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Comment et pourquoi s’associer aujourd’hui ?

How and Why Do We Unite Today?

Ressorts et tournants d'une pratique fondatrice des sociétés

The Mechanisms and Shifts in a Founding Practice of Societies

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Publié le mercredi 13 mars 2019 par Céline Guilleux

Résumé

À l’occasion des 40 ans de l’Association française des anthropologues et des 25 ans du Bistrot des ethnologues, dans un contexte social et politique tendu associé à une supposée « crise des solidarités » et à de nouvelles formes de lutte, il nous paraît nécessaire de s’interroger sur les racines des engagements, leurs causes et les multiples manières de se fédérer aujourd’hui, à la fois complexes et inédites.

Annonce

Colloque international organisé par l’Association Française d’Anthropologie & le Bistrot des Ethnologues de Montpellier.

14-15 juin 2019, Université de Montpellier (site St Charles)

Argumentaire

À l’occasion des 40 ans de l’Association Française des Anthropologues et des 25 ans du Bistrot des ethnologues, dans un contexte social et politique tendu associé à une supposée « crise des solidarités » et à de nouvelles formes de lutte, il nous paraît nécessaire de s’interroger sur les racines des engagements, leurs causes et les multiples manières de se fédérer aujourd’hui, à la fois complexes et inédites.

Un double constat se donne à notre réflexion. Nous vivons dans des sociétés où les inégalités socio-économiques, dénoncées avec force dans le récent mouvement des gilets jaunes, font partie des nouvelles dynamiques historiques, même si la pauvreté tend globalement à diminuer. Nous vivons également, dans cette partie du monde où l’État-providence amorce depuis des décennies une nette régression faisant fi des droits arrachés de haute lutte par les citoyens. Face à cela, l’engagement pour la cause publique et les diverses formes de solidarités (pratiques individuelles ou collectives, éphémères, transitoires ou un peu plus durables) se présentent comme un défi au désintérêt annoncé pour la chose publique porté par l’individualisation, le repli sur soi ou dans le consumérisme égocentrique. S’engager dans une société où les processus d’individuation sont possibles, peut être paradoxalement, la source d’une diversification et d’une expansion inédite des formes de l’engagement citoyen (Ion, 2012). À travers ces diverses formes de solidarités et à travers des lieux de plus en plus inclusifs dans nos engagements, que fabriquons nous ensemble ? Quelles formes de mobilisation – impliquant la rencontre, le partage des idées et des repas – les gilets jaunes ont-ils par exemple déployé ? Quel horizon, quelles pratiques démocratiques sont à revitaliser ? Quelle part doit et va prendre le débat public réclamé par un soulèvement ?

Les formes associatives ont été sommées par les institutions d’apporter de nouvelles réponses dans nos sociétés où l’État-providence liquide ses derniers oripeaux dans le cadre d’une globalisation économique, culturelle et numérique. Ces incitations à la participation peuvent aussi constituer des pièges pour la démocratie représentative, étouffant les possibilités de contester ou de s’opposer aux décisions prises par les représentants (Godbout, 2014). Il demeure que la liberté de participer à ce que Georg Simmel désigne comme des « cercles sociaux » permet indéniablement d’enrichir l’expérience politique et le pouvoir d’agir des individus. Dans quelle mesure l’expérience politique aujourd’hui ne s’enrichit-elle pas des mouvements comme ceux des Indignés, de Nuit Debout, d’Occupy wall street ou des mouvements connus sous le nom de « désobéissance civile » (Gros, 2017) ?

Les formes associatives nous rappellent toujours d’autres et en particulier celles qui ont présidé aux passages spécifiques à la société industrielle, étudiées par les sociologues et les historiens (Durkheim, Weber et ensuite Hobsbawm).

Aujourd’hui, les formes associatives s’inscrivent résolument dans le régime de l’économie libérale – elles ont toujours été très fortes aux États-Unis où elles ont mobilisé les forces vives de l’immigration et mobilisent aujourd’hui autour de l’agency – tout en empruntant certains modes d’affichage et des logiques propres aux formes d’organisation traditionnelle (affinité culturelle ou élective, ritualisation des pratiques, pactisation…).

Ce colloque, qui n’a pas pour objet principal les formes associatives dans leur dimension historique, vise à interroger leurs dimensions contemporaines : la professionnalisation des associations, l’impact du numérique, les fonctions du bénévolat et son utilité sociale, les expérimentations de la démocratie participative et les solidarités nouvelles des femmes et des hommes qui la vivent. Les formes actuelles de l’engagement liées à l’exercice de la réflexivité des acteurs (signe à la fois de leur autonomie et de leur vulnérabilité) invitent les anthropologues à une réflexion singulière.

Plus encore, que signifie une implication associative en lien avec la recherche en sciences sociales ou issue de celle-ci ? Une approche réflexive vis-à-vis de nos propres manières de nous associer, de la multiplicité des usages et rapports à nos disciplines et des liens construits et à construire avec d’autres groupes et collectifs et leurs combats sera également valorisée.

Ce colloque est un appel à l’analyse et à la discussion autour de différentes expériences associatives locales, nationales, européennes et internationales.

Quatre axes sont proposés à la réflexion :

 Engagement associatif et retrait de l'État social ?

L’association entendue comme une forme d’action de sujets réunis autour d’un objectif visé en référence à des intérêts partagés questionne aujourd’hui l’engagement de l’État-providence. La question sensible de la prise en charge des migrants et de l’accueil des mineurs non accompagnés est un exemple. En effet sur le terrain, nous constatons que l’émergence d’associations d’entraides citoyennes et de collectifs réunissant des associations et mouvements militants tendent à remplacer l'action de l’État social notamment en ce qui concerne l’accueil des primo arrivants. Les deniers publics liés à l’administration sociale sont devenus une variable d’ajustement économique alors que les modalités d'intervention de l’État dans ces domaines se sont redéployées et réorientées depuis une quinzaine d'années (Cottin-Marx et al., 2017). En conséquence le renforcement du tissu associatif d’entraide, militant et citoyen n’entraîne-t-il pas le développement d’une philanthropie étatique contribuant à (nous) faire réfléchir sur l’absence de volonté politique réelle d’insérer socialement ces sujets en situation de marginalité plus ou moins avancée ?

-Autour du bénévolat

Le bénévolat permet de soulever un certain nombre de questions sur l’évolution du monde associatif observé dans le cadre plus large des transformations des formes du travail et de la mobilisation politique dans la société française contemporaine (Simonet, 2010 ; 2018).

L’implication au sein d’une association en tant que bénévole est communément assimilée à des parcours de socialisation informels, autonomes et multiples qui ne sont pas soumis à des motivations économiques. Nous savons que la majorité des associations fonctionnent grâce aux bénévoles ; le temps qu’ils y dédient représenterait 680.000 emplois à temps plein selon un calcul de l’Insee Première (janvier et mars 2016). Pourtant le bénévolat a beaucoup évolué au fil du temps : les pratiques d’engagement associatif sont aujourd’hui de plus en plus formalisées dans un parcours proche de l’insertion professionnelle qui, en mobilisant un registre managérial, vise à mettre en valeur et à développer d’abord les fonctions gestionnaires et administratives au sein des associations. Dans cette individualisation de l’implication associative, les compétences des bénévoles sont conçues comme des attributs individuels, et l’association n’est plus un espace de construction des identités collectives et d’innovation sociale et économique. Elle s’ajuste aux besoins du lieu de travail néolibéral.

Si ces considérations ne peuvent pas être généralisées, elles invitent néanmoins à mettre en valeur l’hétérogénéité des logiques sociales sous-jacentes aux pratiques et aux formes d’organisation sociale dans les milieux associatifs. Face aux tensions qui s’organisent autour du rôle des bénévoles, comment se façonnent aujourd’hui les nouvelles formes d’engagement et de mobilisation politique au sein des associations françaises ?

Entre l’association et les mouvements de lutte

La contestation est l'un des soubassements de la démocratie représentative et l'association est un outil pour l'expression de ces idées alternatives et leur mise en œuvre par l'expérimentation ou la transformation sociale. Certains outils numériques aujourd'hui banalisés (tels que les plateformes de covoiturage) constituent des réponses pratiques misant sur la plus-value que représente la forme collaborative, et sont parvenus à bousculer les standards de l'économie. Ces dernières années marquées par une recrudescence de la répression policière ont vu fleurir une multitude d'initiatives de solidarité en vue de soutenir des publics fragilisés (migrants, sdf, handicapés...), des causes délaissées malgré leur caractère urgent (écologie, rôle de la femme), allant jusqu'à prendre la forme de simples manifestes sur les réseaux sociaux. Le mouvement des gilets jaunes qui conjugue plusieurs axes de revendications provenant de diverses formes de luttes (économiques, écologiques, solidarités sociales...) est venu remettre au cœur de l'analyse des sciences sociales la question de la mobilisation spontanée et de la lutte des classes. De plus, leur mobilisation qui ne se construit ni dans un cadre syndical ni associatif, au sens formel du terme, est relayée sur des plateformes numériques. Celles-ci, telle Facebook, permettent l’organisation en temps réel d’une lutte durable. Serait-elle la nouvelle forme d’association future ? Cette question centrale amène également les anthropologues à repenser leur méthodologie. Les mobilisations #metoo et #balance ton porc montrent corollairement l’efficacité et l’ampleur des conséquences politiques que peuvent porter de tels mouvements qui associent les acteurs sur les plateformes numériques.

Sciences sociales associatives et engagées

La multiplication depuis une décennie d’associations et de collectifs en lien avec les sciences sociales est manifeste. Par ailleurs, l'interdisciplinarité aujourd'hui prônée dans toutes les instances de recherche questionne la place attribuée et revendiquée par les anthropologues dans ces collectifs et regroupements. Sociétés professionnelles « savantes », de médiation scientifique, « militantes », cabinets de conseil, collectifs culturels, compagnies théâtrales… Leurs formes sont diverses mais toutes sont généralement issues de personnes formées aux sciences sociales et ont pour objet de décloisonner les mondes académiques et non académiques. Quels sont les usages des sciences sociales de telles initiatives et quels rapports à l’engagement et au politique produisent-elles ?

Modalités de soumission

Les propositions d'une page maximum sont à envoyer avant le 1° avril 2019

à l'adresse suivante Merci de mentionner précisément vos coordonnées professionnelles et affiliations institutionnelles ainsi qu'une adresse email valide. Les réponses des organisateurs concernant la sélection des propositions seront transmises fin avril 2019.

contact@ethnobistro.fr

Comité d’organisation

Dominique Crozat (Géographe, professeur d'université, Montpellier 3, rattaché au FRE 3027 ART-Dev)

Emmanuelle Dumas (Chargée de mission du Bistrot des Ethnologues)

Lucille Gallardo (Doctorante en sociologie, Université Paris Nanterre SOPHIAPOL, co-fondatrice de

l’association Le Tamis)

Wenjing Guo (Docteur en Anthropologie, Chercheure associée au CESSMA, Paris Diderot)

Nicole Khouri (Sociologue, IMAF, Université Paris 1, membre du bureau de l’AFA)

Marie-Ange Lasmènes (Docteur en Ethnologie, Directrice du cabinet Paroles, Paroles, Consultante en Ethnologie et Valorisation des patrimoines locaux)

Gaëlla Loiseau (Doctorante en sociologie, Université du Havre, rattachée UMR 6266 IDEES-LH, Anthropologue associée au Léris, Présidente de l’ARCE-Bistrot des Ethnologues à Montpellier)

Barbara Morovich (MCF en Anthropologie, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg, EA 7309 AMUP, Présidente de l’AFA, co-fondatrice de l’association Horizome)

David Puaud (Docteur en Anthropologie sociale et ethnologie, Chargé d’enseignement Sciences-Po Paris – Univ. de Poitiers, Formateur-chercheur Institut Régional du Travail Social Poitou-Charentes Nouvelle Aquitaine)

Virginie Poujol (Anthropologue, Directrice du Léris)

Francesco Staro (Docteur en Anthropologie, Chercheur associé au laboratoire LAVUE, équipe AUS)

Anaïs Vaillant (Docteure en Anthropologie, fondatrice de l’association TàD-ID, Terrain à déminer)

Bibliographie

Godbout Jacques T., La participation contre la démocratie, Liber, Montréal, 2014.

Gros Frédéric, Désobéir, Albin Michel, Paris, 2017.

Cottin-Marx & al., « Quand les associations remplacent l’État ? », Revue française d’administration publique, 2017/3, n°163.

Ion Jacques, S’engager dans une société d’individus, Armand Colin, Paris, 2012.

Simonet Maud, Le travail bénévole : engagement citoyen ou travail gratuit ? La Dispute, coll. « Travail et salariat », 2010.

Simonet Maud, Travail gratuit : la nouvelle exploitation ? Textuel, 2018.

Catégories

Lieux

  • Rue du Professeur Henri Serre
    Montpellier, France (34)

Dates

  • lundi 01 avril 2019

Mots-clés

  • association, engagement

Contacts

  • David Puaud
    courriel : puauddavid [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • David Puaud
    courriel : puauddavid [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Comment et pourquoi s’associer aujourd’hui ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 13 mars 2019, https://calenda.org/585754

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