AccueilIntersectionnalité et cumul des damnations : pourquoi nos écrivains n’aiment-ils pas leurs femmes ?

Intersectionnalité et cumul des damnations : pourquoi nos écrivains n’aiment-ils pas leurs femmes ?

Intersectionality and building damnation - why don't our writers don't like their women?

Appel à chapitre pour la publication d’un ouvrage collectif

Call for contributions to a collective work

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Publié le vendredi 13 juillet 2018 par Elsa Zotian

Résumé

Les initiateurs du projet encouragent les africanistes de tous bords à contribuer à un ouvrage collectif sur les problématiques croisées que pose la question du genre dès lors qu'il s'agit des femmes noires ou arabes. Partant d’un constat d’invisibilisation relative des femmes racisées de l’espace francophone dans les œuvres majeures d’artistes contemporains, les problématiques seront croisées et les chapitres exploreront plusieurs aspects théoriques, épistémologiques ou critiques du questionnement et des représentations sur le genre. Les chapitres sélectionnés se structureront suivant trois axes : sexualisation et encadrement du rire des femmes : évaluation des attitudes noiristes et autres discours masculinistes du quotidien ; Aspects tragiques des représentations de la femme : comprendre pour faire face ; Questions théoriques : expliquer et former à la question du genre

 

Annonce

Argumentaire

En 2016, un écrivain africain notoirement connu publiait sur Internet: « Les vieilles voitures font beaucoup de bruit ». « Elle est frappée par la ménopause » accusait un autre (au sujet de la même écrivaine). Ces images, écrites par des écrivains francophones dans les réseaux sociaux, ont été lues et capturées au sujet de leur consoeur. Leur rhétorique verte intervient certes dans un contexte de tensions, de positionnements et de « guerre des écrivains » (Sapiro, 1999) mais elle n’en dit pas moins un complexe du mâle noir (ou arabe) dominant. Dominé (Chamoiseau), mais dominant. Les Africaines vivraient une colonisation de l’intérieur, qui passe pour être consentie quand leurs voix manquent de faire écho aux combats qui agitent l’actualité féministe. Les écrivains africains, disait Hemley Boum dans un entretien (Essono Tsimi : 2017), « les écrivains africains n’aiment pas leurs femmes ». Justice devrait davantage être rendue aux femmes africaines ou afrosporiques, par une meilleure publicité de leur présence et des initiatives contre-narratives (qui contournent les dangers d’une « histoire unique » Ngozie Adichie), de crainte qu’à « l’épreuve du fratricide » (Mbembé, 2000 : I) ne succède celle du gynocide. En considérant la place des femmes dans deux projets éditoriaux importants au sujet de l’écriture de l’Afrique( Sarr & Mbembe, 2017; Mabanckou, 2017), le chercheur ne peut que constater qu’elles sont d’une part peu nombreuses et d’autre part peu traitées dans les études culturelles. Alain Mabanckou a pris soin de préciser en introduction de l’ouvrage qu’il dirige (2016) « Ecrire l’Afrique, c’est aussi redéfinir la place de la femme africaine ». 

Dès lors se posent plusieurs questions. Comment défend-on quand on est affaibli ? Comment écrit-on, alors qu’on est en marge d’une langue ou de jeux de pouvoirs ? Comment écrit-on, dépeint-on, vend-on, celles qui sont dans les dessous de ces marges, à l’intersection de toutes les frustrations de genre, de classe et de race ? Cette hypothèse du désamour des femmes noires que l’on méprise sans se fatiguer peut-elle être creusée, pour sonder en abyme le désamour des femmes noires “pour” d’autres femmes noires, menant à une sorte d’intra-intersectionnalité ? Peut-on écrire l’Afrique si, dans le storytelling du dominant-dominé, l’on n’écrit pas la femme ? 

Les artistes, les penseurs, les concepteurs-rédacteurs et directeurs artistiques, les scénaristes, les curateurs, les peintres, les décideurs ou les politiques d’Afrique et de ses diasporas francophones célèbrent-ils suffisamment « leurs » femmes ? Les célébrant, comme Senghor dans « Femme Noire » et tant d’autres après lui, les aiment-ils ? Les aimant, les épousent-ils ? Does “black love” matter ?Cette dernière question peut-elle faire question ? N’est-ce pas une intrusion dans des orientations et convictions personnelles qui obéissent à toutes sortes de logiques complexes que les sciences humaines seraient peu équipées pour aborder séreinement? Le but des contributions ici suscitées, autour d’ouvrages théoriques, d’œuvres artistiques et littéraires, de phénomènes sociaux et politiques sur les défis ethniques de la question du genre, est justement à la suite de Chimamanda Ngozie Adichie (2015) ou Coquery-Vidrovitch (2018) d’orienter la focale sur les spécificités de l’Afrique, jusque dans ses diaspporas. Partant d’un constat d’invisibilisation relative des femmes racisées de l’espace francophone dans les œuvres majeures d’artistes contemporains, les problématiques seront croisées et les chapitres, d’approches disciplinaires diverses, exploreront plusieurs aspects théoriques, épistémologiques ou critiques du questionnement et des représentations sur le genre. Les chapitres sélectionnés se structureront suivant trois axes combinant études culturelles ou décoloniales, critiques postcoloniales (critical raceet Subaltern studies), philosophie, recherche littéraire, sociologie, ou communication...

  1. Sexualisation et encadrement du rire des femmes : Évaluation des attitudes noiristes et autres discours masculinistes du quotidien
  2. Aspects tragiques des représentations de la femme : comprendre pour faire face
  3. Questions théoriques : expliquer et former à la question du genre

Modalités de soumission

  • Il est demandé aux auteur.e.s d’envoyer des manuscrits redigés, comportant cinq mille mots au minimum, notes et bibliographies comprises
  • Les propositions feront l’objet d’une double évaluation d’une part des coordinateurs de l’ouvrage et d’autre part des membres d’un comité scientifique constitué.
  • Les essais seront rédigés en français de préférence, mais les soumissions en anglais seront examinées avec intérêt.
  • Les résumés et les mots-clés seront rédigés en français et en anglais.
  • Les informations sur l’editeur pressenti seront disponibles sur soumission du manuscrit ou sur simple demande.

Les contributions réunies proviendront essentiellement de chercheurs affiliés à des universités africaines, européennes et nord-américaines. Toute proposition venant d'autres régions du monde est vivement souhaitée.

Calendrier

  • Date limite de soumission : 7 septembre 2018

  • Réponses du Comité de lecture : 21 septembre 2018
  • Livraison essai définitif : 7 octobre 2018
  • Premiers retours aux contributeurs sur le processus éditorial : 15 novembre 2018
  • Publication prévue : printemps 2019

Les contributions seront acceptées à ces deux adresses :

  • Dr Eric Essono Tsimi ee4ta@virginia.edu
  • Pr. Omar Moumni omarmoumni2@hotmail.fr

Bibliographie indicative

  • Adichie, Chimamanda Ngozi. Nous sommes tous des féministes. Editions Gallimard, 2015. 
  • Berger, Michele Tracy, and Kathleen Guidroz, eds.The intersectional approach: Transforming the academy through race, class, and gender. Univ of North Carolina Press, 2010. 
  • Bilge, Sirma. "Le blanchiment de l’intersectionnalité." Recherches féministes 28.2 (2015): 9-32.
  • Carneiro, Sueli, and Jules Falquet. "Noircir le féminisme." Nouvelles questions féministes24.2 (2005): 27-32.
  • Coquery-Vidrovitch, Catherine. African women: A modern history. Routledge, 2018.
  • Crenshaw, Kimberlé Williams, and Oristelle Bonis. "Cartographies des marges: intersectionnalité, politique de l'identité et violences contre les femmes de couleur." Cahiers du genre2 (2005): 51-82. 
  • Davis, Angela. Femmes, race et classe. des femmes-Antoinette Fouque, 2007.
  • Essono Tsimi, Eric. Les processus psychosociaux à l'œuvre dans le développement de l'identité des écrivains migrants africains. Diss. Grenoble Alpes, 2017.
  • Golley, Nawar Al Hassan. "Is feminism relevant to Arab women?." Third World Quarterly25.3 (2004): 521-536.
  • Hakim, Catherine. "Les femmes obtiennent-elles ce qu'elles veulent ou se contentent-elles de ce qu'on leur propose?." Revue de l'OFCE2 (2001): 297-306.
  • Macfie, Alexander Lyon. Orientalism. Routledge, 2014.
  • Mbembe, Achille. De la postcolonie: essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine. KARTHALA Editions, 2000.
  • Pambè, Madeleine Wayack, and Nathalie Sawadogo. "Dépasser le patriarcat pour mieux définir les féminismes africains?." Travail, genre et sociétés 2 (2017): 187-192.
  • Said, Edward W. "Orientalism reconsidered." Race & Class27.2 (1985): 1-15.
  • Sméralda, Juliette. Peau noire, cheveu crépu: l'histoire d'une aliénation. Jasor, 2004.

Codirecteurs

L'ouvrage est dirigé par Eric Essono Tsimi et Omar Moumni, auxquels pourra s'ajouter l'un ou l'autre membre du comité scientifique, notamment Benjamin Ngong (Dickinson college).

  • Eric Essono Tsimi, University of Virginia, Department of French : ee4ta@virginia.edu
  • Omar Moumni, Sidi Mohamed Ben Abdellah University, Faculty of Letters and Human Sciences Sais- Fez, Department of English : omarmoumni@usmba.ac.ma

Comité scientifique

  • Raymond Mbassi Ateba, MCF HDR, Université de Maroua, Cameroon
  • Benjamin Ngong, Associate professor, Dickinson College, USA

Dates

  • vendredi 07 septembre 2018

Mots-clés

  • intersectionnalité, analyse des représentations, colonialité du genre, subaltern studies

Contacts

  • Eric Essono Tsimi
    courriel : tsimi [at] hotmail [dot] com

Source de l'information

  • Eric Essono Tsimi
    courriel : tsimi [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Intersectionnalité et cumul des damnations : pourquoi nos écrivains n’aiment-ils pas leurs femmes ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 13 juillet 2018, https://calenda.org/454666

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