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Écoumène et entreprises humaines

Vers une économie intégrant l’écologie

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Publié le mercredi 06 mars 2019 par Céline Guilleux

Résumé

En dépit de la multiplication des effets secondaires visibles des activités humaines, nous peinons à ajuster les entreprises que nous menons aux contraintes imposées par leur inscription dans l’écoumène. D’où la nécessité de réfléchir aux représentations qui affectent la manière dont nous pensons et organisons les relations entre l’économie et l’écologie.

Annonce

Thème des recherches

La multiplication des effets secondaires visibles de l’activité des hommes (climat, ressources, santé, biodiversité,…) manifeste que nous sommes entrés dans l’anthropocène. L’extension du nombre des habitants de la planète et, corrélativement, des entreprises qu’ils mènent, met en effet en question la stabilité présumée de notre environnement et son habitabilité durable. C’est pourquoi on évoquera plus justement ce dernier en termes d’écoumène, comme l’entend Augustin Berque (Écoumène : Introduction à l'étude des milieux humains, Paris, Belin, 2016). En outre, les effets des entreprises humaines – au sens de projets – sont démultipliés par les entreprises – au sens d’organisations économiques.

Ces considérations invitent à considérer l’activité de l’homme et les structures qui l’organisent au plan collectif en s’interrogeant à nouveaux frais sur les références qui les gouvernent et les dispositifs qui les déterminent.

En effet, au-delà des travaux visant à comprendre, qualifier, et limiter les effets de ces entreprises dans les nombreux domaines concernés, il importe de réfléchir aux représentations qui affectent la manière dont nous pensons et organisons les relations entre l’économie et l’écologie : l’activité de l’homme – ses entreprises, et plus encore celle des organisations collectives que le même nom désigne – est structurée par des dispositifs, références et représentations implicites. Il importe donc de les identifier et d’en critiquer les effets afin de pouvoir envisager des alternatives qui peuvent permettre d’orienter les entreprises humaines en prenant davantage en compte leurs effets sur l’écoumène.

À l’intérieur du thème « Écoumène et entreprises humaines, vers une économie intégrant l’écologie », objet de cet appel à propositions, de multiples problématiques et approches peuvent être proposées.

À titre d’illustration et pour situer le niveau d’abstraction des travaux attendus, on pourra travailler sur différents types de registres :

1)  Concepts et mécanismes de cognition

Les entreprises que nous menons sont liées aux activités de pensée qui ont permis d’imaginer et de concevoir les finalités de nos actions et les moyens correspondants. Les connaissances, concepts, représentations, et les raisonnements qui sont à la base de ces activités de pensée en déterminent en partie les objets et les produits. En effet, loin d’être neutres, ils sont « colorés » par des références culturelles, philosophiques, religieuses ; en outre, la manière de les utiliser dépend du statut épistémologique que nous leur accordons et, notamment, de la plus ou moins grande conscience que nous avons de leur portée et de leurs limites.

À titre d’exemple, on pourra s’intéresser :

  • Aux dimensions intellectuelles et expérientielles de la connaissance et à la manière dont nous les articulons : dans quelle mesure un tropisme cartésien et le mode de rationalité (hégémonique ?) correspondant affectent le statut épistémique de la connaissance scientifique ; comment la forclusion relative du corps au regard de l’esprit contribue à nourrir un rapport biaisé au monde matériel, au temps et à l’histoire, et aux contraintes correspondantes ;
  • Aux références culturelles, philosophiques, religieuses : quelles sont les conséquences de nos conceptions de nos valeurs et références normatives (le juste, le vrai, le bon, le rationnel, le progrès, etc.), de nos conceptions de l’homme et de la dichotomie homme-nature ainsi que de la place reconnue à l’homme au regard des vivants non humains, de l’appréhension du réel à travers le concept de substance (qui implique la stabilité de l’objet et des lois qui le gouvernent, et son indépendance par rapport à l’environnement) plutôt qu’à travers celui d’organisme (qui implique une appréhension de l’objet dans ses interrelations avec son environnement) ; comment l’importance que nous reconnaissons au technologies, et la prédominance que nous leur accordons par rapport aux contextes sociaux et environnementaux, affectent la forme de notre imaginaire technique et notre capacité à construire des utopies fécondes ;
  • Aux théories de la décision : quels sont les fondements – et les limites – de nos stratégies « rationnelles », comment nous mobilisons les critères de rationalité dans les problèmes non quantifiables, non probabilisables, et comment cette incertitude est intégrée dans nos processus de décision.

2) Dimensions collectives de l’action

Outre les déterminants sociaux qui affectent les individus et leurs activités (point 1), il importe de prendre en compte les manières de penser, théoriser, construire et conduire l’action collective. En effet, notre capacité à imaginer des actions collectives, les évaluations que nous en faisons, les processus de décision et la conduite des actions qui en résultent en dépendent pour une part.

À titre d’exemple, on pourra s’intéresser :

  • Aux théories des communs, des parties prenantes, etc. et aux représentations, instrumentalisations et limites correspondantes ;
  • Aux manières dont les collectifs se constituent (autour de questions, de savoirs, d’enjeux, d’intérêts, etc.), s’organisent, de manière fugace (« mouvements ») ou pérenne (« institutions »), et agissent ;
  • Aux processus d’innovation, d’apprentissage, de gouvernance et de décision ;
  • Aux dispositifs permettant l’appréhension globale des phénomènes nécessaire à une prise en compte intégrale des problèmes (ex. les transferts de pollution entre les acteurs d’un réseau ou d’une filière, comme, pour la voiture électrique : la production d’électricité, la fabrication des batteries et moteurs, le recyclage des composants,…), à la consolidation d’apports hétérogènes par leur contenu et leurs sources, et à la construction de représentations collectives pertinentes.

3)  Outillages, équipements, dispositifs

Nos entreprises sont déterminées par les moyens (outillages, équipements, dispositifs) que nous mobilisons pour les concevoir, les évaluer, les mener et par les cadres ou systèmes (institutionnels, normatifs, etc.) où elles s’inscrivent. D’où l’importance d’en faire la critique pour étendre l’horizon des possibles dans la perspective d’une meilleure prise en compte des dimensions écologique et sociale, comme de leur interaction.

À titre d’exemple, on pourra s’intéresser

  • Aux normes comptables, indicateurs, etc. ou, plus généralement, aux recours à la quantification et aux nombres ; à la manière dont ils limitent notre capacité à rendre visible et à prendre en compte des effets de nos activités sur le monde environnant ;
  • Aux systèmes juridiques : à la manière dont ils supportent et organisent l’action commune d’acteurs différenciés ; à la forme actuelle des droits liés à la propriété et des attributs correspondants (en particulier l’abusus qui ne prend pas en compte la permanence ou la reconstitution des actifs concernés) ; à la structure du droit international et de la fiscalité, qui s’exercent sur une base territorialisée, avec une portée extraterritoriale croissante ; à la manière dont le droit prend en compte la nature ou les générations suivantes ; aux possibilités données aux différents acteurs (personnes physiques, ONG, syndicats, etc.) de mobiliser les juges ;
  • À la manière dont les tribunaux, l'opinion, les ONG, la réputation, les cadres juridiques, etc. interagissent pour fabriquer du collectif et du systémique (aux niveaux national, européen, international) en pesant sur les comportements individuels ou organisationnels ;
  • Aux cadres institutionnels, notamment la gouvernance des sociétés de capitaux, et aux manières d’y intégrer harmonieusement les considérations écologiques ;
  • Aux méthodes ou outils qui permettent de prendre en compte l’ensemble des conséquences d’un projet ou d’une action (approche par les cycles de vie, interactions entre les questions écologiques et sociales, etc.).

4)  Domaines d’application

Ces questions s’appliquent à des domaines particulièrement significatifs qui pourront faire l’objet d’une attention particulière.

À titre d’exemple, on pourra s’intéresser à :

  • La ville et aux modes de développements correspondants ;
  • Aux formes d’économie alternatives à l’économie dominante dite « linéaire », fondée sur l’extraction de matières premières et la consommation d’énergie : économie circulaire, économie des usages, traitement/valorisation des déchets, etc. ;
  • Aux questions liées à l'énergie et au changement climatique ;
  • À la protection de la biodiversité et des espaces naturels ;
  • Aux questions de mobilité et de déplacements (transports routiers/ferroviaires/ maritimes/aériens) ;
  • Aux questions d’alimentation, d’agro-écologie, économie permaculaire ;
  • Aux différentes doctrines écologiques, suivant les époques et grandes zones culturelles ;
  • Aux mécanismes économiques de régulation de l’écologie (marchés de droits à polluer, etc.).

Sur chacun de ces points, les travaux viseront à :

  • mettre en évidence les différentes dimensions impliquées dans les biais de nos représentations, stratégies, décisions, et des conséquences correspondantes ;
  • proposer des alternatives ou évolutions possibles et expliciter les effets potentiels attendus ;
  • élaborer des propositions d’évolution.

On accordera une préférence aux projets qui

  • se situeront au niveau d’abstraction suggéré par la description du thème ;
  • honoreront la dimension complexe des questions abordées et éviteront les échappatoires simplificatrices qui privilégient à l’excès une dimension (solutions par la technologie , par l’investissement, par la prise en compte des externalités, les réformes juridiques, etc.) ;
  • s’appuieront sur un travail pluridisciplinaire en mobilisant plusieurs registres d’analyse et en croisant les approches propres aux différentes disciplines académiques afin d’appréhender les questions traitées dans plusieurs de leurs dimensions ;
  • proposeront une approche comparative entre différents pays ;
  • seront susceptibles d'avoir une influence sur la structuration des savoirs et l'orientation de la recherche ;
  • prendront en compte la nécessaire opérationnalité des évolutions/transformations proposées.

Financement – durée

Le programme est financé par le Collège des Bernardins à hauteur de 200 k€

Les travaux commenceront en Q4/2019 pour une durée de 2 ans.

Conseil Scientifique

  • Franck AGGERI, professeur au Centre de Gestion Scientifique de MINES ParisTech ;
  • Olivier FAVEREAU, professeur émérite d’économie de l’université de Paris-Ouest Nanterre, ancien co-directeur du programme de recherches mené au département Économie et Société entre 2009 et 2018 ;
  • Kathia MARTIN-CHENUT, Chargée de recherche CNRS, UMR8103-ISJPS (Institut des Sciences Juridiques et Philosophiques de la Sorbonne, Université Paris 1) ;
  • Bernard PERRET, socio-économiste et essayiste, membre du Conseil Scientifique du département Économie et Société qui a supervisé le programme de recherches mené entre 2009 et 2018.

Réponses – date limite

Les réponses seront établies suivant le format joint à l’appel à propositions.

Elles sont attendues avant le 15/6/2019.

Contact : Baudoin ROGER – baudoin.roger[at]collegedesbernardins.fr – 06 85 38 29 17

Lieux

  • Collège des Bernardins - Département Economie et Société - 20 rue de Poissy
    Paris, France (75004)

Dates

  • samedi 15 juin 2019

Mots-clés

  • économie, écologie, justice écologique, norme comptable, anthropologie culturelle, rationalité, symbiose, bioéconomie, irréversibilité, résilience, approche systémique

Contacts

  • Baudoin Roger
    courriel : baudoin [dot] roger [at] collegedesbernardins [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Baudoin Roger
    courriel : baudoin [dot] roger [at] collegedesbernardins [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Écoumène et entreprises humaines », Appel d'offres, Calenda, Publié le mercredi 06 mars 2019, https://calenda.org/576265

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