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Rap, a poetry of performances

Le rap, une poésie de performances

Calls for contributions to issue 2020-2 of the Itinéraires. Littérature, textes, cultures journal

Appel à contribution pour le numéro 2020-2 de la revue Itinéraires. Littérature, textes, cultures

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Published on Wednesday, April 24, 2019 by Anastasia Giardinelli

Summary

Ce numéro a pour objectif de relier la pratique du rap à l’univers des performances poétiques au sens large mais aussi de montrer en quoi cette poésie mise en rythme et en musique opère spécifiquement suivant le mode de la performance. Il entend contribuer à élaborer une méthodologie adaptée, propre à l’étude du hip-hop et du rap, dans une perspective esthétique, transmédiale et liée aux performance studies. Il s’agit d’adapter et développer une approche critique intégrant des outils d’autres disciplines (anthropologie, musicologie, études visuelles, esthétique, analyse du discours, sociolinguistique, sociologie, etc.) pour mettre en valeur une forme de création poétique trop peu analysée en raison de barrières symboliques.

Announcement

Argumentaire

Le morceau de rap qui a fait connaître le genre, alors naissant, au grand public, Rapper’s Delight de Sugarhill Gang, fête ses quarante ans en 2019. Depuis, le rap a connu le succès que l’on sait et est devenu une des productions de textes poétiques les plus importantes à échelle mondiale. Si l’on devait consigner tous les textes de rap dans une anthologie, il faudrait déjà plusieurs volumes. Mais est-il souhaitable de coucher ces textes sur du papier et de les y placer bien sagement ? N’est-il pas le propre du rap d’être une poésie performée, profondément rattachée à l’oralité ?

Considérer le rap dans le sillage croisé de la performance poétique et de la tradition orale simplifie immédiatement le rapport des études littéraires avec cette forme poétique. Apparue dans les années 1970, cette poésie performée est désormais démultipliée par les nombreux courants, ramifications et vedettes qui ont contribué à sa popularité actuelle. Analysée depuis longtemps par les sociologues comme une expression culturelle à part entière, le rap, malgré des études et des articles, reste marginal dans les études littéraires contemporanéistes en France. Le slam, en revanche, grâce aux travaux de Camille Vorger notamment, profite d’une meilleure reconnaissance.

Il faut dire que le rap, véritable art total, embrasse plusieurs problématiques liées à ses modalités multiples de performance. D’abord, la performance du texte se double d’une performance musicale et l’ethos du rappeur (qui ne se déclare pas toujours poète au premier chef) se performe lui aussi dans un écosystème non pas éditorial mais scénique. Ensuite, la performance visuelle participe, en tant que médium, à sa diffusion et à sa forme. En effet le rap est accompagné d’une mise en images par les clips, une dimension essentielle de son esthétique. Enfin, la performance sociale qu’impliquent les textes, soit dans la culture de la joute verbale et du clash (Vettorato 2008), soit dans la culture capitaliste, se retrouve encore dans la revendication politique qui joue de son esthétique « hors la loi » (Béthune 2003, Ghio 2016).

Au-delà de ces considérations générales liées à la perception et à la réception du rap, à l’intérieur même du champ du rap comme champ esthétique, poétique et politique, des tensions de genre, de hiérarchie et de luttes articulent cet espace poétique d’affinités ou oppositions franches. Le rap en cela est un miroir de la contemporanéité, au même titre que l’art contemporain dans la mesure où il engage une relation active avec son temps en faisant œuvre de commentaire, dénonciation, provocation ou appropriation, tout en touchant un public quantitativement bien plus important. L’espace créatif du rap s’étend ainsi de la culture populaire à des médias comme le cinéma, avec des prédilections pour les films d’arts martiaux ou de super-héros ou à des univers médiatiques associés au luxe, la consommation et une économie libidinale outrancière. Il performe également des tensions de genre (rap féminin vs masculin, performance de la masculinité ou de la féminité) et de sociabilité (affirmations géo-identitaires ou raciales, labels et réseaux). Il développe enfin une culture visuelle à travers les clips qui déplacent le texte vers le scénario, jusqu’à la production de courts-métrages qui témoignent d’un véritable travail de narration de type cinématographique à l’arrière-plan.

Perspectives

Le but de ce numéro est de relier la pratique du rap à l’univers des performances poétiques au sens large mais aussi de montrer en quoi cette poésie mise en rythme et en musique opère spécifiquement suivant le mode de la performance : morceaux de bravoure (freestyle, flow), ethos du rappeur, voire mythologie individuelle savamment construite, textes performatifs visant à libérer les individus de situations sociales qu’ils dénoncent, clips montrant un univers rêvé (ou cauchemardé, comme dans California Love de 2pac feat. Dr. Dre).

L’univers du rap est aussi un univers contre-poétique : il s’oppose à des clichés de la poésie, douce à l’oreille, mais il produit lui-même des formes imaginaires liées tantôt à la puissance, la performance physique (par la danse, le virilisme, la sculpture des corps). Son agentivité dépasse de loin les cercles de la poésie de performance par les moyens de publication, médiatisation, communication et de diffusion sur lesquels il s’appuie : en prenant le virage du tournant visuel de la littérature, il relève à bien des égards d’une néolittérature qui se joue hors du livre et se performe par des outils technologiques plurimédiatiques mêlant texte, son et image. Il procède aussi à une performance sociale par la maîtrise de l’environnement urbain, imaginaire de la sauvagerie et une conquête des espaces symboliques par des pratiques créatives qui relèvent aussi de la poésie, de la musique et des arts visuels. Le but n’est pas, ici, de muséifier le rap mais de mieux comprendre en quoi il fait directement écho à notre contemporanéité créative et littéraire, et à ses fantasmes de performance, dans un monde capitaliste où persistent de criantes inégalités.

Le rap confronte, au même titre que les littératures néomédiatiques, les études littéraires à ses propres outils d’analyse et à ses méthodologies. Ce numéro entend contribuer à élaborer une méthodologie adaptée, propre à l’étude du hip-hop et du rap, dans une perspective esthétique, transmédiale et liée aux performance studies. Il s’agit d’adapter et développer une approche critique intégrant des outils d’autres disciplines (anthropologie, musicologie, études visuelles, esthétique, analyse du discours, sociolinguistique, sociologie, etc.) pour mettre en valeur une forme de création poétique trop peu analysée en raison de barrières symboliques.

Modalités de soumission

Les contributions sont ouvertes pour des articles portant sur :

  • la dimension poétique du rap, la place de la poésie ;
  • la place de la littérature dans la culture du rap, hip-hop et RnB et inversement du rap dans la littérature contemporaine ;
  • les études d’oralité et/ou ethnopoïétique ;
  • les préhistoires poétiques du rap selon les aires culturelles et/ou linguistiques (Afrique, Europe, États-Unis, Amérique Latine, Caraïbes) ;
  • les différents styles de rap, leurs genres poétiques, discursifs et/ou narratifs et les techniques associées (ego trip, rap conscient, alternatif, trap, boom bap, la pratique du montage, sampling, skit – insertion de dialogues, etc.) ;
  • les écritures collaboratives, le principe de featuring ;
  • le rap d’autres aires linguistiques et culturelles ;
  • les interactions impliquant les performances liées au rap (battle, clash), sa culture visuelle (clips, vêtements, graffitis, cinéma), au sein ou en dehors du continent européen ;
  • les productions textuelles et livresques liées au rap (recueils de textes de rap, sites, romans ou autobiographies de rappeur·ses) ;
  • les espaces de performances du rap, les modalités de performance des textes (freestyle, improvisation, studio) et les relations entre lyricistes et « beatmakers » ;
  • la question de la génétique des textes ou des archives en général (enregistrements, captations, brouillons) ;
  • la sociabilité créative du rap (crew, labels, producteurs), les moyens de diffusion et les technologies liées à la production des performances (canaux de diffusion, stratégies de visibilité, modifications de la voix et rôle des textes) ;
  • et plus largement la contre-culture poétique liée au rap.

Les articles peuvent être rédigés en français ou en anglais. Ils peuvent contenir des illustrations ou des liens hypertextes.

Consignes aux auteurs : https://itineraires.revues.org/2255

Procédures de sélection des articles : https://itineraires.revues.org/2252

Calendrier indicatif (sujet à ajustements)

  • Date de remise des propositions : 31 mai 2019

  • Réponses : 10 juin-13 juin 2019
  • Date de remise des articles : 31 octobre 2019
  • Expertises et retour aux auteurs : hiver 2019-2020
  • Validation par le comité et publication : printemps 2020

Contact et adresse pour envoi des propositions : nachtergael@univ-paris13.fr

Bibliogaphie

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Bertot, Sylvain, 2013, Rap, hip-hop. Trente années en cent cinquante albums, de Kurtis Blow à Odd Future, Marseille, Le Mot et le reste.

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Béthune, Christian, 2004, Pour une esthétique du Rap, Paris, Klincksieck.

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Subjects

Date(s)

  • Friday, May 31, 2019

Keywords

  • rap, performance, poésie, littératures, analyse du discours, sociologie, esthétique, études visuelles

Contact(s)

  • Magali Nachtergael
    courriel : nachtergael [at] univ-paris13 [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • François-Xavier Mas
    courriel : edition-publications [dot] lshs [at] univ-paris13 [dot] fr

To cite this announcement

« Rap, a poetry of performances », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, April 24, 2019, https://calenda.org/607517

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