AccueilCatholicisme et pratiques médicales : approches socio-historiques

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Publié le jeudi 28 novembre 2019 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Ce numéro se propose d’explorer les relations complexes entretenues entre catholicisme et pratiques médicales, à l’époque contemporaine (XXe-XXIe siècles) dans une perspective socio-historique. Il vise à mieux rendre compte du positionnement des médecins et personnels soignants catholiques face à l’évolution des pratiques médicales. On sera également attentif à l’évolution du discours magistériel face à ces pratiques – l’entrée de l’institution ecclésiale dans les débats sociaux et moraux contemporains –, tant du côté du fond que des transformations des formes et des lieux de son énonciation. L’objectif est aussi de mieux documenter à partir d’études de cas en sociologie, en anthropologie et en histoire, les transformations d’une « médecine catholique » contemporaine. On pourra envisager tout type de matériaux empiriques, de méthodologie, sans restriction sur le cadre géographique.

Annonce

Argumentaire

À partir du XIXe siècle, le développement de sciences telles que la chimie et la physique, la standardisation des outils médicaux et des hôpitaux ainsi que la généralisation de la consultation médicale vont considérablement distendre le lien, noué dès l’époque médiévale, entre pratiques médicales et « éthique chrétienne » (Verhey, 2016). Cette autonomisation d’une médecine « scientifique » (Pestre, 2015) s’inscrit dans un contexte plus général de sécularisation des sociétés européennes. Face à ce mouvement de désemboîtement, le discours catholique sur la médecine se reconfigure. À l’aube du XXe siècle, on assiste à l’émergence d’une « médecine catholique » (Faure, 2012). Cette dernière se professionnalise (Guillemain, 2003) et se structure autour de sociétés de praticiens catholiques (Société médicale Saint-Luc, Saint-Côme et Saint-Damien fondée en 1884 en France) ou d’associations d’étudiants et d’anciens étudiants catholiques de médecine (l’Association des médecins sortis de Louvain fondée en 1909 en Belgique, la Conférence Laënnec fondée en 1875 en France).

Si les liens entre pratiques médicales et catholicisme ont été traités pour le long XIXe siècle (Jusseaume, 2016), la recherche s’est peu penchée, hormis les travaux fondateurs de Martine Sevegrand (Sevegrand, 1995), sur ces liens et leurs reconfigurations des années 1920 à aujourd’hui. Or, les débats récents autour de questions touchant à l’éthique biomédicale (avortement, euthanasie, recherches sur l’embryon, techniques de procréation médicalement assistée, etc.) ont mis en lumière le rôle joué par des associations catholiques présentes à l’intersection des champs scientifiques, religieux et politiques (Kuhar, Paternotte, 2018). C’est avec des arguments médicaux que beaucoup de catholiques, souvent eux-mêmes positionnés dans le champ scientifique, contestent dans l’espace public des projets de lois de bioéthique. Cette contestation s’inscrit plus largement dans la production, à l’échelle du Magistère romain, d’un discours catholique sur l’intime (Garbagnoli, Prearo, 2017). En bref, face à la « laïcisation » de la norme médicale (Arènes, Deprez, 2017), des catholiques, professionnels du monde médical ou simples fidèles, s’engagent.

Ce numéro se propose d’explorer les relations complexes entretenues entre catholicisme et pratiques médicales, à l’époque contemporaine (XXe-XXIe siècles) dans une perspective socio-historique. Il vise à mieux rendre compte du positionnement des médecins et personnels soignants catholiques face à l’évolution des pratiques médicales. On sera également attentif à l’évolution du discours magistériel face à ces pratiques – l’entrée de l’institution ecclésiale dans les débats sociaux et moraux contemporains –, tant du côté du fond que des transformations des formes et des lieux de son énonciation. L’objectif est aussi de mieux documenter à partir d’études de cas en sociologie, en anthropologie et en histoire, les transformations d’une « médecine catholique » contemporaine. On pourra envisager tout type de matériaux empiriques, de méthodologie, sans restriction sur le cadre géographique. Dans cette perspective, les contributions pourront s’inscrire, à titre indicatif, dans l’un des trois axes suivants :

1. Acteurs et réseaux

Ce premier axe se focalisera sur l’étude d’acteurs catholiques confrontés aux évolutions contemporaines des pratiques médicales. Les contributions pourront, d’une part, s’attacher à l’analyse du rôle d’un ou plusieurs acteurs (laïcs, clercs, congrégations religieuses, mouvements de fidèles, etc.) dans des controverses particulières, comme par exemple dans les débats entourant l’anesthésie, l’avortement, la régulation des naissances, la thérapie génique, la fécondation in vitro, l’euthanasie et autres. Les études ne se limiteront pas à l’approche d’un versant contestataire, oppositionnel, et pourront traiter du rôle de ces catholiques dans la découverte ou la publicisation de certaines pratiques médicales. D’autre part, cet axe privilégiera une approche diachronique par acteurs. On s’attachera donc aux parcours biographiques de catholiques qui se mobilisent en faveur, ou contre, l’évolution de pratiques médicales. Il sera ici possible d’étudier l’attitude de patients catholiques face à certaines pratiques condamnées par l’institution ecclésiale.

2. Lieux de production des discours

Le deuxième axe entend proposer une réflexion sur les lieux de production des discours catholiques sur les pratiques médicales, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’institution ecclésiale. On pourra donc s’attacher à étudier les fondations ou les reconfigurations de groupements de médecins catholiques afin de mieux rendre compte du rôle joué par ces institutions dans la publicisation de normes et de pratiques ayant trait aux soins de santé. On sera également attentifs à l’étude des instances magistérielles. L’analyse des institutions romaines chargées d’étudier des questions médicales sera tout à fait centrale : les commissions préparatoires de textes pontificaux comme Casti Conubii (1930) ou Humanae Vitae (1968), la Commission Justice et Paix (1967) ou plus récemment l’Académie Pontificale pour la Vie (1994). On pourra enfin étudier des outils spécifiques tels que les revues savantes (théologiques, médicales, etc.) ou la mobilisation par les catholiques des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour se positionner dans l’espace public. Par-là, on sera attentif à la manière dont ces outils, par leurs circulations, valident (ou non) les discours des acteurs catholiques et de leurs réseaux.

3. Contenu des discours

Au-delà des acteurs et des lieux de productions, le troisième axe entend établir une typologie des discours catholiques contemporains produits sur les savoirs et les pratiques médicales. On interrogera les cadres épistémologiques de ces discours et leurs transformations au fil de la laïcisation du champ médical au XXe siècle. On mesurera la mobilisation d’un argumentaire religieux, voire théologique produit par des institutions (privées ou publiques, catholiques ou non confessionnelles) qui investissent le domaine de la santé. On pourra étudier ici les questions d’écriture et analyser la rhétorique des discours catholiques – dogmatique et/ou sur le principe de précaution (Sanna, 2013) – et cela à partir de plusieurs types de sources : entretiens, articles de presse, de revues savantes, archives audio-visuelles, documents magistériels, littératures grises catholiques. Par l’étude ces sources nous souhaiterions interroger une certaine forme de « déthéologisation » de la morale catholique.

Un numéro d'Émulations, revue de sciences sociales, qui paraîtra en 2021 aux Presses universitaires de Louvain, sera consacré au thème « catholicisme et pratiques médicales aux XXe et XXIe siècles : approches socio-historiques »

Direction du numéro

  • Martin DUTRON (UCLouvain) 
  • Samuel DOLBEAU (EHESS/UCLouvain)

Modalités de soumission

Les propositions d’articles de 1000 mots doivent être envoyées au plus tard le 15 janvier 2020 aux trois adresses suivantes : 

  • samuel.dolbeau@uclouvain.be 
  • martin.dutron@uclouvain.be 
  • aurore.loretti@revue-emulations.net

Elles comprendront le titre, 3 à 5 mots-clés ainsi qu’une courte notice biographique indiquant la discipline et le rattachement institutionnel de chaque auteur·e.

Pour les consignes aux auteur·e·s, veuillez consulter le document téléchargeable sur la page suivante : https://ojs.uclouvain.be/index.php/emulations/cfp/consignes

Calendrier prévisionnel

  •  15 janvier 2020 : date limite pour l’envoi des propositions d’articles
  •  01 février 2020 : sélection des propositions et retours aux auteur·e·s
  •  01 avril 2020 : envoi des manuscrits V1 (30 000 – 35 000 signes)
  •  01 juin 2020 : retour des évaluations V1 aux auteur·e·s
  •  01 août 2020 : envoi des manuscrits V2
  •  01 octobre 2020 : retour des évaluations V2 aux auteur·e·s
  •  15 novembre 2020 : envoi des manuscrits V3
  •  01 décembre : envoi du numéro complet à la revue

Comité scientifique de la revue

  • Parick Baert, University of Cambridge
  • Mathieu Berger, Université catholique de Louvain
  • Daniel Cefaï, École des hautes études en sciences sociales
  • Jean De Munck, Université catholique de Louvain
  • Sylvie Fainzang, Institut national de la santé et de la recherche médicale
  • Bernard Fusulier, Université catholique de Louvain/FNRS
  • Jean-Louis Genard, Université libre de Bruxelles
  • Ellen Hertz, Université de Neuchâtel
  • Nancy Rose Hunt, University of Florida
  • Jacques Marquet, Université catholique de Louvain
  • Danilo Martuccelli, Université Paris-Descartes
  • Pierre Mercklé, ENS Lyon
  • Anne Monjaret, CNRS
  • Silvia Mostaccio, Université catholique de Louvain
  • Matthieu de Nanteuil, Université catholique de Louvain
  • Xavier Rousseaux, Université catholique de Louvain/FNRS
  • Vivien Ann Schmidt, Boston University

Bibliographie

Arènes J., Deprez S. (2017), Religions et politiques contemporaines des sexualités et de la filiation, Paris, Cerf.

Berrebi-Hoffmann I. (dir.) (2009), Politiques de l’intime : des utopies sociales d’hier aux mondes du travail d’aujourd’hui, Paris, La Découverte, (« Recherches »).

Curlin F. (2008), « Commentary: A case for studying the relationship between religious and the practice of medicine », Academic Medicine, vol 83, n° 12, p. 1118-1120.

Donato M. P., Berlivet L., Cabibbo S. (dir.) (2013), Médecine et religion. Compétitions, collaborations, conflits (XIIe-XXe siècle), Rome, École Française de Rome.

Faure O. (2012), « Médecine et religion : le rapprochement de deux univers longtemps affrontés », Chrétiens et sociétés, vol 19, p. 7-17.

Garbagnoli S., Prearo M. (2017), La croisade anti-genre : du Vatican aux manifs pour tous, Paris, Textuel (« Petite encyclopédie critique »).

Guillemain H. (2003), « Les débuts de la médecine catholique en France », Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 26-27, p. 227-258.

Guillaume P. (1990), Médecins, Église et foi : XIXe-XXe siècles, Paris, Aubier.

Jackson M. (dir.) (2011), The Oxford Handbook of the History of Medecine, Oxford, Oxford University Press.

Jusseaume A. (2016), Soin et société dans le Paris du XIXe siècle, Les congrégations religieuses féminines et le souci des pauvres, thèse de doctorat, Paris, Sciences Po.

Kuhar R, Paternotte D. (dir.) (2018), Campagnes anti-genre en Europe : des mobilisations contre l’égalité, Lyon, Presses Universitaires de Lyon.

Marques T. P. (2013), « La foi psychiatrique. Catholicisme et médecine de l'âme au Portugal (c.1925-c.1967) », Archives de sciences sociales des religions, t 58, n 163, p. 103-122.

Nicoud M. (2015), « Médecine », in C. Gauvard, J.-F. Sirinelli (dir.), Dictionnaire de l’historien, Paris, Presses Universitaires de France, p. 445-447.

Pérez-Agote A., Dobbelaere K. (dir.), The intimate: polity and the Catholic Church: laws about life, death and the family in so-called Catholic countries, Leuven, Leuven University Press (« KADOC Studies on Religion, Culture and Society »).

Pestre D., Bonneuil C. (dir.) (2015), Histoire des sciences et des savoirs, tome 3 : Le siècle des technosciences, Paris, Seuil.

Rochefort F., Sanna M. E. (2013), Normes religieuses et genre : mutations, résistances et reconfiguration (XIXe-XXIe siècle), Paris, Armand Colin.

Au S. (2017), « Medical Orders. Catholic and Protestant Missionary Medicine in the Belgian Congo 1880-1940 », Bijdragen en Mededelingen betreffende de Geschiedenis der Nederlanden, vol 132, n° 1, p. 62-82.

Sevegrand M. (1995), Les enfants du bon Dieu : les catholiques français et la procréation au XXe siècle, Paris, Albin Michel.

Van Nistelrooij I., Vosman F. (2012), « Conditions for Religious Discourse in Secularized Ethical Health Care Deliberation », Journal of Pastoral Care & Counseling, vol 66, n° 3, p. 1-11.

Veatch R. (2012), Hippocratic, Religious, and Secular Medical Ethics. The points of Conflict, Washington DC, Georgetown University Press.

Verhey A. (2016), « Médicale (éthique) », in J.-Y. Lacoste (éd.), Dictionnaire critique de théologie, Paris, PUF, p. 867-870.

Dates

  • mercredi 15 janvier 2020

Mots-clés

  • pratiques médiicales ; catholicisme

Source de l'information

  • Aurore Loretti
    courriel : aurore [dot] loretti [at] revue-emulations [dot] net

Pour citer cette annonce

« Catholicisme et pratiques médicales : approches socio-historiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 28 novembre 2019, https://calenda.org/711329

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