Abstract
Cet appel s’intéresse aux conditions de réussite, de pertinence et d’ajustement des discours dans l’espace social contemporain. Face à la multiplication des canaux, à l’avènement du numérique et à la fragmentation des publics, le concept traditionnel d’adéquation communicationnelle doit être profondément refondu. Le projet explore comment les messages s’adaptent, se négocient ou se fragmentent face aux mutations structurelles de nos environnements informationnels.
Announcement
Argumentaire
Le structuralisme et les approches formelles de la langue ont longtemps confiné l’analyse linguistique à l’immanence textuelle. Dans cette perspective héritée du modèle linéaire de Shannon et Weaver (1949), le contexte est réduit à une variable périphérique et descriptive (qui parle, à qui, où, quand), censée éclairer un sens préconstruit par le seul code linguistique. L’adaptation discursive y est perçue comme un vernis stylistique secondaire ou une soumission mécanique à des règles de politesse au sein d’un décor figé.
À l’inverse, ce projet postule que l’adéquation est une force motrice : une tension dialectique permanente entre le dire et son écologie (Haugen, 1972 ; Rastier, 2011) qui engendre, sature et transforme le sens en temps réel. Face à la complexité des mutations discursives contemporaines — caractérisées par la délinéarisation numérique, l’automatisation par les intelligences artificielles et la récurrence des crises info-communicationnelles —, il devient impératif d’élever l’« adéquation communicationnelle » au rang de concept théorique opératoire, dynamique et multidimensionnel.
Pour mesurer la portée de cette démarche, il convient de situer le concept par rapport aux cadres théoriques qui l’ont balisé. D’abord, la notion de « compétence communicative » (Hymes, 1972) a rappelé l’importance des règles socioculturelles dictant le comportement langagier en contexte. Ensuite, l’adéquation fonctionnelle (functional adequacy, Pallotti, 2009), mobilisée par la linguistique appliquée et la didactique des langues dans le cadre de l’approche actionnelle, a introduit un descripteur technique pour évaluer l’efficacité pragmatique d’un énoncé face à une tâche donnée. Enfin, en fondant le concept d’« adéquation sociocognitive », Labasse (2015, 2020) a franchi un cap décisif en démontrant comment la pertinence discursive émerge de la rencontre entre le rapport effort-effet et l’acceptabilité sociale d’un énoncé.
La plus-value de ce projet réside dans le dépassement dialectique de ces modélisations. Là où cette tradition scientifique envisage encore l’adéquation comme une compétence individuelle, une conformité passive à des contraintes extérieures (lieu, moment, statuts) ou un simple calcul d’optimisation informationnelle, nous proposons de l’ériger en une grille de lecture globale, systémique et bidirectionnelle. Nous appréhendons l’adéquation comme le lieu d’une co-détermination permanente entre le discours et son écosystème. Le sens n’est plus un produit fini encodé dans un canal, mais le résultat d’un ajustement continu par lequel les acteurs modifient et créent leur propre environnement communicationnel. En articulant de manière systématique les dimensions cognitive, technodiscursive, intentionnelle et institutionnelle, cette théorie unifiée permet d’analyser la performance du sujet parlant ainsi que les transformations macro-discursives contemporaines.
Cette approche théorique s’appuie sur une décennie de recherches empiriques (2016-2026) croisant terrains sensibles (post-vérité, crises informationnelles) et mutations technologiques (plateformisation, IA génératives). La convergence de ces observations permet aujourd’hui de formaliser une grille d’analyse transposable, structurée autour de quatre critères fondamentaux et interdépendants : le récepteur, le média, l’objectif et le statut. Cette approche est rigoureusement systémique : ces critères ne s’additionnent pas, mais agissent comme des forces dynamiques qui se saturent et se surdéterminent mutuellement. Pour mettre à l’épreuve, enrichir et déployer ce modèle, nous sollicitons des contributions originales s’inscrivant dans l’un des quatre axes suivants.
Axe 1 : L’adéquation au récepteur
Il s’agit d’interroger la manière dont les conditions cognitives et émotionnelles des publics contemporains redéfinissent la réception du message.
- Impact de la surcharge cognitive sur la perception de la pertinence des messages.
- Stratégies d’adaptation de la communication face à des audiences fragmentées et émotives.
- Analyse de la réception conflictuelle à travers le décodage d’opposition de Stuart Hall.
- Effets du ciblage automatisé des énoncés sur la construction de l’opinion publique.
- Adaptation de la structure textuelle face à l’épuisement attentionnel de l’usager.
Axe 2 : L’adéquation au média
Cet axe étudie l’impact, les limites et le potentiel des supports numériques et des environnements computationnels dans le processus de communication.
- Mutations de la structure textuelle et de la concentration du sens dans les contenus brefs.
- Rôle des dispositifs numériques dans la construction de l’éthos.
- Nouvelles dynamiques de l’énonciation au sein des environnements virtuels et tridimensionnels.
- Ajustements langagiers de l’humain lors de l’interaction avec les intelligences artificielles.
- Sémiotique des interfaces, affordances et design des plateformes.
- Hybridations technodiscursives.
Axe 3 : L’adéquation à l’objectif
Cette perspective d’étude est dédiée à l’évaluation de la performance du discours au regard des visées stratégiques, parfois complexes ou détournées, du locuteur.
- Gestion et fonctions de l’imprécision dans les discours de crise, diplomatiques et marketing.
- Analyse des processus par lesquels le récit et l’émotion supplantent le fait.
- Stratégies de subversion, de détournement et de déstabilisation des discours dominants.
- Ajustement et formatage du discours pour optimiser la visibilité et le référencement.
- Inondation informationnelle et occultation du débat.
- Procédés de codage, de double sens et de rétention d’informations dans l’énonciation.
- Ethique des stratégies discursives et manipulation.
Axe 4 : L’adéquation au statut
Par ce volet d’analyse, il sera question d’examiner la légitimité de la source énonciative, qu’elle soit humaine, institutionnelle ou artificielle.
- Mécanismes de construction d’une autorité scientifique ou technique alternative en ligne.
- Tensions entre l’autorité formelle et les nouvelles exigences d’authenticité numérique.
- Processus d’humanisation et de configuration identitaire des intelligences artificielles.
- Stratégies discursives de construction de l’éthos d’authenticité des influenceurs et des créateurs de contenus.
- Mécanismes de décrédibilisation de la parole institutionnelle par les contenus amateurs.
Cet appel adopte une posture résolument transdisciplinaire. Nous sollicitons des contributions issues des sciences du langage, des sciences de l’information et de la communication, des humanités numériques, de la psychologie sociale et cognitive, ainsi que de la sociologie critique et des études interculturelles afin de croiser les regards sur ces dynamiques de l’adéquation.
Modalités de soumission
Format des propositions : Les contributeurs sont invités à envoyer une proposition d’article en langue française. Celle-ci doit comprendre un titre, un résumé (de 500 mots et 5 mots-clés maximum) présentant la problématique, le cadre théorique, le corpus étudié et l’axe visé. Ils devront aussi inclure une brève notice biographique précisant leur affiliation institutionnelle et leurs publications récentes.
Envoi des propositions : Les propositions de contribution doivent être envoyées au format Word à l’adresse suivante : hayatou.djoulde15@yahoo.fr,
avant le 15 octobre 2026.
Calendrier prévisionnel
- 10 août 2026 : Diffusion de l’appel à contributions.
- 15 octobre 2026 : Date limite de réception des propositions de résumés.
- 30 novembre 2026 : Notification aux auteurs.
- 28 février 2027 : Date limite de réception des articles complets (entre 25 000 et 35 000 signes, espaces compris).
- 31 mai 2027 : Retour des expertises et demandes de corrections.
- Fin août 2027 : Parution de l’ouvrage.
Responsable du projet
- Pr Hayatou Djouldé, Maitre de Conférences - Equipe de recherche Langues, Dynamiques et Usages (ER-LDU) Université de Ngaoundéré (Cameroun)
Comité scientifique
- Alphonse Joseph Tonyè, Professeur, Université de Yaoundé 1
- Joseph Ndinda, Professeur, Université de Ngaoundéré
- Paré Daouda, Professeur, Université de Ngaoundéré
- Calaina Théophile, Professeur, Université de Ngaoundéré
- Wounfa Jean-Marie, Professeur, Université de Ngaoundéré
- Yaoudam Elisabeth, Professeure, Université de Ngaoundéré
- Assana Brahim, Professeur, Université de Ngaoundéré
- Falna Taubic, Professeur, Université de Ngaoundéré
- Mairama Rosalie, Professeure, Université de Maroua
- Guemdjom Kengne Candice, Maitre de Conférences, Université de Ngaoundéré
- Abaikaye David, Maitre de Conférences, Université de Garoua
- Amina Goron, Maitre de Conférences, Université de Maroua
- Tchakounté Franklin, Maitre de Conférences, Université de Ngaoundéré
- Fendji Ebongue Jean-Louis, Maitre de Conférences, Université de Ngaoundéré
- Ngo Eloma Marie Madeleine, Maitre de Conférences, Université de Ngaoundéré
- Farikou Amadou, Maitre de Conférences, Université de Ngaoundéré
- Hayatou Djouldé, Maitre de Conférences, Université de Ngaoundéré
- Ngono Simon, Maitre de Conférences, Université de La Réunion
- Warayanssa Wawoune, Maitre de Conférences, Université de Garoua
- Hounda Alice, Maitre de Conférences, Université de Maroua
- Dzene Edzegue Joseph Bertrand, Chargé de Cours, Université de Bertoua
- Fofack Fulbert, Chargé de Cours, Université d’Ebolowa
- Moussa Adamou, Chargé de Cours, Université de Ngaoundéré
- Ngodji Léopold, Chargé de Cours, Université de Garoua
Comité de lecture
- Dr Yadji Paul
- Dr Yepdia Leundjeu Walter
- Dr Taibé Marcel
- Dr Meutou Helène
- Dr Ngaouri Landry
- Dr Taiwé Fulbert
- Dr Mafou Daboulé Irène
- Dr Hamidou Baibavou
- Dr Kaladzavi Daniel
- Dr Maioua Maioua Jean Clément
- M. Benga Tchouta
Bibliographie indicative
Citton, Y. (2014). Pour une écologie de l’attention. Paris : Seuil.
Hall, S. (1994). « Codage/Décodage ». Réseaux, vol. 12, n° 68, p. 27-39.
Haugen, E. (1972). The Ecology of Language. Stanford : Stanford University Press. Hayatou, D. (2017). « La construction de l’ethos dans le discours médical médiatisé ». Revue Algérienne des Sciences du Langage, n° 4, pp. 32-41.
Hayatou, D. (2023). « La pathémisation ou l’argumentation ad passiones dans le discours de presse sur la Covid-19 ». Revista Eletrônica de Estudos Integrados em Discurso e Argumentação, vol. 23, n° 1, p. 79-92.
Hymes, D. (1972). « On Communicative Competence ». Sociolinguistics. Baltimore : Penguin Books, p. 269-293.
Labasse, B. (2020). Le mirage de l’écriture : Éléments pour une économie politique de la lisibilité. Limoges : Lambert-Lucas.
Mercier, A. (dir.) (2024). L’Autorité de la parole : Légitimités, crises et recompositions en contexte numérique. Paris : CNRS Éditions.
Metangmo-Tatou, L. (2019). Pour une linguistique du développement : Dynamiques linguistiques, écritures et contextes en Afrique subsaharienne. Limoges : Lambert-Lucas.
Pallotti, G. (2009). « An operational definition of the functional adequacy of L2 oral discourse ». European Journal of Applied Linguistics, vol. 1, n° 1, p. 57-75.
Paveau, M.-A. (2017). L’analyse du discours numérique. Dictionnaire des formes et des pratiques. Paris : Hermann.
Places
- Ngaoundéré, Cameroon
Attached files
Keywords
- adéquation communicationnelle, analyse du discours, écologie discursive, technodiscours, transdisciplinarité
Contact(s)
- HAYATOU DJOULDE
courriel : hayatou [dot] djoulde15 [at] yahoo [dot] fr
License
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To cite this announcement
« Refonder l'adéquation communicationnelle : écologies, formes et interactions discursives », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, August 11, 2026, https://doi.org/10.58079/16ns2
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