AccueilSujet digital

Sujet digital

Digital subject

In Analysis - Revue transdisciplinaire de psychanalyse et de sciences

*  *  *

Publié le jeudi 29 novembre 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

À l'heure de l'hyper-technologie où les modes d'échanges et de communications se réalisent surtout avec des outils informatiques et internet, quels impacts cela produit sur le sujet ? Le prochain numéro à paraître de la revue In Analysis est le sujet digital. Dans quelle mesure peut-on parler de sujet aujourd'hui ? Peut-on imaginer que les outils informatiques viennent prolonger les performances du sujet ? Quelle dimension animique peut prendre ces nouveaux outils utilisés quotidiennement par l'homme ?

Annonce

Argumentaire

Le sujet digital jouit d’un accès illimité à des objets de plaisir (connaissances, dialogues, jeux, images, pornographie, etc.), développe de nouvelles compétences cognitives et s’adapte rapidement à l’accélération technologique. Rien, a priori, n’a à interférer avec cette nouvelle figuration du fantasme, de la folie privée, du rapport à l’autre, puisque cela appartient à soi, au monde virtuel et aux nouvelles normes techno-sociales imposées par la révolution numérique.

La jonction du sujet traditionnel et du sujet digital exige une réévaluation de l’écosystème individuel, des interactions techno-sociales qui en résultent et des effets observables en termes épidémiologiques, psychologiques, psychopathologiques, philosophiques, politiques, sociologiques et culturels. Twenge (2017) apporte les données les plus saisissantes des dernières années: en examinant les résultats d’une enquête longitudinale en cours aux États Unis depuis plusieurs décennies, elle découvre que les jeunes filles âgées de 12 à 14 ans se suicident trois fois plus tandis que les garçons du même âge le font deux fois plus en 2015 comparé à 2007. Nous sommes, selon cette enquête, face à une véritable épidémie d’anxiété et de dépression, dont les principales manifestions sont les conduites auto-agressives et suicidaires. Selon l’analyse de Twenge, les smartphones sont les principaux coupables de la situation.

Un ensemble d’autres études suggèrent, pour ce qui concerne les enfants, que le respect des recommandations médicales (60 minutes d’activité physique, moins de 2h d’activités récréatives devant un écran et 9-11h de sommeil) est corrélé à de meilleures compétences cognitives; il s’avère que seuls 5% des enfants respectent les trois recommandations et 29% n’en respectent aucune, le temps moyen d’utilisation d’un écran aux États Unis étant de 3.6h/j (Walsh, Barnes, Cameron et al, 2018). L’usage des écrans par les mineurs et donc loin des prescriptions de l’Académie Américaine de Pédiatrie, par exemple, qui souligne les bénéfices lorsque l’utilisation est modérée et est destinée aux activités éducatives, sociales et créatives; au-delà de ces prescriptions, les jeunes s’exposent à des retards du développement, du langage et des compétences sociales et émotionnelles, à un appauvrissement des fonctions exécutives, aux troubles du sommeil, à l’obésité, voire à une consommation précoce de substances, aux jeux excessifs, aux conduites auto-agressives, aux troubles alimentaires, au cyberbullying et au sexting (AAP, 2016). Des résultats semblables sont mis en évidence par le rapport Les enfants et les écrans de l’Académie française des sciences (Bach, Houdé, Tisseron, 2013).

Certes, les chiffres varient d’un pays à un autres et selon les études ou les sondages qui les rapportent. En France, par exemple, selon l’Agence Santé Publique, "Les adultes passent en moyenne 5h07 minutes par jour devant les écrans, contre 3h10 il y a dix ans, soit deux heures de plus", annonce la journaliste Christelle Méral sur le plateau de France 2 (2018). Un adulte consulte son téléphone en moyenne 221 fois par jour. Les enfants passent en moyenne 4h11 par jour devant les écrans, une heure de plus qu'il y a dix ans. Nous devons noter accessoirement que les politiques de santé tardent à mettre en place de véritables campagnes de sensibilisation, de prévention et d’évaluation. L’addiction est ainsi devenue ordinaire, normée, selon plusieurs auteurs (Alter, 2017; De Biasi, 2013). Demandez à un parent ce qu’il pense du rapport de ses enfants aux smartphones; on vous dira systématiquement qu’ils préfèrent mourir plutôt que de confier leur appareil aux parents le soir. Tout cela a pris du pouvoir sur l’éducation-même, beaucoup de parents étant devenus impuissants face à la force de cette nouvelle addiction ordinaire à laquelle ils n’ont pas été préparés.

Pour ce qui concerne les adultes, les conséquences du numérique en termes de santé paraissent plus difficiles à saisir et il est possible qu’elles soient dissimulées dans un ensemble de données épidémiologiques relatives à diverses addictions (substances, jeux, sexe, sport, etc.) au stress, au burn-out, à la dépression, à l’anxiété, aux insomnies, aux accidents de travail, à divers troubles somatiques que nous devons entendre selon une unité psycho-somatique, etc.

Le sujet digital est avant tout un sujet soumis à un flux d’images qui augmente de manière exponentielle et incontrôlée. Cette iconodictature qui s’adresse en premier au processus psychiques primaires n’est pas sans effet sur les nouvelles normes techno-sociales. La compréhension de ce processus ne serait pas complète sans une étude des conséquences de l’intelligence artificielle sur une norme dorénavant hybride, co-construite par les utilisateurs d'Internet et les corporations, et dictée conjointement par le pulsionnel individuel, par des impératifs économiques externes et envahissants, et par des émergences du deep learning qui ne sont que partiellement connues et qui invitent, accessoirement, à une sérieuses réflexion éthique. Nous voyons que les perspectives traditionnelles du rapport sujet-image doivent être revisitées à partir de nouvelles interférences encore méconnues par les théorisations, tant en visual studies (Hoelzl, 2015) qu’en psychologie en psychanalyse.

Les principales questions posées par la dynamique numérique tiennent à la modification des limites individuelles qui semblent perturbées par des sollicitations permanentes ayant clairement une incidence sur la temporalité, la spatialité, l’intimité, l’organisation sociale, etc. Le sujet global fait face à des injontions d’ubiquité potentiellement traumatiques, obligeant l’individu à l’hypervigilance (ai-je raté une information du tsunami digital auquel je participe volontairement et involontairement?) et à une reprise compulsive des processus, sur le modèle des dynamiques addictives.

Plus que les psychologues et les psychanalystes, se sont les penseurs contemporains qui dénoncent la construction d’une société digitale prise dans la servitude volontaire, dans la narcissisation croissante, victime d’une dictature invisible qui ne vise que l’aliénation des populations et le profit économique sans limites, dont le modèle est fondamentalement addictif. Dans le contexte actuel, dominé géographiquement et politiquement par les préoccupations liées aux dérégulations climatiques, nous devons poser également la question des dérégulations psychologiques et sociales. Nous sommes tous responsables de cette reconfiguration majeure des données caractérisant les individus et les sociétés et nous sommes tous appelés à une réflexion approfondie des bénéfices et des risques de l’interaction intelligence humaine - intelligence artificielle. La psychanalyse possède sa vision particulière de l'intime du sujet et a par conséquent un rôle primordial à jouer dans la mobilisation des connaissances autour de ces problématiques. Le sujet digital, il n’y a plus de doutes, détruit son environnement en subissant une invitation constante à consommer de manière démesurée. Mais pourra-t-il subsister sans un environnement sain? En détruisant son environnement se détruit-il lui-même? Ou compte-t-il sur les promesses de l'humain augmenté pour faire face à ces changements?

In Analysis invite, avec ce numéro, à une réflexion collective et transdisciplinaire portant sur les reconfigurations psychologiques et sociales produites par l’environnement numérique. Le sujet digital confortablement installé devant ses écrans est-il à l’abri de l’anxiété, de la dépression, de l’insatisfaction, de l’addiction? Quelles sont les dynamiques engendrées par le rapport au numérique? Quelles en sont les nouvelles identifications à l'oeuvre? Que peut apporter la perspective posthumaniste à la psychanalyse? Comment se co-construisent les nouvelles normes techno-sociales? La triangulation oedipienne (mère-père-enfant) est-elle perturbée par la présence des écrans? Est-ce que ces interactions modifient-elles le schéma corporel, la perception de soi et d’autrui? Interfèrent-elles sur les relations d’objet telles qu’elles émergent des relations primaires? Quelle est la place de la pulsion de mort dans la destruction de l'environnement que nous observons? Comment la société du défilement d'images atteint-elle l'esprit critique, l'imagination, la contemplation?

Présentation de la revue

In Analysis est une revue transdisciplinaire de psychanalyse et de sciences qui se donne pour mission de promouvoir et garantir la pluralité des savoirs en réunissant des chercheurs/ses et des clinicien/nes de différentes disciplines autour d'un objectif commun : exploirer le sujet humain et son environnement grâce au dialogue transdisciplinaire.

La revue présente plusieurs rubriques : "entretien" ; "dossier/débat" dans laquelle l'article écrit sera discuté par d'autres auteurs, elle est donc composée de plusieurs articles ; "Varia" divers articles se rapportant de près ou de loin à la thématique abordée ; rubrique "thèse" concerne les travaux en cours de jeune chercheurs/ses, cela peut être un résumé de thèse (en cours ou déjà soutenue)

Les propositions d'article de 40 000 caractères (espaces, notes, bibliographie et résumés compris) sont à remettre

juqu'au 15 mars 2019

Bibliographie

  • Roussillon, R. (2016, sous la dir.). Manuel de psychologie et psychopathologie clinique générale. Paris: Elsevier.
  • Stern, D. (2003). Le monde interpersonnel du nourrisson. Paris: PUF.
  • Upton, P. (2011). Developmental psychology. Newbury Park: Sage, Learning Matters.

Fondateurs et directeurs

  • Liviu POENARU, Ph.D. en psychopathologie et psychologie clinique, psychothérapeute ASP, Genève   
  • Raphaël MINJARD, Ph.D. en psychopathologie et psychologie clinique, psychothérapeute, Lyon/Genève. 

Comité de rédaction

  • Jacques BOULANGER, Psychiatre, psychanalyste membre de la Société psychanalytique de Paris, membre du Groupe toulousain de l’Institut de psychosomatique Pierre Marty, Toulouse 
  • Colette Combe, Psychiatre, psychanalyste membre de la Société psychanalytique de Paris 
  • Samuel Lepastier, Ph.D., psychologue, habilité à diriger des recherches (HDR), UFR Études psychanalytiques (Université Paris Descartes), psychanalyste membre de la Société psychanalytique de Paris 
  • Ella SCHLESINGER, Ph.D. en psychopathologie, psychologie clinique et anthropologie; psychothérapeute, Lyon 
  • Guénaël VISENTINI, Psychologue clinicien, Attaché temporaire d'enseignement et de recherche, Université Paris Diderot - Paris 7 (Centre de Recherches Psychanalyse, Médecine et Société)   

Comité scientifique

  • Anne-Françoise ALLAZ, Professeure, Directrice du Département de Médecine interne générale, Réhabilitation et Gériatrie, Université de Genève   
  • Rémy AMOUROUX, Professeur assistant, psychologue clinicien, Institut de psychologie, Lausanne   
  • Patricia ATTIGUI, Professeure de psychopathologie clinique, Université Lumière Lyon 2   
  • Rémy BARBE, Professeur associé à University of Pittsburgh, School of Medicine, médecin responsable d’unité, Hôpitaux universitaires de Genève 
  • Ariane BAZAN, Professeure de psychologie clinique, Université Libre de Bruxelles  
  • Adrien BLANC, Ph.D., psychologue clinicien, chercheur associé au Laboratoire de psychologie clinique, psychopathologie, psychanalyse (PCPP - EA4056), Université Paris Descartes 
  • Anne BRUN, Professeure de psychopathologie et psychologie clinique, directrice du Centre de Recherches en Psychopathologie et Psychologie Clinique (CRPPC), Université Lumière Lyon 2   
  • Louis BRUNET, Professeur à l’Université du Québec à Montréal, psychanalyste (IPA, SCP, SPM)   
  • Daniel DERIVOIS, Professeur de psychopathologie et psychologie clinique, Université de Bourgogne Franche-Comté, Dijon   
  • Olivier DOUVILLE, Psychologue clinicien, Maître de conférences, laboratoire CRPMS, Université Paris Diderot,  Association Française des Anthropologues  
  • Francis EUSTACHE, Professeur, Directeur de l’unité Inserm-EPHE-UCBN U1077 Neuropsychologie et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire humaine, Laboratoire de Neuropsychologie, Caen   
  • Bruno FALISSARD, Professeur de biostatistique et Directeur de l'unité INSERM U669 Santé mentale de l'adolescent, Paris 
  • Alain FERRANT, Professeur émérite de l’Université Lumière Lyon 2   
  • Frédéric FOREST, Ph.D., chercheur associé au Centre de Recherches Psychanalyse, Médecine et Société, Université Paris Diderot   
  • Bernard GOLSE, pédopsychiatre et psychanalyste APF, Professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'Université Paris Descartes, docteur en médecine et docteur en biologie humaine, chef du service de pédopsychiatrie à l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris   
  • Angélique GOZLAN, Ph.D., psychologue clinicienne, Paris 
  • Susann HEENEN-WOLFF, Professeure à l'Université catholique de Louvain, docteur en sociologie, membre de la Société belge de psychanalyse   
  • Dora KNAUER, pédopsychiatre aux Hôpitaux universitaires de Genève, psychanalyste, chargée de cours à la Faculté de médecine   
  • François LAPLANTINE, Professeur émérite de l'Université de Lyon, anthropologue  
  • Laurie LAUFER, Professeure des Universités, Directrice du Centre de Recherches Psychanalyse, Médecine et Société (EA 3522),  UFR d'Etudes psychanalytiques, Université Paris Diderot 
  • Bernard LAURENT, neurologue, Professeur des Universités, Chef du Service de Neurologie CHU Saint-Etienne 
  • Pierre LEMARQUIS, neurologue, neurophysiologiste, neuropharmacologue, Toulon  
  • Chantal LHEUREUX-DAVIDSE, Maître de conférences, Université Paris Diderot, psychologue clinicienne, psychanalyste 
  • François MARTY, Professeur de psychologie clinique et psychopathologie, Université Paris Descartes, directeur de la collection Champs libres aux Editions In Press (Paris)   
  • Sylvain MISSONNIER,  Professeur de psychologie clinique de la périnatalité Paris Descartes SPC, Directeur du Laboratoire PCPP (EA 4056), Psychanalyste SPP   
  • Anne-Marie PERRIN, Ph.D., psychologue, Centre antidouleur Saint-Étienne, chargée de cours à l'Université Lumière Lyon 2 
  • Roger PERRON, Professeur émérite à Paris 5, Directeur honoraire de recherches au CNRS, Psychanalyste SPP 
  • Gérard PIRLOT, Professeur, Directeur du Laboratoire Cliniques Pathologique et Interculturelle, Université Toulouse Jean Jaurès 
  • Yves ROSSETTI, Professeur des universités - praticien hospitalier, Université Lyon 1, plateforme Mouvement et Handicap, Hospices Civils de Lyon et Centre de Recherche en Neuroscience de Lyon (CRNL), chercheur équipe ImpAct (integrative multisensory perception-action-cognition team) du CRNL   
  • René ROUSSILLON, Professeur émérite de l'Université Lumière Lyon 2 
  • Emmanuel SCHWAB, Ph.D., psychothérapeute EFPP, chargé d'enseignement, Université de Neuchâtel   
  • Jean-Marc TALPIN, Professeur en psychopathologie et psychologie clinique, Directeur du département de psychologie clinique, Université Lumière Lyon 2 
  • Jean-Pol TASSIN, Professeur au Collège de France, neurobiologiste, Directeur de recherche émérite à l'INSERM, Paris 
  • Juan Eduardo TESONE, Membre formateur de l’Association Psychanalytique d’Argentine, Membre titulaire de la SPP, Professeur USAL , Buenos-Aires, Professeur Associé de l’Université Paris-Ouest, Nanterre 
  • Sarah TROUBÉ, Ph.D., psychologue clinicienne, chercheure post-doctorante à l'Université Paris Diderot (CRPMS-Labex "Who am I?") 
  • Alain VANIER, Professeur, Université Paris Diderot - Paris 7, psychiatre, psychanalyste 

Catégories

Dates

  • vendredi 15 mars 2019

Mots-clés

  • psychanalyse, sciences cognitives, anthropologie, transdiscinplinarité, philosophie, sciences computationnelles

Contacts

  • Ella Schlesinger
    courriel : revueinanalysis [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Revue transdisciplinaire de psychanalyse et de sciences In Analysis
    courriel : revueinanalysis [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Sujet digital », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 29 novembre 2018, https://calenda.org/500006

Archiver cette annonce

  • Google Agenda
  • iCal