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Sortir de la violence

Rebâtir les humains, reconstruire les liens

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Abstract

Le pari de ce colloque est que penser la violence avec rigueur est déjà un geste politique, et que cette pensée doit rester ancrée dans la réalité vécue des personnes affectées sans jamais perdre de vue les structures qui produisent et reproduisent cette réalité. Il s’agit, en somme, d’interroger la convertibilité de la violence en lien de civilité et les conditions, théoriques comme pratiques, d’une telle conversion.

Announcement

Argumentaire

L’expérience des spirales de violence -guerre civile, effondrement de l’État, montée des groupes armés remettant en question le « contrat social » - constitue une épreuve à laquelle toute société politique peut se trouver exposée, dans la mesure où elle la confronte à ses peurs les plus fondamentales et à ses propres limites. Elle contraint une société à rappeler ce contre quoi la politique, comme institution, prend tout son sens : endiguer la dissolution du lien politique, elle-même capable d’engendrer une crise du sens et du symbolique, ou la perte de foi en un avenir commun.

Cette question occupe une place centrale, et avec une acuité particulière, en Haïti, où la désintégration progressive des institutions, l’extension des territoires contrôlés par des groupes armés et l’effondrement du tissu social produisent une crise multidimensionnelle sans précédent dans l’histoire contemporaine du pays. Toute l’histoire nationale est traversée par la violence et par les tentatives de sortie -depuis la lutte pour l’indépendance jusqu’aux formes inédites de coercition que connaît le pays aujourd’hui, en passant par les régimes autoritaires des XIXe et XXe siècles. Cette sédimentation historique de la violence n’a jamais été pleinement surmontée ; elle constitue le fond sur lequel s’inscrivent les crises contemporaines.

C’est dans le prolongement de l’atelier Kick-off tenu le 16 avril 2026 à Port-au-Prince -qui a réuni philosophes, sociologues, psychologues cliniciens, anthropologues, juristes, spécialistes des sciences de l’éducation et historiens de l’art autour d’une réflexion commune sur les mécanismes de production et de reproduction de la violence, que le LADIREP et la DRUEH lancent le présent appel à communication. Il s’agit d’approfondir, d’élargir et de mettre à l’épreuve critique les pistes analytiques dégagées lors de ce premier moment de travail collectif, en ouvrant la réflexion à la communauté scientifique haïtienne et internationale.

Le pari de ce colloque est que penser la violence avec rigueur est déjà un geste politique, et que cette pensée doit rester ancrée dans la réalité vécue des personnes affectées sans jamais perdre de vue les structures qui produisent et reproduisent cette réalité. Il s’agit, en somme, d’interroger la convertibilité de la violence en lien de civilité et les conditions, théoriques comme pratiques, d’une telle conversion.

Par « sortie de la violence », on n’entend pas ici un état final, un point d’arrêt une fois pour toutes atteint, mais un processus toujours recommencé : désarmement et démobilisation, certes, mais aussi resymbolisation du lien politique, réinstitutionnalisation de l’État et de ses garanties, réparation des personnes et des collectifs affectés, et reconstruction des conditions d’une coexistence non anomique. Le colloque entend interroger cette pluralité de sens, sans en imposer une définition close, et la mettre à l’épreuve des situations concrètes que les communications donneront à voir.

Plusieurs axes sont ouverts afin de recevoir les diverses propositions qui testeront les différentes modalités de sortie de la violence.

Axes thématiques

Axe 1. Fondements symboliques et politiques de la violence

Le symbolique comme événement fondateur ; la pulsion et ses rapports ambivalents à la destruction et à la création ; la fragilité constitutive des sociétés politiques ; la question de la tyrannie originaire ; le rapport entre conflit légitime et perversion du conflit ; violence et effondrement du commun.

Axe 2. Violence structurelle, marginalité et économie politique

Néolibéralisme et production systémique de la marginalité ; les marginaux comme population fonctionnelle au marché ; jeunesse, précarité et engagement dans les groupes armés ; luttes contre la corruption comme condition de sortie.

Axe 3. Violence vécue : trauma, subjectivité et projet de vie

Psychotraumatisme et reconstruction psychique ; précarité totalisante et effondrement de la capacité à se projeter ; banalisation des situations extrêmes ; enfants impliqués dans les groupes armés : causes, cadres conceptuels et voies de réinsertion.

Axe 4. Intervention, accompagnement et réparation

Accompagner des victimes exposées à leurs agresseurs ; déplacement forcé et hiérarchies implicites de la valeur des vies ; création d’espaces sûrs ; la parole comme fonction thérapeutique et politique.

Axe 5. Mémoire, patrimoine et transmission

Anthropologie historique des ruptures haïtiennes depuis les années 1980 ; effondrement du monde rural et désagrégation des solidarités traditionnelles ; violence contre les patrimoines matériels et immatériels ; production artistique en contexte d’insécurité.

Axe 6. Justice, institutions et sortie de la violence

Justice transitionnelle et justice différenciée ; les limites du droit pénal haïtien face à une violence dont il est aussi le produit ; espaces hors droit ; institutions à reconstruire ; dignité humaine comme horizon normatif commun ; tension entre temporalité de l’urgence et temporalité du long terme.

Axe 7. Expériences de sortie de la violence : justice, pardon et réconciliation

Cet axe interroge les dispositifs de justice transitionnelle mobilisés dans les processus de sortie de la violence : justice et réconciliation, pardon et amnistie, rôle des institutions dans la consolidation de la paix. Il s’agit d’examiner comment les sociétés en sortie de conflit articulent l’exigence de justice (rétributive ou restaurative) avec les impératifs politiques de réconciliation, et comment les mécanismes d’amnistie ou de grâce s’y négocient sans compromettre le travail de mémoire.

Trois sous-axes peuvent structurer les contributions :

  • Justice et réconciliation : tensions entre lutte contre l’impunité et apaisement social  ;
  • Pardon et amnistie : conditions et limites de leur légitimité dans les processus de sortie de crise ;
  • Institutions et sortie de la violence : rôle des commissions vérité, tribunaux hybrides et réformes institutionnelles dans la consolidation démocratique ;

Cette liste n’est pas exhaustive : toute proposition articulant, de façon originale, une des dimensions de la sortie de la violence sera examinée avec attention, y compris à la croisée de plusieurs axes.

Une attention particulière sera portée aux communications articulant réflexion critique et expérience de terrain : recherche-action, études de cas, retours d’intervention ou de pratique clinique, sociale ou juridique, dans la mesure où ces contributions permettent d’ancrer l’analyse dans les situations concrètes qu’elle prétend éclairer.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (titre, résumé de 300 à 500 mots, 5 mots-clés, brève notice bio-bibliographique) sont à adresser au comité d’organisation aux adresses suivantes : secretariat.ladirep@ueh.edu.ht ladirep.appel@ueh.edu.ht / ladirepueh@gmail.com. Chaque proposition devra expliciter le questionnement qu’elle porte, l’approche méthodologique retenue et sa contribution potentielle à la réflexion collective de l’atelier.

Les langues de travail du colloque sont le français et le créole haïtien.

Calendrier prévisionnel

  • Date limite d’envoi des propositions : 24 septembre 2026

  • Notification aux auteurs : 02 octobre 2026
  • Date et lieu du colloque : 15-16 octobre 2026

Modalités de participation

  • présentiel / hybride

Comité d’organisation

  • Edelyn DORISMOND (directeur du LADIREP, Université d’État d’Haïti ; Collège International de Philosophie, Paris)
  • Jean-Waddimir GUSTINVIL (LADIREP, Université d’État d’Haïti)
  • Odonel PIERRE-LOUIS (LADIREP, Université d’État d’Haïti)
  • Ronald Jean-Jacques (LADIREP, Université d’ État d’ Haiti)

Comité scientifique

  • Edelyn DORISMOND (directeur du LADIREP, Université d’État d’Haïti ; Collège International de Philosophie, Paris)
  • Jean-Waddimir GUSTINVIL (LADIREP, Université d’État d’Haïti)
  • Odonel PIERRE-LOUIS (LADIREP, Université d’État d’Haïti)
  • John PICARD (LADIREP, Université d’État d’Haïti)
  • Kepler AURELIEN (LADIREP, Université d’État d’Haïti)
  • Matthieu RENAULT ( Université Toulouse Jean-Jaurès)
  • Jean Yves Marie BLOT(LADIREP, Université d’État d’Haïti)
  • Jean Hérold PAUL (LADIREP, Université d’État d’Haïti)
  • Seloua Luste Boulbina (Chercheuse associée au LCSP, Université Paris cité)

Comité constitué autour du LADIREP (Laboratoire Langages, Discours et Représentation) et de la DRUEH (Direction de la Recherche de l’Université d’État d’Haïti), dans le cadre du Programme d’ Appui institutionnel ARES-PAR2.

Places

  • Campus Limonade Cap-Haitien - Universite d' Etat d'Haiti
    Cap-Haïtien, Haiti
  • 21, rue Rivière
    Port-au-Prince, Haiti

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Keywords

  • violence, guerre civile, effondrement de l’ État

Contact(s)

  • Edelyn Dorismond
    courriel : edelindorismond [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

Edelyn Dorismond, Jean Waddimir Gustinvil, « Sortir de la violence », Call for papers, Calenda, Published on Monday, August 10, 2026, https://doi.org/10.58079/16npp

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