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Devenir soi-même

Becoming the self - work on the self, institutional ressources for biographical transformation

Travail sur soi et ressorts institutionnels de la transformation biographique

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Publié le mardi 22 mai 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Le programme PSL (Paris Sciences & Lettres) « Agenda pour une sociologie critique des religions » organise une journée d'étude sur le thème "Devenir soi-même : travail sur soi et ressorts institutionnels de la transformation biographique. Cette journée d'étude vise à rouvrir la discussion autour de l'articulation entre deux concepts classiques en sociologie : institution et conversion. Cette dernière sera entendue comme « un enchaînement de transformations subjectives qui accompagnent et conditionnent, dans l’illusion de la liberté, la transformation du statut social objectif des recrues »...

 

Annonce

Argumentaire

Cette journée d'étude vise à rouvrir la discussion autour de l'articulation entre deux concepts classiques en sociologie : institution et conversion. Cette dernière sera entendue comme « un enchaînement de transformations subjectives qui accompagnent et conditionnent, dans l’illusion de la liberté, la transformation du statut social objectif des recrues », selon la définition qu'en donne Charles Suaud[1]. En effet, si la conversion est généralement présentée par les intéressés eux-mêmes avant tout sur le registre de l’événement, elle ne peut être pensée d’un point de vue sociologique indépendamment des structures qui contribuent à en faire une « illusion bien fondée » en produisant concrètement ces transformations et/ou en reconnaissant leur effectivité. L’étude des conditions pratiques de la conversion conduit donc à s’intéresser à l’institution, telle que Jacques Lagroye la définit, comme une forme de « rencontre » dynamique entre ce qui est institué, sous formes de règles, de modalités d’organisations, de savoirs, etc. et les investissements ou engagements dans une institution, qui seuls la font exister concrètement[2]. Ainsi, pour reprendre le mot de Muriel Darmon, le travail de conversion n’est pas un travail détaché de tout dispositif de pouvoir[3]. C'est l'institution qui, bien souvent, encadre la conversion de l'individu, balise son parcours, corrige ses égarements et permet le maintien de son engagement sur le temps long.

Employer la sociologie des institutions, c’est donc s’intéresser aux régimes d’autorité, aux modalités de production de la croyance en l’institution (illusio[4]), aux formes de socialisation et aux investissements différenciés des individus selon leurs appartenances sociales. Cette approche, appliquée à une réflexion sur les conversions, permet de penser le travail de l’institution sur les « carrières de conversion »[5]. L’exemple paradigmatique de ce travail institutionnel est celui de « l’institution totale », travail visible et méthodique poussant à son paroxysme l’entreprise de re-socialisation des recrues[6].

Mais dans un monde où la liberté, l'autonomie et la responsabilité individuelle[7] sont sans cesse invoquées, qu'en est-il du rôle des institutions ? Comment parviennent-elles à « se faire oublier » alors qu'elles doivent convaincre, transmettre, former et maintenir les individus dans les limites de l’orthodoxie ? Comment exercent-elles leurs contraintes, assurent-elles une formation collective et continue de leurs publics tout en maintenant chez ceux-ci le sentiment qu'ils sont les maîtres de leurs parcours ?

La question de la reconfiguration des formes de régulation institutionnelle sera l'un des points de mire de cette journée d'étude. Loin d'avoir disparu, l'autorité s'est transformée pour mieux répondre aux exigences contemporaines de formation des agents fondées sur l'écoute, la douceur et la négociation. Le succès du statut d'auto-entrepreneur, depuis sa création en 2008, témoigne de la diffusion d'une représentation d'un sujet néolibéral responsable, metteur en scène de sa propre vie. Des dispositifs « d'accompagnement »[8] et de « travail sur soi » voient le jour partout où il était jusqu'alors question de « formation » et de « prise en charge » : reconversion professionnelle, éducation de la jeunesse, initiation religieuse, assistance sociale, accompagnement thérapeutique.

En outre, la multiplication de structures transnationales (entreprises de type Uber, groupes religieux transnationaux, certaines ONG), particulièrement adaptées à la mondialisation, alimente également ce processus d’invisibilisation de l’autorité en accentuant la dilution des centres de responsabilité et la dispersion des lieux de pouvoir[9]. Alors que ces institutions revendiquent une certaine horizontalité et l’absence de lieux de pouvoir identifiables, le maintien de leur prise sur les individus qui y prennent part partout dans le monde doit être analysé.  

Comment fonctionnent ces dispositifs ? Quels types de socialisation exercent-ils sur les individus ? Comment ces formes « invisibilisées » de travail institutionnel assurent-elles la transformation des dispositions individuelles ? Assiste-t-on à l’avènement de nouvelles formes d’institutions, liées à la mondialisation, qui engendreraient des modes de socialisation particuliers ? Si oui, quelles sont leurs caractéristiques ?

 Au moyen notamment du concept de « travail institutionnel invisible » proposé par Yannick Fer[10], nous souhaiterions porter un éclairage sur les mécanismes et les dispositifs assurant, d'une part, l'effectivité de la conversion-socialisation dans les institutions étudiées et, d'autre part, le maintien de la nouvelle identité du converti sur le temps long. Les intervenants, travaillant sur des terrains fort différents (groupes religieux, coaching en entreprise, hôpitaux…), se retrouvent tous dans l’attention portée aux dispositifs de gestion des « carrières de conversion »[11] et à leurs effets différenciés selon les trajectoires sociales des individus. La mise en dialogue de ces travaux permettra de nourrir et d'actualiser les concepts classiques d'autorité, d'institution et de socialisation.

[1] Charles SUAUD, La Vocation. Conversion et reconversion des prêtres ruraux, Paris, Minuit, 1978, pp. 10-11.

[2] Jacques LAGROYE et Michel OFFERLE (dir.), Sociologie de l’institution, Paris, Belin, 2011.

[3] Muriel DARMON, « Sociologie de la conversion : socialisation et transformations individuelles », in C. Burton-Jeangros, C. Maeder (dir.). Identité et transformation des modes de vie, Paris, Seismo, p. 14.

[4] Pierre BOURDIEU, « Un acte désintéressé est-il possible ? », Raisons pratiques, Paris, Seuil, 1994, p. 151.

[5] Muriel DARMON, « Sociologie de la conversion… Op. Cit, p. 17.

[6] Erving GOFFMAN, Asiles : Étude sur la condition sociale des malades mentaux et autres reclus, Paris, Les Éditions de Minuit, 1968 ; Peter BERGER et Thomas LUCKMANN, La construction sociale de la réalité, Paris, Méridiens Klincksieck, 1992, pp.214-220.

[7] Alain EHRENBERG, L'individu incertain, Paris, Calman-Levy, 1995.

[8] Pour ne citer que trois recherches portant sur ces dispositifs : Isabelle ASTIER, Les nouvelles règles du social, chapitre « Accompagner », Paris, PUF, 2007, pp. 127-160 ; Dominique GOUX, « Accompagnement dans et accompagnement vers l'emploi », Travail et Emploi, 119, juillet-septembre 2009, pp. 7-8 ; Scarlett SALMAN, Une hygiène psychique au travail ? Genèse et usages du coaching en entreprise en France, Thèse de doctorat en sociologie, soutenue en octobre 2013.

[9] Jean-François BAYART, Le gouvernement du monde, Paris, Fayard, 2004, p. 80 ; Michel FOUCAULT, Sécurité, Territoire, Population, Paris, Le Seuil, 2004.

[10] Yannick FER, « The Holy Spirit and The Pentecostal Habitus : Elements for a Sociology of Institution in Classical Pentecostalism », Nordic Journal of Religion and Society, 23 (2), 2010, pp. 157-176.

[11] Muriel DARMON, « Sociologie de la conversion… Op. Cit, p. 17.

Programme

31 mai 2018, 10h-12h30 & 14h-18h

ENS, salle R1-09, 48 bd. Jourdan (Paris 14e)

Discutante : Johanna Siméant (CMH, ENS)

9h45-10h. Accueil des participants

10h. Introduction, Gabrielle Angey, Yannick Fer, Martial Vildard.

10h10-10h50. Yannick Fer (CNRS, CMH), Une « relation personnelle avec Dieu » : travail institutionnel « invisible » et invention biographique en terrain pentecôtiste/ charismatique.

10h50-11h30. Gabrielle Angey (CSEES, University of Graz), Trajectoires de conversion à une institution « qui n’accepte jamais de l’être » : éthique de soi et service altruiste chez les militants du mouvement musulman transnational de Fethullah Gülen.

11h30-12h20. Discussion.

12h30-14h : pause déjeuner

14h10-14h50. Muriel Darmon (CNRS, CESSP), Rééducation et conversion hospitalières post AVC: quelle place pour la « croyance en l’institution » ? 

14h50-15h20. Discussion.

(pause)

15h40-16h20. Scarlett Salman (LISIS, Université Paris-Est-Marne-la-Vallée), « Deviens qui tu es ! ». Place et effets du « travail sur soi » dans le coaching professionnel.

16h20-17h. Martial Vildard (GSRL, EPHE), Des « accompagnateurs » pour « trouver son chemin dans la foi » : un cas de personnalisation de l'offre de formation et d'invisibilisation du travail pédagogique sur l'individu.

17h-18h. Discussion et conclusion.

En fichier attaché, le programme complet incluant résumés et références bibliographiques.

Catégories

Lieux

  • Salle R1-09 - ENS, 48 boulevard Jourdan
    Paris, France (75014)

Dates

  • jeudi 31 mai 2018

Mots-clés

  • conversion,institution,autorité,socialisation,engagement,coaching

Contacts

  • Yannick Fer
    courriel : yannick [dot] fer [at] ens [dot] fr

Source de l'information

  • Yannick Fer
    courriel : yannick [dot] fer [at] ens [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Devenir soi-même », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 22 mai 2018, https://calenda.org/442767

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