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À l’ombre des paysages côtiers

In the shadow of coastal landscapes - aesthetics and representation of coastal exoticism

Esthétique et représentation de l’exotisme balnéaire

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Publié le jeudi 31 janvier 2019 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Kenneth White aime à rappeler ce proverbe celte : « le rivage a toujours été un lieu de prédilection pour les poètes ». Le rivage, ou plutôt 'les rivages', font l’objet de cette journée d’étude organisée à l’Université Nice Sophia Antipolis par le laboratoire LIRCES (EA 3159). Désireux d’aborder ce qui constitue un imaginaire littoral, il s’agira de revenir sur les spécificités du paysage côtier et ses représentations cinématographiques, médiatiques. Sur le plan du territoire, la 'littoralité' chère à Kenneth White prend ici de multiples formes : lieux anthropiques par excellence, les rivieras se distinguent par leur urbanisation massive et un aménagement qui privilégie, sans nul doute, les loisirs. Mais ce serait omettre leur dimension à la fois humaine et tragique, à l’ombre des palmiers et d’un imaginaire que l’on aurait tôt fait de réduire à une simple carte postale.

Annonce

Argumentaire

Les villes littorales, en particulier celles qui se présentent, à l’image de la Côte d’Azur, comme de hauts lieux touristiques, participent d’une vision de l’exotisme qui dépasse les frontières d’un seul territoire. De la Méditerranée à la Californie, une esthétique côtière se décline au travers d’éléments récurrents : la plage, la palmeraie, l’architecture de bord de mer… Les réseaux sociaux, comme en atteste le travail du plasticien Franck Scurti (Sunset Stories, 2018), se voient saturés de palmiers, figures incontournables des rivieras. Plus qu’une végétation d’ornement, tenant parfois davantage de l’agrément urbain que de la flore locale, le palmier préfigure un “horizon fabuleux” qui, selon les termes empruntés à Michel Collot, invite résolument au voyage. Mais comme tout lieu dépend du point de vue de ses occupants, il faudra opposer aux flâneries touristiques et au désir de farniente la réalité prosaïque des territoires côtiers. Autrement dit, ne pas occulter le contexte économique et social tel qu’il est vécu au jour le jour par les habitants. Cette démarche n’est pas sans rappeler, d’ailleurs, le documentaire éponyme de Raymond Depardon (2016), suite d’échanges filmés, entre autres, au cœur de la ville de Nice.

Les paysages balnéaires sont également des lieux propices aux ambivalences et aux fictions de toutes sortes. C’est ainsi que les palmiers hauts perchés de Los Angeles accompagnent, traditionnellement, les errances des protagonistes de polars. Ailleurs, les palmeraies de Rome se voient peu à peu décimées et en appellent, comme nous le montre le documentaire Sacro GRA (Gianfranco Rosi, 2013), à l’obsession dévouée d’un expert en charançons rouges. Loin de l’exotisme parfois superficiel ou tapageur, les cités littorales se signalent par ce dialogue étrange, entre ombre et lumière. Quitte à retourner ce fameux slogan de Mai 68, “Sous les pavés, la plage”, le rivage peut justement apparaître comme un espace de communion solaire au même titre qu’il présente, la nuit venue, un visage inquiétant. Si de nombreux faits divers nourrissent un sens tragique du côtier, l’histoire des paysages littoraux se mêle à la déroute de personnages tels que du compositeur Gustav von Aschenbach dans Mort à Venise de Luchino Visconti (1971), ou d’Aurore, dans la mini-série éponyme de Laetitia Masson (2018). En d’autres termes, l’exotisme des paysages littoraux, véhiculant un imaginaire fécond lié aussi bien à l’évasion qu’à la décadence, se prête aux récits et aux fictions de toutes sortes.

Traversés par les histoires plurielles et les bouleversements qui agitent leurs reliefs –l’urbanisation, mais également l’urgence des déplacements et des crises migratoires –, les paysages côtiers ne peuvent être envisagés exclusivement sous l’angle d’une vision rêvée des vacances et de leurs occupations anodines (baignade, pratique du bronzage, etc.). Territoires hybrides, les rivieras jouent ainsi, pour le dire avec les mots d’Anne Cauquelin, un rôle de “passeurs” entre l’espace et le territoire ; autrement dit, à une certaine idée de l’exotisme, avec ses figures et représentations archétypales (plage, coucher de soleil ou pinèdes), répond une réalité urbaine, géographique, anthropologique. Cela étant, il conviendra de ne pas exclure l’hédonisme des lieux et leur ivresse superficielle, tels qu’ils s’expriment dans les “tragédies de petite envergure” qui émaillent les bains de mer. En témoigne le regard que porte Abdellatif Kechiche dans son film, Mektoub my love (2017), sur la langueur du midi, motif que l’on retrouve également dans le roman Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal (2008), lesquels renvoient à une bohème adolescente révélée à ses propres émois.

Les espaces balnéaires ont donc ce pouvoir de confronter les visions, entre un territoire très largement urbanisé ou, en l’occurrence, artificialisé, et espaces bruts ou bien sauvages. Plus généralement, l’impression maritime nous ramène à cette présence de l’eau qui, pour le dire avec Philippe Jacottet, dispute à la terre quelque chose qui relève d’un “mélange illégitime au paysage”. Comme si, en définitive, le rivage ébauche une ligne de désir par laquelle le ciel et la mer finissent par se confondre. Dans ces impressions à la fois éthérées et aveuglantes peuvent se loger, enfin, ces lignes énigmatiques de Jean Laude : “apparaît le paysage disparaît. Un orage de sel”.

Méthodologie

  • Ces journées d’études proposeront une réflexion mêlant esthétique cinématographique et littéraire, représentations culturelles et géographiques, ceci afin de dégager des perspectives plurielles et rendre compte de la diversité des figures de l’exotisme balnéaire. Ces analyses seront déclinées en trois axes :
  • Volet récits : études littéraires et filmiques sur les “impressions” de bord de mer, basées sur l’analyse des œuvres. Voir également comment les mises en fiction du littoral illustrent, ou subliment, l’opposition de l’ombre et de la lumière. Empruntant aux notions de frontière, de limite ou bien d’interface, il s’agira de questionner également cet espace singulier qu’est la plage.
  • Volet représentations : éclairage provenant des Sciences de l’Information et de la Communication, de la géographie ou de la sociologie. Outre la question brûlante des drames migratoires, capitale à l’heure actuelle, l’occasion est donnée de se saisir de thématiques humaines et culturelles, telles que l’imaginaire des vacances à l’heure des réseaux sociaux, ou, dans un autre registre, la valorisation des vues sur mer, leur histoire et leur dimension patrimoniale.
  • Volet débats : synthèse visant à favoriser le dialogue entre les deux axes précédents, valorisant ainsi les échanges disciplinaires.

Coordination scientifique et organisation

  • Justine Feyereisen (docteure et chercheuse au centre Philixte, Université libre de Bruxelles),
  • Céline Masoni-Lacroix (maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication, l’Université Nice Sophia Antipolis),
  • Christel Taillibert (maître de conférences en Études cinématographiques, l’Université Nice Sophia Antipolis),
  • Véronique Thuin (professeure agrégée, enseignante en Histoire, l’Université Nice Sophia Antipolis),
  • Olivier Zattoni (ATER en Sciences de l’Information et de la Communication, l’Université Nice Sophia Antipolis)

Modalités de soumission

Date de réception des propositions de communication : 17 mars 2019.

La journée d’étude se déroulera les 26 et 27 juin 2019 à l’UFR Lettres, Arts et Sciences Humaines de l’Université Nice Sophia Antipolis. 98, Boulevard Édouard Herriot Nice, France (06200).

Les projets de communication, écrits en langue française, ne doivent pas dépasser 5 000 signes. Ils devront être transmis au format PDF à l’adresse suivante : olivier[point]zattoni[arobase]unice.fr

Lieux

  • Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, campus Carlone, 98 boulevard Edouard Herriot
    Nice, France (06)

Dates

  • dimanche 17 mars 2019

Mots-clés

  • esthétique, paysage, littoral, territoires, rivieras, cinéma, littérature, anthropologie, médias

Contacts

  • Olivier Zattoni
    courriel : olivier [dot] zattoni [at] unice [dot] fr

Source de l'information

  • Solen Cozic
    courriel : solen [dot] cozic [at] univ-cotedazur [dot] fr

Pour citer cette annonce

« À l’ombre des paysages côtiers », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 31 janvier 2019, https://calenda.org/551585

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