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Temporalités du sacré, rythmes du religieux

Revue « Temporalités » n°30 (2019/2)

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Publié le lundi 03 décembre 2018 par Elsa Zotian

Résumé

Une approche du sacré (comme catégorie de référence pour qualifier le rapport de l’homme à l’invisible et au surnaturel) et du religieux (comme mise en œuvre institutionnalisée de ce rapport et de ses variantes) en termes de « temporalité » est non seulement pertinente mais à plus d’un titre fédératrice et féconde. Les sciences du religieux ont toutes, en effet, mais sous des angles différents, traité des formes, des déclinaisons et des expériences du temps en tant qu’elles sont des expressions du sacré, mais aussi en tant qu’elles produisent du sacré. Les temporalités du religieux et du sacré méritent qu’on s’y intéresse en ces périodes où les rapports sociaux et politiques entre religions se reconfigurent et les pratiques (inter-) religieuses et syncrétiques se renouvellent, questionnant à nouveaux frais le processus de sécularisation.

Annonce

Argumentaire

Rythmes du religieux

L’idée que les pratiques et rythmes des religions s’organisent autour de modèles de temps propres induits par des traditions orales ou scripturaires est ancienne et a déjà été explorée (Vallet, 1998), tout en se renouvelant régulièrement (par ex. Pirenne-Delforge & Tucan, 2003). Elle permet en effet de maintenir dans l’analyse un équilibre entre le domaine des représentations et le champ des pratiques (Gauthier, 2013). Les principes scripturaires ou oraux des religions sont autant de schèmes organisateurs de la praxéologie, dans des contextes institutionnels (cérémoniels, liturgiques) organisés autour de séquences précises, mais aussi dans le déroulement de la vie ordinaire à travers les « petits » actes qui composent de plus discrètes temporalités (Piette, 2005).

Les rythmes qu’imprime le religieux à la vie sociale et culturelle, en injectant des cadres symboliques et idéologiques à l’action, sont mesurables en particulier dans l’économie rituelle. Cette dernière illustre tout particulièrement l’espace de rencontre entre les représentations, symboles ou figures du temps sacré, et les marqueurs, signes, et gestes qui orchestrent le religieux en pratique (Turner, 1992). Dans ce domaine, l’analyse des rituels et leur comparaison, dans des contextes historiques, géographiques, culturels et évidemment religieux spécifiques est d’une grande fécondité, mobilisant des analyses en termes de performativité rituelle ou gestuelle, dès lors qu’elles touchent à la structuration du temps et à ses rythmes. Mais dans le domaine religieux autant qu’ailleurs, la distinction entre temps et temporalité, entre le modèle ontologique et ses incarnations sociales et ses ressentis subjectifs reste ici un domaine de questionnement pertinent : parce qu’il reste encore de larges pans de la réflexion à creuser sur le modèle de la réalité qu’incarne temps et le modèle pour la réalité qu’est la temporalité, les convergences et décalages entre les deux (Terrain, 1997).

Temporalités visibles, temporalités discrètes

De leur côté, les religions populaires et croyances folkloriques installent dans le rythme de la vie quotidienne des expériences ordinaires et extraordinaires qui relèvent d’un autre rapport au temps, et de temporalités toutes aussi subtiles, mais qui sont moins exposées socialement. Cette dualité entre temporalités visibles et temporalités discrètes dans le domaine du sacré représente un volet supplémentaire qui reste à creuser pour rendre compte de la complexité des temporalités et de leurs modes d’enchâssement empiriques, et leurs articulations théoriques.

Catégories et répertoires temporels

Une autre ligne de questionnement concerne la manière dont les religions, dans des contextes particuliers, articulent les grandes catégories de temporalités (passé, présent, futur) sous la forme de narrations (Calame, 2005), mythes, légendes, théologies, mais aussi sous des formes sociales comme des sectes, groupes, mouvements traditionnalistes, spiritualistes ou apocalyptiques qui sécrètent et déploient des concepts et des pratiques qui forgent des répertoires temporels particuliers – passéisme, présentéisme, futurisme – au-delà des modèles propres du temps religieux (cycliques, linéaires).

Temporalités religieuses versus temporalités profanes et séculières

Ensuite, et pour étendre la ligne de réflexion précédente, il convient également d’examiner les riches et complexes relations entre les temporalités religieuses et les autres formes de temporalité, profanes ou séculières. On sera tout particulièrement attentifs à la nature des liens (complémentaires, antagonistes, ambivalents) et aux conflits de temporalités sur une échelle de temps (avec le mouvement de la modernité), et dans des contextes culturels et géographiques différents du monde occidental (Ji, 2016).

Mutations et processus de modernisation

La notion de temporalité apparaît enfin comme un opérateur conceptuel particulièrement intéressant pour comprendre les mutations du sacré ou du religieux – notamment avec les réflexions autour des processus de modernisation, des changements de cadres culturels et temporels, des accélérations de transitions ou de transformations sociales et économiques, des continuités et ruptures dans les rapports au temps (Gauchet, 1985). Ce faisant, c’est l’ensemble du réseau sémantique associé qui doit être questionné, et la manière dont des concepts comme celui de régime d’historicité forgé dans un autre contexte, peut s’appliquer à une analyse de temporalité du religieux ou la déborder.

L’ensemble des thématiques se nourrissant des avancées de la recherche, intéressent donc le large spectre des disciplines qui se sont intéressées à la question religieuse : histoire, sociologie, anthropologie, science politique, psychologie, littératures et humanités. Elles ne sont limitées par aucun empan historique, ni cadre géographiques, car si les religions instituées qui ont établi des règles, normes, modes d’existence plus ou moins étendus au sein de sociétés entières, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, ouvrent la voie à l’analyse des relations complexes. Cette analyse concerne les liens entre temporalité, sacralité et politique, et à l’ensemble des aspects stratégiques et instrumentaux qui sous-tendent le contrôle des rythmes d’activité et des espaces de vie.

Ce panorama des possibles en matière d’analyse des temporalités du sacré, des rythmes du religieux, formes et dynamiques d’historicité n’épuise par le champ des perspectives que ce numéro spécial de Temporalités veut ouvrir, mais il en offre des balises de nature à alimenter ce domaine par la réflexion et des études empiriques d’une indéniable fécondité et d’une évidente actualité.

Conditions de soumission

Les auteurs devront envoyer leur proposition d’article aux coordinateurs du numéro à Lionel Obadia (lionel.obadia@outlook.fr) et Beate Collet (Beate.Collet@sorbonne-universite.fr) — avec copie au secrétariat de rédaction de la revue (temporalites@revues.org).

Cette proposition, composée d’un titre et d’un résumé d’une page en français ou en anglais du projet d’article (5 000 signes maximum), ainsi que du nom, des coordonnées et de l’affiliation institutionnelle de l’auteur, pourra être envoyée

jusqu’au 10 janvier 2019.

Calendrier

  • Réception des propositions (résumés de 5 000 signes maximum) : 10 janvier 2019

  • Réponse des coordinateurs : fin janvier 2019
  • Réception des articles (50 000 signes maximum) : 23 avril 2019
  • Retour des expertises des évaluateurs : 1er juin 2019
  • Version révisée : 2 septembre 2019
  • Remise des versions définitives : 21 octobre 2019
  • Sortie du numéro : décembre 2019

Rappel des procédures de la revue : https://journals.openedition.org/temporalites/683

Consignes aux auteurs : https://journals.openedition.org/temporalites/684

Bibliographie

  • Calame Claude, 2005. « Pour une anthropologie des pratiques historiographiques », L’Homme, 173, 11-46.
  • Eliade Mircéa, 1965. Le sacré et le profane, Paris, Gallimard.
  • Gauchet Marcel, 1985. Le désenchantement du monde : Une histoire politique de la religion, Paris, Gallimard.
  • Gauthier Claudine, 2013. « Temps et eschatologie », Archives de sciences sociales des religions, 162, p. 123-141.
  • Hubert Henry, 1904. « Étude sommaire de la représentation du temps dans la religion et la magie ». In : École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Rapport sommaire sur les conférences de l’exercice 1904-1905 et le programme des conférences pour l’exercice 1905-1906. Paris, p. 1-39
  • Ji Zhe, 2016. Religion, modernité et temporalité. Une sociologie du bouddhisme Chan contemporain, Paris, CNRS Éditions.— 2007. Le temps et la destinée humaine (collectif) Turnhout, Brepols, coll. « Homo religiosus » série II.
  • Piette Albert, 2005. « Fête, spectacle, cérémonie : des jeux de cadres », Hermès, n° 43, p. 39-46.
  • Pirenne-Delforge Vinciane et Ohnan Tunca (Eds.), 2003. Représentations du temps dans les religions – Actes du colloque organisé par le Centre d’Histoire des Religions de l’Université de Liège, Liège, Faculté de Philosophie.
  • Turner Victor, 1992. From Ritual to Theatre. The Human Seriousness of Play, New York, PAJ Publications.
  • Vallet Odon, 1998. « Temps et religion ». Autres Temps. Cahiers d’éthique sociale et politique, 57, p. 25-30.— 1997. « Vivre le temps », revue Terrain, 29.

Comité scientifique

  • Nadya Araujo Guimaraes, Professeur de sociologie à l’université de São Paulo. Rôle des institutions sur le marché du travail, liens entre genre, origine ethnique et emploi.
  • Thierry Blin, Maître de conférences en sociologie à l’université Montpellier III. Action collective, mouvements sociaux, mais aussi l’œuvre d’Alfred Schütz.
  • Paul Bouffartigue, Directeur de recherche CNRS au Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (LEST).
  • Maryse Bresson, Professeur de sociologie à l’université de Versailles – Saint-Quentin. Membre du laboratoire Printemps, spécialisée dans la sociologie des précarités et de l’intervention sociale.
  • Frédéric de Coninck, Ingénieur général des ponts et chassées habilité à diriger des recherches en sociologie. Directeur de l’école doctorale Ville et environnement de Paris Est. Codirige le numéro 16 sur les conflits de temporalités dans les organisations.
  • Corinne Gaudart, Chargée de recherche CNRS en ergonomie au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (Lise – CNAM). Conditions de travail, ergonomie du travail.
  • Abdelhafid Hammouche, Professeur de sociologie à Lille 1 et directeur du Clersé. Action publique dans l’espace urbain, famille en situation migratoire, rapports d’autorité intergénérations.
  • Christian Lalive d’Épinay, Professeur honoraire au centre interfacultaire de gérontologie de Genève. Parcours de vie, vieillesse, loisirs et travail, récits de vie, culture et dynamique des sociétés industrielles.
  • Michel Lallement, Professeur de sociologie au CNAM et ancien directeur du Lise. Régulations du travail et de l’emploi, travail et utopie, trajectoires sociales et production culturelle.
  • Carmen Leccardi, Professeur de sociologie à l’université Bicocca de Milan. Processus de mutations culturelles, implications éthiques et de pouvoir de la question temporelle.
  • Élisabeth Longuenesse, Chercheuse en sociologie à l’Institut français du proche-orient (Ifpo). Travail et question sociale, professions savantes et syndicalisme professionnel, migrations et mobilités.
  • Catherine Omnès, Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Versailles – Saint-Quentin, présidente du conseil scientifique du Comité d’histoire de la sécurité sociale
  • Vanilda Païva, Professeur retraitée de l’université fédérale de Rio de Janeiro. Sociologie de l’éducation.
  • Agnès Pélage, Maître de conférences en sociologie à l’UVSQ et membre du laboratoire Printemps. Classes sociales, construction sociale du droit du travail, direction de l’enseignement secondaire.
  • Jérôme Pélisse, Professeur des Universités à Sciences Po. Firmes, Marchés du travail et groupes professionnels, Risques, Santé
  • Emília Rodrigues Araújo, Professeur de sociologie à l’université de Minho (Portugal) : sociologie de la culture et représentations du temps.
  • Christiane Rolle, Ingénieur d’Études UVSQ en retraite. Ancienne secrétaire de rédaction de la revue, a notamment coordonné, avec Morgan Jouvenet, le dossier du n° 14.
  • Laurence Roulleau-Berger, Directrice de recherche CNRS en sociologie, Triangle, ENS-Lyon. Villes internationales (Europe et Chine et économies plurielles), emploi, migrations, désoccidentalisation de la sociologie.
  • Gabrielle Varro, Chargée de recherche en sociologie au CNRS HDR (retraitée).
  • Didier Vrancken, Professeur de sociologie à l’université de Liège et directeur du Centre de recherche et d’intervention sociologiques. Action et intervention en siuation d’incertitude. Parcours de vie.

Secrétaire de la rédaction

  • François Théron (Ingénieur d’études, UVSQ)

Dates

  • jeudi 10 janvier 2019

Mots-clés

  • temps, temporalités, sacré, religion, vie religieuse, sécularisation, régime d'historicité

Contacts

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr
  • Beate Collet
    courriel : Beate [dot] Collet [at] sorbonne-universite [dot] fr

Source de l'information

  • François Théron
    courriel : francois [dot] theron [at] uvsq [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Temporalités du sacré, rythmes du religieux », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 03 décembre 2018, https://calenda.org/513534

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