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Extrémisme religieux, violence et contexte éducatif

Religious extremism, violence and educational context

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Publié le mardi 08 janvier 2019 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Depuis la vague d'attentats initiée avec l'assaut de Charlie Hebdo en janvier 2015, les discours sur la « radicalisation » se sont multipliés dans l'espace public, en particulier autour d'une incompréhension :  comment des jeunes, français ou installés en France de longue date, peuvent-ils adopter des positions haineuses à l'égard de ceux qu'ils décrivent comme leurs ennemis, et choisir de pratiquer des actions violentes à leur encontre, parfois au moyen d'attentats suicide ? La prise de conscience du nombre important de candidats à l'émigration vers le terrain du conflit armé syrien pour y participer, et le rajeunissement de ceux-ci, ont contribué à renforcer cette énigme. Cela pose directement la question de l'éducation, et notamment l’éducation à la citoyenneté et à la formation des préférences politiques des jeunes en quête de modèle religieux, et en particulier à la manière de créer dans le cadre scolaire des espaces de débats à la fois ouverts à l'expression de la diversité des orientations politiques, et protégés.

Annonce

Argumentaire

Depuis la vague d'attentats initiée avec l'assaut de Charlie Hebdo en janvier 2015, les discours sur la « radicalisation » se sont multipliés dans l'espace public, en particulier autour d'une incompréhension :  comment des jeunes, français ou installés en France de longue date, peuvent-ils adopter des positions haineuses à l'égard de ceux qu'ils décrivent comme leurs ennemis, et choisir de pratiquer des actions violentes à leur encontre, parfois au moyen d'attentats suicide ? La prise de conscience du nombre important de candidats à l'émigration vers le terrain du conflit armé syrien pour y participer, et le rajeunissement de ceux-ci, ont contribué à renforcer cette énigme.

Cela pose directement la question de l'éducation, et notamment l’éducation à la citoyenneté et à la formation des préférences politiques des jeunes en quête de modèle religieux, et en particulier à la manière de créer dans le cadre scolaire des espaces de débats à la fois ouverts à l'expression de la diversité des orientations politiques, et protégés. Plutôt que de stigmatiser toute expression radicale de la part des adolescents déployant des signes ostentatoires de religiosité, pour qui cela peut constituer une étape dans la construction de la subjectivité politique et religieuse (Van San, Sieckelinck et de Winter 2013), il conviendrait dès lors de les accompagner vers la prise de position dans un espace pluraliste, et de bien distinguer les opinions radicales de leur éventuelle traduction en modes d'action violents (Beauzamy 2016). Cela pose en particulier la question de la formation des personnels éducatifs à l'interaction avec ces formes d'expression ouvertement extrémiste, dans un contexte où ils peuvent avoir le sentiment qu'elles dénient la possibilité même d'un lien social.

Les expressions religieuses contemporaines les plus extrêmes s’inscriraient alors subjectivement et collectivement dans ce cadre d’irrésolution et de déficit des valeurs symboliques partagées qui feraient lien. Une sorte de communauté virtuelle, immédiatement accessible, s’extrait alors de toute notion de territoire, de structure étatique et même de contrôle familial. Une forme de rupture générationnelle émerge, et les jeunes se montrent critiques vis-à-vis du modèle religieux parental en se laïcisant, ou, au contraire, en revenant aux « fondements » sur une démarche plus individualiste (Vieillard-Baron, 2016). Par ailleurs, le monde éducatif est confronté à la problématique émergeante du développement des hypothèses créationnistes. La contradiction entre discours scientifique et religieux mène à la fois à la radicalisation des identités religieuses et au disfonctionnement de l’institution scolaire (avec notamment le refus de participer à certains cours). Des élèves qui viennent de milieux culturels différents n’intègrent pas les doctrines scientifiques de la même manière. Ainsi, la formation citoyenne pourrait s’en trouver entravée (Wolfs, 2013).

Nous questionnerons la manière dont les différentes religions, et non seulement l’Islam, sont mises à l’épreuve par le phénomène. Il s’agira de questionner la manière dont la tentation radicale d’une partie de la jeunesse affecte le rapport à la subjectivité religieuse et aux positions politiques. Nous chercherons à déterminer dans quelle mesure et comment l’apparition de certaines positions extrêmes dans le domaine religieux serait alors portée par le motif essentiel d’un gain de sens au cœur d’une identité collective forte et d’une communauté imaginaire puissante (Sinha et al., 2007 ; Atran, 2011) : que suggérerait alors à nos communautés, notamment aux communautés éducatives, l’émergence de l’extrémisme religieux violent par rapport aux valeurs du « vivre ensemble », et à la transmission qu’elles supposent ?  

L’extrémisme religieux et sa traduction en violence font donc l’objet de nombreuses études, qui ne portent pas spécifiquement sur le champ éducatif, et qui ne questionnent pas celui-ci dans sa spécificité. La démarche de ce colloque sera d’analyser les enjeux qu’il suscite en ce champ, notamment auprès des acteurs de l’éducation, et de leur approche de ce phénomène. Du point de vue opérationnel, il s’agira de proposer un cheminement dans ces perspectives contemporaines sur la radicalisation des jeunes afin d'aider les professionnels des champs concernés (éducation, sécurité, santé...) à s'y retrouver. L’objectif opérationnel secondaire serait d’initier un réseau de réflexion scientifique et opérationnelle autour de ces questions.

ARENES J. (2010). « La religion et les rites à l’adolescence », in MARCELLI D. et LE BRETON D. (Dir.), Dictionnaire de la jeunesse et de l’adolescence, Paris, PUF, p. 718-721. 

ATRAN S., Talking to The Enemy. Violent Extremism, Sacred Values, and What it Means to Be Human, London, Penguin Books, 2011. 

BEAUZAMY B (2016), « La radicalité d'un mouvement social conduit-elle nécessairement à l'usage de la violence ? Mise en perspective à partir de la non-violence dans le conflit israélo-palestinien », in Geoffrey Pleyers et Brieg-Yann Capitaine (dir.), Mouvements sociaux, quand le sujet devient acteur, Editions Fondation Maison des Sciences de l'Homme, p.247-258.

MILOT M. & OUELLET F., Religion, éducation et démocratie, Montréal, L’Harmattan, 1997.

ROY O., Le djihad et la mort, Paris, Seuil 2016.

SINHA J., CNAAN R., & GELLES R., « Adolescent risk behaviors and religion: Findings from a national study », Journal of Adolescence, 2007, no 30, p. 231-249.

VAN SAN, SIECKELINCK ET DE WINTER (2013). “Ideals adrift : an educational approach to radicalization”, ethics and education, vol.8, n°3, p.276-289. 

VIEILLARD-BARON H., « L’islam en France : dynamiques, fragmentation et perspectives », L'Information géographique, 2016/1, vol. 80, p. 22-53.

WOLFS, J.-L. (2013). Sciences, religions et identités culturelles. Quels enjeux pour l’éducation ? Bruxelles, De Boeck

Modalités de soumission

Les propositions de contribution, limitées à 500 mots, et accompagnées d’un court CV de l’auteur, seront adressées, avant le 31 janvier 2019 aux membres du comité d’organisation (colloqueicpjuin2019@gmail.com).

Comité scientifique

  • Professeur Jacques Arènes, Institut Catholique de Paris et Ecole de Psychologues Praticiens
  • Professeur Christine Babikian Assaf, Doyen, Faculté des lettres et des sciences humaines, Université Saint Joseph, Beyrouth.
  • Professeur François Moog, Institut Catholique de Paris, Doyen de la Faculté d’Education.
  • Professeur Corinne Valasik, Institut Catholique de Paris, doyen de la Faculté de Sciences Sociales
  • Professeur Jean-Luc Viaux, Professeur Emérite, Université de Rouen et Ecole de Psychologues Praticiens.

Organisation pratique

Le colloque aura lieu pendant deux jours, le 5 et le 6 juin 2019 à l’Institut Catholique de Paris Il aura été préparé par quatre séances d’un séminaire interdisciplinaire de recherche à partir de novembre 2018.

La première journée du colloque (faisant appel à des conférenciers invités), comportera une séance plénière le matin – L’extrémisme religieux en contexte éducatif : un diagnostic – et en début d’après-midi, et une table ronde en fin d’après-midi (Quand l’extrémisme religieux questionne les acteurs de l’éducation). Cette journée sera consacrée à un état des lieux, et sera destinée à un public « éclairé » assez large (universitaires, étudiants, professionnels concernés, du monde éducatif en particulier).

Les recherches à l’épreuve du terrain

La seconde journée (inscription séparée) se sera structurée comme un atelier de réflexion et de discussion plus académique (enseignants-chercheurs, étudiants en master ou doctorat), tout en étant ouvert aux personnes de « terrain ». Le but sera de confronter la pratique quotidienne des intervenants éducatifs aux résultats de recherche concernant les questions se posant quant à l’extrémisme religieux. Cette journée fait l’objet d’un appel à contribution.

Catégories

Lieux

  • 74 rue de Vaugirard - Institut Catholique de Paris
    Paris, France (75006)

Dates

  • jeudi 31 janvier 2019

Contacts

  • Jacques Arènes
    courriel : colloqueicpjuin2019 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Jacques Arènes
    courriel : colloqueicpjuin2019 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Extrémisme religieux, violence et contexte éducatif », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 08 janvier 2019, https://calenda.org/536085

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