HomeSubjectivité au travail et écologie
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Abstract

Ce numéro de la revue Travailler est ouvert aux contributions empiriques et théoriques permettant d’explorer les rapports entre le travail, en particulier sous l’angle de ses implications subjectives, et les dynamiques écologiques actuelles.

Announcement

Argumentaire

Que doit la destruction écologique au travail et à ses modes d’organisation ?

Depuis l’avènement du capitalisme, les modalités de mise en œuvre de la productivité – sous une forme industrielle – ont généré des dégradations de plus en plus fortes de la biosphère, aussi bien dans ses dimensions abiotiques (extractivisme minier et énergétique, pollution aquatique, érosion des sols, etc.) que dans ses dimensions biotiques (disparition d’espèces, espèces invasives, antibiorésistance, etc.). L’anthropocène, ou le capitalocène, est pointé du doigt, en tant qu’exploitation sans limite des ressources naturelles et humaines. Mais un système n’agit pas sans les personnes qui y participent. Sans travailleurs et travailleuses, point de « rupture métabolique » (Foster, 2011), cette séparation brutale de la terre avec elle-même sous l’effet d’un travail agricole de plus en plus industrialisé, destructeur et aliéné. L’ergonomie de langue française montre qu’il n’existe pas de travail de simple exécution. Les atteintes écologiques, désormais indéniables, posent donc la question de la contribution de l’intelligence dans le travail à ce qui risque de menacer le vivant, au-delà de l’humain.

Des études se sont penchées sur les effets sociaux, économiques, sanitaires et politiques de ces dégradations – à l’occasion d’accidents industriels, de conflits sociaux déclenchés contre des projets d’installations polluantes, ou encore d’alertes médicales concernant la situation sanitaire de certaines populations ou de certains territoires, à l’exemple des procédures judiciaires en cours contre Arkema et Daikin Chemical dans la région lyonnaise en raison de l’usage de « polluants éternels » (PFAS). Plus rares sont les études ayant investigué avec précision les effets subjectifs de ces dégradations, du point de vue des travailleurs et travailleuses concernés. Quelles théories ont été mobilisées pour rendre compte de l’engagement subjectif dans le travail ayant pour effet la destruction écologique ? La catégorie de « sale boulot » (Hughes, 1996 ; Travailler, 2005) se trouve-t-elle, dans certains contextes, élargie pour englober les activités qui outrepassent les limites planétaires ? Quels éléments cliniques ont été dégagés à l’occasion de ces recompositions ? À quelles controverses scientifiques ont-elles éventuellement conduit ? Comment les forces syndicales et politiques ont-elles cherché, ou non, à peser sur ces dynamiques délétères ? Des comparaisons selon les territoires locaux ou nationaux ont-elles été menées ?

Travail d’adaptation, travail de transition

Depuis les années 1970, des appels de plus en plus fréquents se sont fait entendre en vue de réguler les excès du capitalisme, de manière à pouvoir s’adapter aux « nouvelles donnes environnementales ». Développement durable, croissance soutenable, économie circulaire, autant de notions qui s’inscrivent dans le paradigme d’un « capitalisme vert » que l’on promet compatible avec les dynamiques écologiques en cours de rééquilibrage – même brutal. Ce qui est explicitement visé dans ce cadre, c’est de parvenir, grâce à des organisations du travail et des technologies innovantes, à une transition vers un usage raisonné des ressources naturelles.

Comment les travailleurs et travailleuses tournés vers la mise en application de cette « transition » réalisent-ils leurs activités ? De quels moyens disposent-ils ? Quels obstacles et contradictions rencontrent-ils ? De quelles solutions sont-ils porteurs ? Comment vivent-ils leur engagement professionnel ? Comment les collectifs accueillent-ils ces nouvelles règles de travail ? Alors que les formations sur l’écologie se diffusent dans les organisations, notamment auprès des 2,5 millions d’agents publics (circulaire d’octobre 2025), quels sont leurs effets, tant sur les plans subjectifs que des pratiques professionnelles ? Est-ce une nouvelle mode managériale consistant à verdir les discours et à infléchir à la marge les normes et les process ? Ou s’agit-il de nouvelles injonctions dessinant de réelles recompositions et qui sont plus ou moins appropriées et appropriables selon les métiers, les organisations, les collectifs et les personnes ? Et qu’en est-il des travailleurs et travailleuses qui s’impliquent davantage dans ces transformations et ne peuvent plus composer avec l’existant ? Quelles sont les dynamiques sociales et subjectives qui soutiennent, ou au contraire bloquent, leur engagement ? Constate-t-on une souffrance éthique (Dejours, 1998) croissante ? Si la prise en compte des préoccupations écologiques peut aider à réaliser un travail qui a du sens, d’autres facteurs comme la charge mentale, l’angoisse face à l’ampleur de la crise écologique, le déni des collègues, le manque de moyens, la persistance des prescriptions de performance à tout prix, peuvent au contraire compliquer l’activité et générer de la souffrance.

Le travail « écologisé » comme rapport social productif alternatif ?

L’étude des écosystèmes montre qu’existe chez ces derniers une capacité de régénération. Cette résilience biologique[1]nécessite du temps et des espaces où l’intervention humaine n’est pas trop prégnante et invasive. Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, les dynamiques de réparation peuvent toutefois être suscitées et accompagnées. Le travail humain peut alors s’avérer une ressource pour soutenir la régénération écosystémique, en modifiant en profondeur la manière dont s’organisent les interdépendances entre dynamiques sociales et dynamiques naturelles. De nombreuses recherches dans les Suds et les Nords ont permis de renseigner des expériences plus ou moins abouties de régénération. Elles montrent que ces dernières prennent généralement place au sein d’organisations et de rapports sociaux de production alternatifs. Certaines expériences, s’appuyant sur les théories écoféministes, mettent en évidence les bénéfices d’une « économie et un travail de subsistance » (Hache, 2011 ; Pruvost, 2024). D’autres incitent à repenser les organisations du travail à l’aune d’une « économie symbiotique » ou d’une « économie régénérative » (Delannoy, 2021), de l’écologie sociale, des communs et/ou du municipalisme (Ostrom, 2010 ; Bookchin, 2020 ; Sauvêtre, 2025), ou encore à l’aune d’un coopérativisme écologique (Baghioni et Séchaud, 2023).

Toutes ces transformations des modes de production traduisent-elles une « écologisation du travail[2] » ? Une telle « écologisation » du travail est-elle toujours au service de la santé mentale des êtres humains et de la santé globale des sociétés - comme le suppose l’approche permaculturelle (Holmgren, 2014) ? Dans tous les cas, ces transformations du travail engagées dans les pratiques concrètes pour réaliser les activités s’accompagnent, au niveau individuel, de remaniements subjectifs qu’il convient d’analyser avec précision. Quelles sont les ressorts psychiques conduisant à des bifurcations biographiques vers des alternatives ? Comment la souffrance ordinaire, dans ces situations inhabituelles, se manifeste-elle ? Comment les sujets parviennent-ils à s’en débrouiller ? L’ » écologisation du travail » signifie-t-elle un accès accru au plaisir ? Facilite-t-elle la sublimation ? Et au niveau collectif, comment les dynamiques de coopération se trouvent-elles modifiées entre êtres humains ? Avec les autres êtres vivants ? Sur quelles bases ontologiques et éthiques ?

Modalités de soumission

Ce numéro de la revue Travailler est ouvert aux contributions empiriques et théoriques permettant d’explorer les rapports entre le travail et les dynamiques écologiques actuelles.

Les textes ne devront pas dépasser 50 000 signes (tout compris).

Ils devront être envoyés aux membres de la coordination du numéro à l’adresse : travailecologiesubjectivite@gmail.com,

avant le 1er février 2027.

Les articles retenus seront publiés dans le numéro 59 (fin 2027).

Recommandations aux auteurs

Tous les textes soumis à publication sont analysés par les comités de rédaction et de lecture.

La première page comportera :

  • le titre de l’article
  • le(s) nom(s) de(s) l’auteur(e.s)
  • leur(s) titres et l’adresse professionnelle

La deuxième page comprendra un résumé en français et un résumé en anglais rédigés selon les recommandations suivantes :

  • 1500 à 2000 caractères (espaces compris)
  • le contenu du résumé doit mentionner de manière claire le thème principal de l’article, la méthodologie éventuellement employée, les résultats et conclusions.
  • cinq mots-clés

La bibliographie sera rédigée en accord avec les normes APA : https ://boiteoutils.bib.umontreal.ca/citer/apa ?p=5248896

Coordination du dossier

  • Frédérique Debout
  • Aurélie Jeantet
  • Stéphane Le Lay

Bibliographie

Baghioni L., Séchaud F. (2023), « Des coopératives pour l’écologie : un travail d’organisation ? », Céreq Bref, n° 447, p. 1-4.

Bookchin M. (2020), L’écologie sociale. Penser la liberté au-delà de l’humain, Wildproject.

Dejours, C. (1998), Souffrance en France, Seuil, 1998.

Delannoy I. (2021), L’économie symbiotique. Régénérer la planète, l’économie, la société, Actes sud.

Duarte A., Rossi-Neves P. (2022), « Traumatisme et résilience dans le travail : une critique par la psychodynamique du travail », Travailler, n° 47, p. 189-208.

Foster J. B. (2011), Marx écologiste, Amsterdam.

Hache E. (2011), Ce à quoi nous tenons. Propositions pour une écologie pragmatique, La Découverte.

Hugues E.-C., (1951), 1996, Le Regard sociologique, Essais choisis, Ed. de l’Ehess.

Holmgrem D. (2014), 2002, Permaculture : principes et pistes d’action pour un modes de vie soutenable, Rue de l’échiquier.

Laboreal (2023), Dossier « L’activité de travail au cœur des nouveaux défis socio-techniques de la nature et de l’environnement », vol. 19, n°1.

Ostrom E. (2010), La Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, De Boeck.

Pruvost G. (2024), Quotidien politique. Féminisme, écologie, subsistance, La Découverte.

Sauvêtre P. (2025), « Marx, Bookchin, les communes et le communalisme communiste, décolonial et planétaire », Participations, n° 42, p. 91-121.

Travailler, (2005), Dossier « Le ‘sale boulot’ », 14(2).

Notes

[1] La discussion de la notion même d’ « écologisation du travail » pourrait faire l’objet d’une contribution.

[2] Cette notion de résilience mériterait, en elle-même, d’être discutée. En effet, il pourra sembler étonnant aux lecteurs attentifs de la revue Travailler de trouver le terme mobilisé dans un appel à articles, puisque cette notion ne fait pas partie de l’armature conceptuelle de la psychodynamique du travail, en raison de divergences cliniques et théoriques très importantes (Duarte et Rossi-Neves, 2022). Si nous l’utilisons ici, c’est uniquement en référence à son usage habituel dans les sciences écologiques, pour souligner la capacité de la biosphère à régénérer ses structures et ses fonctions après de graves perturbations, à certaines conditions, et sans avoir besoin d’une quelconque intervention humaine. Bien évidemment, il faudrait pouvoir mener une discussion précise avec les spécialistes pour savoir jusqu’où un écosystème retrouve réellement son « état de référence » ; de même, il faudrait aussi discuter avec eux s’il est possible d’envisager une part de travail végétal et de travail animal dans cette régénération, ce qui conduirait donc à devoir discuter de la part originale mise en jeu dans un retour à un état de référence sans doute largement modifié. Ces discussions excèdent le cadre de cet appel à articles et nos connaissances actuelles.


Keywords

  • anthropocène, capitalisme, écologie, subjectivité, travail

Contact(s)

  • Stéphane Le Lay
    courriel : travailecologiesubjectivite [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Subjectivité au travail et écologie », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, July 29, 2026, https://doi.org/10.58079/16mz9

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