AccueilLes temps des changements. Ruptures et continuité dans le bassin du lac Tchad

Les temps des changements. Ruptures et continuité dans le bassin du lac Tchad

Times of changes. Ruptures et continuity in the Lake Chad basin

XVIIIe colloque du réseau Méga-Tchad

XVIIIe Mega-Tchad Symposium

*  *  *

Publié le vendredi 19 avril 2019 par Céline Guilleux

Résumé

Le XVIIIe colloque du réseau Méga-Tchad se déroulera les 29-30-31 janvier 2020 à N'Djamena (Tchad). Il cherchera à replacer les dynamiques en cours dans le bassin du lac Tchad (Tchad, Niger, Nigeria, Cameroun, Centrafrique, périphéries soudanaises, libyennes, algériennes) dans une perspective historique à même d’appréhender les situations de rupture ou de continuité par rapport à des dynamiques anciennes. Les propositions issues de disciplines variées en sciences humaines sont attendues (histoire, archéologie, géographie, anthropologie, économie, linguistique, science politique) avant le 15 juin 2019. 

Annonce

XVIIIe colloque du réseau Méga-Tchad - N’Djaména - 29-30-31 Janvier 2020

Argumentaire

Le XVIIIe colloque Méga-Tchad cherchera à replacer les dynamiques en cours dans le bassin du lac Tchad (Tchad, Niger, Nigeria, Cameroun, Centrafrique, périphéries soudanaises, libyennes, algériennes) dans une perspective historique à même d’appréhender les situations de rupture ou de continuité par rapport à des dynamiques anciennes.

En ce début du XXIe siècle, le bassin du lac Tchad est confronté à l’enchâssement de changements à long et court termes, dont les effets se cumulent dans les territoires : le changement climatique modifie durablement le fonctionnement des écosystèmes, la forte croissance démographique accentue la pression sur les ressources, la montée des insécurités provoque des déplacements majeurs de population qui bouleversent la fonction des territoires et les modalités d’accès aux ressources naturelles. S’ajoute une crise économique et financière liée aux fluctuations des prix des matières premières sur les marchés internationaux et au manque de diversification des économies, qui fragilise les fondements économiques et politiques des États et engendre, à l’échelle locale, un processus intense de redéfinitions identitaires et sociales. Comment caractériser et interpréter ces dynamiques contemporaines ? La situation actuelle marque-t-elle une rupture profonde dans une trajectoire historique marquée par des crises récurrentes ? Tend-elle vers des ajustements et un nouvel équilibre d’un système régional résilient

? Faisant écho à des questionnements relevant de l’histoire institutionnelle ou de la sociologie historique sur les temporalités du changement (Mahoney, 2000 ; Capoccia, Kelemen, 2009), le colloque Méga- Tchad, fidèle à la tradition pluridisciplinaire du réseau, explorera la question du sens et de la temporalité des changements à travers une grande diversité d’approches et d’objets.

Les études récentes mettent en valeur l’enchevêtrement des facteurs de la crise (Magrin et Pérouse de Montclos (dir.), 2018), certains y voyant des résurgences de formes de violence du passé (Seignobos, 2017 ; McEachern, 2018), d’autres insistant sur le poids des changements climatiques et de la croissance démographique (Welzer, 2009), d’autres encore mettant l’accent sur les facteurs politiques (Pérouse de Montclos, 2018). Nous chercherons dans ce colloque à repérer les temps des crises et des changements dans le passé, leurs régimes de temporalité aux échelles locales et régionales et leurs effets, pour repérer ceux qui ont marqué des ruptures avec les systèmes anciens et qui se reflètent dans le présent. Quelles sont les (r)évolutions perçues par les observateurs et par les intéressés ? Comment se présentent et se diffusent la mémoire des changements passés et les régimes d’historicité (Hartog, 2014), tant dans les pratiques que dans les discours ? Comment le passé se reflète-t-il dans le présent ?

Cinq types de changements, étroitement liés, peuvent être analysés conjointement.

Les changements sociaux

Le bassin du lac Tchad comme l’ensemble de l’Afrique subsaharienne se caractérise par des changements sociaux majeurs dont les enjeux se définissent en fonction de la croissance démographique, l’urbanisation, l’alimentation et l’emploi. Si les causes des crises sécuritaires actuelles sont souvent rapportées à l’absence d’opportunités offertes aux jeunes générations qui remettent en question les modes de vie anciens, la jeunesse est aussi porteuse d’innovations qu’il faut analyser pour envisager le futur. Quels sont les changements sociaux en cours et comment les caractériser ? S’ancrent- ils dans une histoire ancienne ? Quelles sont les périodes passées où se sont déroulés des changements ou crises similaires, quelles ont été leurs conséquences et quels enseignements peut-on en tirer pour la période actuelle ?

Sont attendues ici des communications sur les évolutions de la démographie (croissance démographique, peuplement, migrations et mobilités), des rapports sociaux (genre, entre générations, langues, identités, modes d’éducation, réseaux), des religions (ancrages territoriaux, pluralisme, radicalités), de la santé (organisation des services de santé dans les zones rurales, liens avec l’urbain) et des sociétés urbaines (rôle de la jeunesse dans l’appropriation de l’urbanité, réseaux sociaux, etc.). Les liens sociaux, les formes de solidarité et d’appartenance communautaire connaissent des reconfigurations majeures. Des clivages anciens entre riches et pauvres se sont déplacés par la captation de sources nouvelles de profits par les uns et la marginalisation des autres. À quelles périodes et dans quels contextes ces reconfigurations sociales se sont-elles accentuées ? Ont-elles acquis un caractère stable ou n’ont-elles été qu’éphémères ?

Les changements des systèmes de production

L’agriculture, l’élevage et la pêche sont des activités importantes pour les sociétés du bassin du lac Tchad et les innovations passées ont été abondamment étudiées. Quelles sont les périodes charnières des changements et les grandes étapes d’évolution des techniques et des modèles agricoles ? Quelles sont les étapes de la diversification des activités qui a fait évoluer les systèmes de production en mobilisant la main d’œuvre vers d’autres fonctions (transport, commercialisation, construction, etc.) et d’autres usages (extraction minière notamment) ? Quels sont les facteurs des changements et des crises passées et présentes (climat, foncier, insécurités, mais aussi modèles agricoles ou augmentation du cheptel par exemple) ? Comment les sociétés rurales se sont-elles adaptées et ont-elles recomposé leurs pratiques, leurs moyens de production (dont le cheptel) et leurs territoires (dont leurs liens à la ville) ?

Les communications pourront porter par exemple sur le pastoralisme dont la place dans les territoires est questionnée de manière récurrente (répartition du cheptel, mobilité, insécurité, intensification, intégration agriculture élevage, modèle de développement), les impacts des groupes armés sur les systèmes de production (abandon/reprise des zones fluvio-lacustres par exemple), l’intensification, l’utilisation des nouvelles technologies (dont la téléphonie mobile), l’émergence des activités extractives (mines, fièvre de l’orpaillage, techniques d’extraction) et l’intervention de nouveaux acteurs transnationaux.

Les changements économiques

À partir des deux axes commerciaux majeurs de la période précoloniale (axe nord/sud des échanges transsahariens et est/ouest en direction de La Mecque) se sont ajoutés de nombreux axes polarisés par les métropoles régionales (Maiduguri, N’Djamena) et les villes secondaires, et par les ports à l’extérieur de la zone pour les échanges à longue distance. Comment ont évolué les marchés dans cette région, quels sont les pôles, les spécialités et leur importance ? Comment se recomposent les nouveaux circuits de circulation des produits dans le contexte des crises sécuritaires actuelles, de fermeture de diverses frontières internationales et quelles en sont les conséquences à court et moyen terme ?

Cette thématique pourrait être traitée aussi bien par des historiens, des géographes, des anthropologues que des économistes.

Les changements environnementaux et paysagers

Les changements paysagers sont souvent vus en Afrique subsaharienne dans leur dynamique régressive : déforestation, dégradation des sols, érosion de la biodiversité, désertification. Ils sont aussi rattachés à l’action anthropique dégradante et à la péjoration du climat ou aux questions de pressions et de conflits d’accès pour des ressources raréfiées. Les actions positives des sociétés dans la construction des paysages (parcs arborés, agroforesterie), ou les dynamiques régénératives liées au climat (retour de l’eau dans les lacs et zones inondables), les formes de coopération et d’appropriation en commun sont moins prises en compte, alors qu’elles existent et permettent aux écosystèmes de supporter une population plus nombreuse. Comment les paysages ont-ils évolué dans le passé et quelles sont les dynamiques actuelles ? Les modèles de prévision climatique permettent-ils d’anticiper les grandes tendances et ses impacts différenciés sur les écosystèmes du bassin du lac Tchad ?

Pour mieux appréhender les évolutions passées et affiner les projections d’évolution des ressources et des territoires, plusieurs thématiques peuvent être abordées sans être exhaustives : évolution des zones humides, plantes invasives, devenir des paysages construits (pâturages, parcs arborés, terrasses notamment), rythmes de prélèvements (collecte herbes et ligneux, eau), règles de gestion des biens communs. Une attention particulière sera portée aux propositions portant sur la perception des changements par des acteurs diversifiés et sur les mots pour le dire. Des contributions issues des sciences de la vie (écologie, botanique, paléo-environnement) sont également les bienvenues.

Les changements politiques et territoriaux

L’histoire des populations dans le bassin du Lac Tchad a largement été liée aux conditions climatiques auxquelles elles ont su s’adapter. Elle est aussi façonnée par les organisations sociales diversifiées, l’histoire politique particulière de la région et les relations multiples avec les villes. La croissance démographique, l’urbanisation, l’accroissement de la demande alimentaire locale et les politiques de décentralisation modifient les hiérarchies urbaines, recomposent les pouvoirs et les territoires. Les conflits pour l’accès aux ressources naturelles se multiplient, entre autochtones et allochtones, sédentaires et transhumants, mais aussi au sein de groupes dont les besoins s’individualisent et les rapports de force évoluent. À l’échelle régionale, le rapport aux ressources, les migrations et des flux commerciaux reconfigurent les hiérarchies entre les territoires et sont fortement perturbés par les crises liées aux groupes armés.

Le champ des propositions s’ouvre ici aux politistes en plus des historiens, géographes, sociologues, anthropologues. Parmi les thématiques identifiées peuvent être citées la gouvernance territoriale, la coopération transfrontalière, les conflits, le rôle et la trajectoire des villes et bourgs ruraux (anciennes et nouvelles fonctions, recomposition des hiérarchies), la décentralisation et l’aménagement du territoire (rôle de la cartographie, approches participatives, plateformes de concertation), les rôles des pouvoirs locaux dans les systèmes de gouvernance territoriale, des réformes administratives dans les recompositions territoriales, des interactions avec les acteurs extérieurs, régionaux ou mondialisés, étatiques ou non (dont ONG et firmes), pays occidentaux ou pays émergents.

Organisation

Le colloque sera organisé en deux temps :

Le temps des chercheurs – Présentations académiques et temps fort de la recherche

  • Sessions thématiques organisées en fonction des propositions de communication (5 ou 6 demi-journées)
  • Une session pourrait être consacrée au lien entres les sciences et les arts pour montrer le rôle des artistes sur la mémoire des temps anciens et les questions identitaires

Le temps des passeurs de mémoire – Les arts et les artistes ouvrent les débats vers un public plus large à l’Institut Français du Tchad à N’Djaména

  • Exposition de photographes tchadiens de retour d’une boucle autour du lac Tchad
  • Spectacle danse et slam, préparé avec des artistes du Tchad et du Nord Cameroun sur les thématiques couvertes par le colloque (1 soirée)

Modalités de contribution

Des contributions de diverses disciplines (anthropologues, archéologues, écologues, géographes, historiens, linguistes, politistes, etc.) seront examinées et sélectionnées selon le calendrier suivant :

  • Mi- mars 2019 : diffusion de l’appel à communication ;
  • 15 juin réception des résumés (1 page, titre, 400 mots, mots clés, discipline des auteurs)

  • Juin : sélection des résumés par le comité scientifique du colloque ;
  • 15 Juillet : réponse aux auteurs ;
  • 15 novembre : réception des communications ;

Les propositions sont attendues au plus tard le 15 juin à l’adresse : colloque.megatchad.changements@gmail.com

Les modalités d’inscription et autres modalités pratiques vous seront communiquées ultérieurement.

Contacts

Catégories

Lieux

  • Ndjamena, République du Tchad

Dates

  • samedi 15 juin 2019

Mots-clés

  • changement global, crise, environnement, système de production, territoire, bassin du lac Tchad

Contacts

  • Christine Raimond
    courriel : christine [dot] raimond [at] univ-paris1 [dot] fr
  • Dangbet Zakinet
    courriel : dangbet_zak [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Christine Raimond
    courriel : christine [dot] raimond [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les temps des changements. Ruptures et continuité dans le bassin du lac Tchad », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 19 avril 2019, https://calenda.org/603262

Archiver cette annonce

  • Google Agenda
  • iCal