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Platforms and platformisation through the perspective of the ITC sciences

Plateformes et plateformisation au regard des sciences de l'information et de la communication (SIC)

Approaches, concepts and perspectives

Approches, concepts, perspectives

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Published on Tuesday, March 24, 2020 by Anastasia Giardinelli

Summary

Les transformations numériques de nos sociétés se structurent de plus en plus autour du développement de « plateformes » qui organisent différents domaines de l’activité humaine en tirant profit des ressources du numérique. La question des plateformes est désormais posée dans de nombreuses recherches en cours dans différentes disciplines. En sciences de l’information et de la communication (SIC), les plateformes demeurent un objet en cours d’exploration. Qu’est-ce que les SIC, leurs concepts et leurs approches, peuvent apporter de singulier à la réflexion autour de cet objet ? Comment peuvent-ils aider à saisir les mécanismes sociaux et sociétaux à l’œuvre et mis à l’épreuve par les plateformes ? Une part de la réflexion pourra aussi être accordée à des acteurs et à des initiatives proposant des voies « alternatives » par rapport aux modèles dominants des grandes plateformes du web.

Announcement

La journée se tiendra le 18 juin 2020 à l’UTC Paris, 62 Boulevard de Sébastopol.

Argumentaire

Les transformations numériques de nos sociétés se structurent de plus en plus autour du développement de « plateformes » qui organisent différents domaines de l’activité humaine en tirant profit des ressources du numérique. La définition de la notion de «plateforme» peut constituer un objet d’étude en soi. Forgée et popularisée par l’essayiste et entrepreneur Tim O’Reilly (2011), le terme a connu un important succès public et est aujourd’hui largement mobilisé pour décrire des formes très variées de systèmes techniques et d’acteurs économiques, depuis les médias sociaux jusqu’aux systèmes d’exploitation, en passant par les applications numériques qui offrent des services aux consommateurs. Le point commun entre ces différents usages réside dans la description d’un processus de mise en relation par la médiation d’une infrastructure computationnelle qui dispose d’un important pouvoir normatif sur la manière dont les pratiques d’écriture et interactions sociales se déploient. Comment analyser ce pouvoir normatif et ses impacts sur nos activités ? C’est dans l’optique de contribuer à la réflexion que nous chercherons plus spécifiquement, lors de cette journée d’étude, à interroger ce que les approches et les concepts développés en sciences de l’information et de la communication (SIC) ont à apporter à l’étude des plateformes, et plus généralement, à la compréhension des logiques de plateformisation.

La question des plateformes est désormais posée dans de nombreuses recherches en cours dans différentes disciplines. En sociologie, différents travaux se sont attachés à étudier les reconfigurations socio-économiques et la transformation des activités des travailleurs induites par les plateformes numériques de service (livreurs à vélo, crowdsourcing...) (Aguilera et al., 2018 ; Barraud de Lagerie et Sigalo Santos, 2018 ; Chaves Ferreira et al., 2018 ; Abdelnour et Méda, 2019). D’autres travaux récents ont également documenté ce que les plateformes numériques médiatiques et de mise en circulation de biens culturels (Deezer, Spotify, Youtube...) font aux activités de conception, de réception et de consommation de ces objets (Beuscart et al., 2019 ; Maisonneuve, 2019 ; Levoin et Louessard, 2019). D’autres enquêtes encore se sont concentrées sur la transformation des rapports économiques induite par les plateformes. Le « digital labor », ou travail gratuit des internautes, est ainsi régulièrement mis en avant par des travaux critiques pointant la captation par les plateformes de la valeur produite par l’activité de navigation des internautes (Cardon et Casilli, 2015 ; Scholz, 2013 ; Terranova, 2000 ; Casilli, 2019). Enfin, certaines recherches ont interrogé la montée de « l’État Plateforme », retraçant l’importation de cette notion au sein de l’administration française, montrant alors comment elle pouvait être consubstantielle d’un projet de modernisation de l’action publique où le rapport au service public se verrait reconfiguré par ces nouvelles formes de médiation numérique (Alauzen, 2019; Chevalier, 2018).

Le pouvoir de l’État, dans cette nouvelle phase de modernisation, se reconfigure. De la modernité weberienne, avec sa bureaucratie légale-rationnelle, nous serions passés à des formes plus « liquides » de logiques disciplinaires (Bauman et Lyon, 2013), dans lesquelles les plateformes privées jouent un rôle croissant. L’État coopère en effet désormais avec les entreprises du secteur privé (Lyon, 2015) dans le fonctionnement du capitalisme de surveillance (Zuboff, 2018). Des travaux en Surveillance Studies ont ainsi montré le rôle que les plateformes jouent dans ce cadre-là (Linder, 2019 ; West, 2019) en poussant toujours plus loin la logique de profilage des populations, phénomène par ailleurs déjà bien décrit par les SIC (Vitalis et Mattelart, 2014). Il arrive même que l’État délègue une partie de ses pouvoirs aux plateformes. Cette volonté se perçoit, de plus en plus, dans la pression exercée sur ces dernières pour prendre en charge des fonctions de censure au nom de la lutte contre les « fakes news » et les « contenus illicites » notamment (Marique et Strowel, 2019 ; Tréguer, 2019), ou encore dans la coopération exigée d’elles dans la collecte de l’impôt (Lamensch et Traversa, 2019).

En SIC, les plateformes demeurent un objet en cours d’exploration. Quelques chercheur·es de la discipline se sont déjà attaché.es à travailler cette notion. Un numéro récent de la revue Tic&société est dédié à une réflexion sur les rapports qu’entretiennent les industries culturelles aux phénomènes de plateformisation (Bullich et Schmitt, 2019), numéro dans lequel Franck Rebillard et Nikos Smyrnaios sont par exemple revenus sur la notion de plateforme en proposant une filiation entre les concepts de plateformisation et d’infomédiation. Dans un article récent, ils proposent de porter un regard singulier sur ces phénomènes afin de prolonger l’approche de l’économie politique de la communication précédement déployée pour analyser les formes d’infomédiation pour interroger la dimension sociotechnique de ces nouveaux intermédiaires de l’information (Rebillard et Smyrnaios, 2019). Un ouvrage collectif récent dirigé par Valérie Croissant s’est attaché à analyser les formes de critiques amateurs en ligne sur les plateformes culturelles, et les différentes modalités de la recommandation culturelle des amateurs sur le Web (Croissant, 2019). Proche de ces questionnements, un article de Françoise Paquienséguy avait déjà décrit, à travers l’analyse du site Sens Critique, la construction d’une mémoire culturelle en ligne via la conservation de traces numériques constituées des commentaires et avis des usagers. Selon cette étude, les algorithmes du site accorderaient de la visibilité à certaines formes de critiques et de rédaction, jouant un rôle de prescription et favorisant une culture qualifiée de « mainstream » (Paquienséguy, 2017). D’autres recherches se sont intéressées au rôle joué par les plateformes dans la transformation des mécanismes de « gate-keeping » (Kumar, 2019). Enfin, l’on peut également citer les travaux de Claire Peltier et Baptiste Campion qui analysent les dispositifs sémiotiques des MOOC et les discours qu’ils véhiculent, cherchant à expliquer les effets de construction langagière et la relation à l’apprentissage et l’élaboration des connaissances que ces objets induisent (Peltier et Campion, 2017).

Ces travaux, et d’autres avec eux, nous semblent témoigner d’un intérêt nouveau en SIC pour les plateformes et les logiques de plateformisation, et inaugurer des pistes de recherches originales. Néanmoins, le fort intérêt porté à cet objet, ainsi que son actualité brûlante, suscitent plusieurs défis sur le plan scientifique et intellectuel, dont le premier est définitionnel et conceptuel, car la notion de « plateforme » entretient un flou qu’il convient de lever. Ce premier défi s’accompagne d’un enjeu de prise de recul critique sur une notion qui est avant tout celle des acteurs eux-mêmes. Qu’est-ce que les SIC, leurs concepts et leurs approches, peuvent apporter de singulier à la réflexion autour de cet objet ? Comment peuvent-ils aider à saisir les mécanismes sociaux et sociétaux à l’œuvre et mis à l’épreuve par les plateformes ? Une part de la réflexion pourra aussi être accordée à des acteurs et à des initiatives proposant des voies « alternatives » par rapport aux modèles dominants des grandes plateformes du Web. Enfin, dans la même perspective, nous serons particulièrement sensibles à l’effort de réflexivité qui incombe à une approche critique, et il pourra être intéressant d’interroger les effets de la recherche elle-même sur les phénomènes qu’elle prétend élucider. Telles sont les questions qui motivent l’organisation de cette journée d’étude.

Les communications attendues pourront s’inscrire dans l’un des deux axes énoncés ci- dessous.

Axe 1 Études empiriques : enquêter sur les plateformes et les phénomènes de plateformisation en SIC

Un premier axe s’intéressera aux différentes études empiriques qui ont pu être menées en SIC sur les objets plateformes et les logiques de plateformisation. Au-delà d’un état de l’art, l’objectif est ici d’ouvrir des « vues » et des approches originales par des récits d’enquêtes. Quels sont précisément les objets de ces investigations ? Quels résultats ont émergé de ces différentes enquêtes de terrain ? En quoi ces objets étudiés peuvent-ils être considérés comme relevant des objets plateformes ? Quelles méthodes déployer et quels terrains explorer pour aborder ces objets et ces pratiques ?

Axe 2 Théories et concepts : quels outils conceptuels pour penser les logiques de plateformisation et leurs enjeux ?

Dans un deuxième axe, nous nous intéresserons aux outils conceptuels issus des SIC susceptibles d’être mobilisés pour penser les plateformes. Cette réflexion de fond, plus théorique et épistémologique, devra d’abord permettre de mieux comprendre le concept de « plateforme » lui-même, ce qu’il recouvre et en quoi il se distingue d’autres notions comme celle de dispositif notamment. On pourra aussi se demander ce que les concepts d’écriture numérique, de littératie ou encore de médiation peuvent apporter à la compréhension des plateformes. Comment faire évoluer ces concepts pour qu’ils nous aident à éclairer le phénomène de plateformisation dans les différents domaines où il opère (sociaux, culturels, économiques, politiques, etc.) ? Enfin, il s’agira peut-être d’identifier des « angles morts » de la recherche sur ces thématiques et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour les SIC.

Modalités de proposition

Les propositions de communication prendront la forme d’un résumé de 7000 signes (espaces compris, hors bibliographie) et devront être envoyées au format .doc

au plus tard le 30 mars 2020

à l’adresse infocom-plateformes-2020@protonmail.com en mettant en copie les adresses suivantes : laetitia.della-torre@utc.fr et edouard.boute@utc.fr

Organisateur·trices

  • Jean-Edouard Bigot - Chercheur associé à COSTECH, Université de Technologie de Compiègne
  • Cléo Collomb - Chercheuse associée à COSTECH, Université de Technologie de Compiègne
  • Clément Mabi - COSTECH, Université de Technologie de Compiègne
  • Manon Picard - COSTECH, Université de Technologie de Compiègne
  • Karl Pineau - COSTECH, Université de Technologie de Compiègne
  • Julien Rossi - COSTECH, Université de Technologie de Compiègne

Date(s)

  • Monday, March 30, 2020

Keywords

  • plateformes, plateformisation, numériques, SIC

Contact(s)

  • Edouard Bouté
    courriel : edouard [dot] boute [at] utc [dot] fr

Information source

  • Edouard Bouté
    courriel : edouard [dot] boute [at] utc [dot] fr

To cite this announcement

« Platforms and platformisation through the perspective of the ITC sciences », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, March 24, 2020, https://calenda.org/766754

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