AccueilHumains, trop humains, posthumains ? La science-fiction actuelle entre réinvention de soi et esthétique de la disparition

Humains, trop humains, posthumains ? La science-fiction actuelle entre réinvention de soi et esthétique de la disparition

Humans, too human, posthuman? Science-fiction today between reinvention of the self and the aesthetics of disappearance

Nouveaux questionnements dans la science-fiction actuelle ? (Des pays de langue allemande. Et des autres pays aussi)

New issues in today's science-fiction? (German-speaking countries and other countries besides)

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Publié le mardi 08 janvier 2019 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque se propose de réfléchir sur la portée des motifs et thématiques développées dans la Science-fiction actuelle, ainsi que l'importance de ces liens avec la tradition depuis son émergence fin du XIXe siècle et jusqu'à nos jours. 

Annonce

Université de Strasbourg – 13 et 14 novembre 2019

Argumentaire

I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain. Time to die[1].

Ce n’est certes pas un homme, mais un répliquant NEXUS-VI – Roy Batty – qui dans Blade Runner (Ridley Scott, 1982)[2] nous enjoint à faire face au caractère éphémère du règne humain et à sa possible disparition. Les figures mythiques évoquées se réduisent alors à l’état de traces d’une humanité en voie de dissolution. Ce que Roy Batty interroge, c’est bien la place de l’humain dans l’univers, mais aussi son identité en tant qu’individu et en tant qu’espèce, questions dont la littérature de science-fiction se fait le miroir. 

Si la question des frontières de l’humain se pose déjà dans la tradition romantique allemande, notamment dans les textes fantastiques d’E.T.A. Hoffmann au travers des figures hybrides homme-machines qu’il met en scène dans Der Sandmann (1816), c’est l’idée de perfectibilité humaine qui s’impose à l’heure de la révolution industrielle et technique. Mais au tournant du XXe siècle, face à l’enthousiasme lié à l’idée de progrès, quelques textes anticipent, dans une perspective critique, des questionnements relatifs aux limites de l’humanité, pensons aux « Idones » humanoïdes de Sternentau que fait paraître Kurd Laßwitz (1848-1910) dès 1909. L’œuvre de ce dernier, tenu pour le fondateur du roman utopique scientifique (utopisch-wissenschaftlicher Roman) annonce, au même titre que Jules Verne en France, l’avènement de la littérature de science-fiction. Elle se comprend également comme l’art du novum évoqué par Darko Suvin dans son ouvrage Pour une poétique de la science-fiction (1977). Celui-ci considère en effet la science-fiction comme « un genre littéraire dont les conditions nécessaires et suffisantes sont la présence et l’interaction de la distanciation et de la cognition, et dont le principal procédé formel est un cadre imaginaire différent de l’environnement empirique de l’auteur ». La science-fiction se présente alors comme le genre de l’altération et du déplacement des frontières de l’humain comme de celles de l’univers, comme un genre de l’imaginaire qui s’inscrit dans la réflexion et la spéculation, tout en reflétant le réel de façon distancée et décentrée. Un genre qui s’intéresse par conséquent aux potentialités offertes par une époque, tout en interrogeant leur portée.

Pour en explorer toute l’ampleur, la prise en compte d’une « intertextualité science-fictionnelle » dans une perspective diachronique nous paraît prometteuse. Elle permet de nous demander dans quelle mesure la reprise de motifs « anciens » dans des récits plus contemporains en modifie non seulement l’impact, mais également le « sens ». En effet, si l’idée de perfectibilité de l’homme par la technique est porteuse de toutes les attentes autour de 1900, ainsi que le montre le roman à succès Auf zwei Planeten (1897) de Kurd Laßwitz par exemple, les récits science-fictionnels qui paraissent par la suite mêlent la crainte et, dans certains cas, l’effroi à l’espoir. De nombreuses dystopies s’imposent alors, pensons au fameux Brave New World (1932) d’Aldous Huxley, à la dictature des corps dépeinte dans Limbo (1952) de Bernard Wolfe ou, pour l’espace germanophone, à Die Gelehrtenrepublik d’Arno Schmidt paru en 1957.

En revanche, la science-fiction ultra-contemporaine semble – du moins en partie – rompre avec ces représentations, qu’elles soient empreintes d’utopies ou ancrées dans des représentations de futurs terrifiants. Elle s’attache davantage à questionner plus largement l’identité humaine aux prises avec les mutations technologiques, à l’instar des textes cyberpunk et néocyberpunk s’inscrivant dans le sillage de Neuromancer de William Gibson (1984) que met parfaitement en scène le film manga culte Ghost in the Shell (Mamoru Oshii, 1997). Ainsi, issus de la même veine, le roman de Hans Joachim Alpers, Deutschland in den Schatten (2003) ou encore celui de Clemens Setz, Die Stunde zwischen Frau und Gitarre (2015) débattent-ils de l’avènement d’une « posthumanité » caractérisée par l’hybridité.

Ce décentrement de l’humain, voire son dépassement, ce nonhuman turn (Richard Grusin), doit-il être saisi comme le signe d’un tournant paradigmatique en totale rupture avec les représentations de l’ « ancienne » science-fiction ? Ou peut-il être tenu pour une reprise de formes plus anciennes encore, mythiques, nouvellement contextualisées ? Que révèlent en effet dans les œuvres ultra-contemporaines, les chimères, hybrides, cyborgs, techno-sorcières et autres monstres inspirés de la littérature fantastique, de la littérature d’anticipation ou encore de la mythologie ? N’inscrivent-elles pas ces œuvres dans une esthétique de la disparition, voire de la désagrégation de l’humain ? Ou alors faut-il les considérer comme des reprises et des variations archétypales proprement humaines où, signe du temps, la nostalgie des origines se transforme en nostalgie de la disparition ? Mettent-elles en scène des figures visant à construire un idéal de soi ou, au contraire, cherchent-elles à dissoudre le soi dans l’autre ou plus largement dans une altérité complexe, fût-elle organique (animal, végétal) et / ou technologique (machine, voire réseau...) en vue de sa recomposition ?

Pour répondre à ces questions, ce colloque ne s’interdira pas de revenir sur des formes « science-fictionnelles » plus « anciennes » se situant dans le sillage de la tradition littéraire fantastique, voire du gothique anglais à l’instar de Frankenstein or The Modern Prometheus (1818) de Mary Shelley, de Der Golem (1915) de Gustav Meyrink ou encore pour le cinéma de Metropolis (1927) de Fritz Lang. Les œuvres fondatrices de la science-fiction appartenant à la new wave ou à l’esthétique cyberpunk y auront également leur place (J.G. Ballard, Ursula Le Guin, Philip K. Dick, William Gibson …). 

Cependant, le colloque s’attachera également à analyser des formes « plus contemporaines » du genre faisant place aux hybridations entre humain, animal et machine ; pensons ici notamment à Die Abschaffung der Arten (2008) de Dietmar Dath, The Windup Girl (2010) de Paolo Bacigalupi ou encore Anamnèse de Lady star (2013) de Laurent et Laure Kloetzer…

L’imaginaire science-fictionnel ne se limitant ni à un pays ni à une forme littéraire ou artistique prédéfinie, l’on ne pourra faire l’économie d’une perspective pluridisciplinaire et transnationale. Néanmoins, la tradition germanophone qui, rappelons-le, constitue encore aujourd’hui la littérature la plus prolifique en Europe, restera centrale.

Par ailleurs, les communications pourront porter sur des productions visuelles (film, série, photographies, BD, jeu vidéo…) ou textuelles dont l’univers peut être rattaché à un imaginaire science-fictionnel traitant des thématiques suivantes :

  • Les réflexions portant sur le corps modifié à l’ère des technologies : transhumanisme, posthumanisme, corps prothétique, amélioré ou augmenté.
  • Les images de l’hybridité à travers les dissolutions entre humain, animal, végétal, minéral ou machine : cyborgs, hybrides, monstres tech, hommes-plante, vampires, golems, techno-sorcières, …
  • Les thématiques traitant de l’inquiétude, de la méfiance vis-à-vis des technologies, de la peur de l’altération et de l’aliénation face à celles-ci : Mythe de la « singularité technologique » (comme dans la série « Westworld » (2016), J. Nolan et L. Joy), figures du mutant (des « Morlocks » de Wells aux « X-Men » de Stan Lee et Jack Kirby), …
  • Le dualisme corps / esprit à l’heure de la mise en réseau : dématérialisation et transfert de l’esprit humain dans un autre corps (comme c’est le cas du Altered Carbon (2002) de Richard Morgan), connexion au réseau, effacement de la frontière entre réel et virtuel.
  • L’ambivalence des technologies entre outils de domination, corps exploités et possibilité de subversion : cyborg-soldat, Prométhée technologique, responsabilité du scientifique, …
  • les réflexions sur la fin de l’ère humaine : fin de l’anthropocène, apocalypse technologique, monde-réseau omnipotent, monde conçu comme simulation de l’esprit d’une IA, …

Modalités de soumission

Les propositions de contributions sont à adresser

au plus tard pour le 15 mars 2019

à : 

  • Anne Sophie Hillard : annesophie_hillard@hotmail.fr
  • Catherine Repussard : repussardcatherine@wanadoo.fr

Les notifications d'acceptation seront communiquées le 30 avril 2019 aux auteurs.

Les actes de ce colloque seront publiés dans la revue Recherches germaniques en juin 2021.

Comité scientifique 

  • Stefan L. Brandt, Universität Graz
  • Anne-Sophie Hillard, Université de Strasbourg
  • Irène Langlet, Université Paris Est Marne-la-Vallée (UPEM)
  • Hélène Machinal, Université de Bretagne Occidentale, Brest
  • Catherine Repussard, Université de Strasbourg

Notes

[1] « J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir. »

[2] Film tiré du roman de Philip K. Dick : Do Androids Dream of Electric Sheep, Doubleday, New York, 1968, traduction française : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, Paris, 1976.

Catégories

Lieux

  • Strasbourg, France (67)

Dates

  • vendredi 15 mars 2019

Mots-clés

  • science-fiction, science fiction, posthumain, littérature, contemporain, mythe

Contacts

  • Anne-Sophie Hillard
    courriel : annesophie_hillard [at] hotmail [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Anne-Sophie Hillard
    courriel : annesophie_hillard [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Humains, trop humains, posthumains ? La science-fiction actuelle entre réinvention de soi et esthétique de la disparition », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 08 janvier 2019, https://calenda.org/533780

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