore relativement peu explorées dans leur diversité.
Ce numéro thématique entend contribuer à ce champ de réflexion en interrogeant la manière dont les rapports de genre façonnent les expériences de la mort, du deuil et de la mémoire. Il s'agit d'examiner non seulement la place des femmes, des hommes et des minorités de genre face à la mort, mais également les mécanismes par lesquels les normes de genre organisent les pratiques funéraires, distribuent les responsabilités liées aux morts, produisent des formes différenciées de visibilité ou d'invisibilité et participent à la construction des mémoires individuelles et collectives. En plaçant le genre au cœur de la réflexion, ce numéro souhaite contribuer à une interrogation plus large sur les inégalités qui traversent les mondes de la mort. Qui prend soin des morts et des mourants ? qui est autorisé à parler en leur nom ? quels morts sont visibles ? Quels morts sont rendus visibles dans l'espace public et lesquels demeurent à la marge ? Dans quelle mesure les inégalités observées au cours de la vie se prolongent-elles après la mort ? Les contributions pourraient s’inscrire dans l’une des thématiques suivantes
1/ Genre et expériences de la fin de vie
La fin de vie est souvent présentée comme une expérience universelle Pourtant, les conditions dans lesquelles les individus vieillissent, tombent malades, sont accompagnés ou meurent demeurent profondément marquées par les rapports sociaux et les normes de genre. Qui prend soin des mourants ? Qui est désigné comme proche aidant ? Comment les attentes associées à la féminité, à la masculinité ou aux identités de genre minoritaires influencent-elles les expériences du mourir et la « bonne mort » (Walter, 1994) ?
2/ Le travail funéraire et la division genrée autour de la mort
La prise en charge des morts repose sur une multitude de tâches matérielles, administratives, émotionnelles, religieuses et symboliques qui demeurent souvent invisibles. Qui lave les corps ? Qui prépare les funérailles ? Qui accompagne les familles endeuillées ? Qui entretient les tombes ou transmet la mémoire des disparus ? Derrière ces gestes se dessine une division du travail qui n'est ni neutre ni naturelle. Les contributions pourront explorer la répartition genrée des responsabilités dans les sphères familiales, religieuses, associatives ou professionnelles, ainsi que les hiérarchies qui traversent les métiers du soin, du funéraire et du travail mémoriel.
3/ Migrations, guerres, disparition : les morts comme enjeux de mobilisation
La mort ne relève pas toujours de la seule sphère privée. Les guerres, les migrations, les catastrophes, les disparitions forcées ou les violences politiques produisent des morts dont l'identification, le rapatriement, l'inhumation ou la commémoration deviennent des enjeux publics. Dans de nombreux contextes, les femmes apparaissent au premier plan des mobilisations autour des disparus et des victimes. Comment le deuil se transforme-t-il en engagement politique ? Comment les rapports de genre façonnent-ils les formes de mobilisation, les revendications et les usages publics de la mémoire ? Pourquoi les femmes se retrouvent-elles souvent à l’avant-scène de ces combats ?
4/ Mort, genre et inégalités
La mort constitue un observatoire privilégié des inégalités sociales. Toutes les vies ne bénéficient pas de la même reconnaissance, et toutes les morts ne font pas l'objet du même traitement. Les contributions sont invitées à explorer l'articulation du genre avec d'autres rapports sociaux tels que la classe, la race, l'ethnicité, la religion, l'âge, le handicap ou les trajectoires migratoires. Qui a accès à certains rites funéraires ? Quels groupes rencontrent des obstacles dans l'accès à l'inhumation, au rapatriement ou à la commémoration ? Certaines morts sont-elles davantage visibles, médiatisées ou reconnues que d'autres ? Quelles populations rencontrent des obstacles spécifiques dans l'accès aux droits funéraires ou à la reconnaissance mémorielle ? Les approches intersectionnelles permettant d'analyser les mécanismes de reconnaissance, d'exclusion ou d'invisibilisation seront particulièrement bienvenues.
Modalités de contribution
Les propositions doivent nous parvenir au plus tard le 30 novembre 2026 la forme d’un titre et d’un résumé (500 mots maximum). Ils sont à envoyer aux adresses suivantes : nada.afiouni@gmail.com et thierry.suchere@univ-lehavre.fr. Ils feront l’objet d’un avis rendu par le comité de rédaction de la revue communiqué au plus tard le 20 décembre 2026.
Les textes sélectionnés (8000 mots maximum) devront être rendus le 15 mai 2027 au plus tard.
Les Cahiers de Sociologie Economique et Culturelle publieront tout ou partie des contributions en suivant une procédure d’évaluation en double aveugle.
Les contributeurs sont incités à aller lire des conseils que nous prodiguons aux auteurs sur le site de la revue.
Dates à retenir
Date limite pour l’envoi d’un résumé le 30 novembre 2026
Date limite de communication des résultats aux auteurs (acceptation ou refus) : le 20 décembre 2026
Date limite d’envoi des textes (8000 mots) au comité de rédaction des Cahiers de Sociologie Economique et Culturelle : le 15 mai 2027.
Décision du comité de rédaction communiquée aux auteurs (acceptation, refus, demandes de modifications) : le 20 juin 2027
Remise des textes dans leur version définitive après correction suite aux avis des deux rapporteurs ! le 30 octobre 2027.
Publication du numéro 70 des Cahiers de Sociologie Economique et Culturelle sur le thème la mort et le genre : le 1er janvier 2028
Coordinateur du numéro
Nada Afiouni, professeur des universités, civilisation britannique contemporaine, laboratoire Eriac, Université de Rouen Normandie
Comité de rédaction de la revue
- Nada Afiouni, Professeur des universités, civilisation britannique contemporaine, laboratoire ERIAC, Université de Rouen Normandie
- Jérôme Ballet, MCF HDR, économiste, Université de Bordeaux.
- Thierry Dezalay, MCF, sociologue, Université du Havre.
- Patrick Gravé, MCF, sociologue, laboratoire CIRNEF, Université du Havre.
- Albert Gueissaz, professeur des universités, sociologue.
- Arnaud Lemarchand, Professeur des universités, sociologue, Université du Havre, rédacteur en chef des Cahiers de sociologie économique et culturelle.
- Jonas Pigeon, Docteur en aménagement de l’espace, chargé de recherche, secrétaire de rédaction , des cahiers de sociologie économique et culturelle.
- Thierry Suchère, MCF, économiste, Université du Havre, rédacteur en chef des Cahiers de sociologie économique et culturelle.
- André Suchet, MCF HDR, géographie et sociologie du sport, Université de Bordeaux, Président de l’institut de sociologie économique et culturelle.
- Sylvain Zeghni, MCF HDR, économiste, Université Paris Est Marne-la-Vallée.
Attached files
Keywords
- genre, mort, modalité du mourir, traitement des corps, rite funéraire, pratique de commémoration, lieu d'inhumation
Contact(s)
- Thierry Suchère
courriel : thierry [dot] suchere [at] univ-lehavre [dot] fr
Reference Urls
License
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To cite this announcement
« La mort et le genre », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 29, 2026, https://doi.org/10.58079/16h84
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