Abstract
Dans un contexte de raréfaction de la ressource en eau et de prise de conscience politique du changement climatique et de ses effets, cette thèse s’intéresse aux transformations des modes de gestion de l’eau dans les Pyrénées occidentales depuis les années 1950, et aux enjeux propres à la reconnaissance de ces savoirs. À partir d’une approche située à l’intersection de l’histoire environnementale et de l’ethnologie, elle analyse les pratiques d’irrigation héritées et les savoirs écologiques traditionnels associés aux socio-hydrosystèmes montagnards. Le projet est d’étudier les processus d’effacement, de transmission, de réactivation via les dynamiques de patrimonialisation de ces pratiques face aux mutations agricoles, aux politiques d’aménagement et aux nouvelles politiques d’adaptation climatique.
Announcement
Caractéristiques du contrat
- Contrat : contrat doctoral
- Temps de travail : temps complet
- Durée du contrat : CDD de 36 mois
Problématique de recherche
Les ressources en eau sont au cœur des politiques de gestion de l’environnement montagnard, dans un contexte de raréfaction et de concurrence pour leur accès (Aubriot, 2025). Ce constat est étayé par les données relatives aux cours d’eau de montagne : elles témoignent de l’affaiblissement des débits annuels des rivières des Pyrénées (jusqu’à -15% d’ici 2040, voire -20% à la fin du siècle) dont les effets sont augmentés par une saisonnalité plus marquée, caractérisée par des périodes estivales plus longues et plus sèches (Sanchez-Perez et Sauvage, 2024). L’état actuel et futur de la ressource en eau représente donc une préoccupation majeure, dont s’empare différents champs savants. Dans ce contexte, les travaux portés par la chaire PCITER interrogent les évolutions des emprises humaines sur les milieux naturels et le rôle des sociétés dans la construction des écosystèmes. Combinant aspects culturels et naturels, la chaire contribue à nourrir la réflexion sur la façon dont le patrimoine culturel immatériel peut constituer une ressource pour faire face aux enjeux du changement climatique. Cette thèse propose d’élaborer une cartographie fine des pratiques d’irrigation héritées et de la gestion traditionnelle de l’eau en contexte pyrénéen, puis d’étudier les processus d’effacement, de résurgence, de préservation et de patrimonialisation dont elles font l’objet.
Les pratiques d’irrigation héritées et la gestion traditionnelle de l’eau en montagne, éléments vitaux pour les populations valléennes, se distinguent par leur adaptabilité et leur capacité à assurer une gestion durable de l’eau dans des conditions de pénurie et dans des zones complexes ou marginales. Elles sont désormais considérées comme un rempart important pour atténuer les effets du changement climatique, lutter contre l’abandon des zones rurales et de montagne, entretenir les paysages et limiter les risques naturels. Cependant, avec l’essor des techniques modernes, de nombreuses zones cultivées traditionnellement, en particulier dans les régions montagneuses et isolées, ont été abandonnées. Aussi l’UNESCO (Directives opérationnelles 2022 de l’UNESCO, VI.3) souligne l’importance de reconnaître ces pratiques en tant que patrimoine culturel immatériel participant à la durabilité environnementale : ces techniques devraient être connues, comprises et stimulées pour assurer leur préservation. Les récents travaux de recherche sur le patrimoine soulignent à cet effet la place grandissante accordée aux enjeux de durabilité et de résilience (Bortolotto et Skounti, 2024 ; Bortolotto, 2025).
Méthodologie
Le projet se situe à l’intersection de l’histoire de l’environnement et de l’anthropologie des formes et pratiques de gestion des ressources naturelles. Il appartiendra au·à la candidat·e de se situer dans cet espace, en fonction de sa formation et de ses spécialisations. Il s’agit d’abord de mener un travail d’archives sur les techniques et politiques de la gestion de l’eau, les pratiques et leur encadrement, leur prise en compte progressive par les agences spécialisées (UNESCO) en questionnant les enjeux de cette reconnaissance institutionnelle. La recherche s’intéresse à la pérennité de savoirs locaux dans la gestion des ressources naturelles, et combine donc à l’approche sur sources un travail ethnologique de terrain. En mobilisant l’espace des Pyrénées occidentales, notamment les vallées du Haut-Béarn, il s’agit ici de proposer une approche axée sur la nature dynamique des savoirs traditionnels (Traditional Ecological Knowledge, TEK) de ces écosystèmes, pour comprendre les mécanismes mis en œuvre par les communautés pour faire face à la variabilité et aux changements environnementaux. L’agentivité des acteur·ices (quels sont les mécanismes utilisés par les sociétés pyrénéennes, gestionnaires du milieu montagnard, pour régénérer et transmettre des savoirs liés aux socio-hydrosystèmes face à la modernisation ?) mais aussi le rapport des services de l’État aux savoirs écologiques traditionnels seront étudiés. Le champ des TEK propose un regard renouvelé sur les modèles de forme de durabilité environnementale au sein de communautés pour comprendre les interrelations qui s’opèrent entre diversité biologique et diversité culturelle (Nelson et Shilling, 2018). S’agissant de l’eau, le regard se déplace vers l’analyse des facteurs et des conditions qui préservent ou qui compromettent la capacité des populations à s’adapter et à régénérer ces savoirs, face à l’évolution des conditions environnementales et socio-économiques (Gómez-Baggethun et Reyes-García, 2013).
Le cœur de la thèse se situe des années 1950 (accélération de la mécanisation des campagnes, montée en puissance de l’ingénierie appliquée aux milieux montagnards) aux années 2020, période de prise de conscience par les institutions publiques de « l’urgence climatique et environnementale » (Parlement européen, novembre 2019). Il s’agira de comprendre les changements de statuts de pratiques devenues objets de politiques de conservation et de patrimonialisation.
Contexte
La thèse est financée dans le cadre d’un projet de recherche financé par la Région Nouvelle‑Aquitaine, APPEM : « Le patrimoine de l’eau en montagne : approche participative et co‑construction des savoirs patrimoniaux et environnementaux en contexte de changement climatique ». Etabli pour trois ans (2026-2029), le projet rassemble différentes unités de recherche : Geolab UMR 6042 (Université de Limoges), UMR 7266 LIENSs (Université de la Rochelle), mais également plusieurs institutions locales (le Pays d’Art et d’Histoire des Pyrénées béarnaises, le Parc National des Pyrénées, l’EPCC CIRDOC-Institut occitan de cultura et le Syndicat mixte des gaves Oloron, Aspe, Ossau et leurs affluents (SMGOAO). Ce projet s’intéresse aux systèmes d’irrigation traditionnels et aux utilisations passées et présentes de l’eau dans les Pyrénées occidentales (Pyrénées‑Atlantiques et Hautes‑Pyrénées) afin de préparer l’avenir, en offrant une vision plus holistique des enjeux (environnementaux, sociaux, économiques, etc.) et une approche plus systémique des solutions à travers le paradigme de la résilience (Barontini et Cazzani, 2020). Il souhaite ainsi répondre aux enjeux de gestion de l’eau, de résilience climatique et de préservation du patrimoine culturel immatériel en milieu montagnard.
Profil académique
- Master en anthropologie/ethnologie, histoire ou dans le champ des sciences humaines ;
- Expérience en traitement de corpus d’archives et en méthodes d’enquête qualitative (entretiens, observations, questionnaires, analyse de données).
- Connaissance des enjeux liés à l’eau et/ou à la gestion des ressources naturelles appréciée.
- Capacités d’analyse, de rédaction scientifique et de communication des résultats à différents publics (scientifiques, praticiens, décideurs, citoyens).
- Autonomie, esprit collaboratif et aptitude au travail interdisciplinaire.
Spécificité du poste
Ce poste est basé au laboratoire ITEM de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, sous la codirection de Mathilde Lamothe, CPJ anthropologie, et de Loïc Artiaga, PR en histoire contemporaine (UR ITEM EA 3002). Il nécessite des déplacements dans les vallées pyrénéennes (essentiellement Pyrénées‑Atlantiques mais des déplacements sont aussi à prévoir dans les Hautes-Pyrénées) et des déplacements nationaux (séminaires, colloques, etc.) dans le cadre de la thèse.
Moyens
Le ou la doctorante bénéficiera d’un contrat doctoral de droit public établi par l’UPPA. Les moyens matériels nécessaires au bon déroulement du travail de thèse seront mis à disposition du doctorant ou de la doctorante : bureau, connexion internet et imprimante sur le lieu d’affectation principal.
Modalités de candidature
Les candidat·es doivent constituer un document pdf unique avec :
- CV d’une à deux pages ;
- Lettre de présentation ;
- Relevés de notes de licence et master de M1 et M2 ; si le Master n’est pas encore validé au moment de la candidature, fournir des éléments attestant qu’il sera validé en septembre 2026 au plus tard ;
- Développement en 2500 signes de leur manière d’aborder le projet, en fonction de leur profil scientifique ;
- Copie d’un document d’identité.
Modalités de dépôt et calendrier
Les candidatures doivent être adressées par mail à mathilde.lamothe@univ-pau.fr et loic.artiaga@univ-pau.fr.
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Date limite de candidature : 31 août 2026 ;
- Auditions : 1ère semaine de septembre 2026 ;
- Résultats : avant le 15 septembre 2026 ;
- Début du contrat : 1er octobre 2026 ;
Références
Aubriot Olivia, Une eau sans partage : vers la fin des systèmes d’irrigation paysans, Louvain la Neuve, Academia-EME, 2025.
Barontini Stefano et Alberta Cazzani, « Lake Garda lemon houses : a mediterranean landscape in an internal lake », in Laura Bonora et al., Monitoring of Mediterranean Coastal Areas. Problems and Measurement Techniques, 2020, p. 183-193.
Bortolotto Chiara, Will heritage save us? Intangible cultural heritage and the sustainable development turn, Cambridge, Cambridge University Press, 2025.
Bortolotto Chiara et Ahmed Skounti (dir.), Intangible cultural heritage and sustainable development: inside a UNESCO convention, London, ROUTLEDGE, 2024.
Bouisset Christine, Sylvie Clarimont et Isabelle Degrémont, « Changements climatiques et vulnérabilité des territoires : regards de montagnards sur l’évolution des risques et l’adaptation dans deux vallées pyrénéennes », Journal of Alpine Research, Revue de géographie alpine, n°106, vol. 3, 2018.
Casciarri Barbara et Mauro Van Aken, « Anthropologie et eau(x) affaires globales, eaux locales et flux de cultures », Journal des anthropologues, vol.132-133, 2013, p. 15-44.
Gómez-Baggethun Erik et Reyes-García Victoria, « Reinterpreting change in traditional ecological knowledge », Human Ecology, 2013, vol. 41, p. 643-647. doi: 10.1007/s10745-013-9577-9
Nelson Melissa K. et Daniel Shilling (dir.), Traditional Ecological Knowledge: Learning from Indigenous Practices for Environmental Sustainability, Cambridge University Press, 2018.
Sanchez-Perez J.M. et S. Sauvage, « Évolution historique, état des ressources hydriques présentes et à venir dans les Pyrénées », actes des journées scientifiques du Parc national des Pyrénées, 2024, p. 8-10.
Places
- UPPA, Institut Claude Laugénie, avenue du Doyen Poplawski, 64000 Pau
Pau, France (64)
Attached files
Keywords
- gestion de l’eau, savoirs écologiques traditionnels (TEK), patrimoine culturel immatériel, histoire environnementale, Pyrénées occidentales
Contact(s)
- Loïc Artiaga
courriel : loic [dot] artiaga [at] univ-pau [dot] fr - Mathilde Lamothe
courriel : mathilde [dot] lamothe [at] univ-pau [dot] fr
Reference Urls
License
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To cite this announcement
« Savoirs écologiques et patrimoniaux de la gestion de l’eau dans les Pyrénées occidentales (1950–2020) », Scholarship, prize and job offer, Calenda, Published on Tuesday, August 11, 2026, https://doi.org/10.58079/16nrx
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