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La sexologie à l'heure de la Guerre Froide

Sexology during the Cold War

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Publié le mardi 29 mai 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Le présent appel encourage toutes les propositions qui ambitionnent d’explorer l’évolution de la sexologie à l’heure de la Guerre Froide. La sexologie est à entendre au sens large comme la production d’un savoir à prétention scientifique sur la sexualité humaine. Elle a toujours été plurielle, tant disciplinairement que politiquement. Son historiographie demeure très inégale, tant dans le temps (la « scientia sexualis », selon le terme de Foucault, de la fin du XIXe siècle ayant beaucoup attiré l’attention), que dans l’espace (l’Allemagne, l’Autriche, la France, le Royaume-Uni sont les pays les plus étudiés).

Annonce

Argumentaire

L’historiographie de la Guerre froide est aussi ancienne et riche que la Guerre froide elle- même. Elle a d’abord été une histoire « par le haut », où les Etats, les politiques étrangères, militaires, diplomatiques et de renseignement tenaient le premier rôle. Elle s’est attachée à explorer les origines et les responsabilités, les « temps chauds » et les « points chauds » au Nord comme au Sud. Avec la chute du mur, la manne archivistique s’est multipliée, surtout à l’Est, mais aussi à l’ouest avec la déclassification de documents de la CIA, renouvelant les recherches et hypothèses1.

Les études se sont élargies à l’histoire sociale et culturelle pour explorer, dans des domaines très variés, la culture de la Guerre froide : les propagandes radiophoniques ou par voie de presse, le durcissement des média, l’imaginaire et la rhétorique populaires, l’enrégimentement des sciences ainsi que l’enrôlement de masse dans les mouvements antagonistes de la paix ou de la culture2. Les historien.nes ont également initié une histoire « par le bas », pour observer la « Guerre froide au village3 ».

De très nombreux travaux en histoire des femmes, du genre et des sexualités ont également proposé une relecture de la Guerre froide. A une échelle globale et transnationale, les organisations féminines ont retenu l’attention4, d’autres travaux se sont penché sur les représentations de genre (féminines ou masculines) qui ont été mobilisé de part et d’autre par les politiques nationalistes ou internationaliste5 ; d’autres encore ont montré la répression des homosexuel.les en lien avec la Guerre froide, particulièrement aux Etats-Unis et au Canada6.

Les recherches récentes, quelques soient leurs domaines (histoire des sciences, du genre ou des sexualité) mettent l’accent sur les multiples formes d’échanges et de circulations par-delà le rideau de fer7, nuancent le tableau de deux blocs homogènes pour mettre l’accent sur la variétés des contextes nationaux ou locaux, tant à l’intérieur du camp atlantiste que du camp soviétique et invitent à rééquilibrer l’historiographie qui porte surtout sur les Etats-Unis et dans une moindre mesure sur l’Europe de l’Ouest et beaucoup moins sur l’URSS et l’Europe de l’Est. Enfin, elles interrogent les continuités historiques en amont et au travers de la Guerre froide

1 Pour une vision des renouvellements de l’historiographie de la Guerre froide, voir Melvyn P. Leffler The Cold War: What Do "We Now Know"?, The American Historical Review, Vol. 104, No. 2 (Apr., 1999), pp. 501-524 ; et Grosser, Pierre, «Écrire l’histoire de la guerre froide après la fin de la guerre froide, quelques éléments de réflexion et de bilan bibliographique», Communisme, n°80-81-82, 2004, p.43-75

2 Pour une analyse de ce tournant culturel voir : Gordon Johnston Revisiting the cultural Cold War, Social History, Vol. 35, No. 3 (August 2010), pp. 290-307.

3 Voir Philippe Buton, Olivier Büttner, Michel Hastings. La Guerre froide vue d’en bas, dans Philippe Buton, Olivier Büttner, Michel Hastings (dir). Nouveaux regards sur la Guerre froide, CNRS éditions, 2014, p. 7-18,

4 Francisca de Haan, Continuing Cold War Paradigms in the Western Historiography of Transnational Women’s Organisations: The Case of the Women’s International Democratic Federation (WIDF), Women’s History Review 19, no. 4 (Sept. 2010): 547-573. Karen Garner, Global Feminism and Cold War Paradigms: Women's International NGOs and the United Nations, 1970-1985 dans Muehlenbeck, P. E..Gender, Sexuality, and the Cold War: A Global Perspective. Nashville: Vanderbilt University Press, 2017, pp.224-248.

5 Voir Griswold, Robert L. ”Russian Blonde in Space”: Soviet Women in the American Imagination, 1950-1965.Journal of Social History. no. 4 (2012): 801-907; Susan E. Reid, Cold War in the Kitchen: Gender and the De-Stalinization of Consumer Taste in the Soviet Union under Khrushchev Slavic Review, Vol. 61, No. 2. (Summer, 2002), pp. 211-252. K.

  1. Cuordileone, Manhood and American Political Culture in the Cold War, New York: Routledge, 2005; Robert D. Dean, Imperial Brotherhood: Gender and the Making of Cold War Foreign Policy, Amherst: University of Massachusetts Press, 2002; 6 Voir David Kenneth Johnson, The Lavender Scare: The Cold War Persecution of Gays and Lesbians in the Federal Government, Chicago: University of Chicago Press, 2004 et Gary Kinsman and Patrizia Gentile (dir) The Canadian War on Queers: National Security as Sexual Regulation, University of British Columbia Press, 2009.

7 Pour une vision récente de la perméabilité du rideau de fer dans les sciences humaines voir : Ivan Boldyrev, Olessia Kirtchik, On (im)permeabilities. Social and human sciences on both sides of the ‘Iron Curtain’ History of the Human Sciences, Vol 29, Issue 4-5, 2016.

Axes thématiques

Le dossier de la revue Sextant entend poursuivre ces problématiques pour ce qui concerne l’histoire de la sexologie à l’heure de la Guerre froide. La sexologie est à entendre au sens large comme la production d’un savoir à prétention scientifique sur la sexualité humaine. Elle a toujours été plurielle, tant disciplinairement que politiquement. Son historiographie demeure très inégale, tant dans le temps (la « scientia sexualis », selon le terme de Foucault, de la fin du XIXe siècle ayant beaucoup attiré l’attention), que dans l’espace (l’Allemagne, l’Autriche, la France, le Royaume-Uni sont les pays les plus étudiés). Le présent appel invite les chercheur.es à répondre notamment aux interrogations suivantes :

  • En quoi les politiques et plus largement le contexte de la Guerre froide, tant au niveau global que local, ont eu un impact sur la sexologie ?
  • Quelles sont les différences et similarités entre les formes prises par la sexologie dans les deux camps de la Guerre froide ?
  • Comment et sous quelle forme s’opèrent des transferts et des circulations, tant à l’intérieur de « l’Ouest » (et notamment entre les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest) qu’à l’intérieur de l’Est (et notamment entre l’URSS et l’Europe de l’Est)
  • Peut-on observer des échanges et des emprunts entre l’Est et l’Ouest au travers du rideau de fer ? Quels sont les « modèles » sexologiques qui circulent et se disputent à travers les axes Est-Ouest et Nord-Sud ?
  • Peut-on observer des continuités entre la psychopathologie fin-de-siècle ou les mouvements de réforme sexuelle de l’entre-deux-guerres et la période de la Guerre froide ?
  • Peut-on observer des continuités entre la sexologie des régimes autoritaires ou totalitaires et celle des années de Guerre froide ?
  • Comment et pourquoi la sexologie a-t-elle été utilisée par les organisations internationales (OMS, UNESCO) qui participent à l’ordre mondial durant la Deuxième Guerre mondiale?
  • Quels sont les enjeux scientifiques, politiques et idéologiques (y compris religieux) qui mobilisent les hommes et les femmes qui se revendiquent de la sexologie durant la Guerre froide ?

Enfin, plus généralement, le présent appel encourage toutes les propositions qui ambitionnent d’explorer l’évolution de la sexologie à l’heure de la Guerre froide.

Modalités de soumission

Les propositions d’articles (maximum 300 mots) et une courte biographie (bref CV et description des axes de recherche, maximum 5 lignes), en français ou en anglais, devront être envoyées pour le

30 mai 2018 au plus tard aux adresses : sylvie.chaperon@free.fr, carla.nagels@ulb.ac.be et cecile.vanderpelen@ulb.ac.be. Les textes complets comprendront entre 30.000 et 40.000 signes (espaces compris) et devront être rendus pour le 1er décembre 2018.

Calendrier 

  • 30 mai : date limite pour la réponse

  • 1er juillet 2018 : retour sur les propositions
  • 1er décembre 2018 : envoi des articles
  • Publication novembre 2019

Direction du numéro

Sylvie Chaperon (Université Toulouse-le Mirail), Carla Nagels (Université libre de Bruxelles) et Cécile Vanderpelen-Diagre (Université libre de Bruxelles)

Direction de Sextant

Cécile Vanderpelen-Diagre (Université libre de Bruxelles) et Amandine Lauro (Université libre de Bruxelles)

Comité de rédaction

Muriel Andrin (Université libre de Bruxelles), Jean-Didier Bergilez (Université libre de Bruxelles), Mylène Botbol-Baum (Université catholique de Louvain), Annalisa Casini (Université catholique de Louvain), Natacha Chetcuti-Osorovitz (Université libre de Bruxelles), Nicole Gallus (Université libre de Bruxelles), Claire Gavray (Université de Liège), Nathalie Grandjean (Université de Namur), Stéphanie Loriaux (Université libre de Bruxelles), Bérengère Marques-Pereira (Université libre de Bruxelles), Danièle Meulders (Université libre de Bruxelles), Nouria Ouali (Université libre de Bruxelles), David Paternotte (Université libre de Bruxelles), Charlotte Pezeril (Université Saint-Louis), Valérie Piette (Université libre de Bruxelles)

À propos de Sextant

Créée en 1993 à l’initiative de l’historienne belge Éliane Gubin, la revue Sextant fut la première revue universitaire consacrée aux études sur les femmes et le genre en Belgique. Multidisciplinaire, elle a longtemps émané directement du GIEF (Groupe interdisciplinaire d’Études sur les Femmes) de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Elle porte aujourd’hui sur les questions de genre et de sexualité et est portée par un groupe interdisciplinaire d’enseignant-e-s de l’ULB.

Catégories

Lieux

  • Revue Sextant
    Bruxelles, Belgique

Dates

  • mercredi 30 mai 2018

Mots-clés

  • Sexologie, Guerre froide, Europe

Contacts

  • Sylvie Chaperon
    courriel : sylvie [dot] chaperon [at] free [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sylvie Chaperon
    courriel : sylvie [dot] chaperon [at] free [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La sexologie à l'heure de la Guerre Froide », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 29 mai 2018, https://calenda.org/443824

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