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La photographie, avec ou sans le capitalisme

Photography, with or without capitalism

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Publié le lundi 02 juillet 2018 par Elsa Zotian

Résumé

Dès son invention, la photographie s’est trouvée en prise avec les développements du capitalisme : non seulement son expansion dans les années 1870 fut dépendante des développements de l’industrie, mais elle fut aussi l’apanage de la bourgeoisie tout en servant sa reconnaissance symbolique. Ce rapport de contemporanéité, qui traverse l’histoire de la photographie et lui dicte en partie ses fluctuations, constitue presque un ethos de la photographie, s’observant sans discontinuité jusqu’à nos jours, où la question des flux s’applique tant à la circulation de l’argent qu’à celle des images. La photographie est, depuis ses débuts, une image qui répond de la logique libérale. En partant de ce constat, nous pouvons nous demander si les développements esthétiques de la photographie peuvent être gouvernés d’une manière ou d’une autre par son revers économique. Tant sur le mode de la connivence que sur celui de la résistance, il apparaît que bien des tendances formelles découlent de sa familiarité avec la logique capitaliste ou y répondent.

Annonce

Colloque International organisé les 18-19 décembre 2018 à l'INHA, Paris

Argumentaire

Faisant suite à la journée d’études intitulée Photographie et capitalisme[1] organisée le 20 mai 2017 à l’Institut national d’histoire de l’art (Paris)[2], le colloque international La photographie, avec ou sans le capitalisme qui se tiendra les 18 et 19 décembre 2018 se propose de poursuivre ses réflexions.

Concentré sur le XXe siècle et fruit d’une approche historienne, le premier volet de notre étude a confirmé la nécessité de penser les relations photographie-capitalisme au-delà de la simple contingence historique. À l’heure où l’on ne cesse d’interroger et de valoriser de nouveaux modes d'être-ensemble, de partage, de redistribution, face à des inégalités toujours plus creusées, il s'agit d’évaluer les interdépendances entre deux phénomènes qui, au-delà de leur dimension strictement économique, se présentent aussi comme des ensembles symboliques : la photographie et le capitalisme. À partir d’une démarche interdisciplinaire, ce colloque doit permettre d’établir de nouveaux paradigmes pour penser ces deux objets conjointement.

Depuis Walter Benjamin, une réflexion sur l’essence économique des images est continuellement façonnée et nourrie de nouveaux concepts. Elle révèle l’existence d’un « commerce des regards » (Mondzain), dirigé sur des images dont l’envers serait l’argent (Deleuze), dans le cadre général d’une « iconomie » déterminant les règles d’un « supermarché du visible » (Szendy) ou d’un « empire visuel » (Buck-Morss). Depuis l’icône au cinéma en passant par l’estampe, l’image serait dotée d’une logique économique qui lui est propre.

Qu’en est-il, cependant, du cas de la photographie ? Quelles sont ses spécificités au regard de cet horizon économique, voire capitalistique, des images ? Comment s’inscrit-elle dans le phénomène capitaliste, si l’on considère la nature politique de ce dernier ? Le capitalisme est-il une menace pour la photographie ? Celle-ci peut-elle mettre en défaut celui-là ?

Dès son invention, la photographie s’est trouvée en prise avec les développements du capitalisme : non seulement son expansion dans les années 1870 fut dépendante des développements de l’industrie (McCauley), mais elle fut aussi l’apanage de la bourgeoisie tout en servant sa reconnaissance symbolique (Sekula, Rouillé). Ce rapport de contemporanéité, qui traverse l’histoire de la photographie et lui dicte en partie ses fluctuations, constitue presque un ethos de la photographie, s’observant sans discontinuité jusqu’à nos jours, où la question des flux s’applique tant à la circulation de l’argent qu’à celle des images. La photographie est, depuis ses débuts, une image qui répond de la logique libérale.

En partant de ce constat, nous pouvons nous demander si les développements esthétiques de la photographie peuvent être gouvernés d’une manière ou d’une autre par son revers économique. Tant sur le mode de la connivence que sur celui de la résistance, il apparaît que bien des tendances formelles découlent de sa familiarité avec la logique capitaliste ou y répondent.

Tous ces questionnements invitent à établir de nouveaux modèles théoriques pour penser conjointement ces deux phénomènes transhistoriques et ubiquitaires : nombre de notions, depuis celle de valeur à l’accumulation en passant par la crise peuvent constituer des catégories d’analyse communes à nos deux objets.

Enfin, les points de contact entre photographie et capitalisme se présentent aussi sous la forme de singularités qui distinguent profondément le fait photographique du fait économique. C’est là que peuvent s’inventer des stratégies de résistance, de dévoilement, de critique : quelles sont celles qu’ont inventées photographes, artistes, historiens ? Quelles sont celles qui restent à inventer pour une photographie dont l’économie générale soit une économie de partage ? Que faire des valeurs démocratiques dans ce dialogue entre photographie et capitalisme (Poivert) ?  

Axes

On pourra notamment interroger les rapports photographie-capitalisme à partir des cadres d’analyse suivants (liste non exhaustive et non-limitative) :

  • Valeur symbolique et valeur économique de la photographie: un fétiche à consommer avec les yeux ?
  • Processus créatifs et réception: la fabrique d’une esthétique (anti-)capitaliste ?
  • Vices et vertus des valeurs libérales : quelles conséquences pour la photographie ?
  • Phénomènes de domination engendrés par le capitalisme: quelle position pour la photographie ?
  • Accumulation, propriété, dette, crédit, flux… : quelles notions communes pour penser la relation photographie-capitalisme ?
  • Capitalisme cognitif: la photographie dans l’économie de l’information et du savoir 

[1] Retrouvez le programme complet : https://arip.hypotheses.org/1878

[2] Publication des actes : http://www.imageandnarrative.be

[3] https://arip.hypotheses.org/1878

[4] http://www.imageandnarrative.be

[5] trad. : « a trade in looks »

Conditions de soumission

Les propositions, rédigées en français ou en anglais et d'un maximum de 3000 signes, peuvent émaner de toute discipline et porter sur la photographie du XIXe siècle à nos jours.

Elles devront parvenir à l'adresse photographiecapitalisme@gmail.com

avant le 12 juillet 2018 

Elles devront être envoyées en format PDF, avec un nom de fichier sur le modèle Nom_Prenom_Institution.pdf, et contenir une brève présentation de l'auteur. Les réponses définitives seront notifiées aux alentours du 19 juillet.

Comité scientifique

  • Michel Poivert (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Guillaume Blanc (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Taous R. Dahmani (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Organisateurs

  • Guillaume Blanc
  • Taous R. Dahmani

Bibliographie

  • Buck-Morss Susan, « Visual Empire » in Diacritics, vol. 37, n°2-3 “Taking Exception to the Exception”, été-automne 2007, p. 171-198.
  • Deleuze Gilles, L’Image-temps, Paris, Éditions de Minuit, 1985.
  • Mondzain Marie-José, Le Commerce des regards, Paris, Éditions du Seuil, 2003.
  • McCauley Anne, Industrial Madness. Commercial Photography in Paris, 1848-1871, New Haven/London, Yale University Press, 1994.
  • Poivert Michel, “La photographie, expérience démocratique », in Histo.art, n°6, 2014, p. 9-21.
  • Rouillé André, L’Empire de la photographie. Photographie et pouvoir bourgeois, 1839-1870, Paris, Le Sycomore, 1982.
  • Sekula Allan, « Trafics dans la photographie » in Id., Écrits sur la photographie, trad. fr. Marie Murraciole, Paris, Beaux-Arts de Paris éditions, p. 181-220.
  • Szendy Peter, Le Supermarché du visible. Essai d’iconomie, Paris, Éditions de Minuit, 2017.

Lieux

  • INHA 6 rue des Petits Champs
    Paris, France (75002)

Dates

  • jeudi 12 juillet 2018

Mots-clés

  • photographie, capitalisme

Contacts

  • Guillaume Blanc
    courriel : blancguillaume [at] hotmail [dot] fr
  • Taous Dahmani
    courriel : taous [dot] dahmani [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Guillaume Blanc
    courriel : blancguillaume [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La photographie, avec ou sans le capitalisme », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 02 juillet 2018, https://calenda.org/446306

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