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Les immobilités spatiales

Spatial mobilities - Géographie et cultures journal

Revue « Géographie et cultures »

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Publié le mardi 13 mars 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Les mobilités spatiales ont constitué depuis deux décennies au moins un thème majeur des sciences sociales, dans le courant de ce que certains auteurs n’ont pas hésité à qualifier de « mobility turn » (Urry). Une abondante littérature a discuté et remis en question l’hypothèse d’une « mobilité généralisée » en mettant au jour son caractère très sélectif socialement et spatialement. En outre s’est développée plus récemment encore une lecture critique de la valeur supposée de la mobilité comme ressource individuelle ou comme indicateur social ou économique à l’échelle d’une société. C’est notamment les idées de vitesse et d’accélération des modes de vie qui font de plus en plus parler et réfléchir. 

Annonce

Numéro thématique coordonné par Hadrien Dubucs et Florence Huguenin-Richard (ENeC UMR 8185 CNRS Sorbonne Université)

Présentation

Les mobilités spatiales ont constitué depuis deux décennies au moins un thème majeur des sciences sociales, dans le courant de ce que certains auteurs n’ont pas hésité à qualifier de « mobility turn » (Urry). Une abondante littérature a discuté et remis en question l’hypothèse d’une « mobilité généralisée » en mettant au jour son caractère très sélectif socialement et spatialement. En outre s’est développée plus récemment encore une lecture critique de la valeur supposée de la mobilité comme ressource individuelle ou comme indicateur social ou économique à l’échelle d’une société. C’est notamment les idées de vitesse et d’accélération des modes de vie qui font de plus en plus parler et réfléchir. En témoignent les ouvrages de philosophie et sociologie publiés sur ces thèmes : le médiatisé Du bon usage de la lenteur de P. Sansot (2000), en passant par les écrits sur le mouvement Slow (consulter Éloge de la lenteur de C. Honoré (2013), journaliste canadien expert des formes prises par le slow dans le monde), les travaux du sociologue allemand H. Rosa sur Accélération. Une critique du temps (2011) ou encore le récent essai du philosophe J. Lèbre sur Vitessesoù il montre que l’accélération du monde nous rend en fin de compte immobiles (2011). Ces quelques titres illustrent bien l’idée selon laquelle la mobilité pourrait être considérée comme excessive en intensité, en vitesse ou encore en tant qu’injonction économique et sociale. Ce glissement justifie que les sciences sociales et la géographie notamment s’intéressent dès lors à l’immobilité. Dans le champ francophone un travail pionnier a été réalisé dans le cadre d’un séminaire de recherche initié par le laboratoire Migrinter et qui a donné lieu à la publication d’un numéro de revue consacré à « l’immobilité dans la circulation » (E-Migrinter, 2013). En développant des analyses plus particulièrement dans le champ des migrations internationales et des mobilités résidentielles, ce travail montre clairement que l’immobilité ne peut pas être réduite à être l’inverse négatif des mobilités, ni nécessairement une « mobilité ratée » ou « empêchée » : l’immobilité peut être choisie, stratégique, socialement et économiquement valorisable et constituer souvent la condition d’autres mobilités au sein du groupe ou de la famille.

Ce numéro de Géographie et cultures vise à prolonger et à approfondir ces pistes de recherche, en s’attachant plus particulièrement au cas des mobilités quotidiennes. Sont ainsi appelés des textes de géographes et de chercheurs en sciences sociales dont les travaux apporteront un regard critique, questionneront les pratiques, les perceptions et les représentations des formes plurielles, socialement et spatialement, de cette immobilité parfois subie mais aussi et surtout parfois choisie.

Ainsi, l’immobilité peut être contrainte quand elle est économique (manque de moyens pour se déplacer ou déménager), physique (en lien avec l’avancée en âge, un handicap, la motilité en général), contextuelle (offre de transport faible ou inadaptée) ou juridique (comme lors d’un enfermement). S. Fol (2010) et M.-H. Bacqué (2013), mais aussi E. Ravelet (2009), R. Dargirolle (2014) ou encore J.-P. Orfeuil et F. Ripoll (2015) ont déjà étudié l’immobilité comme marqueur de la pauvreté et des difficultés d’accès à diverses ressources, ou d’inéquité socio-spatiale. L’analyse des formes particulières de « mobilités des pauvres » (Jouffe, 2014) constitue un champ de recherche structuré depuis une dizaine d’années au niveau francophone autour des travaux de Le Breton (2005), Klein et al. (2007) et Orfeuil (2004) dont les résultats empiriques comme les développements théoriques tendent à conforter l’idée selon laquelle il faut « bouger pour s’en sortir » (Orfeuil, 2004).

À la lumière de ces travaux, ce numéro propose de contribuer à explorer les objets et les outils permettant d’aborder frontalement l’immobilité, définie comme absence ou quasi-absence de mouvement, sans préjuger de ses caractéristiques spatiales ni des interprétations sociales que l’on peut lui en donner. Ainsi, quels sont aujourd’hui les défis, les enjeux, les solutions proposées par la société civile comme par les pouvoirs publics pour éviter que l’immobilité ne soit vécue comme une forme d’exclusion ? Qu’apporte la mobilité numérique avec tout son lot d’alternatives offertes par les nouvelles technologies de la communication et de l’Internet à la mobilité physique (télétravail, E-achats, réseaux sociaux, sites de rencontres, etc.).

Les articles attendus pourront développer aussi une réflexion conceptuelle et méthodologique sur les manières de définir, de saisir et de mesurer les immobilités. En particulier quelles sont les échelles spatio-temporelles auxquelles se jouent les immobilités : le corps, l’individu, l’espace des pratiques quotidiennes ? On pense ainsi aux paradoxes de modes de vie marqués à la fois par l’accroissement des déplacements et de la sédentarité au sens médical, c’est-à-dire l’absence d’activité physique, avec ses conséquences dommageables pour la santé. Les grands mobiles (en portée de déplacements quotidiens) ne sont-ils pas aussi de grands immobiles au sens de sédentaires ?

Et au-delà, dans quel cadre l’immobilité  peut-elle être vue autrement que comme le marqueur d’un échec ou d’une dévalorisation socio-économique ? En quel sens et dans quelle mesure l’immobilité peut-elle se voir attribuer de nouvelles valeurs sociales, économiques voire spirituelles dans les sociétés contemporaines ? Qui sont les adeptes ? Que défendent-ils ? Quels sont les moyens mis en œuvre ? Comment l’immobilité peut-elle apparaître pour certains comme un contre-modèle en développant ou remettant au goût du jour les notions d’ancrage territorial, de sédentarité, de retour au local, ou encore de  slow life ? En quoi peut-elle aussi constituer une forme d’action politique et militante ?

Tout en discutant le caractère nouveau ou non de ce modèle, il s’agit d’envisager l’émergence d’un paradigme de l’immobilité qui pourrait être lié à des modèles anti-consuméristes, décroissants, centrés sur le bien-être et la santé. L’objectif est de rassembler des contributions permettant de penser les immobilités non pas nécessairement comme une forme marginale ou dysfonctionnelle de pratiques, mais au contraire comme une forme d’avenir, à l’instar de J. Urry qui en faisait l’un de ses quatre scénarios pour le futur de nos mobilités : une société de l’après-voiture, « débranchée », tournée vers le local, la proximité et surtout moins mobile – ou moins agitée, pour reprendre la définition antique de la mobilité et du manque de temps (J. Lèbre, 2011) ?

Bibliographie

E-Migrinter, 2013, Numéro spécial : « Et l’immobilité dans la circulation ? », E-Migrinter, n° 11.

R. Dargirolle, 2014, Les exclus de la mobilité : de l'observation à la décision, thèse de doctorat, Besançon.

S. Fol, 2010, « Mobilité et ancrage dans les quartiers pauvres : les ressources de la proximité», Regards sociologiques, n° 40, p. 27-43.

S. Fol et M.-H. Bacqué, 2013, L’immobilité, facteur d’injustice spatiale ?, in S. Fol, S. Lehman-Frisch et M. Morange, Ségrégation et justice spatiale, Presses Universitaires de Paris Nanterre, p. 315‑332.

C. Honoré, 2013, Éloge de la lenteur, Poche Marabout.

O. Klein, N. Ortar. et P. Pochet, 2007, « Mobilités, différenciations et inégalités: des questions actuelles », EspacesTemps.net, Textuel. http://espacestemps.net /document2239.html

J. Lèbre, 2011, Vitesses, Ed. Herman.

J.-O. Orfeuil, 2004, « Accessibilité, mobilité, inégalités : regards sur la question en France aujourd’hui », in Orfeuil J.-P. (dir.), Transports, pauvretés, exclusions : pouvoir bouger pour s’en sortir, La Tour-d’Aigues.

J.-P. Orfeuil, Fabrice Ripoll, 2015, Accès et mobilités. Les nouvelles inégalités, Gollion (Suisse), Infolio, coll. « Archigraphy poche ».

N. Renahy, 2010, Classes populaires et capital d’autochtonie, Regards Sociologiques, n° 40, 2010, p. 9‑26.

E. Ravalet, 2009, Ségrégation urbaine et mobilité quotidienne : une perspective internationale : études de cas à Niamey, Puebla, Lyon et Montréal, thèse de doctorat, Lyon.

H. Rosa, 2011, Accélération. Une critique sociale du temps, La Découverte.

P. Sansot, 2000, Du bon usage de la lenteur, Ed. Rivages.

J. Urry, 2014, Post-Petroleum, Ed. Loco.

É. Le Breton, 2005, Bouger pour s’en sortir. Mobilité quotidienne et intégration sociale, Armand Colin.

Modalités de soumission et d’évaluation

Les articles (entre 35 000 et 50 000 signes maximum, bibliographie incluse) sont à soumettre à la rédaction de la revue Géographie et cultures (gc@openedition.org)

au plus tard le 15 juin 2018

Les instructions aux auteur.e.s sont disponibles en ligne : http://gc.revues.org/605

Les articles seront évalués en double aveugle.

Catégories

Dates

  • mardi 30 octobre 2018

Mots-clés

  • géographie, immobilité, mobilité, spatialité, lenteur, vitesse, mouvement, rapport au monde

Contacts

  • Emmanuelle Dedenon
    courriel : emmanuelle [dot] dedenon [at] sorbonne-universite [dot] fr

Source de l'information

  • Emmanuelle Dedenon
    courriel : emmanuelle [dot] dedenon [at] sorbonne-universite [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les immobilités spatiales », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 13 mars 2018, https://calenda.org/436283

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