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Former les artistes

Training artists

Marges n°30

Marges journal issue 30

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Publié le mardi 30 octobre 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

La tendance depuis une vingtaine d’années est à la redéfinition de l’enseignement de l’art dans une perspective qui n’est plus exclusivement professionnalisante mais plutôt orientée autour d’objectifs plus larges et sans doute plus ambitieux – en proposant par exemple des partenariats avec des laboratoires de recherches en sciences sociales ou en sciences dures.

La question de l’enseignement de l’art se pose alors dans de nouveaux termes : à quoi peut-il servir, lorsqu’il est articulé à une démarche de recherche au sens universitaire du terme ? Quels savoirs, quelles compétences, quelles méthodologies peuvent être développées et avec quels objectifs ? Que deviennent les artistes qui sont formés dans cette perspective ? Comment qualifier leur activité ? Ces questions – et l’évolution de la structuration des formations en art qui les accompagnent – ne sont pas de pure forme ; elles correspondent aussi à une évolution des pratiques artistiques et du rôle attribué aux artistes au sein de la société contemporaine.

Annonce

Argumentaire

La formation des artistes a beaucoup évolué au cours des derniers siècles. Après un modèle corporatif, fondé sur la reproduction de savoirs ancestraux, puis une phase académique où les artistes ont été rassemblés autour de techniques et de modèles réputés universels, le début du 20e siècle a été caractérisé par la floraison de nouvelles méthodes. Les plus célèbres ont été celles proposées par le Bauhaus en Allemagne, les Vhutémas ou l’Inkhouk en Russie, l’ISIA en Italie et plus tard leurs héritiers : le Black Mountain College ou l’école d’Ulm. Ces institutions entendaient substituer à l’enseignement académique de nouvelles formes d’apprentissage basées sur le lien entre création artistique et insertion dans le monde industriel moderne ; les formations étant de ce fait communes aux artistes, designers, architectes, scénographes ou graphistes.

Par la suite, des départements d’Arts plastiques ont été fondés au sein des universités américaines, puis en Europe et en Asie, avec l’objectif de relier les savoirs artistiques à d’autres champs disciplinaires (histoire, sociologie, philosophie, anthropologie…). Ces formations d’un nouveau type en sont venues à proposer une alternative à l’enseignement des écoles d’art ; s’éloignant de leur caractère professionnalisant, afin de se rapprocher des méthodologies de la recherche à l’université. Il est vrai que du point de vue universitaire les écoles d’art étaient vues comme des lieux dont la fonction principale était de répondre à la demande du marché de l’art, tout en entretenant les mythes liés à la vie d’artiste.

Quoi qu’il en soit de cette différence de point de vue, ces dernières années, la plupart des écoles d’art en Europe se sont mises à repenser leur enseignement en choisissant, après le processus de Bologne, de rejoindre le système LMD en vigueur dans les universités. Cela les a notamment conduit à revendiquer le statut de chercheurs et la possibilité de préparer des thèses en art – thèses qui seraient différentes de celles produites au sein des départements d’Arts plastiques des universités. En somme, même si les situations peuvent être différentes d’un pays à l’autre, la tendance depuis une vingtaine d’années est à la redéfinition de l’enseignement de l’art dans une perspective qui n’est plus exclusivement professionnalisante mais plutôt orientée autour d’objectifs plus larges et sans doute plus ambitieux – en proposant par exemple des partenariats avec des laboratoires de recherches en sciences sociales ou en sciences dures –, même s’ils ne sont pas toujours bien définis.

La question de l’enseignement de l’art se pose alors dans de nouveaux termes : à quoi peut-il servir, lorsqu’il est articulé à une démarche de recherche au sens universitaire du terme ? Quels savoirs, quelles compétences, quelles méthodologies peuvent être développées et avec quels objectifs ? Que deviennent les artistes qui sont formés dans cette perspective ? Comment qualifier leur activité ? Ces questions – et l’évolution de la structuration des formations en art qui les accompagnent – ne sont pas de pure forme ; elles correspondent aussi à une évolution des pratiques artistiques et du rôle attribué aux artistes au sein de la société contemporaine. Si l’artiste n’est plus vu en suivant le modèle romantique du créateur isolé en attente des signes classiques de la reconnaissance (textes de critiques d’art, expositions, achats par des collectionneurs et des musées), mais comme quelqu’un qui produit une réflexion opérationnelle sur le monde contemporain, en relation avec ses acteurs et réseaux, alors la formation doit nécessairement être repensée.

L’objectif général qui a longtemps consisté à refuser tout enseignement directif, au nom d’une éducation plus générale à l’art – où les apprentis artistes cultiveraient leur sensibilité lors d’expérimentations en tout genre – est-elle encore possible aujourd’hui ? Qu’est-ce exactement que former un artiste à l’époque des réseaux sociaux, de la société de services, des départements de recherche-développement des entreprises, du travail délocalisé, des transferts technologiques, de l’acculturation et des migrations de masse ? Peut-on encore se contenter d’étudier les œuvres du passé, de maîtriser quelques rudiments théoriques, d’acquérir les codes du milieu de l’art, d’enrichir son carnet d’adresses ?

Ces interrogations ne sont pas purement théoriques : l’enseignement de l’art est parfois remis en cause. La première raison, assez répandue chez les élus locaux, consiste à considérer que les écoles d’art coûtent cher, sans pour autant produire un retour sur investissement suffisant (et cela conduit parfois à leur fermeture). Une position différente prend acte de la remise en cause de tous les fondements de l’enseignement de l’art et propose d’autres modèles en forme d’« écoles liquides » (Alexandre Gurita), à l’instar d’expériences plus ou moins récentes qui, à l’initiative d’artistes eux-mêmes, développent des projets parallèles et expérimentaux, en marge de toute école ou université (de l’Institut des hautes études en arts plastiques fondé autrefois par Pontus Hultén, Daniel Buren et Sarkis à l’Université Libre ou The Cheapest University actuellement). Une position encore plus relativiste pourrait cependant tout aussi bien considérer qu’il n’y a pas de raison d’éduquer à quelque chose qui n’est jamais qu’un concept extrêmement vague, impossible à qualifier avec précision et qui ne se réalise que très contextuellement, dans des expériences assez peu reproductibles.

Axes de recherche

La journée d’études se concentrant sur la période contemporaine, les propositions qui recouperont les axes proposés ci-dessous seront privilégiées :

  • L’éducation à l’art renvoie au développement du goût, de la sensibilité et l’enseignement artistique, plutôt au partage de connaissances, de savoir-faire ou d’expériences. Cette distinction a-t-elle encore cours dans les écoles d’art par rapport à d’autres structures éducatives ?
  • La formation des artistes hors des institutions d’enseignement. Les artistes autodidactes et la question de l’auto-éducation à l’art ;
  • Projets et structures d’éducation alternatifs, expérimentaux, participatifs ;
  • Les écoles d’art et leur tension entre formation intellectuelle, formation professionnelle d’artistes et transmission de valeurs ;
  • Les différentes positions d’apprentissage : instruction, éducation, enseignement, compagnonnage, médiation, stage, accompagnement ;
  • Le rôle de la formation des artistes dans le monde de l’art contemporain : l’école d’art comme lieu de socialisation et d’intégration au milieu de l’art ;

Modalités de soumission

Les propositions devront nous parvenir avant le 15 novembre 2018, sous la forme d’une problématique résumée (5000 signes maximum, espaces compris), adressée par courriel à jerome.glicenstein@univ-paris8.fr

Les textes sélectionnés (en double aveugle) feront l’objet d’une journée d’études à Paris, à l’INHA, le 23 février 2019. Le texte des propositions retenues devra nous parvenir le 16 février 2019 (30.000 à 40.000 signes, espaces et notes compris) et les communications ne devront pas excéder 30 minutes lors de la journée d’études. Certaines de ces contributions seront retenues pour la publication du numéro 30 de Marges en février 2020.

La revue Marges (Presses Universitaires de Vincennes) fait prioritairement appel aux jeunes chercheurs des disciplines susceptibles d'être concernées par les domaines suivants : esthétique, arts plastiques, histoire de l'art, sociologie, études théâtrales ou cinématographiques, musicologie,…

Comité scientifique de la revue

  • Elza Adamowicz (Queens College, Londres)

  • Anne Cauquelin (UPJV Amiens)

  • Jean-Pierre Chrétien-Goni (CNAM Paris)

  • Françoise Coblence (UPJV Amiens)

  • Edmond Couchot (Paris 8)

  • Claire Fagnart (Paris 8)

  • Jacinto Lageira (Paris 1)

  • Jacques Morizot (Aix-Marseille)

  • Franca Varallo (Université de Turin)

Dates

  • jeudi 15 novembre 2018

Mots-clés

  • artistes, art contemporain, écoles d'art, enseignement supérieur

Contacts

  • Jérôme Glicenstein
    courriel : jerome [dot] glicenstein [at] univ-paris8 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Nicolas Heimendinger
    courriel : nicolas [dot] heimendinger [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Former les artistes », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 30 octobre 2018, https://calenda.org/499470

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