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Migrants and migrations in information and communication sciences

Migrants et migrations en sciences de l'information et de la communication

Revue française des sciences de l'information et de la communication journal

« Revue française des sciences de l'information et de la communication »

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Published on Tuesday, July 10, 2018 by Céline Guilleux

Summary

L’objectif de ce dossier de la Revue française des sciences de l’information et de la communication (RFSIC) est d’appréhender l’évolution des problématiques info-communicationnelles sur les migrants et les migrations et construire un socle théorique et pratique sur cette question. Il s’agit ici de revisiter les travaux français et internationaux déjà réalisés, de proposer des pistes de réflexions nouvelles, et d’enrichir le débat scientifique autour d’un objet d’études qui préoccupe les SIC et qui revient en force suite aux divers mouvements migratoires de ces dernières années.

Announcement

Coordination

Le dossier est coordonné par : 

  • Claire SCOPSI (claire.scopsi@lecnam.net), 
  • Carsten WILHELM(carsten.wilhelm@uha.fr)
  • Khaled ZOUARI (khaled.zouari@uca.fr)

Perspectives scientifiques du numéro

Les travaux sur les migrations transnationales ont connu un regain d’intérêt dans les années 1990 dans un contexte post-colonial. La question est politique : les migrations de masse consécutives aux décolonisations, les conséquences de la chute du mur à l’Est (1989), l’institution de la communauté Européenne avec le traité de Maastricht (1992), la mise en œuvre de l’espace Schengen (1995), et le contexte de globalisation culturelle et économique brassent les frontières et les appartenances nationales. Elle est aussi économique : les technologies dématérialisent les flux financiers, et les productions des biens de consommation s’organisent de moins en moins au niveau local. Les mobilités de travailleurs ne s’analysent plus seulement au niveau de la cité et de ses transports quotidiens : les déplacements des migrants économiques s‘internationalisent (Kaufmann, 2002) et les moyens de transports permettent les va et vient internationaux de travailleurs. Ces nouvelles mobilités ne concernent pas seulement les cadres et les ouvriers des firmes internationales. Une économie souterraine nomade se dessine, « par le bas » ; elle repose sur le « savoir migrer », de ceux qui savent passer les frontières, et exploiter les différences de niveau de vie et de consommation des pays (Tarrius, 2002). En sociologie, le paradigme de la mobilité se complexifie. Outre les déplacements physiques, John Urry propose de considérer des formes de mobilités virtuelles, où l’ailleurs s’appréhende via des écrans de télévision ou d’ordinateur (Morley, 1995 ; Urry, 2002) et où les déplacements s’effectuent aussi via les réseaux téléphoniques. Anthony Giddens questionne les rapports sociaux d’une époque où les relations sociales délocalisées s’enracinent dans un contexte spatio-temporel local. Dans la vie sociale moderne, où l’on est en interaction constante avec des personnes étrangères, la méfiance à l’égard de l’étranger à la communauté des sociétés pré-modernes se mue en une confiance abstraite en l’autre, qui s’exprime par des marques et des rituels discrets destinés à signifier implicitement une absence d’intention hostile (Giddens, 1990). La présence régulière de la figure de l’étranger, telle que la décrit Simmel (1908/1979), produit une acculturation réciproque.

Post modernité et modernité liquide

Les modèles traditionnels d’appartenances territoriales et culturelles se muent en métaphores liquides, traduisant à la fois les notions de mouvements de masse, de plasticité des structures sociales et de porosité des catégories.

Ajun Appadurai (1996) conçoit la modernité comme une superposition de flux mondiaux : les flux d’images et d’informations (mediascapetechnoscape) et de cultures (ethnoscape) se superposent aux flux de marchandises et d’argent (financescape). Selon Bauman (2000), le passage du XXe au XXIe siècle, se manifeste par le remplacement de la structure par le réseau. Les organisations « solides », dont le rôle était de fixer une société par des noeuds durables, cèdent la place à un assemblage de liens individuels que l’on peut nouer et dénouer. Les mobilités transnationales (Glick Schiller, 1992) participent de cette déliquescence, le franchissement des frontières prend la forme d’une infiltration : métissages (Gruzinsky, 1999), créolisations (Chivallon, 2013), diasporas (Dufoix, 2000 ; Düvel, 2006 ; Hepp, 2009 ; Agbobli et al., 2013 ; Duchêne-Lacroix et Koukoutsaki-Monnier, 2015). L’exil n’estplus radical : Dana Diminescu montre que les usages des TICs par les migrants permettent de remplacer la double absence (Sayad, 1999) par la double présence : le téléphone portable, la visiophonie maintiennent l’émigré en liaison permanente avec la famille et le homeland (Diminescu, 2005 ; Miller et Madianou 2012).Les retours au pays, forcés ou choisis, sont eux aussi liés aux stratégies identitaires et médiatiques (Miller et Madianou, 2012).

La fin de la deuxième décennie du XXe siècle : un tournant

À partir des attentats du 11 septembre 2001, les questionnements évoluent progressivement. Les frontières physiques sont devenues poreuses, mais sont remplacées par lesdispositifs de surveillance et d’identification (passeports biométriques, vidéo surveillance, fichiers internationaux) (Mattelart, 2007).Loin de l’utopie dela démocratie internet des débuts du web, les réseaux et les médias numériques sont considérés sous leur face noire : le Darknet, les réseaux sociaux manipulateurs, les vidéos virales, devenus les vecteurs du prosélytisme djihadiste. L’information et les données circulent, mais cela suffit-il à produire de la communication ? (Wolton, 2009). L’espace public est-il en train de perdre son support ?

La « crise médiatique des migrants » devient un thème politique majeur dans les sociétés occidentales. Elle apparaît comme une crise de la visibilité (Bélouin et al. 2009) : les immigrés invisibles du XXe siècle, dissimulés dans les zones périurbaines et les usines, ou pour les femmes, au sein du foyer, sont devenus les « migrants » trop visibles, car groupés dans les zones où les flux de circulations sont perturbés : « jungles », abords des gares, centres de demandes d’asile ou de régularisation, rivages de la méditerranée, frontières sud-américaines. Les stratégies actives de reconnaissance (Honneth, 1996) médiatiques, institutionnelles ou mémorielles (comme le mouvement des sans-papiers de Saint Bernard, ou la « marche des beurs ») ne concernent pas les nouveaux arrivants précarisés et dépersonnalisés par les représentations médiatiques : voilées, filmés de dos, de loin, de nuit, formes allongées sur un trottoir, ou réduits à leurs traces, seuls indices de leur passage après le démantèlement des camps de Calais. S’ils font l’objet de multiples analyses ou commentaires hostiles ou bienveillants, peu sont directement invités à exposer leur point de vue.

Alors que les murs menacent de resurgir, et que les luttes réactionnaires qui secouent actuellement les systèmes politiques occidentaux, s’expriment dans un climat de « panique morale » (Baumann, 2016) qui les rend d’autant plus virulentes, les vocabulaires soulignent des catégorisations administratives de plus en plus complexes, conduisant à une segmentation des populations en migration, entre demandeurs d’asile, déboutés du droit d‘asile, réfugiés, immigrés économiques, re-migrants, expatriés, sans-papiers, mineurs isolés (dreamers) ou jeunes majeurs. C’est une nouvelle culture de la migration qui voit le jour et que l’opinion publique doit s’approprier (Agier, 2016).

Proposition

Nous proposons de considérer comme un nouveau paradigme cette dilution de la migration dans les réseaux et le numérique et d’envisager la « crise des migrants » comme une crise info-communicationnelle dans laquelle tous les acteurs, à chaque étape du déplacement, ne se perçoivent qu’au travers d’artefacts médiatiques : images, data, cartes, discours médiatisés, chiffres…), comme un exemple concret de la médiatisation de la vie sociale (Hepp et Couldry, 2016). Nous sommes passés du modèle du flot (le flux et la liquidité) au modèle du flou (un nuage de données se superposant au réel). Comment chacun des acteurs (l’immigré, l’institution, les médias, la société civile) s’empare-t-il de ces données pour agir ? Les stratégies varient-elles selon les États et les cultures ? Qui contrôle ces flux, et est en mesure de les utiliser à ses fins ? Une attention particulière sera portée aux travaux internationaux, ou permettant de situer les initiatives françaises dans le contexte européen et mondial.

Axes proposés

Les approches théoriques sur la migration en sciences de l’information et de la communication

Cet axe porte sur l’épistémologie de la migration en sciences de l’information et de la communication. En quoi les théories et concepts de l’inter-discipline contribuent à faire évoluer les connaissances et le savoir sur les migrants et les migrations contemporaines ? Comment traiter les questions de recherche liées aux migrations à la lumière des concepts de mobilité, nomadisme, virtualité, communautés médiées ou coopération en ligne (etc.) ?

Nous proposons aussi de questionner à travers l’interdisciplinarité les apports réels des travaux sur les TICs aux humanités numériques relevant de l’anthropologie, de la sociologie, ou de l’histoire des migrations. Il s’agit aussi d’appréhender les multiples représentations numériques des migrations, et des immigrés (traitement des données, datavisualisations, cartographies, chrono-cartographies, etc.).

Communication et médias

Les textes qui s’inscrivent dans cet axe abordent les pratiques et usages des TICs à divers moments migratoires. Nous privilégions des contributions qui traitent des diverses plateformes d’information et de communication destinées aux migrants, d’accès aux droits et à la santé, d’assistance linguistique, ou d’aide au départ, ainsi que les usages des TICs dans les centres d’accueil, dans les camps de réfugiés, et dans les situations de crise.

Cet axe inclut aussi les contributions sur les caractéristiques de la communication technicisée des (par les) migrants, en insistant notamment sur les techniques du web social (FacebookTwitter, blog, YouTube…) qui rendent comptent de l’expérience migratoire, qui interviennent dans les projets migratoires, ou sous-tendent les pratiques de militantisme citoyen.

Il intègre les travaux qui, à travers des approches info communicationnelles, étudient la présence des immigrés dans les médias des hostland, et des homeland et appréhendent les formes multiples des traitements médiatiques et journalistiques de l’immigration (icônes et images de la migration, stratégies cross media et participatives, etc.).

Migrants, migrations et communication interculturelle

Cet axe porte sur l’interculturalité en ligne. Les propositions qui entrent dans cet axe abordent les pratiques langagières et les rituels en situation de communication interculturelle de face à face et en ligne. Nous privilégions aussi les textes qui étudient les initiatives favorisant la mixité culturelle, le vivre ensemble ou l’éducation à l’interculturalité numérique dans les situations de migration, ou de mobilités transfrontalières.

Traces et Mémoires

Cet axe propose d’appréhender la problématique des traces numériques et des mémoires des migrants et des migrations. Cette thématique, riche en perspectives scientifiques, permet de construire un socle théorique et pratique sur des sujets variés. Par exemple :

  • les archivages des productions numériques des communautés immigrées, les entreprises mémorielles des communautés issues de l’immigration et leur exploitation parles chercheurs.

  • les stratégies numériques des minorités exogènes pour revendiquer et promouvoir leurs traces culturelles au sein de la société dominante ou encore le rôle des médias numériques dans les stratégies identitaires.

  • les vecteurs de la patrimonialisation de la migration (objets collectes, témoignages…), le rôle des institutions patrimoniales (musées de l’immigration, associations culturelles…).

  • l’exploitation des traces par les administrations : fichiers administratifs / data/ frontières électroniques, surveillance électronique.

Arts et culture

Les textes de cet axe porteront sur l’étude de projets et contributions artistiques faisant appel au numérique pour contribuer à la visibilité des immigrés. Des contributions liées à des projets de recherche action (universitaires, professionnels, artistes, associations et structures culturelles, collectivités etc.) seront fortement appréciées.

Modalités de soumission

Les propositions s’effectueront en deux temps

1. Envoi d’un résumé détaillé de 1 500 mots maximum (10 000 caractères environ), Times, corps 12 et interligne simple, assorti d’un titre et de 3 à 5 mots clés. L’auteur-e exposera clairement sa problématique, son objet, ses références théoriques, sa méthodologie, et indiquera une courte bibliographie. Les propositions sont acceptées en langues française et anglaise.

Le fichier sera envoyé en deux exemplaires : 1 fichier au format .docx comportant le nom, l’affiliation et le courriel du ou des auteurs et 1 fichier au format .pdf complètement anonymisé.

Avant le 1er octobre 2018 minuit.

Adresses d’envoi :claire.scopsi@lecnam.net, carsten.wilhelm@uha.fr, khaled.zouari@uca.fr

Ces propositions seront expertisées en double aveugle par les membres du comité scientifique.

2. Les auteur-e-s accepté-e-s se verront invité-e-s à produire un texte complet 40 000 et 50 000 signes, espaces compris, hors bibliographie à remettre le 1er mars 2019.

Les auteurs doivent fournir une courte biographie (comprenant un courriel), un résumé et des mots-clés en français et en anglais voire dans une troisième langue.

Évaluation

Cet article fera l’objet d’une seconde évaluation en double aveugle.

Pour plus d’informations nous vous invitons à consulter le document pdf joint ainsi que le site de la Revue Française des Sciences de l’Information https://journals.openedition.org/rfsic/

Date(s)

  • Monday, October 01, 2018

Keywords

  • migration, interculturel, immigré, réfugié, migrant, diaspora

Contact(s)

  • Khaled Zouari
    courriel : khaled [dot] zouari [at] uca [dot] fr
  • Claire Scopsi
    courriel : claire [dot] scopsi [at] lecnam [dot] net
  • Carsten Wilhelm
    courriel : carsten [dot] wilhelm [at] uha [dot] fr

Information source

  • Claire Scopsi
    courriel : claire [dot] scopsi [at] lecnam [dot] net

To cite this announcement

« Migrants and migrations in information and communication sciences », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, July 10, 2018, https://calenda.org/452154

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