« Panser » la santé mentale : un défi contemporain pour le travail social
« Les Cahiers du Travail Social », n°112
Abstract
Pour son numéro n°112, les Cahiers du Travail Social propose d’explorer le concept de santé mentale, ses enjeux et ses usages, à la croisée des dimensions sociales, politiques et épistémologiques. Dans un contexte marqué par une hausse des troubles psychiques, la santé mentale s’impose comme une préoccupation majeure, révélant la complexité des enjeux pour le travail social. Les publics accompagnés cumulent fréquemment des vulnérabilités sociales et psychiques, qui influencent les réponses apportées et les pratiques d’accompagnement mises en œuvre par des professionnels eux-mêmes confrontés à des formes de souffrance.
Announcement
Argumentaire
Si consulter un psychologue ou un psychiatre reste encore un sujet délicat pour de nombreuses personnes, le concept de santé mentale semble se déployer avec une aisance déconcertante dans les formations ou même dans les entreprises. La santé mentale est définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme « un état de bien-être mental qui nous permet de faire face aux sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté. Elle a une valeur en soi en tant que facteur favorable, et fait partie intégrante de notre bien-être ». Cette définition reconnaît donc que tout le monde possède une santé mentale, influencée par différents facteurs individuels (génétiques, psychologiques), sociaux et environnementaux. La santé mentale connaît des fluctuations importantes selon les personnes et leurs trajectoires. Le concept est donc très large et nous concerne tous, dans la mesure où nous pouvons traverser une période difficile susceptible de nous fragiliser. Le terme de « bien-être » peut susciter des interrogations. La médecine, en l’occurrence la psychiatrie, a-t-elle vocation à se pencher sur la question du bien-être ? Outre l’influence néolibérale évidente de la définition, cette dernière semble donner une vision « dépsychiatrisée » de la santé mentale…
Comme nous le comprenons, la santé mentale peut fluctuer, l’augmentation actuelle des troubles psychiques, notamment anxieux et dépressifs, laisse penser qu’elle est aujourd’hui particulièrement fragilisée. Cette hausse de la prévalence touche encore plus fortement les jeunes. 54% des jeunes de 18 à 24 ans ont déjà été affectés par un problème de santé mentale (source Odoxa Mutualité française, septembre 2024).
Du côté des travailleurs sociaux, le constat est également inquiétant. Confrontés à des accompagnements complexes et à des institutions en difficulté qui connaissent un turnover important, les professionnels sont aux prises avec la souffrance psychique. Ainsi, les professionnels du secteur médico-social sont 30,6 % à déclarer une santé mentale « fragilisée » ; cela représente un écart de 8,4 points avec la moyenne nationale. En outre, 41,6 % des professionnels disent ressentir fréquemment un épuisement physique et psychologique (baromètre 2026 du cabinet de conseil Qualisocial réalisé avec Ipsos).
Également, les personnes accompagnées dans le champ de l’action sociale et médico-sociale sont surreprésentées parmi les personnes porteuses de pathologies psychiatriques, comparativement à la population générale. Les causes de ces dernières sont multifactorielles, conjuguant à la fois des facteurs psychologiques, sociaux et génétiques. Les parcours des bénéficiaires mêlent différentes vulnérabilités et cumulent parfois l’ensemble de ces facteurs de risque.
Les propositions pourront s’inscrire dans les différents axes suivants, qui visent à interroger le concept de santé mentale et les liens qu’il entretient avec le travail social.
Axe 1 : Interroger le concept de santé mentale : approches pluridisciplinaires
La santé mentale constitue une notion complexe et évolutive qui dépasse le seul champ clinique et mobilise de nombreuses disciplines, telles que la psychiatrie, la psychologie, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, le droit ou encore les sciences politiques. Cet axe vise à explorer la diversité des regards portés sur ce concept, ses modes de définition, ses usages dans différents contextes. Les contributions pourront notamment analyser la manière dont ces disciplines construisent, mobilisent et problématisent la santé mentale.
Axe 2 : Travail social et troubles psychiques
Au regard de la prévalence élevée des troubles psychiques chez les personnes accompagnées dans les établissements sociaux et médico-sociaux, il s’agit d’interroger les répercussions et la prise en compte de ces troubles dans la relation éducative et dans l’accompagnement, ainsi que les liens de partenariat que cela implique avec le secteur de la psychiatrie.
La question de la santé mentale des travailleurs sociaux, ainsi que les résonances qu'implique le fait d'accompagner des personnes en souffrance, dans un contexte marqué par les difficultés du secteur, constitue un sujet de réflexion qui peut s'inscrire dans cet axe.
Axe 3 : Précarité et santé mentale
La précarité est l’une des causes importantes des troubles psychiques. Les travailleurs sociaux sont donc confrontés à cette double vulnérabilité, à la fois psychiatrique et sociale. Malgré ce constat, ils sont sommés d’inscrire les personnes dans un projet de réinsertion exigeant, souvent dans un délai restreint. Se pose alors pour eux le dilemme de conjuguer les exigences des politiques sociales avec la temporalité psychique des personnes accompagnées.
Axe 4 : La complémentarité des approches psychothérapeutiques
Si, au cours du XXᵉ siècle, la psychanalyse était largement prédominante et a façonné notre manière de nous représenter les troubles psychiques, elle est aujourd’hui régulièrement critiquée. L’OMS recommande désormais les thérapies cognitives et comportementales (TCC), reconnues pour leur efficacité dans les troubles anxieux et dépressifs, cela au détriment de l’approche psychanalytique. En outre, de nouvelles approches se développent, telles que les thérapies brèves, l’EMDR, la remédiation cognitive ou les méthodes ABA... Sans entrer dans ce qui semble parfois s’apparenter à un clivage, il s’agit ici de réfléchir à la complémentarité des différentes approches psychothérapeutiques dans les institutions sociales et médico-sociales.
Modalités de contribution
Les contributions doivent être envoyées pour le 15 janvier 2027 aux coordinateurs de ce numéro, Jean-Baptiste GUEZ, jean-baptiste.guez@irts-fc.fr et à Marc Lecoultre marc.lecoultre@irts-fc.fr et ainsi qu’à l’adresse suivante : cts@irts-fc.fr.
Les articles doivent inclure vos noms, prénoms, votre fonction, le cas échéant votre rattachement institutionnel.
Le texte pourra faire référence à un travail empirique réalisé ou en cours de réalisation ou des témoignages d’expérience.
Le texte comportera un minimum de 10 000 caractères et un maximum de 30 000 caractères, espaces compris, notes et informations bibliographiques incluses (soit entre 5 pages et 12 pages d’un texte en interligne simple).
Conventions bibliographiques (Normes APA)
- Livres : Nom, Prénom (initiales). (Date de publication). Titre complet en italique. Éditeur. Articles : Nom, Prénom (initiales). (Date de publication : année, mois). Titre de l’article. Titre de la revue, numéro, pagination.
- Contributions à des ouvrages collectifs : Nom, Prénom (initial). (Date de publication). Titre du chapitre. Dans Initiale du prénom Nom (dir.). Titre de l’ouvrage. (pagination du chapitre). Éditeur.
Conseil scientifique
- Gérard Creux (IRTS de Franche-Comté)
- Émeline Gilliot (IRTS de Franche-Comté)
- Marc Lecoultre (IRTS de Franche-Comté)
- Candice Martinez (IRTS de Franche-Comté)
- Claire Régnier (IRTS de Franche-Comté)
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Keywords
- santé mentale, trouble psychique, accompagnement, enjeu politique, travail social
Reference Urls
License
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To cite this announcement
« « Panser » la santé mentale : un défi contemporain pour le travail social », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 29, 2026, https://doi.org/10.58079/16h86
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