Resumo
Ce colloque propose d’appréhender la psychologisation des violences faites aux femmes comme un processus hétérogène aux effets contrastés, qui dépend du type de violence considéré, des rapports sociaux et des propriétés des acteur·ices en présence. La plongée dans l’intériorité des victimes permet désormais de mettre au jour des violences et des responsables. Il s’agira d’interroger, dans un contexte sociologique francophone marqué par une opposition historique aux analyses psychologiques, les mouvements de cette tradition, notamment au sein des féminismes et les différentes approches sociologiques de la psychologie et les définitions de la psychologisation qu’elles mobilisent.
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Présentation
Le constat que les sociétés occidentales ont une « culture psychologique de masse » ou qu’il y a une « psychologisation de la culture » (Castel, 1981) n’est plus à faire. De nombreux travaux se sont intéressés à la psychologisation, dans une perspective parfois critique, en soulignant son lien avec un individualisme néolibéral jugé néfaste, ou au contraire en le nuançant et en montrant les liens entre psychologisation et politisation. De ces approches ressort l’idée que la psychologisation est 1) un processus 2) qui permet de produire du sens 3) en identifiant des troubles, les causes de ces troubles et un ensemble de solutions possibles. En d’autres termes, la psychologisation est au moins partiellement un processus d’appréhension et de gestion des problèmes.
Cette définition de la psychologisation a permis à la sociologie des victimes de montrer le cadrage de certains problèmes par et dans le « champ psy » (Dodier, Rabeharisoa, 2006). L’ouvrage désormais classique de Didier Fassin et Richard Rechtmann, L’empire du traumatisme (2007) a démontré combien la figure de la victime a été légitimée par le concept de traumatisme et par la place croissante des professionnel·le·s de la psyché dans la gestion et la reconnaissance des préjudices. La plongée dans l’intériorité des victimes permet désormais de mettre au jour des violences et des responsables. Toutefois, dans un contexte sociologique francophone marqué par une opposition historique aux analyses psychologiques (Berthelot, 2005), les mouvements de cette tradition, notamment au sein des féminismes (Pache, Mathieu, 2023), doivent nous amener à interroger les différentes approches sociologiques de la psychologie et les définitions de la psychologisation qu’elles mobilisent.
Ainsi, le colloque propose à la fois de partir de la définition de la psychologisation proposée précédemment et d’ouvrir un espace réflexif où les contributrices et contributeurs reviendront sur leur propre appréhension de cette notion, ou/et sur le sens que leurs enquêté·e·s lui attribuent, y compris dans une perspective plus critique qui questionne les usages et les significations du terme « psychologisation ». C’est dans cette double posture que nous souhaitons aborder la psychologisation de violences spécifiques : les violences faites aux femmes.
Les croisements entre psychologie(-sation) et violences faites aux femmes font l’objet d’un nombre grandissant de travaux, qui se sont intéressés à la participation des savoirs et professionnel·le·s de la psychologie dans les mouvements féministes (Pache, 2023), à ce que produit la psychologisation des violences conjugales (Lelaurain, Fonte, 2022) ou encore, comme l’a fait un récent numéro de Recherches Féministes (2023), à décliner sous ses différentes facettes la « psychologisation de l’oppression ». Le colloque, dans le sillage de ces analyses, s’intéresse à la manière dont des théories, savoirs, catégories, professionnel·le·s « psys » appréhendent les violences faites aux femmes, leurs causes, les responsables et les victimes. Il s’intéresse, en retour, à la manière dont des publics non-experts se saisissent de ces éléments afin de faire sens de leurs expériences de violences, mais aussi à la manière dont ils éprouvent le « champ psy », le critiquent, en dénoncent les insuffisances, les failles, ou les excès.
Ce colloque accueille des propositions issues des sciences humaines et sociales, avec une forte dimension empirique, portant sur le présent ou le passé, et tout contexte géographique, et qui prennent en compte les rapports sociaux et leurs croisements.
Programme
Jeudi 19 novembre
9H : Accueil des participant·es
9H30 : Introduction
10H : Justice et police
- Laure Sabatier (CESDIP, CNRS / UVSQ / Ministère de la justice) - Psychologisation et pénalisation des violences conjugales : réflexion depuis les usages de la notion d’emprise dans la police nationale
- Lucie Hernandez (CIRAP, ENAP) - Gérer les émotions ou penser la domination ? La construction du sens des violences conjugales dans les programmes pour auteurs condamnés
- Simon Protar (Triangle, ENSLyon) - Psychologiser sans pathologiser : logiques stratégiques de prise en charge psycho-criminologique des auteurs d’inceste
12H : Pause déjeuner
13H30 : Soigner et consoler
- Clara Blanc (HES-SO, HESAV, Institut des Études Genre, UNIGE), Solène Gouilhers (CMCSS, Institut des Études Genre, UNIGE) Anne-Charlotte Millepied (Institut de Études Genre, UNIGE) - Psychologiser les violences obstétricales, entre prises en charge et (dé)politisation de l’expérience d’accouchement
- Léa Restivo (LPS, Aix-Marseille Université), Ondine Farthouat (LPS, amU), Solveig Lelaurain (LPS, amU) - Repérer et prendre en charge la violence conjugale en médecine générale : de la compatibilité entre démarche clinique et interprétation psychologisante du phénomène
14H50 : Pause
15H10 : Soigner et consoler (suite)
- Athéna Peglidou (Université Aristote de Thessalonique) - Sauver, protéger, expliquer, guérir : psychologiser la violence genrée au sein de l’Église orthodoxe grecque
- Ophélie Gallardo (LPS, amU), Solveig Lelaurain (LPS, amU), Thémis Apostolidis (LPS, amU) - Psychologues et survivant·es face aux violences sexuelles sur mineur·es : une analyse de la psychologisation
16H30 : Pause
16H50 : Guerres psychologiques entre parents
- Chloé Vaugeois (CITERES, Université de Tours) - Résister ou s’approprier les catégories « psys » ? Analyse à partir du cas de mères dénonçant des violences conjugales et des violences paternelles commises sur leur(s) enfant(s)
- Édouard Leport (Cresppa-CSU, CNRS/Université Paris 8/Université Paris Nanterre), Aude Laferrière (ECLLA, UJM Saint-Étienne) - Des réunions d’associations de pères séparés aux échanges écrits avec les mères : la mobilisation de la psychologie contre les mères. Analyses croisées sociologie/linguistique sur corpus croisés
- Simon Lapierre (École de travail social, Université d’Ottawa) - Aliénation parentale : psychologisation et décontextualisation des stratégies de protection déployées par les femmes et les enfants victimes de violence conjugale
Vendredi 20 novembre
9H : Accueil des participant·es
9H30 : Causes psychologiques
- Lise Laudren (CMH/Cermes3, EHESS/PSL) - Des violences intrafamiliales qui rendent malades ? Ce que la mobilisation des catégories psys au sujet de la survenue de l’endométriose révèle de la psychologisation des violences
- Margaux Nève (LAP, EHESS) - Violences fondées sur le genre et endométriose : donner un sens à la maladie ?
- Ivan Garrec (CESSP, CNRS) - Controverses autour du « trouble de la personnalité borderline » : véritable maladie ou effets psychiques des violences de genre ?
11H30 : Pause
11H50 : Subjectivations psychologiques
- Marine Lambolez (CMW, ENSL) - La psychologisation des violences amoureuses par les adolescentes
- Ludovic Gaussot (GRESCO, Université de Poitiers), Marie-Hélène Musy (Observatoire des Violences Sexistes et Sexuelles de Nouvelle Aquitaine), Nicolas Palierne (GRESCO, Université de Poitiers) Élise Pelladeau (RPPSY Poitiers CAPS, Université de Poitiers) - La psychologisation dans le parcours d’accompagnement des femmes victimes de violences conjugales. Lecture croisée entre approches clinique et sociologique
13H10 : Pause déjeuner
14H30 : Psychologisations psychologiques
- Maëlle Butaud (Printemps, Université Paris-Saclay) - Politiser la clinique ? Les psychologues face aux violences de genre
- Lucile Hervouet (Maison des Sciences de l’Homme et du Pacifique, CNRS/UPF) - Quand la psyché rencontre la race : une politisation ambivalente des violences sexuelles en Polynésie française
15H50 : Pause
- 16H : Politiques féministes
- Pierre-Guillaume Prigent (LABERS, UBO), Gwénola Sueur (LABERS, UBO) - L’institutionnalisation française du concept de « contrôle coercitif » : le paradoxe de la psychologisation
- Émeline Fourment (CUREJ, Université de Rouen) - « TW : viol ». Étudier les usages des Trigger Warning pour saisir les dynamiques féministes de psychologisation des violences de genre
17H20 : Pause
17H30 : Alternatives féministes
- Laura Boissinot (intervenante sociale en commissariat) - De la victime traumatisée à la victime stratège : dépsychologiser la lecture des violences pour repolitiser leur prise en charge
- Adeline Moussion Estève (Birkbeck, University of London) - Domestique ou traumatique ? Reconceptualiser l’expérience des violences de genre pour les politiser sans les pathologiser
Informations pratiques
Inscription : colloque.psy.vff.2026@proton.me
Locais
- Salle 100 - Campus Condorcet, centre des colloques
Aubervilliers, França (93)
Ficheiros anexos
Palavras-chave
- violences, genre, femmes, psychologisation, psychologie
Contactos
- Stéphanie Pache
courriel : - Auréliane Couppey
courriel : - Jessica Blouin
courriel :
Licença
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Para citar este anúncio
« La psychologisation des violences faites aux femmes », Colóquio, Calenda, Publicado quinta-feira, 30 de julho de 2026, https://doi.org/10.58079/16n3q
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