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« Queering the game »

"Queering the game"

Contestation et transformation des normes dans le rap et la culture hip-hop

The contestation and transformation of norms in rap and hip-hop culture

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Publié le jeudi 24 octobre 2019 par Céline Guilleux

Résumé

Les rappeurs et les rappeuses se sont employés à réinvestir les stéréotypes et à (re)travailler leurs significations : gangsta rap féminin des pionnières de Hoez with Attitude (HWA) à Nicki Minaj ou Cardi B, rap féministe des Rapperschicks à Chicago, rap queer de Mikky Blanco à New York, de Big Fredia à New Orleans, dancehall gothique de Gaika à Londres ou de Tommy Lee Sparta à Portmore, Jamaïque. Que nous disent alors ces pratiques et expressions plus confidentielles des cultures dans lesquelles elles s’insèrent et des publics auxquels elles s’adressent ? En quelles mesures font-elles, elles aussi, du hip-hop un lieu possible d’assignation mais également de réappropriation et de transformation des controlling images de la bitch et du pimp, du gangster et du thug par ses acteur·trice·s mêmes ? Comment ces catégories sont-elles réécrites ? Quelle peut être l’effectivité de ce genre de remises en question ?

Annonce

Argument

« Hip hop can be oppressive, quite as it’s kept, you know what I mean, like ‘Oh if you don’t look a certain way, if you don’t sound a certain way, you’re not hip hop. If you don’t talk about certain things then you’re not hip hop’. That’s bullshit. » 

Psalm one, du groupe Rapperchicks (Chicago)

À partir des années 1990, l’univers du rap et de la culture hip-hop a connu un virage mainstream. Jusque-là plutôt considéré comme undergound ou « communautaires », il devient de plus en plus investi par les industries culturelles et médiatiques. Ce devenir mainstream du rap, et les logiques et stratégies commerciales qui le sous-tendent, ont alors impliqué des phénomènes de normalisation des esthétiques et de la figure de l’artiste, qui se conjuguent par l’imbrication des rapports sociaux de race, de sexe et de classe (Gilroy, 1994). Les musiques rap contemporaines, telles qu’elles se donnent à voir dans leurs productions mainstream, peuvent sembler alors se cantonner à un répertoire restreint de « controlling images » (Hills, 2011), des « images performatives » qui s’ancrent dans le virilisme, l’ultra-sexualisation, l’hétéronormativité, l’homophobie de même que dans la violence, l’illégalité et le consumérisme. En France, des logiques similaires sont apparues, imposant la figure masculine du « jeune de banlieue d’origine immigrée » au monde du rap et masquant du même coup sa diversité expressive (Hammou, 2013). Le paradoxe d’un genre de plus en plus présent aux États-Unis comme le gangsta rap voulait que les interprétations culturalistes (le gangster comme réactualisation de l’archétype foklorique du badman) et conservatrices (la délinquance noire comme trait atavique africain-américain) ont finalement produit des stéréotypes dangereusement proches (Quinn, 2005 ; Parent, 2017).

Pourtant, parallèlement à ce qui semble être une uniformisation croissante des registres expressifs au sein des musiques hip-hop, les rappeurs et les rappeuses se sont également employés à réinvestir ces stéréotypes et à (re)travailler leurs significations (Djavazadeh, 2015) : gangsta rap féminin des pionnières de Hoez with Attitude (HWA) à Nicki Minaj ou Cardi B, rap féministe des Rapperschicks à Chicago, rap queer de Mikky Blanco à New York, de Big Fredia à New Orleans, dancehall gothique de Gaika à Londres ou de Tommy Lee Sparta à Portmore, Jamaïque. Ces esthétiques ne sont pas forcément en opposition frontale aux images performatives précédemment évoquées, mais, en les travestissant, viennent interroger leurs interprétations majoritaires qui sont souvent le point de départ d’une critique conservatrice (Lesacher, 2013). Que nous disent alors ces pratiques et expressions plus confidentielles des cultures dans lesquelles elles s’insèrent et des publics auxquels elles s’adressent ? En quelles mesures font-elles, elles aussi, du hip-hop un lieu possible d’assignation mais également de réappropriation et de transformation des controlling images de la bitch et du pimp, du gangster et du thug par ses acteur.trice.ss mêmes ? Comment ces catégories sont-elles réécrites ? Quelle peut être l’effectivité de ce genre de remises en question ?

C’est à ces manifestations dissonantes qui semblent contester et transformer la « norme » hip-hop, à ces « marges de la marge » qui travestissent le jeu convenu des acteur.ri.ces du rap, que cette journée d’études sera consacrée. À partir d’une série d’études de cas et d’analyses de situations de dissonance au sein du rap et de la culture hip-hop, on posera également la question de la diversité anthropologique des communautés diasporiques et dominées au sein l’espace public occidental et atlantique. Les études de cas peuvent concerner tout type d’aires culturelles.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (1500 signes maximum) seront adressées à lesacher.claire@gmail.com et emmanuel.parent@univ-rennes2.fr

avant le 1er novembre 2019.

Les réponses seront transmises courant novembre.

Organisation

Journée d’études organisée par Claire Lesacher (Prefics) et Emmanuel Parent (APP).

Université Rennes 2, vendredi 7 février 2020.

Références bibliographiques

Collins Patricia Hill, « ‘Get Your Freak On’. Images de la femme noire dans l’Amérique contemporaine », Volume!, 8/2, 2011, p. 41-63.

Djavadzadeh Keivan (2015), « Trouble dans le gangsta-rap : quand des rappeuses s’approprient une esthétique masculine », Genre, sexualité & société [En ligne], 13, Printemps 2015.

Gilroy Paul (1994), « ‘After the Love Has Gone’ : bio-politics and ethopoetics in the black public sphere », Public Culture, n° 7, p. 49-76.

Hammou Karim (2012), Une histoire du rap en France, Paris, Éditions La Découverte.

Lesacher Claire (2013) « le rap est sexiste ou quand les représentations sur le rap en France engagent une réflexion à partir de l’intrication et de la coproduction des rapports de pouvoir », Genre et migrations postcoloniales : lectures croisées de la norme, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 155-170.

Parent Emmanuel (2017), « Vybz Kartel, un révolutionnaire conservateur ? Mutations contemporaines de la figure de l’intellectuel organique dans l’Atlantique noir », Volume ! n° 13-2, p. 99-115.

Quinn Eithne, Nuthin’ but a g thang. The culture and commerce of gangsta rap, New York, Columbia University Press, 2005.

Lieux

  • Campus Villejean, Université Rennes 2
    Rennes, France (35)

Dates

  • vendredi 01 novembre 2019

Fichiers attachés

Mots-clés

  • hip hop, femme, queer

Contacts

  • Emmanuel Parent
    courriel : emmanuel [dot] parent [at] univ-rennes2 [dot] fr
  • Claire Lesacher
    courriel : lesacher [dot] claire [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Emmanuel Parent
    courriel : emmanuel [dot] parent [at] univ-rennes2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« « Queering the game » », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 24 octobre 2019, https://calenda.org/694713

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