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Situations de travail et mobilisations ouvrières en Méditerranée

Numéro thématique « Confluences Méditerranée »

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Publié le lundi 07 janvier 2019 par Céline Guilleux

Résumé

La revue Confliences Méditerranée lance un appel à contrbution pour un numéro thématique portant sur les situations de travail et les mobilisations ouvrières en Méditerranée. Sont attendues des contributions sur les pays du sud comme du nord de la Méditerranée, de la part de chercheurs, mais aussi d’acteurs, syndicalistes ou associatifs, impliqués dans les mouvements sociaux. La confrontation des situations nationales, de l’Italie à la Tunisie, de l’Égypte à la Grèce, en passant par la Turquie, et les autres pays de l’est et de l’ouest méditerranéen, devraient permettre de mettre en lumière tant les dynamiques profondes à l’œuvre dans l’évolution des formes d’assujettissement du travail au capital au nord comme au sud, que l’originalité des formes de résistance ici et là.

Annonce

Coordination

  • Amin Allal (IRMC/CNRS),
  • Élisabeth Longuenesse (Printemps/CNRS),
  • Michele Scala (IREMAM/Ifpo).

Argumentaire

Les processus révolutionnaires arabes de 2011 ont remis brièvement à l’ordre du jour la « question sociale », et avec elle celle de la précarisation du travail. Cette (re)découverte de « mondes arabes-à-nouveau-en-mouvement » a donné l’impression, à certains, que tout serait né des mobilisations de l’hiver 2010-2011. Néanmoins, les observateurs avertis rappelleront que les années 2000 avaient été des années d’importantes mobilisations ouvrières en Tunisie, au Maroc, ainsi qu’en Égypte1. Le Liban et la Jordanie, relativement moins touchés par la vague des soulèvements populaires, ont aussi connu de grandes mobilisations dans divers secteurs d’activités2. Ces mobilisations ont eu pour dénominateur commun, Tunisie mise à part 3 , le fait que les grandes confédérations syndicales en ont été absentes. On retrouve également le même processus d’affaiblissement des syndicats au nord et à l’est de la Méditerranée, de l’Espagne à la Turquie, en passant par la Grèce 4 ou l’Italie 5 . Le renouvellement des formes de protestations, plus ou moins directement liées au travail, est désormais un constat transméditerranéen.

Partout ces dernières décennies ont vu une fragilisation du rapport salarial dominant tout au long du XXe siècle, et des protections sociales et juridiques qui l’accompagnaient. D’un côté, la part de la grande industrie s’est réduite au profit du secteur des services, y compris des services à la personne, de l’autre, l’individualisation des tâches et le développement de la sous-traitance sous diverses formes, allant jusqu’à une personnalisation extrême des rapports de travail, ont permis de contourner les contraintes associées à la norme salariale6. La financiarisation de l’économie mondiale a ainsi entrainé un double mouvement de marchandisation accéléré des rapports humains, et de pression accrue sur une force de travail cantonnée de façon croissante à des fonctions de service (transport et distribution de biens de consommation, activités intellectuelles et culturelles, volontariat social et caritatif, services de toute sorte) et à des tâches de plus en plus fragmentées7. Á ce titre, les formes dites « atypiques » de travail ne peuvent plus être appréhendées comme des effets pervers et dérogatoires du développement capitaliste, car au « Sud » comme au « Nord » le sujet salarial laisse progressivement la place à son anathème contemporain : l’homo instabilis8. Ainsi, les situations de travail et les conflictualités tant ouvertes que discrètes qu’on observe autour du bassin méditerranéen permettent d’interroger localement des mutations contemporaines globales du travail9.

Bien entendu ces évolutions prennent des formes différentes, plus ou moins brutales, selon les contextes. L’importance du travail migrant (particulièrement dans l’agriculture et dans la construction), de celui des femmes et des enfants10, l’absence de régulation par le droit, le poids des relations de clientèle, sont plus fréquents au sud11. Mais si l’on se limite au pourtour méditerranéen, on s’aperçoit vite que ces dynamiques traversent les pays et les secteurs d’activité. Tout se passe comme si la marginalisation de l’agriculture et de la petite paysannerie, s’était accompagnée d’une fragmentation et d’une précarisation du travail dans les secteurs réputés les plus modernes de production de biens et de services.

A ces mutations du travail correspond une transformation des formes de résistance et de contestation, désormais tournées non seulement contre les conditions de travail 12 mais aussi contre diverses formes indirectes de soumission aux logiques spéculatives et financières (il en va ainsi des mobilisations sur la question du logement en Espagne13). Même lorsque les syndicats continuent à jouer un rôle d’encadrement de certaines protestations, dans la fonction publique ou dans quelques grandes entreprises, on a vu apparaître des mouvements plus ponctuels ou sectoriels, parfois violents ou désespérés, mais aussi de nouvelles formes de coopération ou d’entraide pour s’organiser ou faire face à des situations de crise14.

Ce numéro de Confluences sera consacré à ce thème, trop rarement abordé, tant dans la littérature scientifique que dans les publications plus généralistes, du travail et des mobilisations ouvrières, dans les pays du pourtour de la Méditerranée.

En se concentrant sur le bassin méditerranéen, il vise à penser ensemble les transformations du travail et les résistances qui ne manquent pas d’accompagner ces processus. Organisé autour de ces deux axes transversaux, il visera à faire émerger les rapports organiques qui lient situations de travail et (in)soumissions ouvrières dans le but d’appréhender les articulations entre relations de dépendance, de soumission et de loyauté, et formes de résistance et de revendication, qu’elles soient ouvertes ou plus discrètes, durables ou transitoires, vouées au changement radical ou à la renégociation des rôles de pouvoir. Les contributions pourront ainsi soit privilégier l’une de ces deux dimensions (« situations » ou « mobilisations »), soit au contraire, à travers un cas, mettre en évidence cette articulation.

On privilégiera des études de cas situées et concrètes, en évitant les développements théoriques trop longs, tout en s’appuyant sur une problématique solide fondée sur des références théoriques clairement identifiées.

Sont attendues des contributions sur les pays du sud comme du nord de la Méditerranée, de la part de chercheurs, mais aussi d’acteurs, syndicalistes ou associatifs, impliqués dans les mouvements sociaux. La confrontation des situations nationales, de l’Italie à la Tunisie, de l’Égypte à la Grèce, en passant par la Turquie, et les autres pays de l’est et de l’ouest méditerranéen, devraient permettre de mettre en lumière tant les dynamiques profondes à l’œuvre dans l’évolution des formes d’assujettissement du travail au capital au nord comme au sud, que l’originalité des formes de résistance ici et là.

Calendrier

Propositions d’articles en français, anglais, italien ou arabe à transmettre

pour le 31 janvier 2019

à elonguenesse@yahoo.fr, amin.allal@gmail.com, scala.miche@gmail.com.

Première version attendue pour fin juin, et version définitive (après évaluation et demande d’amélioration ou de complément), avec un résumé en anglais et en français de 8 à 10 lignes, pour début septembre 2019.

Normes de présentation

L’article devra être compris entre 25 et 30 000 signes (environ 4 à 5000 mots).

On trouvera les consignes aux auteurs à cette adresse.

Notes et références

1Allal A. (2010), « Réformes néolibérales, clientélisme et protestation en situation autoritaire. Les mouvements contestataires dans la région de Gafsa en Tunisie (2008) », Politique africaine, n° 117, pp. 107-126. Catusse M., Vairel F. (2010), « Question sociale et développement : les territoires de l'action publique et de la contestation au Maroc », Vol. 4, n. 120, p. 5-23. Beinin J., Duboc M. (2014), « The Egyptian workers movement before and after the 2011 popular uprising, Socialist register », Merlin Press, Londres.

2 Bou Khater Léa (2015), « Public Sector Mobilization in Lebanon: Structures and Strategies of Success », The Legal Agenda, Beirut. On line: http://legal-agenda.com/en/article.php?id=3075. Fioroni C. (2015), « From the Everyday to Contentious Collective Actions: The Protests of the Employees of the Jordan Phosphate Mines Company in 2011 », Workers of the World. International Journal on Strikes and Social Conflict, Vol. 7, n. 1.

3 Omri M.-S. (2015), No ordinary union, UGTT and the Tunisian path to revolution, Workers of the World. International Journal on Strikes and Social Conflict, vol. 7, n.1. Yousfi H. (2015), L'UGTT, une passion Tunisienne : enquête sur les syndicalistes en révolution, 2011-2014, Paris, Karthala.

4 Dubo Kretsos L., Vogiatzoglou M. (2015), « Lost in the Ocean of Deregulation? : The Greek Labour Movement in a Time of Crisis », Relations Industrielles/Industrial Relations, Vol. 70, n. 2, p. 218-39.

5 Perrotta D., Sacchetto D. (2014), « Migrant Farmworkers in Southern Italy: Ghettoes, Caporalato and Collective Action », in Workers of the World. International Journal on Strikes and Social Conflicts, Vol. I, n. 5.

6 Tinel B. et al. (2007), « La sous-traitance comme moyen de subordination réelle de la force de travail », Actuel Marx, Vol. 1, n° 41.

7 Abdelnour S. (2017), Moi, petite entreprise, PUF, Paris. Jan A. (2018), « Livrer en vélo… en attendant mieux », dans La nouvelle revue du travail, n. 13.

8 Toscano M. A. (dir.) (2007), Homo instabilis. Sociologia della precarietà, Jaca Book, Pisa.

9 Scala M. (2018), « Aux marges du salariat ? Travailler et contester en situation de dépendance : du travail migrant à la grande distribution (Liban) », Note conceptuelle de présentation du séminaire de l’Ifpo, 2017-18 (http://www.ifporient.org/aux-marges-du-salariat/).

10 Agosta S., Scala M. (2018), « Migrazione forzata, servitù per debito, lavoro minorile : fragole libanesi, famiglie siriane », Lavoro libero e non libero, Seminario annuale della società italiana di storia del lavoro, Turin, 20-22 Septembre.

11 Scala M., (2015), « Clientélisme et contestation : l’exemple de la mobilisation des travailleurs de Spinneys au Liban », Confluences Méditerranée, n. 92.

12 Allal A., Catusse M., Emperador Badimon M. (2018), Quand l’industrie proteste. Fondements moraux des (in)soumissions ouvrières, Presses Universitaires de Rennes, Rennes.

13 Ravelli, Q. (2018), La grève de la dette comme nouvelle forme de contrôle populaire, Contribution au colloque Citoyennetés industrielles, Tunis.

14 Peyman E. (2015), Against all odds, labor activism in the Middle East and North Africa, Workers of the World. International Journal on Strikes and Social Conflicts, vol. 7/1. Quijoux M. (2017), « Les conflits du travail dans le monde aujourd’hui », Critique internationale, Vol. 1, n° 74.

Dates

  • jeudi 31 janvier 2019

Mots-clés

  • travail, mobilisation, migration, précarité, protection sociale, Méditerranée

Contacts

  • Élisabeth Longuenesse
    courriel : elonguenesse [at] yahoo [dot] fr
  • Amin Allal
    courriel : amin [dot] allal [at] gmail [dot] com
  • Michele Scala
    courriel : scala [dot] miche [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Michele Scala
    courriel : scala [dot] miche [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Situations de travail et mobilisations ouvrières en Méditerranée », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 07 janvier 2019, https://calenda.org/539425

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