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Objets de désir

Objects of desire

Les attractions fatales ?

Lethal attraction?

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Publié le vendredi 22 novembre 2019 par Céline Guilleux

Résumé

Axé exclusivement sur l’attachement amoureux à des objets perçus comme dangereux sur le plan affectif, le numéro 75 de la revue Terrain propose d’éclairer les controverses et les débats publics actuels sur les robots de compagnie et les interfaces de dialogue en examinant de manière comparative des cas d'attachements jugés illégitimes. Avec le souci de mettre en regard les conceptions qui président à la création de partenaires, on s’intéressera aux entités soupçonnées d’entraîner l’humain dans le trouble passionnel ou dans la confusion sexuelle : robots, gadgets électroniques, mais aussi poupées, personnages fictifs, sculptures, ombres, statues, restes humains, plantes ou animaux…

Annonce

Argumentaire

« Dans le futur, aurons-nous toujours besoin d’un-e partenaire humain-e ? » « Les robots sexuels, les assistants personnels et les créatures virtuelles ne vont-elles pas finir par remplacer l’humain ? » La presse en Europe et aux Etats-Unis se fait volontiers le miroir des peurs liées au développement de présences conçues pour susciter de l’attachement. Le site de rencontres en ligne Ashley Madison, peuplé presque exclusivement de chatbots, a ainsi largement été cité comme exemple de la capacité de ceux-ci à faire illusion : et si, déjà, il n’était plus possible d’établir la distinction avec une « vraie » personne ? Avec quelles conséquences potentielles pour l’humain ? Il existerait une autre raison de s’inquiéter, peut-être plus alarmante encore : les simulacres deviennent-ils attachants au point de mettre en danger les personnes dites « vulnérables » ? En février 2017, une Commission en robot-éthique propose au Parlement Européen une charte « visant à empêcher les personnes de devenir émotionnellement dépendantes de leurs robots ».  La même année, dans le Journal of Sexual and Relationship Therapy, deux chercheurs américains annoncent l’arrivée massive de « patients digisexuels » sur le marché de la psychothérapie et suscitent dans la presse grand public une vague d’articles questionnant « l’influence des technologies sur notre identité sexuelle ».

De façon révélatrice, certains de ces articles sont illustrés de photos de love dolls, des poupées en silicone qui n’ont rien à voir avec les technologies numériques. La suspicion qui pèse sur les simulacres high-tech semble de fait déborder les contours d’un ensemble d’objets cohérent et frappe, sans claire distinction, des catégories de produits très hétéroclites ne présentant pour point commun que le soupçon pesant sur eux : n’est-il pas dangereux de s’y attacher ? C’est sur ce point que le numéro Objets de désir entend se démarquer des travaux existants sur les nouvelles technologies en interrogeant la singularité supposée de ces objets : sont-ils si différents des créatures pour lesquelles des humains s’éprennent ? Les unions insolites dont les médias se scandalisent (mariage avec un chien, un oreiller, une Ford Mustang ou un fantôme de pirate haïtien) reposent-elles sur des scripts fondamentalement différents de ceux mis en place avec des « émo-robots », des hologrammes ou des logiciels de dialogue ? Jusqu’ici, la plupart des recherches concernant le rapport d’attachement aux objets se fondaient sur des concepts relatifs au fétiche religieux – objet-pouvoir (Manzon 2013) – ou sentimental – objet-mémoire (Dassié 2010 ; Bonnot 2014). Ce numéro sera l’occasion d’explorer une dimension jusqu’ici peu étudiée du rapport aux objets (entendus au sens d’objets de désir) : il s’agira de décrypter les scénarios qui rendent possible l’échange amoureux entre un humain et un non-humain. 

Axé exclusivement sur l’attachement amoureux à des objets perçus comme dangereux sur le plan affectif, ce numéro propose d’éclairer les controverses et les débats publics actuels sur les émotions électroniques en examinant de manière comparative des cas de « partenaires » jugés illégitimes. Avec le souci de mettre en regard les conceptions qui président à la création de partenaires, on s’intéressera aux entités soupçonnées d’entraîner l’humain dans le trouble passionnel ou dans la confusion sexuelle : robots, gadgets électroniques, mais aussi poupées, personnages fictifs, sculptures, ombres, restes humains, plantes ou animaux… 

Une première question sera celle des techniques et des scénarios mobilisés pour faire de l’objet un-e amoureux-se ou un-e amant-e. Dans quelles conditions les individus développent-ils des relations de coeur-cul aux choses ?   Quels procédés, scripts ou rituels (Gagnon 1973 ; Bozon 2016) sont-ils élaborés individuellement ou collectivement en vue de transformer l’objet en partenaire affectif ? Quelles stratégies se dissimulent derrière le fait d’aimer un objet, ou de prétendre l’aimer à l’instar d’un être humain ? 

Une deuxième question sera celle des contextes rendant possibles ou non cette forme d’attachement. Comment se dessinent les frontières entre amour licite et illicite pour les objets ? De quelles logiques les objets se font-ils les révélateurs (Gell 1998 ; Latour 2009 ; Haraway 2016) lorsque leur pouvoir d’emprise est perçu comme une menace ? Que cachent les tentatives d’interdire ou d’encadrer la capacité qu’ont certains objets de créer de l’empathie ?

Modalités de contributions

  • Outre des articles académiques (8 000 mots), le numéro comptera des « portfolios », conçus comme de courts essais construits sur un corpus d’une douzaine d’images (HD). Des récits courts (4 000 mots) enfin, prenant la forme de vignettes descriptives, rendront compte d’événements de rencontre documentés dans des archives ou directement observés dans le cadre d’un terrain ethnographique.
  • Les propositions de contributions devront être envoyées sous forme d’un résumé de 300 mots environ, précisant le format envisagé (article, portfolio, récit),

avant le 15 décembre 2019

  • à la rédaction de la revue Terrain :  terrain.redaction@cnrs.fr
  • Les articles complets sont à remettre pour le 15 avril 2020.

Coordination du numéro

Agnès Giard, groupe de recherche européen Emtech (“Emotional Machines: The Technological Transformation of Intimacy in Japan”), Freie Universität Berlin. Sophiapol (EA 3932), Université de Paris Nanterre.

Références

  • BONNOT Thierry, 2014. L’Attachement aux choses, Paris, CNRS Editions.
  • BOZON Michel, 2016. Pratique de l’amour : Le plaisir et l’inquiétude, Paris, Payot.
  • DASSIÉ Véronique, 2010. Objets d'affection. Une ethnologie de l'intime, Paris, Éditions du CTHS.
  • GAGNON John, 2008 [1973-2004].  Les Scripts de la sexualité. Essais sur les origines culturelles du désir. Traduit par Marie-Hélène Bourcier, Paris, Payot.
  • GELL Alfred, 2009 [1998]. L’Art et ses agents. Une théorie anthropologique. Traduit par Olivier et Sophie Renaut. Bruxelles, Les presses du réel.
  • HARAWAY Donna, 2016. Staying with the trouble, Durham & Londres, Duke University Press.
  • LATOUR Bruno, 2009. Sur le culte moderne des dieux faitiches, Paris, La Découverte. 
  • MANZON Agnes Kedzierska, 2013. « Humans and Things: Mande “Fetishes” as Subjects », Anthropological Quarterly, vol. 86, n°4, p. 1119-1151.

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • dimanche 15 décembre 2019

Mots-clés

  • objet, robot, attachement, interdit, amour, non-humain, stigmate

Contacts

  • Agnès Giard
    courriel : aniesu [dot] giard [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Agnès Giard
    courriel : aniesu [dot] giard [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Objets de désir », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 22 novembre 2019, https://calenda.org/706999

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