AccueilGenre et médias francophones dans l’Europe des années 1940 et 1950

Genre et médias francophones dans l’Europe des années 1940 et 1950

Gender and Francophone medias in Europe of the 1940s and 1950s

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Publié le jeudi 25 octobre 2018 par Elsa Zotian

Résumé

Ce colloque se propose d’interroger les phénomènes de reconfiguration et d’expansion médiatique des années 1940 et 1950 à l’échelle de l’espace européen francophone et au prisme du genre. Théâtre de bouleversements et de reconfigurations sociales et politiques, la seconde guerre mondiale constitue aussi un moment de transition médiatique et culturelle. Parallèlement, les années 1940 et 1950 sont marquées par une série de mutations et de reconfigurations des identités et des rapports de genre. Après les relatives déstabilisations de la seconde guerre mondiale, la reconstruction européenne passe par la promotion d’un modèle familial basé sur une stricte répartition des rôles masculin et féminin. Des travaux d’historien·ne·s informés par les études sur le genre ont montré le rôle ambivalent des médias dans la production et la diffusion de ces normes, mais aussi dans leur négociation, voire – certes plus rarement – dans leur subversion. Ce colloque propose d’approfondir et d’élargir ces recherches, tant du point de vue des objets étudiés, de l’aire géographique ou culturelle considérée que des méthodes mobilisées.

Annonce

Le colloque international « Genre et médias francophones dans l’Europe des années 1940 et 1950 » aura lieu à Lausanne, du 20 au 22 mars 2019

Argumentaire

Ce colloque se propose d’interroger les phénomènes de reconfiguration et d’expansion médiatique des années 1940 et 1950 à l’échelle de l’espace européen francophone et au prisme du genre. Théâtre de bouleversements et de reconfigurations sociales et politiques, la Seconde Guerre mondiale constitue aussi un moment de transition médiatique et culturelle : en témoignent le rôle majeur joué par la radio dans le conflit armé (Eck 1985), la mise sous tutelle du cinéma français par l’État sous Vichy (Bertin-Maghit 2002 [1989]) ou encore la réorganisation de la presse écrite à la Libération. Les années d’après-guerre se caractérisent quant à elles non seulement par la reconstruction économique et la modernisation de l’Europe, mais aussi par une « recomposition du monde des médias » (D’Almeida et Delporte : 147) et une expansion de la culture de masse qui « renouvelle les stratifications sociales traditionnelles de la culture » (Goetschel & Loyer 2011 : 153). « Âge d’or » du cinéma, de la presse magazine (sportive, féminine, etc.) et de la radio, la période d’après-guerre est également jalonnée par l’apparition sur le marché de nouveaux dispositifs médiatiques, à l’instar du disque microsillon, de la télévision et du livre de poche.

Parallèlement, les années 1940 et 1950 sont marquées par une série de mutations et de reconfigurations des identités et des rapports de genre : après les relatives déstabilisations de la Seconde Guerre mondiale (Mann 2010 ; Capdevila et al. 2003), les violences patriarcales de la Libération (Virgili 2000) et l’accès au droit de vote des Françaises et des Belges, la reconstruction européenne passe par la promotion d’un modèle familial basé sur une stricte répartition des rôles masculin et féminin. Résultat d’une politique nataliste offensive, la spectaculaire hausse de la natalité après-guerre (particulièrement en France) va de pair avec la production d’un modèle dominant de féminité caractérisé par la maternité et la sphère privée (Duchen 1994). C’est le triomphe de la « fée du logis », épouse et mère experte d’une science domestique qui fait désormais l’objet de concours et de salons spécifiques (Ross 1997 ; Bard 2001 : 186).

Des travaux d’historien·ne·s informés par les études sur le genre ont montré le rôle ambivalent des médias dans la production et la diffusion de ces normes, mais aussi dans leur négociation, voire – certes plus rarement – dans leur subversion. C’est particulièrement le cas pour la presse féminine (Geers 2016 ; Blandin et Eck 2010 ; Pavard 2006) ou le cinéma populaire (Chedaleux 2016 ; Sellier 2015 ; Pillard 2014). Qu’elles portent sur des figures de femmes (Cohen 2015) ou qu’elles tiennent compte de la répartition sexuée du public (Poels 2015), les recherches portant sur les débuts de la télévision européenne n’ont en revanche que rarement mobilisé le genre comme grille d’analyse critique. Les recherches américaines (Spigel 1992) ainsi que les rares recherches francophones adoptant cette lecture (Karamoukian 2016 ; Coulomb-Gully 2016 ; Gonnard & Lebovici 2016) ouvrent pourtant des perspectives stimulantes, tant pour l’analyse des mondes professionnels, des représentations que des modes de consommation.

Lié au projet « Personnage et vedettariat au prisme du genre : études de la fabrique des représentations cinématographiques » mené à l’Université de Lausanne depuis 2016, ce colloque propose d’approfondir et d’élargir ces recherches, tant du point de vue des objets étudiés, de l’aire géographique ou culturelle considérée que des méthodes mobilisées :

  • Il se donne pour objectif d’enrichir ces travaux de nouvelles études de cas et de nouveaux questionnements, mais aussi d’étendre les recherches à d’autres médias, aux circulations intermédiatiques et/ou aux productions transmédiatiques. Nous encourageons entre autres les propositions de communications s’intéressant aux médias plutôt identifiés comme masculins tels que les newsmagazines ou les magazines sportifs (voir notamment Terret 2005). Seront également appréciées les études portant sur la photographie, la publicité, le roman (photo), l’industrie musicale et/ou la radio, que cette dernière soit considérée dans ses dimensions politiques, culturelles ou plus directement matérielles (on pense notamment aux « voix » radiophoniques – essentiellement masculines – caractéristiques de cette époque).
  • Ce colloque sera aussi l’occasion d’étendre les recherches à la Belgique francophone, à la Suisse romande et aux territoires colonisés par la France et la Belgique. Si certaines analyses requièrent d’être circonscrites à un contexte national particulier (voir par exemple Berton & Cordonier 2009), nous souhaiterions également examiner les dynamiques de genre sous-jacentes aux phénomènes de convergences ou de circulations transnationales – à l’image de la bande dessinée franco-belge qui triomphe dans l’après-guerre (Boillat et al. 2016) – ainsi qu’aux échanges entre les empires coloniaux et les pays placés sous leur domination, dans un contexte de guerres de décolonisation.
  • Sans renoncer à l’analyse des productions médiatiques et à l’étude des représentations, nous serons particulièrement attentif·ve·s aux études centrées sur les processus de production et de réception des contenus. Dans le premier cas, il s’agira de mettre la focale sur des contextes sociaux, économiques ou politiques dans lesquels sont produits les médias, sur des institutions ou des industries médiatiques, ou bien sur des groupes professionnels et/ou des personnalités particulières (journalistes, producteurs·trices, réalisateurs·trices, auteurs·trices, speakerines, vedettes, etc.). A l’autre bout du spectre, nous attendons des propositions mettant l’accent sur les pratiques des publics médiatiques et/ou les mécanismes d’appropriation et de réception. Les propositions méthodologiques innovantes permettant d’accéder à ces deux « angles morts » seront particulièrement appréciées.

Le genre est ici entendu comme une catégorie d’analyse critique. Il sera mobilisé pour envisager les productions et/ou les pratiques médiatiques comme des espaces traversés par des rapports de pouvoir et pourra s’imbriquer à d’autres catégories d’analyse critique telles que la classe, l’âge, la race, l’ethnie ou la sexualité. Il permettra d’analyser tant la construction de la binarité et de la hiérarchie sexuée que les mécanismes de négociation, de performance ou de subversion du genre.

Conditions de soumission

Les propositions de communication sont attendues

au plus tard pour le 15 novembre 2018.

Elles devront faire un maximum de 3000 signes et devront comporter les noms et affiliations de leurs auteurs·trices.

Les fichiers au format word devront être intitulés de la façon suivante : GENRE_MEDIAS_Nom et devront être envoyés à l’adresse suivante : delphine.chedaleux@unil.ch

Comité d’organisation

  • Alain BOILLAT (Section d’histoire et d’esthétique du cinéma, Université de Lausanne)
  • Delphine CHEDALEUX (Section d’histoire et d’esthétique du cinéma, Université de Lausanne)
  • Charles-Antoine COURCOUX (Section d’histoire et d’esthétique du cinéma, Université de Lausanne)
  • Jeanne ROHNER (Section d’histoire et d’esthétique du cinéma, Université de Lausanne)

Comité scientifique

  • Muriel ANDRIN (SAGES, Université Libre de Bruxelles)
  • Mireille BERTON (Section d’histoire et d’esthétique du cinéma, Université de Lausanne)
  • Claire BLANDIN (LabSIC, Université Paris 13)
  • Bibia PAVARD (CARISM, Université Paris 2 Panthéon-Assas)
  • Geneviève SELLIER (CLARE, Université Bordeaux Montaigne)
  • Sarah SEPULCHRE (PCOM, Université Catholique de Louvain)
  • François VALLOTON (Section d’histoire-CHSC, Université de Lausanne)
  • Nelly VALSANGIACOMO (Section d’histoire, Université de Lausanne)
  • Ginette VINCENDEAU (Film Studies Department, King’s College London)
  • Anne-Katrin WEBER (Section d’histoire et d’esthétique du cinéma, Université de Lausanne)

Références bibliographiques

  • BARD C., Les Femmes dans la société française au 20e siècle, Paris, Armand Colin, 2001.
  • BERTIN-MAGHIT J.-P., Le Cinéma sous l’Occupation, Paris, Perrin, 2002 [1989].
  • BERTON M. et CORDONIER G., « Une guerre des ondes autour de l'arrivée de la télévision en Suisse, entre craintes sociales et défense spirituelle du pays », BERTON M., WEBER A.-K. (dir.), La Télévision du Téléphonoscope à YouTube. Pour une archéologie de l'audiovision, Lausanne, Antipodes, 2009, p. 181-196.
  • BLANDIN C. et ECK H., « La vie des femmes » : la presse féminine aux XIXe et XXe siècles, Paris, Éditions Panthéon-Assas, 2010.
  • BOILLAT A., BOREL M., OESTERLE R., REVAZ F. (dir.), Case, strip, action ! Les feuilletons en bandes dessinées dans les magazines pour la jeunesse (1946-1959), Gollion, Infolio, 2016.
  • CAPDEVILA L., ROUQUET F., VIRGILI F. et VOLDMAN D., Hommes et femmes dans la France en guerre (1914-1945), Paris, Payot, 2003
  • CHEDALEUX D., Jeunes premiers et jeunes premières sur les écrans de l’Occupation (France 1940-1944), Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 2016.
  • COHEN E., « Catherine Langeais, speakerine et vedette de télévision », Télévision, vol. 1, n°6, 2015, p. 35-47.
  • COULOMB-GULLY M., 8 femmes sur un plateau - Journalisme, sexe et politique. Paris, Nouveau Monde Édition, 2016.
  • D’ALMEIDA F. et DELPORTE C., Histoire des médias en France de la Grande Guerre à nos jours, Paris, Flammarion, 2010.
  • DUCHEN C., Women's Rights and Women's Lives in France, 1944-1968, Londres, Routledge, 1994.
  • ECK H. (dir.), La Guerre des ondes. Histoire des radios de langue française pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Armand Colin, 1985.
  • GEERS A., Le Sourire et le tablier, la construction médiatique du féminin dans Marie-Claire de 1937 à nos jours, Thèse de doctorat, EHESS, 2016. 
  • GOETSCHEL P. et LOYER E., Histoire culturelle de la France de la Belle-Epoque à nos jours, Paris, Armand Colin, 2011.
  • GONNARD C. et LEBOVICI E., « Inventer son genre dans le langage de la télévision », Glad. Revue sur le langage, les genres, les sexualités, n°1, 2016. [En ligne]. URL : https://www.revue-glad.org/209#bodyftn11
  • KARAMANOUKIAN T., « Les feuilletons de l'ORTF et la "condition féminine". Un féminisme populaire ? », Le Temps des Médias, "Féminismes", n° 29, automne 2017.
  • MANN C., Femmes dans la guerre (1914-1945), Paris, Pygmalion, 2010.
  • PAVARD B., « Contraception et avortement dans Marie-Claire (1955-1975) : de la méthode des températures à la méthode Karman », Le Temps des médias, vol. 1, n° 12, 2009, p. 100-113.
  • PILLARD T., Le Film noir français face aux bouleversements de la France d'après-guerre (1946-1960), Nantes, Joseph K., 2014.
  • POELS G., Les Trente Glorieuses du téléspectateur. Une histoire de la réception télévisuelle des années 1950 aux années 1980, Paris, INA éditions, 2015.
  • ROSS K., Aller plus vite, aller plus blanc : la culture française au tournant des années soixante, Paris, éditions Abbeville, 1997.
  • SELLIER G., « Formes de cinéphilie au féminin dans les années 1950 : le courrier des lecteurs de Cinémonde », Studies in French Cinema, vol. 15, n° 1, 2015, p. 88-102.
  • SPIGEL L., Make Room for TV. Television and the Family Ideal in Postwar America, Chicago, The University of Chicago Press, 1992.
  • TERRET T., « Sport et genre dans la presse sportive des années cinquante. L’exemple de Sport & Vie », LIOTARD P., TERRET T., Sport et genre, vol.2, Excellence féminine et masculinité hégémonique, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 263-297.
  • VIRGILI F., La France « virile » : des femmes tondues à la Libération, Paris, Payot, 2000.

Lieux

  • Université de Lausanne
    Lausanne, Confédération Suisse (1004)

Dates

  • jeudi 15 novembre 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire des médias, études genre, histoire culturelle, occupation, après-guerre, Europe

Contacts

  • Delphine Chedaleux
    courriel : delphine [dot] chedaleux [at] unil [dot] ch

Source de l'information

  • Delphine Chedaleux
    courriel : delphine [dot] chedaleux [at] unil [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Genre et médias francophones dans l’Europe des années 1940 et 1950 », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 25 octobre 2018, https://calenda.org/491731

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