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La biodiversité agroalimentaire et horticole au cœur de projets de territoires

Agroalimentary and horticultural biodiversity at the heart of territorial projects

Recherches en cours et retours d’expériences

Research in progress and feedback on experience

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Publié le vendredi 03 août 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Cet appel à communication cherche à rassembler des doctorants, chercheurs et professionnels lors d’un séminaire visant à discuter des enjeux actuels liés à la biodiversité domestique et agricole. La rencontre tentera d’éclairer particulièrement en quoi un projet de valorisation et de protection de race ou variété ancienne peut constituer un levier de gestion environnementale et paysagère.

Annonce

Séminaire Inter-doctoral – Ecole Doctorale 480 Montaigne-Humanités

Contexte et objectifs

Au XXesiècle, l’introduction des processus industriels dans le domaine de l’alimentation a transformé radicalement les filières de production alimentaires : production proprement dite, transformation et distribution en ont été métamorphosées. De même, la production massive de variétés horticoles destinées à la parfumerie, à la cosmétique, à la pharmaceutique ou au marché floral s’est considérablement homogénéisée, favorisant la sélection de variétés performantes et productives, produites par multiplication végétative limitant de fait le brassage génétique. Auparavant les agrosystèmes anciens avaient généré au fil du temps une diversité de races et de variétés populations qui répondaient aux nécessités de l’adaptation des cultures et de l’élevage à une infinité de situations biogéographiques et agro-économiques locales.

L’avènement d’un nouveau modèle productif industrialisé a conduit à délaisser cette biodiversité, à vocation alimentaire ou non, parce que les exigences intrinsèques de ce modèle ne portent plus sur l’adaptation à des conditions locales mais sur l’intégration organisationnelle, normative et technique toujours plus approfondie/poussée de la production, de la transformation et de la diffusion des aliments à un système globalisé, partout identique, de production, d’échanges et de consommation.

Dans ce théâtre global, la logique de ce système est uniformisatrice et dé-localisée. Elle réduit toujours davantage les propositions alimentaires et horticoles à celles qui répondent le mieux aux impératifs du système globalisé qu’elle gouverne. Elle prend le contrepied d’une démarche de diversification. Elle ne place plus le contexte, le terrain, le terroir, le territoire au cœur d’un processus créatif de diversification du vivant à vocation alimentaire et horticole. Elle les ignore et les sacrifie à la réalisation d’un processus productif unifié qui se construit hors du lieu et de ses particularités : cette approche globale nie et annihile la diversification alimentaire que crée spontanément la démarche locale.

La disgrâce soudaine dans laquelle on a tenu l’immense déclinaison des variétés de plantes cultivées et des races domestiques locales a mené à la réduction catastrophique de leur nombre en quelques décennies. Pourtant une tendance assez ancienne déjà s’oppose à cette uniformisation détachée du local. Ce mouvement en faveur d’une prise en considération de la biodiversité agro-alimentaire, amorcée dès les années soixante-dix, a revivifié un intérêt qui préexistait au sein d’unités de recherche agricoles et agronomiques, auprès de certains éleveurs et cultivateurs avisés mais dont les motivations scientifiques et économiques s’étaient effacées face à l’expansion irrésistible d’orientations productivistes.

Un effort de sauvegarde et de conservation est alors engagé à travers la constitution, l’enrichissement ou la reconstitution de collections de variétés de plantes cultivées. Des opérations de prospection et d’élevages conservatoires de races menacées d’extinction sont initiées. S’ensuit un renouveau modeste mais prometteur d’études des caractéristiques, des qualités du ‘‘matériel’’ recueilli, de ces expressions diverses de la matière vivante aux fondements de l’alimentation. Races et variétés locales intègrent par ces démarches le champ du patrimoine. Un changement de statut s’opère – ce qui était naguère délaissé, méprisé accède au rang de ressource patrimoniale – associé à un changement de représentation qui soutiennent efficacement leur nouvelle légitimation.

A partir des années quatre-vingt-dix, alors que surviennent les premières crises alimentaires d’envergure (crise de la vache folle, grippe aviaire…), la question alimentaire réapparaît dans le débat public, aux yeux du plus grand nombre. Face aux incertitudes qui pèsent sur l’alimentation, la recherche de la qualité et de l’innocuité amène à se tourner de nouveau vers une nourriture localisée, appréciée et reconnue notamment en raison de son rapport à un lieu, à un savoir-faire et à une communauté de producteurs localisés, perçus comme des marqueurs avérés de la valeur nutritionnelle et gustative des productions. La quête de garanties, de gages de qualité toujours plus nombreux à travers labels, indications et appellations en constitue le corollaire : l’évolution concomitante du cadre législatif et réglementaire semble d’ailleurs favoriser leur multiplication (l’ouverture des AOC à ‘‘l’ensemble des produits agricoles ou alimentaires, bruts ou transformés’’ date de 1990).  

Une prise de conscience collective éclot et commence à se structurer autour de l’alimentation, portée par des courants, des mouvements associatifs, des organisations de producteurs qui naissent alors. Ils présentent l’alimentation comme un enjeu de société majeur. Leur action promeut l’émergence d’une nouvelle relation au(x) lieu(x), au(x) territoire(s) par l’entremise des produits et des producteurs. Ces acteurs participent significativement d’un retour en grâce du local, de sa réhabilitation au profit de l’élaboration de réponses locales qu’ils considèrent comme les plus appropriées à la question alimentaire.

Dans cette perspective, le travail de certaines organisations se donne pour priorité de défendre et valoriser la biodiversité agro-alimentaire par des démarches locales de reconnaissance et de promotion de produits, de races et de variétés qui sont à l’origine de ces produits, où l’approche économique devient primordiale. Cette orientation introduit une nouveauté décisive car elle exprime désormais de façon explicite combien la sauvegarde et la diffusion des constituants de cette biodiversité est conditionnée à la recherche de modèles économiques satisfaisants – où les productions sont rentables – adaptés à chaque situation (Cf. l’expérience de l’organisation internationale Slow Food en la matière à travers l’outil de l’Arche du Goût et des programmes de valorisation des produits Sentinelles).

De même, la recherche, dans les sciences agronomiques, en écologie mais aussi dans les sciences sociales, s’empare de plus en plus de ces thématiques afin de questionner les changements socio-spatiaux induits par ces démarches locales et par ce retour à des modes de production qui favorisent une « biodiversité agricole » bien plus localisée. Divers travaux sur la gestion des ressources génétiques animales ou végétales, de races ou variétés dites « de petits effectifs » ou « locales », montrent par ailleurs que les logiques de conservation et de valorisation doivent nécessairement être repensés au travers des systèmes spécifiques, bien ancrés dans leurs territoires (INRA, Passages). 

Ainsi, les gestionnaires d’espaces naturels voient de plus en plus la conservation de races anciennes de bétail et les aspects pastoraux associés comme un levier pertinent de gestion environnementale et paysagère. De multiples protocoles de gestion sont ainsi nouvellement basés sur une exploitation raisonnée des ressources végétales fourragères par des races locales adaptées de bovins, ovins, caprins ou porcins, associant de fait conservation génétique et gestion environnementale et/ou paysagère dans un projet territorial plus large.

Thématiques et angles d’approche

Le séminaire inter-doctoralpropose de rassembler des doctorants, chercheurs et professionnels autour de cette notion de biodiversité agro-alimentaire, pour en proposer une mise en perspective permettant de l’intégrer dans divers champs de la recherche-action. Plus précisément, la journée de rencontres chercherait à éclairer, par des exemples concrets et retours d’expérience, en quoi la recherche en Sciences Humaines et Sociales peut à la fois appuyer et se nourrir des projets concrets de conservation et de valorisation de races et variétés anciennes, de productions de qualité rares, menacées alors que leur typicité les ancre dans des lieux et des territoires. Il s’agit de mettre en lumière les chemins par lesquels de tels projets, dont l’objectif premier réside dans la conservation d’un patrimoine alimentaire considéré sous ses déclinaisons génétiques, gustatives, nutritionnelles ou de diversité domestique, deviennent plus largement des projets à résonnance culturelle.

Les contributions pourront se situer, au choix, dans un ou plusieurs de ces axes de réflexion :

Axe 1 : Conservation et patrimonialisation de races ou de variétés locales, de produits issus de races ou de variétés locales : quels enjeux socio-spatiaux et économiques pour le territoire de production ?

Le processus qui part des races et variétés anciennes pour aboutir aux produits localisés constitue une étape décisive pour associer à un territoire les races et les variétés impliquées dans la fabrication de ces produits, c’est-à-dire pour faire émerger un terroir. L’étude de ce processus aide à saisir comment est rendue tangible la relation du lieu au produit et par quels procédés. Il s’agit alors de comprendre comment on peut en rendre compte.

Cet axe permettrait de mieux comprendre quel est l’ensemble des apports induits par la conservation de races et de variétés anciennes, de produits caractéristiques issus de ces races et variétés dans le développement socio-économique des territoires. Elle permettrait également de considérer tout ce qu’ont apporté les phénomènes de patrimonialisation qu’entraînent les programmes de sauvegarde de cette biodiversité. Il s’agit également de questionner les reconfigurations spatiales et les dynamiques paysagères induites par le passage de systèmes de production « globalisants » à un système local, ancré dans une logique territoriale.

Axe 2 : Des races et des variétés locales face à la globalisation : quelles possibilités de valorisation et d’intégration des productions issues de la biodiversité agro-alimentaire à des modèles économiques viables ?

Cette thématique propose de discuter globalement des outils, des programmes, des expériences permettant une valorisation et une réintégration de races et de variétés anciennes dans une économie de production et de distribution. Il s’agit de comprendre comment peut s’opérer cette réintégration pour des productions nécessairement locales dans une économie de marchés globalisés. En particulier, il s’agit de montrer en quoi résident les principaux attraits de telles productions agricoles face aux productions intensives de masse ; les dimensions historiques, patrimoniales, socioculturelles, sanitaires, gustatives, nutritives ou économiques sont ainsi des pistes à explorer.

Axe 3 : La conservation de races ou variétés locales comme fondement d’expériences de gestion environnementale et paysagère associée à un objectif économique : du projet de gestion à la création d’une filière.

Enfin, cet axe veut présenter des exemples concrets par retours d’expérience de remise à l’honneur de races ou de variétés anciennes combinant des objectifs de gestion environnementale, paysagère et économique. Il s’agit de montrer en quoi un système d’élevage, de cultures, de production local peut devenir un moyen privilégié de gestion paysagère, par une influence concrète du mode de production sur les ressources, végétales en particulier, et sur les formes paysagères qui permettent cette production. L’objectif est également de montrer le processus de projet et la mise en place effective du diptyque gestion/production, en explorant par exemple les ressorts institutionnels associés ou la création de filières économiques permettant de rendre le produit économiquement viable.

Comité d’organisation

Également en charge de l'évaluation des propositions.

  • Morgane ROBERT, Paysagiste DPLG, doctorante en Architecture et Paysage, Laboratoire PASSAGES-UMR 5319 du CNRS, ENSAP Bordeaux
  • Hervé Goulaze, Paysagiste DPLG, doctorant en Architecture et Paysage, Laboratoire PASSAGES-UMR 5319 du CNRS, ENSAP Bordeaux

Dates importantes et contacts

Les propositions de contribution doivent être adressées simultanément aux deux adresses suivantes :

  • Morgane Robert : morgane.robert@bordeaux.archi.fr
  • Hervé Goulaze : herve.goulaze@bordeaux.archi.fr

3 décembre 2018 : envoi des propositions de communication

  • résumé de 3000 signes maximum espaces compris
  • entre 3 et 10 références bibliographiques
  • 5 mots clés
  • présentation de l’auteur de 500 signes maximum espaces compris

11 janvier 2019 : envoi des résumés longs pour les propositions de communication retenues. Ces résumés longs seront imprimés dans une brochure distribuée lors du séminaire inter-doctoral.

  • résumé de 8000 signes maximum espaces compris
  • entre 10 et 20 références bibliographies
  • 5 mots clés
  • présentation de l’auteur de 600 signes maximum espaces compris

Le séminaire doctoral aura lieu à Bordeaux (campus universitaire Bordeaux Montaigne – Ecole Doctorale Montaigne-Humanités) au courant du moi de mai 2019(date à déterminer). Les modalités de communication (temps de passage individuel et de discussions collectives) seront diffusées au plus tard en mars 2019.

Les auteurs seront sollicités fin mai 2019 pour proposer un article à partir de leur communication ; ces articles feront l’objet d’une publication scientifique.

Bibliographie

Audiot Annick (1995). Races d'hier pour l'élevage de demain. INRA Editions, Coll. Espaces ruraux, 229 p.

Bernhard R (2001). « Des collections d’arbres fruitiers d’autrefois aux conservatoires régionaux actuels et futurs ». In Courrier de l’environnement de l’INRA, Agriculture et biodiversité des plantes, dossier n° 21, Paris, p. 17-22.

Bonneuil Christophe, Fenzi Marianna (2011). « Des ressources génétiques à la biodiversité cultivée ». In Revue d’anthropologie des connaissances, vol. 5 n°2, 2011, p. 206-233.

CETAB, BEDE, RSP (2010). Du grain au pain, cultivons la diversité. Renaissance de la biodiversité céréalière et savoir-faire paysan. CETAB, BEDE, RSP, 2010, 72 p.

Drochon L, Kastler G, Kochko (de) P, Lapprand E, Levrouw F, Latour F (2014). Les maisons des semences paysannes. Regards sur la gestion collective de la biodiversité cultivée en France. Réseau Semences Paysannes, 2014.

FRAB Midi-Pyrénées (2011). Biodiversité cultivée. 2011, 6 p.

FRB (2014). « L’APA dans tous ses états, des clés pour comprendre la biodiversité ». N° 2, mars 2014,FRB, Paris.

Goffaux R, Goldringer I, Bonneuil C, Montalent P & Bonnin I (2011). Quels indicateurs pour suivre la diversité génétique des plantes cultivées ? Le cas du blé tendre cultivé en France depuis un siècle. Rapport FRB, Série Expertise et synthèse, 2011, 44 pages.

Le Nard M (2001). « Tulipe : biodiversité et sélection ». In Courrier de l’environnement de l’INRA, Agriculture et biodiversité des plantes, dossier n° 21, Paris, p. 105-112.

Leterme E (2005). Les fruits retrouvés. Patrimoine de demain. Ed. du Rouergue.

Meynet, J (2001). « Les rosiers cultivés, une très longue histoire d'exploitation de la biodiversité seulement pour le plaisir et l'art de vivre ». In Courrier de l’environnement de l’INRA, Agriculture et biodiversité des plantes, dossier n° 21, Paris, p. 113-118.

Scribe C (2001). « Amélioration des plantes et disparition des variétés de pays ». In Courrier de l’environnement de l’INRA, Agriculture et biodiversité des plantes, dossier n° 21, Paris p. 83-90.

Lieux

  • Ecole Doctorale Montaigne-Humanités - 19 Esplanade des Antilles
    Pessac, France (33)

Dates

  • lundi 03 décembre 2018

Mots-clés

  • biodiversité, agroalimentaire, horticole, race, variété ancienne, paysage, environnement, patrimoine génétique, circuit court, produit, production, local, terroir

Contacts

  • Morgane Robert
    courriel : morgane [dot] robert [at] bordeaux [dot] archi [dot] fr
  • Hervé Goulaze
    courriel : herve [dot] goulaze [at] bordeaux [dot] archi [dot] fr

Source de l'information

  • Morgane Robert
    courriel : morgane [dot] robert [at] bordeaux [dot] archi [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La biodiversité agroalimentaire et horticole au cœur de projets de territoires », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 03 août 2018, https://calenda.org/463620

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