HomeCartes mentales : quelle méthodologie pour aborder les représentations socio-spatiales ?

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Published on Monday, March 25, 2019 by Céline Guilleux

Summary

Les disciplines scientifiques se référant à la carte mentale sont toujours plus nombreuses et les méthodes de recueil de plus en plus variées, entremêlant souvent des modes hybrides entre la représentation mentale ou cognitive, liée à la représentation sociale et à l'imaginaire collectif, le parcours commenté, le dessin réflexif, le jeu, l’enquête visuelle, les cartes collectives... Dans ces représentations spatiales, l’espace est un cadre – géographique, certes, mais également un espace social, de pratiques, psychologique, cognitif, politique, artistique, identitaire, symbolique, etc. L’idée est de savoir si l’on peut changer la dimension – ainsi que le support – de la carte mentale (2D, 3D, utilisation de drône, réalité augmentée, etc. ?).

Announcement

3èmes Journées Cartotête

Besançon, 17-18 octobre 2019 (MSHE)

Contexte

« Les disciplines scientifiques qui se réfèrent à la carte mentale sont toujours plus nombreuses » (Ramadier, 2017) et les méthodes de recueil de plus en plus variées, entremêlant souvent des modes hybrides entre la représentation mentale ou cognitive, liée à la représentation sociale et à l'imaginaire collectif (Gould & White, 1974 ; Lynch, 1976 ; Downs & Stea, 1977 ; Kitchin, 1994 ; Brassac & Le Ber, 2005 ; Bourion, 2005), le parcours commenté (Thibaud, 2003), le dessin réflexif (Molinié, 2009), le Jeu (JRS - Ramadier & Bronner, 2006 ; Prampolini, 2013 ; Fleur, 2014), l’enquête visuelle (Guinchard, 2016), les cartes collectives (Tricot, 2013, 2016)... Dans ces représentations spatiales, l’espace est un cadre – géographique, certes, mais également un espace social, de pratiques (choix de carrières, appropriation des usagers d’un CHU, éducation, etc.), psychologique, cognitif, politique, artistique, identitaire, symbolique, etc. Les domaines concernés sont donc de plus en plus divers (Tremblay, Cordeau, Kaczorwoski, 1993 ; Felonneau, 1994 ; Haas, 2004 ; Breux, Loiseau, Reuchamps, 2010 ; Chapon, Beuret & al., 2010 ; Depeau & Ramadier, 2011 ; Lord & Després, 2012 ; Dernat, Johany, Lardon, 2016).

La carte mentale est une représentation spatiale qui fait état de ces interrelations entre l’individu et l’espace tel que ce dernier l’appréhende. Dans la façon de représenter l’espace, la géolocalisation est encore souvent envisagée dans le cadre d’un espace-étendu déjà là. Cette convergence vers la carte géographique est-elle la seule méthode de géolocalisation possible ? Ne nourrit-elle pas l'idée que l'espace géographique n'est qu'un support (de pratiques quotidiennes comme de pratiques scientifiques) plutôt qu'un cadre (au sens de Goffman, 1991) du fait que ce « déjà-là » (id.) ne permet pas toujours de le penser comme une construction ? Peut-on imaginer des systèmes d’information « sociologiques » ou « psychologiques » dans lesquels la (géo)localisation ne soit pas systématiquement rabattue vers la carte topographique pour analyser les représentations de l'espace des personnes ?

Si ces représentations sont progressivement envisagées comme des constructions sociales, les méthodes de réalisation et de restitution sont rarement collectives (Ramadier, ib.). Dans de nombreux d’exemples, l’espace est lié principalement aux ressentis individuels (cartes sensibles, affectives) – avec l’aspect subjectif que cela implique. D’où la difficulté d’accéder à des représentations collectives. Verguet (2007) propose d’aborder l’aspect collectif de la représentation en termes de partage et de plus en plus de propositions d’analyse tentent effectivement de s’ouvrir vers des procédures plus collectives. Ces journées de Cartotête seront l’occasion d’évoquer ces méthodes d'analyse qui peuvent contribuer à comparer les représentations spatiales entre elles – de sorte à les envisager d'emblée comme des constructions (sociales) – ou identifier des procédures permettant de construire plus directement des représentations collectives (Dernat, Bronner & al., 2018).

A ce titre, l’usage du numérique, tel qu’il a été notamment capté par la géographie, ouvre donc de nouvelles perspectives. Les informations sont parfois directement inscrites par les usagers, produisant une carte participative et évolutive enrichie par une communauté d’individus qui interagissent sur un même support, avec un intérêt réel dans la recherche-action. Les systèmes d’information géographique (SIG) démultiplient les possibilités de recueil et de traitement de l’information pour décrire les interrelations à l’espace, évaluer les distances, accessibilités, voisinages, centralités... En enrichissant l’information (individuellement ou collectivement) par les affects des populations, leurs ressentis, leurs occupations, leurs représentations sociales, etc., on accroît la diversité et l’intérêt des représentations cartographiques (lieux symboliques, lieux d’ancrage) : Roadmapping[1] ; carte du bruit ressenti à Venise[2] ; projet collaboratif MAPPA (Marchabilité pour les personnes âgées) en 2014 à Montréal ; carte sensible interactive du Grand Paris[3], 2015 ; représentation d’une journée type des américains[4] ; carte des émotions (Muis, 2016)… On relève également des approches artistiques : à l’aide de support numérique ou de maquettes, quelques artistes ont tenté des recompositions de l’espace en jouant avec la topologie des lieux (Armelle Caron, « Les villes rangées[5] » ; Expositions « The Live Creature » et « Mon Nord et ton Sud » à la Kunsthalle de Mulhouse, 2018...).

Objectifs

Des méthodes  visant à la compréhension des rapports à l’espace sont de plus en plus souvent expérimentées dans de nombreuses disciplines (géographie, anthropologie, psychologie, sociologie, sciences de l’éducation, sciences politiques...). Le GéoWeb organise l’information via l’espace (Noucher, 2014). L’idée est de savoir si l’on peut changer la dimension – ainsi que le support – de la carte mentale (2D, 3D, utilisation de drône, réalité augmentée, etc.).

C’est dans cette direction que nous souhaitons orienter les réflexions de ces 3èmes Journées Cartotête, avec un axe méthodologique approfondi :Avec quels outils construire, réfléchir, discuter des représentations socio-sociales de l’espace ? Qu’apportent les nouvelles technologies, les SIG, le numérique, le web, la vidéo… en facilitant l'enregistrement et la diffusion de représentations spatiales individuelles et collectives, ainsi qu'en favorisant la collaboration et l'interaction dans leur construction ? Par ex. : sur une tablette, des données pointées au fur et à mesure (ce qui plaît ou ne plaît pas) puis retranscrites par la suite avec un logiciel informatique (géoportail, openstreetmap, uMap, framacartes…).

Organisation des Journées

Les journées se dérouleront en quatre temps :- Des conférences invitées offrant un cadrage conceptuel lié au thème de ces 3èmes Journées.- Des ateliers participatifs autour de questions s’appuyant sur les présentations des participants aux journées (sous forme de posters).- Une séance-test de représentation collective d’un espace visité grâce à des tablettes numériques- Des séances plénières pour débattre collectivement des informations recueillies au cours de ces journées.

Proposition

La première Journée Cartotête, sur le  thème  des  cartes  mentales, s’est déroulée à Clermont-Ferrand le 8 décembre 2014.Les deuxièmes Journées Cartotête se sont tenues à Strasbourg les 10 et 11 avril 2017, sur les représentations socio-cognitives de l’espace géographique.Pour ces troisièmes Journées Cartotête, qui auront lieu les 17 et 18 octobre 2019 à Besançon, nous proposons de renouveler l’expérience avec un axe plutôt méthodologique qui mérite d’être approfondi. Avec quels nouveaux outils construire, réfléchir, discuter des représentations socio-cognitives de l’espace ? Qu’apportent les nouvelles technologies, les SIG, le numérique, le web, la vidéo… en facilitant l'enregistrement et la diffusion de représentations spatiales individuelles et collectives, ainsi qu'en favorisant la collaboration et l'interaction dans leur construction ?

Le réseau Cartotête invite toute personne intéressée par le sujet à le rejoindre.

Les propositions de communication comporteront trois niveaux de description :

  • Le cadre conceptuel de la représentation socio-spatiale, qu’il ait été mobilisé avant la mise en œuvre de la méthodologie ou (re)construit après coup.
  • Un descriptif de la méthodologie utilisée (les grandes étapes), des objectifs visés et du public cible.
  • Un descriptif du type de connaissances que l’on cherche à produire (compréhension des processus cognitifs ou socio-cognitifs, des manières d’exprimer ses connaissances spatiales, de la diversité des représentations, etc.).

Les propositions finales sélectionnées seront présentées sous forme de posters lors des ateliers et utilisées pour étayer les débats.

Calendrier

  • Proposition à faire avant le 25 mai 2019

  • Retour aux participants : 10 juillet 2019
  • Envoi des posters en pdf sur le site (les posters physiques seront apportés par les participants eux-mêmes) : 3 septembre 2019

Modalités de soumission

Les propositions ne devront pas dépasser deux pages (police « Times new roman », taille 12). Elles comporteront : un titre, le nom de(s) auteur(s), leur courriel et au moins une illustration des représentations socio-cognitives produites ou mobilisées. Elles devront être déposées sur le site du colloque : cartotete2019.sciencesconf.org avant le 25 mai 2019Les auteurs des propositions retenues s’engagent à réaliser un poster qui sera affiché lors des journées. La version numérique servira de support à une présentation courte en séance.

Les organisateurs feront un retour aux auteurs pour le 10 juillet 2019 au plus tard, avec d’éventuelles consignes pour cibler leurs propos, cela en fonction des questions transversales qui émergeront du corpus de propositions retenu et qui seront proposées pour les ateliers.

La version définitive du poster devra être déposée sur le même site pour le 3 septembre 2019. Les posters seront mis à disposition des participants sur le site du réseau Cartotête avant la tenue de la journée d’étude.

Organisatrices du colloque

  • Sophie Mariani-Rousset, Université de Franche-Comté, ELLIADD
  • Anne Griffond-Boitier, Université de Franche-Comté, ThéMA

Comité scientifique

  • Anne-Christine Bronner, Ingénieur CNRS, UMR SAGE, Strasbourg
  • Anne-Sophie Calinon, MCF socio-linguistique, Université de Franche-Comté, CRIT
  • Sandrine Depeau, chargée de recherches en psychologie environnementale, UMR ESO
  • Sylvain Dernat, Ingénieur d’études INRA, UMR Territoires, Clermont-Ferrand
  • Pierre Dias, Docteur en Psychologie, Université d’Amiens
  • Anne Griffond-Boitier, MCF géographie, Université de Franche-Comté, ThéMA
  • Sylvie Lardon, Directrice de recherche à l'INRA, UMR Métafort, Clermont-Ferrand
  • Sophie Mariani-Rousset, MCF psycho-sociale, Université de Franche-Comté, ELLIADD
  • Thierry Ramadier, Directeur de recherche CNRS, UMR SAGE, Strasbourg

Comité d’organisation

  • Anne Griffond-Boitier, Université de Franche-Comté, ThéMA
  • Florian Litot, Ingénieur d’étude en informatique, Université de Franche-Comté
  • Sophie Mariani-Rousset, Université de Franche-Comté, ELLIADD
  • Damien Roy, Ingénieur d’étude en géomatique, Université de Franche-Comté

S’inscrire

Les inscriptions se font sur le site : cartotete2019.sciencesconf.org

Références

  • Brassac Ch., Le Ber F., 2005, « Inscription spatiale d’une activité cognitive collective de représentation de l’espace », Intellectica 41-42, 181-200.
  • Breux S., Loiseau H., Reuchamps M., 2010, « Apports et potentialités de l’utilisation de la carte mentale en science politique », TRANSEO, 2-3, mai 2010.
  • Chapon P-M., Beuret C., Bolomier C., Choisy  P. et Zambernardi S., 2010, « Cartes mentales et représentations spatiales de résidants en MARPA : un outil d’aide à l’implantation de nouvelles structures d’hébergement ? », Norois, 216, 57-66.
  • Depeau S., Ramadier T. (dir.), 2011, Se déplacer pour se situer : Places en jeu, enjeux de classes, Presses Univ. de Rennes, Coll. Géographie sociale.
  • Dernat S., Johany F., Lardon S., 2016, « Identifying choremes in mental maps to better understand socio-spatial representations », Cybergeo : European Journal of Geography, Systems, Modelling, Geostatistics, document 800.
  • Dernat S., Bronner A-C., Depeau S., Dias P., Lardon S. & Ramadier T. (dir), 2018, Représentations socio-cognitives de l’espace géographique. Réseau Cartotête, Actes des journées d’études de Strasbourg, 10-11 avril 2017, Clermont-Ferrand, Cartotête, e-book.
  • Dias P., Ramadier Th., 2017, « Relations sociales et cartographie cognitive. Les points de référence comme noyau central des représentations spatiales », Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 4, 116, 319-349.
  • Dias P., 2016, Les représentations spatiales de la ville et les mobilités quotidiennes au prisme des positions sociales : Une approche socio-cognitive des ségrégations socio-spatiales, Thèse de Psychologie, Université de Strasbourg.
  • Downs R.M., Stea D., 1977, Maps in minds : Reflections on cognitives mappings, New York, Harper and Row.
  • Felonneau M-L., 1994, « Les étudiants et leurs territoires. La cartographie cognitive comme instrument de mesure de l'appropriation spatiale », Revue française de sociologie, 35/4, 533-559.
  • Fleur G., 2014, « Carte à la une : la carte mentale par le jeu pour comprendre l’espace vécu par des adolescents », Géoconfluences, rubrique Cartes à la une.
  • Ghisalberti A., 2014, « Le capital spatial face à la représentation : la Unity Map des groupes minoritaires à New York », EspaceTemps.net, Traverses, 17 mai 2014.
  • Goffman E., 1991, Les cadres de l’expérience, Paris, éd. de Minuit.
  • Guinchard Ch., In/Vu à Besançon, 2016, Département de sociologie, Univ. Franche-Comté. https://rfmv.fr/numeros/1/articles/invu-a-besancon/Invu-a-Besancon.pdf. Hall E. T., 1966, La dimension cachée, Paris, éd. de Minuit.
  • Haas V., 2004, « Les cartes cognitives : un outil pour étudier la ville sous ses dimensions socio-historiques et affectives », Bulletin de psychologie, 474, 621-633.
  • Joliveau Th., 2010, « La géographie et la géomatique au crible de la néogéographie », Tracés : Revue de Sciences Humaines, ENS Édition, H-S-10, 227-239.
  • Kitchin R-M., 1994, « Cognitive Maps: What are they and why study them ? », Journal of Environmental Psychology, 14, 1-19.. Lord S., Després  C., 2012, « Vieillir dans la ville étalée : enjeux, éléments de solution et défis de mise en œuvre », in Negron-Poblete P, Séguin A-M (dir.), Vieillissement et enjeux d’aménagement. Regards a différentes échelles, Laval, Presses de l’Université Laval, 117-154.
  • Lynch K., 1976, L'image de la cité, Paris, Dunod.
  • Muis A-S., 2016, « Psychogéographie et carte des émotions, un apport à l’analyse du territoire ? », Carnets de géographes 9 [Online].
  • Noucher M., 2014, « Du capital spatial au capital social des cartes participatives », EspacesTemps.net, 17 mai 2014.. Passel S., 2017, Actions collaboratives pour la santé des habitants, Workbook, Londres, ISTE éditions.
  • Prampolini R., Rimondi D., 2013, Friendly Landscape. La costruzione sociale del paesaggio, Milan, éd. FrancoAngeli.. Ramadier Th., Bronner A.-C., 2006, « Knowledge of the environmental and spatial cognition: JRS as a technique for improving comparisons between social groups », Environment and Planning B: Planning and Design, 33, 285-299.
  • Ramadier Th., Depeau S., 2010, « Approche méthodologique (JRS) et développementale de la représentation de l’espace urbain quotidien de l’enfant », in Danic I., David O., Depeau S. (dir.), Enfants et jeunes dans les espaces du quotidien, Rennes, Presses Univ. de Rennes, 61-74.
  • Ramadier Th., 2017, Texte d’intention aux  2èmes Journées Cartotête, Strasbourg.
  • Thibaud J-P., 2003, « La parole du public en marche », in Moser G. & Weiss K. (dir.), Milieux de vie : Aspects de la relation à l’environnement, Paris, Armand Colin, 113-138.
  • Tremblay P., Cordeau G., Kaczorwoski J., 1993, « La peur du crime et ses paradoxes : cartes mentales, écologie criminelle et sentiment d'insécurité », Revue canadienne de criminologie, 35, 1, 1-18.
  • Tricot A., 2016, « Le recueil des données subjectives en géographie : expérimentation méthodologique d’une démarche nommée “Enquête Gulliver” à la croisée de la cartographie participative et des cartes mentales. Intérêts, limites et perspectives », in Colloque Collecter et produire des données pour la recherche en SHS, Fréjus, 15-18 nov. 2016.
  • Verguet C., 2007, « La part de fantômatique dans les représentations de l'espace urbain », in Fourcade M.-Blanche, Patrimoine et patrimonialisation : entre le matériel et l'immatériel, Laval, Presses Université de Laval, 209-228.
  • Verguet C., 2011, « Temporalités et repères temporels dans la représentation d'un espace urbain », in Morisset L.K. & Breton M-È., La ville : phénomène de représentation, Québec, Presses de l’Université du Québec, 169-195.

Notes

[1] http://strabic.fr/Concevoir-une-carte-de-l-inconnu[2] http://www.venicenoise.org/[3] http://mongrandparis.fr/[4] https://flowingdata.com/2015/12/15/a-day-in-the-life-of-american[5] http://www.armellecaron.fr/works/les-villes-rangees

Places

  • MSHE Besançon - 1 rue Charles Nodier / Place St-Jacques
    Besançon, France (25)

Date(s)

  • Saturday, May 25, 2019

Attached files

Keywords

  • carte mentale, représentation, espace, cognition, nouvelle technologie

Contact(s)

  • Sophie Mariani-Rousset
    courriel : smariani [at] univ-fcomte [dot] fr

Information source

  • Sophie Mariani-Rousset
    courriel : smariani [at] univ-fcomte [dot] fr

To cite this announcement

« Cartes mentales : quelle méthodologie pour aborder les représentations socio-spatiales ? », Call for papers, Calenda, Published on Monday, March 25, 2019, https://calenda.org/587005

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