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Hybrider les natures

Cinquièmes journées de l'habiter

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Publié le mercredi 27 juin 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Lors de ces cinquièmes journées, nous tâcherons de voir comment l'idée d’« habiter » peut nous aider à penser la fin de la nature. Les notions d’hybrides et d’hybridation qui apparaissent comme des outils pour penser le monde sans s’arrêter aux constructions le partageant entre humains et non-humains, seront au cœur de nos réflexions. Le projet scientifique de l’équipe Habiter-le-monde développant une forte interdisciplinarité, c’est dans cette perspective que les échanges autour des communications s’inscriront.

Annonce

9 et 10 octobre 2018.

Habiter-le-Monde EA4287 - Université de Picardie - Jules Verne - Amiens

Argumentaire

Les catastrophes environnementales actuelles, ainsi que celles qui s’annoncent, semblent remettre en cause la possibilité même d’habiter la terre. L’idée de nature, et ces déclinaisons en « environnement », « milieux », « écosystème », « planète », est au cœur de ce que l’on pourrait appeler une crise globale de l’habiter. La référence à la nature et la perspective de sa disparition deviennent omniprésentes dans les débats publics et pèsent sur de grandes orientations, notamment en matière d’évolution du droit et de politique économique. Elle est utilisée comme argument pour modifier les modes de vie individuels qui doivent désormais tenir compte de « la planète ». La nature est aussi mobilisée dans des prises de positions militantes, par exemple à propos des animaux, et entraîne de violentes polémiques parce qu’elle a une teinte morale de plus en plus prononcée. Les récits post-nature, qu’ils aient une coloration nettement apocalyptique, ou à l’inverse qu’ils renouvellent les promesses d’une modernité scientifique technique et capitaliste maîtrisant le monde (Hamilton, 2013), se multiplient.

Dans un autre champ, celui des sciences humaines et sociales, la nature connaît un destin tourmenté depuis un peu plus de deux décennies. À la suite des travaux fondateurs de Bruno Latour, la nécessité de rénover la notion, voire de l’abandonner, a pris de l’ampleur (Larrère, 2017). Dans le même temps des philosophes, des anthropologues, des sociologues et des géographes, investissent des objets qui autrefois n’appartenaient pas aux sciences humaines et sociales, précisément parce qu’ils semblaient naturels.

L’ensemble de ces questionnements, de ces usages différents, de ces débats sur l’existence et sur l’utilité de la référence à la nature, nous invite à parler « des natures » comme autant de constructions conjoncturelles plutôt que de « la nature » réalité indépendante et a-historique.

Dans ce contexte de fin de la nature, la notion d’hybridation apparaît comme un outil pour penser le monde sans s’arrêter à des frontières que l’on sait désormais poreuses, en voie d’effacement, ou encore de construction sans portée universelle (Descola, 2005). Ces frontières entre le naturel et l’artificiel, entre les humains et les non-humains, entre les espèces, entre les sujets et les objets, entre le sauvage et le domestique, sont aujourd’hui bousculées par deux mouvements qui investissent de manière différente la notion d’hybridation.

Le premier mouvement correspond au développement d’une hybridation que l’on pourrait qualifier, en laissant momentanément de côté la posture constructiviste, de réelle. Elle se réalise avec l’apparition d’une entité nouvelle par la rencontre de choses réparties d’un côté et de l’autre de la frontière qui sépare la naturel et l’artificiel. Ce type d’hybridation peut être repéré par les réactions qu’elle suscite chez ceux qui s’attachent à l’idée de nature, qu’ils s’en alarment, la déplorent, s’en réjouissent plus ou moins ouvertement, ou l’appellent de leurs ambitions mercantiles. Celle-ci est à l’origine de la difficulté que l’on éprouve désormais à rencontrer une nature qui serait restée naturelle. Et les exemples sont évidemment nombreux : OGM et autres bio-technologies, anthropocène, artificialisation et plastification des milieux, mais aussi promesses, ou cauchemars suivant les points de vue, d’un post-humanisme qui arracherait définitivement à l’Homme ce qu’il resterait encore de sa condition naturelle.

Le second mouvement qui investit l’hybridation, se déploie à partir de perspectives scientifiques qui contestent la portée heuristique des frontières de ce grand partage entre la nature et le reste. Il s’agit surtout de l’application d’un regard nouveau sur des aspects de la réalité que l’on ne savait autrefois pas lire sans se référer à ce qui était naturel et à ce qui ne l’était pas. Les études animalistes, telles qu’elles se développent aujourd’hui en mobilisant de manière plus ou moins explicite la notion de communauté hybride, sont sans doute celles où ce mouvement est le plus net. Mais d’autres perspectives s’en saisissent également, par exemple en mobilisant l’idée de naturalité qui, bien qu’elle n’abandonne pas la référence à la nature, montre dans le même temps comment elle devient difficile à manier.

Lors de ces Cinquièmes journées de l’habiter, nous nous proposons d’échanger sur les enjeux et les difficultés que posent l’existence d’hybrides - comme espèces ou comme situations. Dans la mesure où elle utilise des ingrédients qu’elle prétend pourtant obsolètes, faut-il voir un paradoxe dans la notion d’hybridation ? La pensée de l’hybridation permet elle vraiment de rompre avec le naturalisme ? Faut-il abandonner la notion d’hybride pour arrêter de penser les espèces par leur singularité et privilégier l’idée de symbiose (Tsing : 2017). Nous tâcherons également de voir comment la notion d’habiter peut nous aider à penser la fin de la nature.

Modalités de participation

Les propositions de communication prendront la forme d’un résumé de 300 à 500 mots accompagné d’une brève notice de présentation de l’auteur.

Elles doivent être envoyées avant le 20 juillet

à l’adresse suivante : 5emejourneesdelhabiter@gmail.com

Comité de sélection

  • Denis Blot (Maître de conférences en sociologie - Université de Picardie - Jules Verne / Habiter-le-Monde EA 4287)
  • Marie Chabrol (Maître de conférences en géographie - Université de Picardie - Jules Verne / Habiter-le-Monde EA 4287)
  • Sophie Chevalier (Professeur d’anthropologie - Université de Picardie - Jules Verne / Habiter-le-Monde EA 4287)
  • Aline Hémond (Professeur d’anthropologie - Université de Picardie - Jules Verne / Habiter-le-Monde EA 4287)
  • Charles Martin-Fréville (Philosophie - Chercheur associé Habiter-le-Monde EA 4287)
  • Pierre-Jacques Olagnier (Maître de conférences en géographie - Université de Picardie - Jules Verne / Habiter-le-Monde EA 4287)

Bibliographie

Baldin Damien, 2014, Histoire des animaux domestiques, Paris, Seuil, 382 p.

Baratay Éric, 2012, « Les mises en scène savantes de la frontière », InAux frontières de l’animal : mises en scène et réflexivité, Genève, Librairie Droz, p. 49-66.

Benhammou Farid,Dangléant Caroline, 2009, Ours, loup, lynx : une protection contre nature ? Paris, éditions Milan, 120 p.

Blanc Guillaume, Demeulenaere Elise etFeurerhahanWolf (dir.), 2017, Humanités environnementales. Enquêtes et contre-enquêtes, Paris, Publication de la Sorbonne, 352 p.

Bondaz Julien, 2014, L’exposition post-coloniale. Musées et zoos en Afrique de l’Ouest (Niger, Mali, Burkina Faso), Paris, L’Harmattan.

Della Bernardina Sergio, 1991, «Une personne pas comme les autres. L’animal et son statut »,L’Homme, Tome 31, n°120, p. 33-50.

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Della Bernardina Sergio (dir.), 2012, L'appel du sauvage. Refaire le monde dans les bois, Rennes, Presses universitaires de Rennes.

Descola, Philippe, 2005. Par-delà nature et culture,Paris, Gallimard, 640 p.

Despret Vinciane, 2012, Que diraient les animaux, si... on leur posait les bonnes questions ?, Paris, La Découverte, 325 p.

DubreuilCatherine-Marie, 2013, Libération animale et végétarisation du monde, Ethnologie de l'antispécisme français,Paris, Éditions du CTHS, coll. « Le regard de l’ethnologue », 224 p.

Estebanez Jean, Staszak Jean-François, 2012, « Animaux humains et non-humain au zoo : l’expérience de la frontière animale ». InAux frontières de l’animal : mises en scène et réflexivité, Genève, Librairie Droz, p 149-174.

Fassin Didier, 2009, « Another politics of life is possible », Theory, Culture & Society, 26. p. 44-60.

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Larrère Catherine, 2017, « Les problématiques de la fin de la nature et les sciences sociales », in Hamman Philippe, Ruralités, nature, environnement, Paris, ERES, p. 91-110.

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Saumade Frédéric, Maudet Jean-Baptiste, 2014, Cowboys, clowns et toreros. L’Amérique réversible, Paris, Berg International éditeurs, 343 p.

Serna Pierre, 2017, Comme des bêtes, Histoire politique de l’animal en révolution (1750-1840), Paris, éditions Fayard, 452 p.

Tsing Anna Lowenhaupt, 2017, Le champignon de la fin du monde. Sur les possibilités de vivre dans les ruines du capitalisme, Éditions la Découverte, Paris, 416 p.

Vallard Annabelle, 2013, Des humains et des matériaux. Ethnographie d’une filière textile artisanale au Laos, Paris, Ed. Pétra, Coll. « Anthropologiques », 382 p.

Lieux

  • Université de Picardie Jules Verne - Logis du Roy
    Amiens, France (80)

Dates

  • vendredi 20 juillet 2018

Mots-clés

  • hybride, nature, habiter

Contacts

  • Denis Blot
    courriel : 5emesjourneesdelhabiter [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Denis Blot
    courriel : 5emesjourneesdelhabiter [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Hybrider les natures », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 27 juin 2018, https://calenda.org/445265

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