AccueilTraduire : enjeux identitaires et altérité à l’épreuve de la mondialisation

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Traduire : enjeux identitaires et altérité à l’épreuve de la mondialisation

Translation: identity issues and otherness and the challenge of globalisation

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Publié le vendredi 17 juillet 2020 par Anastasia Giardinelli

Résumé

L’objectif de cette journée d’étude consiste à s’interroger sur la pratique de la traduction comme appropriation et transmission de la culture de l’autre face aux défis de la mondialisation (la marginalisation des acteurs « mineurs », la concurrence des outils de traduction automatique, la réduction de temps de travail, l'individualisation des usages de la langue, etc.)

Annonce

Département de Langues Etrangères Appliquées (LEA), UFR de Lettres et Langues de l’Université de Tours - 4 décembre 2020

Organisatrices

  • Sarah Porcheron
  • Anna Krykun

Présentation

Si traduire implique indubitablement le passage d’un texte écrit de la langue source à la langue cible, la traduction ne peut se réduire à une opération purement linguistique : une différence foncière entre Dolmetschung (traduction mécanique) et Übersetzung (traduction qui repose sur la compréhension du sens et du sentiment de l’autre et, de ce fait, fait office de médiation) est le pilier Des différentes manières du traduire de Schleiermacher, un des textes fondateurs de la traductologie contemporaine[1]. Or, aujourd’hui ce paradigme de traduction issu directement de la tradition humaniste est confronté à des transformations sociétales majeures.

Au premier regard, la traduction semble n’avoir jamais été aussi mise à l’honneur que dans notre monde globalisé où les interactions économiques et culturelles n’ont de cesse d’augmenter et où la survie d’une langue et d’une culture semblent reposer sur sa capacité à traduire et donc à prendre part à l’échange mondial[2]. Les déclarations des grands chefs d’État ne sont-elles pas traduites et diffusées par les médias du monde entier quelques instants après qu’elles ont été prononcées ? Le succès de bien des œuvres littéraires ne se mesure-t-il pas aussi bien au nombre des ventes que de traductions dans différentes langues ?

Cependant, un regard plus attentif décélérera sans difficulté plusieurs lignes de tension qui seront les axes de réflexion principaux des participants de cette journée d’étude :

  • la traduction et l’économie de la traduction : Il est inutile de rappeler que la traduction a un coût, qui désavantage les petits pays et économies en voie de développement. Comment peuvent-ils rester concurrentiels sur le marché mondial de la traduction et résister à la conjecture qui les relègue au rang des langues « rares » et des cultures « mineures » ? Le monde de demain appartiendra-t-il aux langues d’importance mondiale ou du moins régionale ? La traduction, qui accorde sa place à la diversité des cultures et des formes d’expression, dépendrait-elle forcément d’un système des subventions et partant de l’existence d’un État fort? Qui pourrait porter le poids économique des activités de traduction dans le monde globalisé où la modèle de l’État-providence semble devenir de plus en plus anachronique ? Comment les universités, où les cursus d’italien, allemand ou bien hébreu disparaissent progressivement et ceux du norvégien ou slovène n’ont aucune chance d’être ouverts un jour, concourent-elles à cette tendance de l’homogénéisation de l’offre culturelle ?
  • l’individualisation des usages de la langue et la traduction : Si pour Saussure la parole est toujours personnelle mais la langue, comme ensemble des faits de langage, est « le produit que l’individu enregistre passivement »[3], force est de constater que la légitimation des variantes nationales d’une langue, aussi bien que la généralisation de l’écriture oralisée qui  légitime non seulement les parlers locaux ou les sociolectes de groupes sociaux mais souvent également les emplois individuels de la langue, permettent de parler de l’effritement de la norme linguistique. À titre d’exemple, pensons à certains écrivains mexicains transfrontaliers qui entremêlent dans leur écriture aussi bien l’espagnol que l’anglais[4] ou à la littérature antillaise où la langue française est « traversée » par le créole. Les tendances linguistiques du monde de plus en plus individualiste de nos sociétés post-industrielles sont-elles infailliblement centrifuges ? Si tel est le cas, comment la traduction peut-elle conserver ces différences d’usage, de plus en plus grandes, tout en assurant sa fonction traditionnelle de faciliter la communication ? Une part du Même, une certaine dose de mêmeté[5], est-elle indispensable pour pouvoir entendre l’Autre? Peut-on rapprocher les cultures en accentuant les écarts et les différences ?
  • la traduction et le numérique : Les outils de traduction automatique ou semi-automatique deviennent de plus en plus fins et, dans certains secteurs[6], commencent déjà à remplacer les traducteurs humains. Peut-on conjuguer l’écoute herméneutique de l’autre et l’usage des logiciels standardisés ? Dans les sociétés robotisées, la traduction en quelque sorte post-humaniste laissera-t-elle une place à la subjectivité et donc à l’altérité ?
  • la traduction et le temps de traduction : Posant l’impératif de performance et d’innovation constante, la mondialisation contribue à une survalorisation du neuf, de l’actuel et de l’instantané[7] qui fait de l’histoire, sinon un fardeau, du moins un accessoire. Comment défendre, dans ce cas, la nécessité de traduire des auteurs plus anciens, qui ne sont plus « d’actualité » ? D’autre part, puisque l’information (les actualités, les discours politiques, les films, les romans) vieillit de plus en plus vite, comment réconcilier l’impératif de qualité de traduction et la course contre le temps où la traduction doit être faite dans les délais de plus en plus brefs ?

L’objectif de cette journée d’étude consistera donc à s’interroger sur la pratique de la traduction comme appropriation et transmission de la culture de l’Autre face aux défis de la mondialisation. Pour ce faire, les communications relevant des champs disciplinaires les plus divers - linguistique, littérature, didactique des langues, histoire, économie – seront les bienvenues.

Modalités de proposition

Envoi des propositions en français jusqu’au 10 septembre 2020 :

Résumé de 500 mots maximum comprenant le titre de la communication accompagné d’une brève bibliographie. Le potentiel communicant devra également spécifier en marge de son résumé sa fonction actuelle ainsi que son université et/ou laboratoire de rattachement.

Il est également possible de proposer un atelier collaboratif du type « workshop » sur un sujet lié à la thématique de la journée d’étude. Dans ce cas, veuillez le préciser sur l’envoi de proposition de communication.

Toutes les propositions de communication devront être envoyées aux adresses suivantes :

  • sarah.porcheron@univ-tours.fr 
  • anna.krykun@univ-tours.fr

Date de réponse après envoi de la proposition : 20 septembre 2020

À l’issue de la journée d’étude, certaines communications pourront faire l’objet d’une publication après une relecture anonyme par les membres du comité scientifique.

Bibliographie consultative

BALLARD Michel (Comp.), Censure et traduction (Actes de colloque), Arras, Artois Presses Université, 2011.

BALLARD Michel, Qu’est-ce que la traductologie, Arras, Artois presses université, 2006.

CASTILLO-BERCHENKO Adriana, « L’écriture bilingue dans la littérature hispano-américaine contemporaine : le cas des auteurs frontaliers », Cahiers d’études romanes, 7 | 2002, 63-72.

DE LAUNAY Marc, Qu’est-ce que traduire?, Paris, J. Vrin, 2006.

LEDERER Marianne (Ed.), Le sens de la traduction (Actes de colloque), Caen, Lettres modernes Minard, 2006.

NOUSS Alexis, PINÇONNAT Crystel et RINNER Fridrun, Littératures migrantes et traduction, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2017.

MILLIARESSI Tatiana (Ed.), De la linguistique à la traductologie. Interpréter-traduire, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2011.

MORCILLO Françoise et PÉLAGE Catherine (Dir.), La traduction.  Médiation et médiatisation des cultures, Orléans, Editions Paradigme, 2015.

WECKSTEEN Corinne et EL KALADI Ahmed (Coord.), La traductologie dans tous ses états. Mélanges en l'honneur de Michel Ballard, Arras, Artois presses université, 2007.

[1] SCHLEIERMACHER Friedrich, Des différentes méthodes du traduire, Paris, Seuil, 1999 [1813].

[2] DE LAUNAY Marc, Qu’est-ce que traduire?, Paris, J. Vrin, 2006, p.25.

[3] SAUSSURE Ferdinand de, Cours de linguistique générale,(1906-1911), Payot, 1969, p.30.

[4] CASTILLO-BERCHENKO Adriana, « L’écriture bilingue dans la littérature hispano-américaine contemporaine: le cas des auteurs frontaliers », Cahiers d’études romanes, 7 |2002, p.63.

[5] Ricœur Paul, Soi-même comme un autre, Seuil, Paris, 1990, page 168.

[6] PERALDI Sandrine, « De la traduction automatique brute à la post-édition professionnelle évoluée : le cas de la traduction financière » dans Revue française de linguistique appliquée, 2016, n°1 (vol. XXI), p. 67-90.

[7] PADOA-SCHIOPPA Tomaso, ROMANO Beda, Contre la courte vue. Entretiens sur le grand krach, Paris, Odile Jacob, 2009.

Lieux

  • 3, rue des Tanneurs 37041 Tours
    Tours, France (37)

Dates

  • jeudi 10 septembre 2020

Mots-clés

  • traduction, altérité, identité collective, visibilité, marché mondial, numérique, obsolescence

Contacts

  • Anna Krykun
    courriel : anna [dot] krykun [at] univ-tours [dot] fr
  • Sarah Porcheron
    courriel : sarah [dot] porcheron [at] univ-tours [dot] fr

Source de l'information

  • Anna Krykun
    courriel : anna [dot] krykun [at] univ-tours [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Traduire : enjeux identitaires et altérité à l’épreuve de la mondialisation », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 17 juillet 2020, https://calenda.org/791142

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