AccueilDéchéance et réhabilitation des objets, des espaces, des personnes dans l'Antiquité gréco-romaine

Déchéance et réhabilitation des objets, des espaces, des personnes dans l'Antiquité gréco-romaine

The decline and resurrection of objects, spaces and people in Greco-Roman Antiquity

Autour des notions de déclassement et de reclassement

The notions of declassification and reclassification

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Publié le jeudi 30 août 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Les pratiques de classement et de taxinomie dans l’Antiquité gréco-romaine ont été bien étudiées. En revanche, les processus de déchéance, déclassement et de réhabilitation ou reclassement associés, ont moins retenu l’attention des antiquisants, à l’exception peut-être de la damnatio memoriae, notion déjà décrite par les Anciens. Il ne s’agit pas, au cours de cette manifestation scientifique, d’analyser les processus classificatoires, ni les groupes qui en découlent en tant que tels, – elles ont notamment fait l’objet de deux contributions dans le récent volume, Classement, déclassement, Reclassement, Gilles Chabaud (éd.), Limoges 2011– mais plutôt d’aborder, dans une approche inversée, ce qui motive les Anciens à rejeter ou mettre à l’écart d’un regroupement préalable, en d’autres mots à déchoir un objet, une personne, un espace, une pratique, d’une position préalablement bien établie et reconnue de tous.

Annonce

Argumentaire

Si la notion de déclassement dans un contexte de récession sociale est au cœur des préoccupations de la société française actuelle (voir par exemple l’ouvrage d’Éric Maurin, La peur du déclassement. Une sociologie des récessions, La République des idées, Seuil, 2009), qu’en était-il dans l’Antiquité de la réalité d’une déchéance sociale ou économique ? Alcibiade, neveu de Périclès et figure marquante de l’Athènes de la seconde moitié du Vème s. av. J.-C., reste l’exemple même de l’homme politique déchu et, tout aussi rapidement, réhabilité.

Une première approche du sujet permet d’envisager la question en termes d’histoire politique et sociale (axe 1). Existait-il dans l’Antiquité grecque, et peut-être plus clairement dans le monde romain où les statuts sont mieux définis, des formes de « disqualification sociale », pour reprendre le vocabulaire sociologique actuel (voir notamment S. Paugam, La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, PUF, [1991] 2011) ? Quels exemples précis avons-nous en Grèce, à Rome, de la perte de statut, perte de citoyenneté, bref d’une forme de déchéance sociale ? Dans quels contextes et selon quels mécanismes ? S’accompagne-t-elle de possibilités ou d’exemples de réhabilitation et selon quelles modalités ? On connaît évidemment la déchéance sociale qui suit la défaite d’une cité et la réduction en esclavage de ses membres. Dans quel cadre assiste-t-on à de véritables réhabilitations, pour les individus comme pour les cités, certaines connaissant notamment un véritable déclassement sous l’empire romain ? À l’époque archaïque en Grèce, les plaintes de Théognis relèvent-elles d’une peur du déclassement, ou d’une menace réelle, en lien avec une situation économique, politique et sociale ?

Sous un autre angle, quand et pourquoi assiste-t-on à la désaffection et à la réhabilitation de figures de référence -hommes politiques, auteurs ou artistes- (axe 2) ? Tel modèle individuel ou tel auteur antique, a pu être oublié, rejeté et, à la faveur d’une mode, d’un changement de pouvoir, au contraire, encensé et revenir au sommet de la critique. L’évolution des canons, des goûts en littérature, en sculpture notamment, a pu motiver ces changements, mais des concours de circonstances, comme les enjeux politiques du moment, ont aussi pu être à l’origine, dans l’histoire, d’une déchéance comme d’un retour en grâce.

Il en est de même pour les objets, qui peuvent être délaissés, puis, à la faveur des circonstances, réinvestis (axe 3), souvent pour d’autres fonctions, qu’il s’agisse de céramiques usagées dont certains éléments sont réutilisés, ou d’outils qui peuvent être détournés de leur fonction initiale. Cette « seconde vie » des objets, qu’ils soient du quotidien ou exceptionnels et luxueux, comme celle des personnes et des lieux, peut-elle révéler des comportements particuliers, des mutations dans les besoins, comme dans les savoir faire, au-delà du simple principe d’économie ? Les offrandes constituent de toute évidence une catégorie à part. Comment sont-elles réutilisées avec le temps, cachées, ou détournées et que révèlent ces processus des conceptions religieuses des Anciens et de leur évolution ? Les édifices peuvent aussi être délaissés, abandonnés pour des raisons variées, puis réoccupés, réinvestis (axe 4), voire même embellis (parfois en faisant l’objet d’une véritable restauration). Il ne s’agit pas d’aborder ici le phénomène de réemploi pour lui-même, mais de s’interroger sur les causes et les modalités d’abandon puis de réaffectation, souvent après modification de la fonction initiale, de certains édifices, voire de monuments prestigieux comme le palais de Philippe II de Macédoine abandonné puis réinvesti par des potiers qui y établirent leurs ateliers.

Les pratiques peuvent aussi faire l’objet d’une forme de déclassement (axe 5), oubliées un moment, puis rétablies. Ce peut être le cas de pratiques religieuses, voire de l’ensemble d’un culte, selon le moment et le lieu, mais aussi des pratiques thérapeutiques, en fonction de la prédominance changeante de telle ou telle école de médecine. On pense par exemple à la pratique de la saignée ou à celle du vomissement thérapeutique qui connaissent diverses fortunes au cours de l’évolution de l’art médical. Il en est de même de pratiques philosophiques, comme par exemple celles de la méditation, de l’ascèse, du suicide, qui dépendent étroitement du contexte culturel d’une époque, et qui ont été recommandées ou condamnées, en fonction du courant philosophique majoritaire en vigueur. Pourquoi certaines pratiques sont-elles abandonnées, souvent au profit de pratiques opposées, puis connaissent-elles un retour en grâce, à certaines époques ou dans certaines régions ? Quelle est le lien entre l’abandon de ces pratiques et le contexte historique, géographique, socio-politique ou idéologique ?

Modalités de soumission

Les propositions de communication d’une demi-page environ sont à envoyer, accompagnées d’une brève bibliographie

avant le 15 octobre 2018

à l’adresse suivante : colloque.decheance.toulouse.2019@gmail.com

Organisation

  • J.-Chr. Courtil,
  • E. Galbois,
  • Fr. Ripoll,
  • S. Rougier-Blanc 

Comité scientifique

  • Estelle Galbois (UT2J)
  • Sylvie Rougier-Blanc (UT2J)
  • François Ripoll (UT2J)
  • Jean-Christophe Courtil (UT2J)
  • David Pritchard (Melbourne) 
  • Andreas Fountoulakis  (Crète, Héraklion)
  • Lorenz Baumer (Genève)
  • Christophe Chandezon (CRISES-Montpellier III) 
  • Alessandro Garcea (Paris Sorbonne)
  • Gilles Sauron (Paris Sorbonne)
  • Yves Perrin (Saint Etienne)
  • Pascal Payen (UT2J)

Indications bibliographiques

Blanck, H. (1969) : Wiederverwendung alter Statuen als Ehrendenkmäler bei Griechen und Römern, Rom.

Bourdieu, P. (1978) : « Classement, déclassement, reclassement », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 2-22.

Bur, Cl. : La citoyenneté dégradée. Une histoire de l’infamie à Rome (312 av. J.-C. – 96 apr. J.-C.), Rome, Collection de l’École française de Rome n° 544, à paraître en 2018.

— (2016) : « La juridicisation de l’infamie : de la perte du prestige à l’interdiction des honneurs », dans R. Baudry et Fr. Hurlet (dir.), Le Prestige à Rome à la fin de la République et au début du Principat, Paris, 2016. 

Cavalieri, M. (2013) : « Destruction, transformation et refonctionalisation. Le passage de l’Antiquité au Moyen Âge en Toscane entre les IVe et VIIe s. ap. J.-Ch. », in Driessen, Jan (éd.), Destruction. Archaeological, philological and historical perspectives, Louvain-la-Neuve : Presses Universitaires de Louvain, 449-472.

Forsdyke, S. (2005) : Exile, ostracism and democracy. The politics of expulsion in Ancient Greece, Princeton.

Hoët-Van Cauwenberghe, C. (2013) : « ‘Rien ne se perd, tout se transforme’ : réflexions sur le remploi des supports inscrits dans le monde romain et particulièrement en Gaule Belgique », Revue du Nord, 95, 403, 277-297.

Hostein, A., Joly M., Kasprzyk, M., Nouvel, P. (2014) : « Chronologie et modalités de l’abandon des sanctuaires antiques dans le Centre-est de la Gaule », Gallia : archéologie de la France antique latine, CNRS éditions, 2014, Dossier. La fin des dieux : la fin du paganisme en Gaule septentrionale, Actes du colloque de Lille, juin 2013, 187-218.

Kirstensen T.M & Stirling L. M. (2016) : The afterlife of Greek and Roman sculpture : late antique responses and practices, Ann Arbor.

Klingenberg, A., (2011) : Sozialze Abstieg in der römischen Kaiserzeit, Risiken der Oberschicht in der Zeit von Augustus bis zum Ende der Severer, Padernborn-München-Wien.

Molin, M., (dir.) (2006) : Les régulations sociales dans l’Antiquité, Rennes.

Perrin, Y. (2010) : « Le forum romain sous Néron (54-68 apr. J.-C.). La resémantisation monarchique de la place républicaine », in : Perrin, Y. (éd.), S’approprier les lieux. Histoire et pouvoirs. La resémantisation des édifices de l’Antiquité au mouvement de patrimonialisation contemporain, Saint-Étienne, 35-54.

Perrin-Saminadayar, É. (2010) : « Du remploi des statues à celui des édifices publics. L’exemple athénien (ive av. J.-C.-iies. apr. J.-C.) », in : Perrin, Y. (éd.), S’approprier les lieux. Histoire et pouvoirs. La resémantisation des édifices de l’Antiquité au mouvement de patrimonialisation contemporain, Saint-Étienne, 23-33.

Prêtre, C. (2014) : « Vie et mort des offrandes à Délos », Technè, 40, 35-41.

Stroumsa, G. (2005) : La fin du sacrifice. Les mutations religieuses de l'Antiquité tardive, Paris : Odile Jacob.

Lieux

  • Maison de la Recherche, Université Toulouse Jean Jaurès - 5 allées Antonio Machado
    Toulouse, France (31)

Dates

  • lundi 15 octobre 2018

Mots-clés

  • antiquité, déchéance, déclassement, réhabilitation, reclassement

Contacts

  • Sylvie Rougier-Blanc
    courriel : colloque [dot] decheance [dot] toulouse [dot] 2019 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Sylvie Rougier-Blanc
    courriel : colloque [dot] decheance [dot] toulouse [dot] 2019 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Déchéance et réhabilitation des objets, des espaces, des personnes dans l'Antiquité gréco-romaine », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 30 août 2018, https://calenda.org/472452

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