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Speaking to Dominate ? Words, Discourse, and Power Plays

Parler pour dominer ? Paroles, discours et rapports de pouvoir

Revue Autrepart n°76

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Published on Monday, June 30, 2014 by João Fernandes

Summary

L’analyse des pratiques langagières en situation constitue un révélateur des relations sociales, tout particulièrement de l’instauration de rapports de force ou de hiérarchie. Le pouvoir porté par les mots est connu, notamment des médias et des politiques. Mais ces mots ne prennent généralement sens que dans le contexte dans lequel ils ont été énoncés, et leur pouvoir n’est effectif que lorsqu’ils sont articulés au sein d’un discours lié à une situation de communication particulière. Si ces questionnements se sont trouvés à l’intersection de disciplines telles que l’anthropologie, la linguistique et la philosophie, ils concernent des objets de recherche et des concepts intéressant d’autres domaines des sciences humaines et sociales. Relations de genre, de générations, revendications autochtones, politiques, religieuses ou linguistiques sont ainsi autant d’objets d’études qui mettent en jeu la question du pouvoir et celles de la capacité d’agir des interlocuteurs, ainsi que de l’efficacité de la parole.

Analyzing speech practices in context provides valuable insights into social interactions, in particular power or hierarchical relations. The power of words is well known, especially in media and politics. But these words only become meaningful when articulated, and their power is only effective within a specific discourse tied to a particular performance context. While these questions have crossed disciplines such as anthropology, linguistics, and philosophy, they are also pertinent to other areas of the social sciences and humanities. Gender and generational relations, or the assertion of indigenous, political, religious, and linguistic affiliations, are important subjects of study that highlight questions of power, ability to act, and the effectiveness of words.

Announcement

Argumentaire

L’analyse des pratiques langagières en situation constitue un révélateur des relations sociales, tout particulièrement de l’instauration de rapports de force ou de hiérarchie. Le pouvoir porté par les mots est connu, notamment des médias et des politiques. Mais ces mots ne prennent généralement sens que dans le contexte dans lequel ils ont été énoncés, et leur pouvoir n’est effectif que lorsqu’ils sont articulés au sein d’un discours lié à une situation de communication particulière. En ceci, les rapports de pouvoir et les stratégies de domination ne passent pas seulement par des actes mais aussi par la parole sous ses formes les plus diverses : nommer, élaborer un discours politique ou religieux, avoir recours à une langue particulière dans un contexte de politique linguistique tendu sont autant de lieux d’exercice du pouvoir dans ses liens à la parole. Si ces questionnements se sont trouvés à l’intersection de disciplines telles que l’anthropologie, la linguistique et la philosophie, ils concernent des objets de recherche et des concepts intéressant d’autres domaines des sciences humaines et sociales. Relations de genre, de générations, revendications autochtones, politiques, religieuses ou linguistiques sont ainsi autant d’objets d’études qui mettent en jeu la question du pouvoir et celles de la capacité d’agir des interlocuteurs, ainsi que de l’efficacité de la parole.

Ces problématiques se posent de façon nouvelle dans les sociétés des Suds, où des réformes politiques aussi importantes que les processus de décentralisation, des changements de régime, peuvent être le lieu de discours tendant à l’appropriation du pouvoir, ou encore de luttes syndicales usant de stratégies discursives particulières ; où la langue de l’administration, de l’école, des services de santé ou d’autres services publics de base peut être exclusive dans un contexte plurilingue ; où la mise en place de projets de développement participatifs ou communautaires présuppose une certaine circulation de la parole ; où les noms de lieux peuvent également être l’objet de stratégies d’appropriation du foncier, pour ne citer que ces exemples.

Le pouvoir a en effet partie liée à la parole et, plus la société est hiérarchisée, plus l’accès à la parole est codifié. Mais si le statut social peut offrir un droit à la parole, ceux qui sont censés être sujets à une forme de domination ont également la possibilité, notamment par des pratiques langagières qui leur sont propres, de prendre position et de faire entendre leur voix de manière subversive dans l’arène politique. Ainsi les “dominés” se créent-ils au quotidien des interstices langagiers dans les sociétés hiérarchisées, qui peuvent tant conforter l’ordre social que le remettre en cause. Le rapport à la domination peut aussi être normatif, les recherches sur ce thème ayant montré comment la contestation de la norme passe aussi par son incorporation ou sa réappropriation (Butler, Mahmood). Dans ces contextes, le chercheur peut lui-même se trouver dans un processus dont il ne maîtrise pas toujours les enjeux, voire être manipulé par les interlocuteurs qui l’utilisent à des fins dont il n’a pas toujours conscience. Une approche réflexive est donc encouragée dans les contributions qui seront proposées.

Axes thématiques

Les axes thématiques suivants pourront être abordés dans ce numéro de manière indépendante ou en lien les uns aux autres. Ces thèmes n’entendent pas exclure d’autres entrées possibles. Les contributions, qui pourront être issues de toutes les disciplines des sciences sociales, se baseront sur des enquêtes de terrain menées dans différents pays du Sud.

Un premier questionnement interroge la manière dont le langage est susceptible de devenir à la fois le moyen d’exercer un pouvoir ou une domination sur autrui par une série de manipulations, et l’objet de ces manipulations. Les discours politiques et religieux, la construction de discours historiques mettant en jeu la mémoire d’un peuple ou d’une nation en paraissent l’illustration même, tant par leurs conditions d’élaboration que par les contextes dans lesquels ils sont dits et les effets attendus sur leurs auditoires. Mais les stratégies de domination par l’intermédiaire du langage peuvent s’exercer par d’autres voies, observables dans des situations à plus petites échelles telles que les salutations, les secrets cancans ou rumeurs, ou des énoncés langagiers du quotidien dans lesquels se jouent les identités des interlocuteurs. Des contributions interrogeant les pratiques de nomination des hommes, des lieux ou des objets seront également attendues dans cet axe : nommer peut en effet être le moyen d’exercer un pouvoir sur autrui, mais aussi de contrer ou de tourner en dérision ce même exercice du pouvoir. Dans cette perspective, on se demandera également si des créations linguistiques comme l’argot ou le verlan, ou artistiques (rap, slam…), qui peuvent participer d’une démarche d’émancipation par rapport au pouvoir, notamment étatique, ne relèvent pas elles-mêmes de logiques de domination.

La maîtrise de la langue est un élément déterminant dans l’instauration de relations de pouvoir, que les interlocuteurs parlent des langues ou utilisent des registres différents (par exemple professionnels). La connaissance de la langue des bailleurs ou d’une langue locale est ainsi fondamentale dans la mise en œuvre de projets de développement, mais peut aussi avoir pour conséquence l’instauration de rapports de force ou de hiérarchie entre les différents acteurs du projet. La mise en place de politiques linguistiques (tant nationales qu’internationales, avec par exemple la francophonie) peut également concourir à la construction de relations de pouvoir par la langue. La volonté d’écrire de la littérature, dans les médias, et de publier dans sa propre langue peut elle même s’inscrire dans des stratégies linguistiques en lien ou en opposition avec le pouvoir.

Enfin, avec le développement rapide des nouvelles technologies apparaissent aujourd’hui des espaces de paroles jusqu’alors inédits dans les Suds comme l’internet et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) ou encore les SMS. Il s’agit d’interroger les représentations des situations de communication qu’impliquent ces technologies et ce qu’instaurer un rapport de force ou de domination dans ces contextes signifie. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) supposent en effet de nouveaux usages écrits et oraux des langues, tout en plaçant les paroles émises dans un contexte globalisé et transnational qui bouleverse les situations de communication « traditionnelles ». 

Conditions de soumission 

Les intentions de contributions (titre et résumé ne dépassant pas 1000 signes) doivent être adressées à la revue Autrepart 

le 30 juin 2014 au plus tard

Les articles sélectionnés devront être remis le 30 septembre 2014

Les notes de lecture sur le thème du numéro doivent être adressées à la revue Autrepart avant le 15 octobre 2014 

Merci d’envoyer vos messages à la revue à : autrepart@ird.fr avec copie à revue.autrepart@gmail.com 

Coordonnatrices scientifiques

  • Sandra BORNAND (anthropolinguiste, CNRS UMR 8135 LLACAN)
  • Alice DEGORCE (anthropologue, IRD UMR 8171 IMAF)
  • Cécile LEGUY (Professeur d’anthropologie linguistique à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3)

Argument

Analyzing speech practices in context provides valuable insights into social interactions, in particular power or hierarchical relations. The power of words is well known, especially in media and politics. But these words only become meaningful when articulated, and their power is only effective within a specific discourse tied to a particular performance context. Power relations and strategies of domination are not only expressed in actions but also in words, and in very diverse forms: Naming and elaborating a political or religious discourse, or relying on a specific language in a politically tense linguistic context, are all examples of the exercise of power in relation to words. While these questions have crossed disciplines such as anthropology, linguistics, and philosophy, they are also pertinent to other areas of the social sciences and humanities. Gender and generational relations, or the assertion of indigenous, political, religious, and linguistic affiliations, are important subjects of study that highlight questions of power, ability to act, and the effectiveness of words.

These questions are raised in a new way in societies of the Southern countries, where political reforms, such as decentralization and changes in political regimes, can become the arena for discourses regarding the appropriation of power, where union struggles use particular discursive strategies; where the official language of the administration, schools, health and other basic public services can exclude in a multilingual context ; where the implementation of participatory development projects presuppose certain wording patterns; where even place names can be the object of land ownership strategies, to name but a few examples.

Power is in fact linked to word. The more hierarchical the society is, the more the access to speech is codified. But while social status may facilitate one’s right to speak, those who are supposedly subordinate may also take a stand and make their voices heard in the political arena, especially through specific language practices. In their everyday life, those who are dominated thus create linguistic interstices that can confront, or even challenge, the social order. One’s relation to domination can also be normative; indeed, research has shown that contesting the norm also means incorporating or re-appropriating it (Butler, Mahmood). In these contexts, researchers can become involved in a process in which they do not understand the issues; they can even be manipulated by their interlocutors who use them for their own ends. We will thus encourage contributions that adopt a reflexive approach.

Main themes

The following themes can be broached in this issue, either independently or in relationship to one another. The suggested themes do not exclude other possibilities. Contributions, which can stem from all disciplines in the social sciences, should be based on fieldwork in different the Southern countries.

Topics may address the way in which language can be a tool to exercise power (or to dominate others through a series of manipulations), or the object of these manipulations. This theme is illustrated by political and religious discourses and by the construction of historical discourses that highlight the memory of a people or nation, as much by the circumstances in which they are elaborated and the contexts in which they are said, and by the expected effects on their audience. But strategies of domination through language can also be exercised in other ways, observable in smaller-scale interactions such as greeting, gossip or rumors, or everyday utterances which demonstrate the identity of the interlocutors. Contributions that focus on naming practices (humans, places, objects) can also apply to this theme: naming can indeed be a means of exercising power over others, but it can also be a way to counter or ridicule this exercise of power. With this in mind, we can explore whether language practices such as coded slang or verbal arts (rap, slam, etc.) stem from the very logic of domination and represent a form of emancipation from power, especially governmental power.

The mastery of language is key to establishing power relations, whether interlocutors speak a specific language or use different registers (e.g., professional jargon). Understanding the local language can be fundamental to the implementation of development projects, but it can also establish unequal relations of power or hierarchy between different actors in a project. Establishing a specific linguistic policy (both national and international, such as the « Francophonie »), can also generate power relations. The will to write and publish in one’s own language can also be linked to linguistic strategies that exist in conjunction with or in opposition to power.

Finally, the rapid development of new forms of technologies has led to the birth of such speech « spaces » as Internet, Facebook, Twitter hitherto unknown in the Southern countries. We should investigate the forms of communication inherent to these technologies and the nature of power relations or domination in such contexts. These new information and communications technologies (NTIC) imply new forms of writing and new forms of orality, placing words in a global and transnational context that profoundly modifies situations of traditional communication. 

Submission guidelines

Proposal (title and abstract not exceeding 150 words) must be sent to the journal Autrepart

before 30th June 2014

The articles selected have to be submitted by 30th September 2014

Book reviews on the topic of this issue must be sent to the journal Autrepart before 30th October 2014

 autrepart@ird.fr ; revue.autrepart@gmail.com

Scientific Editors

  • Sandra BORNAND (linguistic anthropologist, National Center for Scientific Research, France)
  • Alice DEGORCE (anthropologist, Institute of Research for Development, France)
  • Cécile LEGUY (Professor of linguistic anthropology, University Sorbonne Nouvelle Paris 3, France)

Date(s)

  • Monday, June 30, 2014

Keywords

  • discour, rapport de pouvoir

Reference Urls

Information source

  • Alice Degorce
    courriel : alice [dot] degorce [at] ird [dot] fr

To cite this announcement

« Speaking to Dominate ? Words, Discourse, and Power Plays », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 30, 2014, https://calenda.org/291451

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