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Écrire le réel, tisser du lien

Writing the real, forging links

Écritures impliquées et littérature française contemporaine (1968-2018)

“Involved writing” and contemporary French literature (1968-2018)

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Publié le lundi 27 août 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Ce numéro de RELIEF se propose d’aborder la question des nouveaux réalismes littéraires en étudiant les dispositifs politiques et sociaux des récits français contemporains ou comment récits et textes élaborent du « commun » et de la « démocratie » pour des existences anonymes et non vouées a priori à la littérature. Cet axe de recherche s’inscrit dans le prolongement des travaux de Bruno Blanckeman (2002, 2004), Dominique Viart (2002, 2005, 2008), Jacques Rancière (2007) et Sandra Laugier (2006) et prend acte des avancées critiques qui depuis quelques années maintenant s’intéressent moins aux « écritures engagées » qu’aux « écritures impliquées ». C’est aussi considérer une métamorphose nouvelle du « littéraire » et du statut ou du métier d’écrivain. Les méthodes privilégiées de ce numéro sont celles de la sociocritique et de la socio-pragmatique. Les études de cas sont les bienvenues quand elles sont accompagnées d’une réflexion théorique.

Annonce

RELIEF – Revue électronique de littérature française

Objectif

Ce numéro de RELIEF se propose d’aborder la question des nouveaux réalismes littéraires en étudiant les dispositifs politiques et sociaux des récits français contemporains ou comment récits et textes élaborent du « commun » et de la « démocratie » pour des existences anonymes et non vouées a priori à la littérature. Cet axe de recherche s’inscrit dans le prolongement des travaux de Bruno Blanckeman (2002, 2004), Dominique Viart (2002, 2005, 2008), Jacques Rancière (2007) et Sandra Laugier (2006) et prend acte des avancées critiques qui depuis quelques années maintenant s’intéressent moins aux « écritures engagées » qu’aux « écritures impliquées ». C’est aussi considérer une métamorphose nouvelle du « littéraire » et du statut ou du métier d’écrivain. Les méthodes privilégiées de ce numéro sont celles de la sociocritique et de la socio-pragmatique. Les études de cas sont les bienvenues quand elles sont accompagnées d’une réflexion théorique.

  • Comment les textes, les récits, les narrations peuvent-ils produire aujourd’hui du « commun » ?
  • Comment l’écriture et la lecture peuvent-elles produire une forme spécifique de lien social ?
  • De quels enjeux sociaux et individuels les formes de réengagement de la littérature témoignent-elles ?
  • Comment une « écriture impliquée » produit-elle une « lecture impliquée » ?

État de la recherche

En situant le corpus extrême contemporain dans le panorama historique de la littérature française depuis la seconde moitié du XXesiècle jusqu’à nos jours, ce numéro de RELIEF s’efforcera de préciser les grandes orientations de la littérature française contemporaine (de 1968 à nos jours) de façon à en définir les périodisations, les formes, les auteurs, les intérêts et les présupposés. La contextualisation historique, sociologique et théorique permettra de mettre en relation les différentes pratiques d’écriture. « Écrire le réel, tisser du lien » vise à étudier ces corpus contemporain et extrême contemporain, peut-être moins du point de vue du renouvellement des formes que du point de vue de leurs implications politiques (écrire le réel) et sociales (tisser du lien). Les « écritures impliquées » – selon l’expression de Dominique Viart – seront ici l’objet de toutes les attentions.

Depuis les travaux de Christophe Charles (1990) et de Gisèle Sapiro (1998 et 1999), il nous apparaît clairement que le XXesiècle est le grand siècle des « intellectuels ». Quoi qu’il en soit, de Voltaire à Albert Camus, de Victor Hugo à Simone de Beauvoir, il est aisé de distinguer les formes et les combats d’une littérature dite « engagée » et de nombreux travaux (Marc Angenot, 1982 ; Pascal Ory et Jean-François Sirinelli, 1986 ; Benoît Denis, 2000) ont montré comment se négociaient dans la « République des Lettres » les rapports compliqués entre le champ social, le politique, l’idéologique et le littéraire. Pourtant, la grande majorité de ces travaux ne fait que confirmer une interprétation verticale et en quelque sorte autoritaire du fait littéraire, présupposant sans la remettre en question l’autorité sociale dont elle jouit. L’écrivain serait nécessairement « engagé » et les mots, des façons d’agir, entendu que l’autonomie supposée de la littérature permettrait aux auteurs de bénéficier d’une légitimité a priori. En revanche, très peu de travaux se sont intéressés aux formes ordinaires de l’engagement. Nous croyons qu’il est possible de penser autrement la politique de la littérature que comme un « engagement des écrivains ».

En ayant recours à des pratiques de terrain (très souvent documentées par la théorie critique) ou à des observations in situ, comme « à l’effacé », ces « écrivains impliqués » n’engagent plus une politique de la littérature subordonnée aux « opinions qu’ils professent, aux mots d’ordre qu’ils défendent, aux manifestes qu’ils signent, aux congrès auxquels ils assistent » ainsi que l’écrivait Roland Barthes. Ce n’est pas qu’il n’y ait plus, en France, d’écrivains engagés ni de contre-cultures ni de textes foncièrement politiques (pensons par exemple aux actuels engagements d’Édouard Louis contre le libéralisme et à ceux de Jean-Marie Le Clézio sur le sort réservé aux migrants), mais plutôt qu’on assiste depuis le dernier quart du XXesiècle, à des pratiques d’écriture en retrait, plus sensibles, moins thétiques, moins assertives. Sans doute faut-il aussi considérer une certaine usure de la notion d’engagement et de la mythologie républicaine des héroïsmes littéraires mais aussi d’un point de vue plus statutaire (qu’est-ce qu’un écrivain ?), un certain reflux de la légitimité ou de la responsabilité des écrivains : les écrivains médiatiques se seraient-ils substitués aux écrivains de combat de la même façon que les experts auraient remplacé les intellectuels dans l’espace public et médiatique ?

Dans ce premier quart du XXIesiècle, l’écrivain français n’est sans doute plus ni le procureur ni le juge des affaires de la nation ; pourtant, certaines pratiques d’écriture choisissent de re-politiser le fait littéraire en s’impliquant sensiblement dans les vies qu’elles racontent et accompagnent. Cette éthique relationnelle, quelle que soit la diversité des récits qui l’anime, permet non seulement de réfléchir aux liens et socialités internes à l’enceinte démocratique mais encore à la relation de la littérature avec son dehors, à sa façon d’être présente (ou pas) à la société, enfin, au destin des textes et des écrivains aujourd’hui en France.

Positionnement théorique

Ce qui importe ici, ce n’est pas que la littérature soit un discours d’« exception » (Guillaume Artous-Bouvet, 2012), mais bien plutôt qu’elle puisse se saisir comme une occasion (parmi d’autres) de subjectivation, comme une possibilité (parmi d’autres) de création et d’actualisation de liens entre différents individus. Le corpus extrême contemporain s’intéresse précisément à cette question, à savoir comment la littérature intervient dans la vie sociale en confrontant le sujet à d’autres vies que la sienne, constituant ainsi un rouage important de la démocratie dans sa capacité à témoigner et à reconnaître des points de vue a priori étrangers.

Problématique

Comment un récit ou un texte peuvent-ils produire une forme spécifique de lien social ? Comment les textes, les récits, les narrations peuvent-ils produire aujourd’hui du « commun » ? De quels enjeux sociaux et individuels les formes d’implication ou de réengagement de la littérature témoignent-elles ? Nous pensons qu’une politique de la littérature n’est pas simplement à considérer de « haut », depuis les privilèges d’un quelconque « écrivain autoritaire », fut-il médiatique, mais aussi de façon plus ordinaire, comme capacité de tout un chacun de s’emparer de la littérature, de la lecture, de l’écriture, du récit et parfois même de la poésie. Ainsi, une politique de la littérature doit aussi se penser comme une politique de la lecture, consciente de sa précarité et socialement variable, assumant autant de « représentations, contradictoires et affrontées, par lesquelles les individus et les groupes donnent sens au monde qui est le leur » (Chartier, 1989).

Dans Journal du dehors (1993), Annie Ernaux transcrit une scène significative quand elle décrit les gens en train de lire les journaux au kiosque de la galerie marchande d’un supermarché ; Leslie Kaplan aussi dans Les outils quand elle parle des ateliers d’écriture en prison, dans les bibliothèques de banlieue ou en entreprise. À chaque fois, ces individus, anonymes et solitaires qui n’achètent pas de journaux ni de livres se retrouvent quelques minutes tous ensemble, dans un partage de lecture. Cette lecture « à la volée » engage sans doute plus qu’il n’y paraît et témoigne à sa façon d’une communauté littéraire « où la lecture devient un mode partagé d’interprétation du réel » (Julien Lefort-Favreau, 2015). En quel sens une « écriture impliquée » pourrait-elle produire une « lecture impliquée » ?

Recommandations aux auteurs

Les propositions (titre de la contribution et résumé de quinze lignes) sont à envoyer à Olivier Sécardin (olivier.secardin@gmail.com) ainsi qu’à l’adresse suivante : revuerelief@gmail.com 

avant le 15 octobre 2018.

Les contributions définitives seront à remettre avant le 30 janvier 2019 à travers le site web de la revue (www.revue-relief.org). Les articles, d’une longueur de 5000 à 8000 mots, peuvent être rédigés en français ou en anglais. Ils doivent obéir aux règles de la charte éditoriale disponible à l’adresse suivante : https://www.revue-relief.org/docs/instructions_FR.pdf

Les articles ne respectant pas ces consignes ne seront pas évalués.

Protocole d’évaluation

Les articles soumis à la revue seront évalués en double aveugle. La décision de publication est prise après délibération collective du comité.

RELIEF (https://www.revue-relief.org) est une revue internationale qui s’adresse à des chercheurs dans le domaine de la littérature et de la culture françaises du Moyen Âge jusqu’à nos jours. RELIEF est publié deux fois par an et est disponible en open access.

Dates

  • lundi 15 octobre 2018

Mots-clés

  • écriture, implication, extrême, engagement, responsabilité, écrivain

Contacts

  • Olivier Sécardin
    courriel : olivier [dot] secardin [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Olivier Sécardin
    courriel : olivier [dot] secardin [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Écrire le réel, tisser du lien », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 27 août 2018, https://calenda.org/471884

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