HomeSynergies et persistances dans l'histoire des techniques de l'énergie

*  *  *

Published on Wednesday, March 25, 2020 by Céline Guilleux

Summary

Ce projet de volume thématique des Cahiers François Viète a pour objectif de questionner l’existence de synergies et de réévaluer les mécanismes de persistances techniques, territoriales et imaginaires dans le domaine de l’énergie.

Announcement

Coordination

Anaël Marrec (Centre F. Viète, Université de Nantes) & Sarah Claire (CRH-EHESS)

Argumentaire

À l’heure actuelle, alors qu’un consensus se dégage sur la nécessité d’une « transition énergétique » qui verrait le passage d’une économie fondée sur les énergies fossiles à une économie fondée sur les énergies renouvelables, les sociétés doivent composer leurs projets d’alternatives avec un héritage énergétique incontournable par son omniprésence sociale et matérielle (Pearson, 2018). Avec l’avènement de la société « thermo-industrielle » (Gras, 2003), des réseaux imposants, fondamentaux dans une société productiviste et une économie de flux, se sont développés à travers les continents et les océans du monde entier, sous le contrôle d’acteurs de plus en plus puissants (Hughes, 1989 ; Debeir, Deléage & Hémery, 2013). Les organisations sociales et les territoires portent la trace de ces développements : les économies nationales et les équilibres géopolitiques sont fondés sur les flux d’énergie ; les entreprises pétrolières et électriciennes les plus importantes aujourd’hui sont celles qui ont été créées les premières dans ces secteurs et sont des acteurs extrêmement puissants au niveau mondial ; les territoires sont durablement marqués par toutes les infrastructures, des réseaux charbonniers, électriques, pétroliers, gaziers, nucléaires, qu’elles soient abandonnées ou en fonctionnement. L’histoire de l’énergie a largement documenté l’évolution des « systèmes énergétiques »1, entendus comme l’ensemble des convertisseurs en interaction à un moment donné de l’histoire, ainsi que leur « inertie », c’est-à-dire leur capacité à s’entretenir et à croître (Gras, 1997, p. 57). L’existence de ces inerties suppose une large dépendance du devenir des systèmes énergétiques à leurs états passés, ou path dependancy (Fouquet, 2016), et donc une forte persistance de réalités économiques, matérielles et politiques à travers le temps.

Cette manière de penser l’histoire de l’énergie amène plusieurs questions, que ce volume thématique propose d’examiner autour de trois axes de réflexion :

(1) Les synergies énergétiques en question

En conférant à l’énergie une dimension structurante essentielle et en l’identifiant comme une réalité socio-technique à part entière, les historiens et économistes supposent de longue date une synergie entre les différentes techniques de l’énergie. Après Karl Marx qui, à chaque grande phase de l’humanité associait un ensemble source d’énergie/convertisseur (Beltran, 2019), de nombreux auteurs ont découpé l’histoire de l’humanité en périodes qui se distingueraient par leurs modes d’exploitation de l’énergie3. Pour pertinent qu’il soit dans le cas des macro-systèmes techniques tels que le système électrique (Gras, 1997), ce lien spécifique entre les techniques de l’énergie l’est moins dans d’autres contextes. En effet, les techniques de l’énergie n’ont pas toujours été homogénéisées au sein de réseaux et sont entremêlées dans des dimensions autres qu’énergétiques. Ainsi, dans les villes médiévales européennes, le fleuve sert pour de multiples usages énergétiques décorrélés comme la navigation, le flottage, la meunerie, mais aussi pour les besoins domestiques et artisanaux en eau (Spitzbart-Glasl & Winiwarter, 2019), si bien que la notion de système s’applique bien davantage au fleuve lui-même qu’à une dimension énergétique. Surévaluer ces synergies, c’est également donner un poids trop important aux techniques de l’énergie identifiées et rendre difficile l’intégration voire occulter l’existence de techniques moins « compatibles » avec le système, ou « hors système ». Pourtant, des alternatives énergétiques ont émergé au cours de l’histoire des sociétés contemporaines (Fressoz, 2013 ; Jarrige & Vrignon, 2020). Les oublier peut contribuer à renforcer l’inertie des structures énergétiques et des retours sur ces exemples à essayer de les dépasser.

Dans ce premier axe, il s’agira d’identifier ou de relativiser les synergies existantes entre les techniques de l’énergie au cours de l’histoire et de questionner les notions qui supposent leur existence (« système énergétique », « système technique », « complexe technique »…). Les contributions peuvent mettre en évidence l’inscription singulière de convertisseurs passés qui ne dessinent pas de lien privilégié avec d’autres techniques de l’énergie ; elles peuvent aussi montrer des évolutions historiques vers des synergies de plus en plus fortes entre convertisseurs ou, dans le sens inverse, la mise en oeuvre de convertisseurs « hors système ».

(2) Persistances territoriales

Par ailleurs, certains usages de l’énergie ont pu laisser des traces dans les sociétés en dehors de toute dimension énergétique. Au-delà des traces environnementales nombreuses et souvent délétères qu’ont pu laisser l’exploitation minière et les infrastructures énergétiques modernes, ils ont ainsi façonné l’organisation des territoires, comme les usages énergétiques de l’eau qui ont profondément marqué la géographie des villes. La mise en évidence de cet héritage éclaire sous un jour nouveau la structure de ces espaces.

Dans cet axe, il s’agira de mettre en évidence des héritages non énergétiques de structures énergétiques anciennes, afin de montrer l’influence encore tenace d’organisations socio-techniques passées autour des usages de l’énergie dans les territoires actuels.

(3) Persistances imaginaires

Enfin, dans l’analyse des inerties systémiques, la dimension imaginaire est encore peu étudiée, alors qu’elle apparaît structurante au même titre que les aspects économiques et sociaux dans les usages et la mise en place de nouvelles techniques énergétiques (Gras, 2003 ; Gras, 2007 ; Garçon, 2012). Ainsi, dans la conception des convertisseurs d’énergies renouvelables, l’imaginaire thermodynamique, avec le modèle de la machine thermique, est resté central depuis la fin du XIXe siècle, avec une volonté de maîtriser le temps et l’espace (Marrec, 2018). Ce modèle a été responsable de l’échec de nombreux projets car les convertisseurs s’avéraient par nature moins adaptés que leurs concurrents fossiles sur lesquels étaient basés les critères d’efficacité.

Dans ce dernier axe, les contributions permettront de mettre en avant les persistances dans l’imaginaire technicien et leur influence sur l’évolution des techniques de l’énergie. Les contributions peuvent se baser sur des récits de projets ou d’usages révélant des images ou des valeurs tenaces dans la conception et le choix de convertisseurs, telles que de celle de la modernité thermodynamique qui exige d’un convertisseur puissance, constance et possibilité de délocalisation ou celle de la modernité électrique qui a tendance à camoufler la matérialité des infrastructures énergétiques (Vidalou, 2017 ; De Jouvancourt & Dubey, 2018 ; Lopez, 2019). Elles peuvent aussi montrer comment certains acteurs ont mobilisé des imaginaires alternatifs, transformant ces valeurs, en faisant, par exemple, de l’intermittence un élément positif, porteur de nouvelles perspectives politiques et sociales.

Les éditrices encouragent les auteur⋅e⋅s à adopter un regard historien réflexif sur la manière de penser l’influence du passé dans l’évolution des techniques de l’énergie, que ce soit à travers des analogies (mécaniques/balistiques : « inerties », « momentum », « trajectoires »), des métaphores plus sensibles (« path dependancy »), ou des jugements de valeur explicites (« immobilisme », « freins », « réticences », etc.). En effet, ces métaphores sont porteuses de valeurs et, appliquées au processus historique, peuvent avoir une dimension performative qui nécessite une attention particulière des historien⋅ne·s (Marrec & Teissier, 2020).

Calendrier

Les contributions pourront être proposées en français ou en anglais. L'appel à contribution se déroulera en trois temps :

1. Avant le 15 mai 2020, envoi d’un document d’intention à Sarah Claire (sarah.claire@ehess.fr) et Anaël Marrec (anael.marrec@univ-nantes.fr).

Ce texte (.doc ou .tex) expliquera en 5 000 signes environ (espaces compris) le contenu de l’article en se référant de manière explicite aux termes de l’appel à contribution qui ont retenu l’attention des auteur·e·s. Les auteur·e·s seront informé·e·s de la recevabilité de leur proposition le 15 juin 2020.

2. Avant le 1er décembre 2020, envoi de l’article complet à Sarah Claire (sarah.claire@ehess.fr) et Anaël Marrec (anael.marrec@univ-nantes.fr). Le volume de l’article (.doc ou .tex) sera compris entre 35 000 et 50 000 signes (espaces compris mais bibliographie non comprise). Il sera soumis à relecture et expertise par deux rapporteur⋅euse⋅s selon la procédure en double aveugle de la revue. Il est demandé aux auteur⋅e⋅s de suivre les consignes éditoriales des Cahiers François Viète.

3. Avant le 31 août 2021, envoi de la version définitive de l’article après prise en compte des recommandations des rapporteur⋅euse⋅s. La publication du numéro spécial III.12 est prévue pour le 28 février 2022.

Subjects

Date(s)

  • Friday, May 15, 2020

Keywords

  • énergie

Information source

  • Sarah Claire
    courriel : sarah [dot] claire [at] ehess [dot] fr

To cite this announcement

« Synergies et persistances dans l'histoire des techniques de l'énergie », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, March 25, 2020, https://calenda.org/764929

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal