Calenda - The calendar for arts, humanities and social sciences

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Published on Monday, July 27, 2020 by Anastasia Giardinelli

Summary

À l’heure où les enjeux scientifiques et politiques de notre société relèvent désormais d’un système-monde (Wallerstein, Arrighi, Amin), la traduction joue plus que jamais un rôle central dans la circulation des textes et des idées. Traduire est une activité cognitive et sociale qui informe la manière dont nous nous rapportons au réel et aux autres. Cette opération s’inscrit toujours dans une vision du monde particulière. Elle a des effets cognitifs, sociaux, éthiques et politiques. Dans ce contexte, penser et pratiquer la traduction comme une opération neutre relève d’une forme de déni de sa portée éthique et politique. Un modèle de traduction comme simple transfert de sens d’un texte à l’autre n’est plus acceptable compte tenu de la complexité des facteurs et des acteurs impliqués. D’où la nécessité de repenser la traduction à la lumière des enjeux contemporains.

Now that the scientific and political issues of our society belong to a world-system (Wallerstein, Arrighi, Amin), translation plays more than ever a central role in the circulation of texts and ideas. Translating is a cognitive and social activity that informs the way we relate to reality and to others. It implies a particular worldview and has cognitive, social, ethical and political effects. From this perspective, thinking and practicing translation as a neutral operation is a form of denial of its ethical and political significance. A model of translation as a simple transfer of meaning from one text to another is not acceptable given the complexity of the factors and actors involved. Hence the need to rethink translation in the light of contemporary issues.

Announcement

Coordination scientifique

  • Numéro dirigé par Sacha Carlson (Université Charles, Prague)
  • Angelo Vannini (Université Paris Nanterre) 
  • Caroline Zekri (Université Paris-Est Créteil)

Argumentaire

À l’heure où les enjeux scientifiques et politiques de notre société relèvent désormais d’un système-monde (Wallerstein, Arrighi, Amin), la traduction joue plus que jamais un rôle central dans la circulation des textes et des idées. Traduire est une activité cognitive et sociale qui informe la manière dont nous nous rapportons au réel et aux autres. Cette opération s’inscrit toujours dans une vision du monde particulière. Elle a des effets cognitifs, sociaux, éthiques et politiques. Dans ce contexte, penser et pratiquer la traduction comme une opération neutre relève d’une forme de déni de sa portée éthique et politique. Un modèle de traduction comme simple transfert de sens d’un texte à l’autre n’est plus acceptable compte tenu de la complexité des facteurs et des acteurs impliqués. D’où la nécessité de repenser la traduction à la lumière des enjeux contemporains.

Que veut dire « repenser la traduction » ? Reposer des questions élémentaires, qui interrogent résolument les pratiques et leurs préconceptions ?  Pourquoi traduire ?  Qu’est-ce qui mérite d’être traduit ?  À quoi la traduction s’attache-t-elle dans un texte ?

Faut-il commencer par observer la pratique de la traduction, dans l’étalement du temps et de l’espace, comme perspective plurielle au cours de l’histoire ? 

Faut-il oser imaginer traduire ce que l’on n’imaginait pas traduire, ou traduire d’une manière inédite, proprement inimaginable ?

Pour qui et pourquoi repenser la traduction ?

Voici trois axes de réflexion principaux, mais non exhaustifs, que nous souhaiterions explorer :

Premier axe : les impensés de la traduction

La traduction, on le sait, se pratique et se comprend à partir d’une conception particulière, mais implicite du langage et de la réalité. Repenser la traduction devra donc commencer par interroger cet « impensé » de la traduction, qui en détermine pourtant toujours déjà le sens et la direction.

Cela conduit en premier lieu à clarifier le statut de cet « impensé ». On pourrait parler, à cet égard, d’épistémè avec Foucault et le (post-)structuralisme, d’institution (Stiftung) de sens et de monde avec Husserl et Merleau-Ponty, ou encore d’institution sociale, historique et symbolique avec Marc Richir. Toutes ces expressions ne sont cependant pas des réponses mais des questions qu’il s’agit de penser et d’élaborer de manière rigoureuse et conséquente ; étant donné que pour nous, il s’agit par là de comprendre ce à partir de quoi, historiquement et dans chaque culture, se détermine à chaque fois l’acte même de traduire.

En deuxième lieu, il s’agit de clarifier plus spécifiquement les contours et la nature de notre aire culturelle, à savoir l’institution symbolique – ou espace épistémique – de la modernité, qui implique une conception spécifique du savoir, du politique et des échanges. Comment la modernité occidentale a-t-elle reçu, compris et réélaboré la question de la traduction ? En quoi cette reprise a-t-elle occulté des pans entiers des textes, des récits, des langues et des systèmes de savoir qu’elle se proposait de traduire et de comprendre ?

Deuxième axe : théoriser la différence

Dans l’espace culturellement complexe et diversifié dans lequel nous nous trouvons, le processus de traduction peut facilement impliquer la confrontation de deux institutions symboliques – ou territoires épistémiques – hétérogènes. Dans ce cas, comment traiter le passage nécessaire de l’une à l’autre ?

Est-ce chaque fois la décision plus ou moins bien inspirée et motivée de la traductrice ou du traducteur qui constitue le seul critère pertinent ? Cette question pratique désormais si courante dans l’activité contemporaine des traducteurs et des traductrices requiert, en contrepoint, une élucidation théorique.

Faut-il penser la traduction par-delà la dialectique de la fidélité et de la trahison, pour prendre en compte la plus large dimension que cette opération implique nécessairement ? Est-il possible, dans ce cas, de parier sur un fond commun du langage, qui permettrait non pas une translation fidèle du texte, mais plutôt l’activation de résonances entre un texte et l’autre ?  Bref, que faut-il traduire et comment ? Ce que le texte de départ cherche à dire, à défaut de pouvoir être restitué de manière exacte, ne pourrait-il pas résonner comme « par sympathie » dans la traduction ?

L’alternative fidélité/trahison ne serait-elle pas à repenser, non pas en rapport au texte dit original, mais en relation au réseau bien plus large des subjectivités et des entités différemment impliquées dans le processus de traduction ? Ou un tout autre encadrement théorique n’est-il pas envisageable, voire préférable ?

Troisième axe : éthique et politique de la traduction

Enfin, le troisième axe cherche à faire émerger la dimension éthique et politique inhérente à toute pratique effective de traduction. En effet, si la traduction constitue d’abord un problème « cognitif » ou épistémique, elle relève également d’emblée d’une dimension éthique, dans l’exigence même du respect du sens autre qu’il s’agit de rendre dans la langue d’arrivée ; et elle devient aussi une question politique dès lors qu’il s’agit de décider de ce qu’il convient de traduire, comment et pour qui.

Il s’agirait donc de réfléchir d’une part, aux enjeux sociaux, politiques ou communautaires impliqués par l’acte de traduire et, d’autre part, à l’exigence ou injonction peut-être plus décisive faite à la traduction, si elle veut pouvoir répondre aux enjeux humains, sociétaux et environnementaux actuels. Comment se positionner par rapport aux « épistémicides » (Boaventura de Sousa Santos) ou à l’hégémonie politique et économique d’une langue ? Que peut la traduction face aux linguicides, à la mondialisation monoculturelle, aux inégalités et asymétries produites par les différentes structures de domination, telles que la « race », le genre, la classe, la religion, l’identité culturelle... Que peut la traduction face à l’injustice climatique ou à l’appareil d’extraction (Mbembe, Balibar, Harvey, Fraser, Lazzarato) d’envergure planétaire qu’est le capitalisme ? 

C’est dans la nécessité et l’urgence d’une traduction que se prennent le plus souvent les décisions, que les sillons se voient tracés et que ce faisant, l’histoire fraie son chemin. Penser la traduction – avec ses difficultés, ses failles et ses enjeux – conduit à creuser la question tout en déployant la « patience du concept ». Manière de dire qu’il faut résister à toute « rage de conclure », mais prendre patiemment en charge l’urgence d’une question qui ne se résout pas théoriquement.  

Modalités de proposition

Envoyer avant la date limite les trois documents suivants (en format Word ou pdf) à l’adresse mél repenserlatraduction@gmail.com :

  1. un résumé de l’article que vous souhaitez proposer (300 mots)
  2. une lettre de présentation de votre proposition (maximum 300 mots), dans laquelle vous expliquerez de façon synthétique mais le plus clairement possible (i) le problème théorique qui est abordé et (ii) la nouveauté et l’importance de votre contribution.
  3. une courte notice bio-bibliographique (maximum 200 mots)

Date limite de l’envoi des propositions : 15 septembre 2020

NB : Le comité éditorial examinera et sélectionnera les propositions en ne tenant compte que des documents A et B, après les avoir anonymisés ; le document C ne sera utilisé que par la suite afin de notifier à la revue la liste des contributrices et des contributeurs sélectionné·e·s.

Les auteur·e·s sélectionné·e·s auront plusieurs mois de temps pour achever leur article ; celui-ci sera ensuite soumis à un processus de peer-review. La publication du numéro est prévue pour 2022.

NB : La langue de publication du volume est le français. Les auteur·e·s intéressé·e·s par ce projet qui ne sont pas en mesure d’écrire en français peuvent contacter le comité éditorial afin d’envisager la possibilité d’une traduction en français de leur contribution.

Ce numéro paraîtra en 2022 dans une prestigieuse revue scientifique française, indexée par Scopus. (Les règles en vigueur nous empêchent de citer le nom de cette revue avant que le contrat éditorial soit formellement signé : pour des raisons purement contingentes, cette signature a dû être reportée à septembre).

Editors

Special issue edited by Sacha Carlson (Charles University, Prague), Angelo Vannini (Paris Nanterre University) and Caroline Zekri (Paris-Est Créteil University)

Argument

Now that the scientific and political issues of our society belong to a world-system (Wallerstein, Arrighi, Amin), translation plays more than ever a central role in the circulation of texts and ideas. Translating is a cognitive and social activity that informs the way we relate to reality and to others. It implies a particular worldview and has cognitive, social, ethical and political effects. From this perspective, thinking and practicing translation as a neutral operation is a form of denial of its ethical and political significance. A model of translation as a simple transfer of meaning from one text to another is not acceptable given the complexity of the factors and actors involved. Hence the need to rethink translation in the light of contemporary issues.

What does ‘rethinking translation’ mean? Re-asking basic questions that thoroughly inspect practices and their preconceptions? Why translate? What deserves to be translated? What does translation focus on in a text?

Should we begin by observing the practice of translation across time and space, as a plural perspective over the course of history? 

Should we dare to imagine translating what we never imagined we would translate, or should we translate in a new, truly unimaginable way?

For whom and why to rethink translation?

Here are three main, but not exhaustive, lines of thought that we would like to explore:

  1. The ‘unthoughts’ of translation

Translation, as we know, is practiced and understood from a particular but implicit conception of language and reality. Rethinking translation must therefore begin by questioning this ‘unthought’ of translation, which nevertheless still determines its meaning and direction.

This leads, first of all, to clarifying the status of this ‘unthought’. In this respect, we could speak of: episteme, with Foucault and (post-)structuralism; institution (Stiftung) of meaning and of world, with Husserl and Merleau-Ponty; social, historical and symbolic institution, with Marc Richir. However, all these expressions are not answers, but questions that need to be thought out and elaborated in a rigorous and consistent way, since for us it is a question of understanding that from which the very act of translation is determined in different instances, historically and in each culture.

Secondly, it is a matter of further clarifying the contours and nature of our cultural area, namely the symbolic institution - or epistemic space - of modernity, which implies a specific conception of knowledge, politics and exchange. How has Western modernity received, understood and re-elaborated the question of translation? In what way has this re-elaboration obscured whole sections of the texts, narratives, languages and knowledge systems that it intended to translate and understand?

  1. Theorising the difference

In the complex and diverse space in which we inhabit, the process of translation can easily involve the confrontation of two heterogeneous symbolic institutions - or epistemic territories. In this case, how do we deal with the necessary transition from one to the other?

Is it always the more or less well-informed and motivated decision of the translator the only relevant criterion? This practical question, now so common in the contemporary activity of translators, requires a theoretical elucidation.

Should we think of translation beyond the dialectic of fidelity and betrayal, to take into account the broader dimension that this operation necessarily implies? Is it possible, in this case, to rely on a common background of language, which would not allow a faithful translation of the text, but rather the activation of resonances between one text and another?  In short, what should be translated and how? Could what the original text seeks to say, if it cannot be accurately reproduced, just resonate ‘by sympathy’ in the translation?

Would the fidelity/ betrayal alternative have to be rethought, not in relation to the so-called original text, but in relation to the much wider network of subjectivities and entities differently involved in the translation process? Or is it conceivable, or even preferable, to take a completely different theoretical approach?

  1. Ethics and politics of translation

Finally, the third guideline seeks to bring out the ethical and political dimension inherent in any translation practice. While translation is primarily a ‘cognitive’ or epistemic problem, it also has an ethical dimension from the outset, in the very need to respect the other meaning to be rendered in the target language; and it also becomes a political issue when it comes to deciding what should be translated, how and for whom.

It would therefore be a matter of reflecting, on the one hand, on the social, political or community issues involved in the act of translating and, on the other hand, on the perhaps more decisive injunction made on translation to respond to current human, societal and environmental issues. How can we deal with ‘epistemicides’ (Boaventura de Sousa Santos) or the political and economic hegemony of a language? What can translation do against linguicides, monocultural globalisation, inequalities and asymmetries produced by different structures of domination, such as ‘race’, gender, class, religion, cultural identity, etc.? What can translation do to counter climatic injustice or the global extractive apparatus (Mbembe, Balibar, Harvey, Fraser, Lazzarato) that is capitalism? 

 

It is in the necessity and urgency of translation that decisions are most often taken, that paths are drawn and it is thus that history makes its way. Thinking about translation - with its difficulties, its flaws and its challenges - leads to deepening the question while deploying the ‘patience’ of the concept. It is a way of saying that one must resist any rage to conclude, but patiently take charge of the urgency of a question that cannot be resolved theoretically.

Submission Guidelines

Send the following three documents (in Word or pdf format) by the deadline to repenserlatraduction@gmail.com :

  1. an abstract of the paper you wish to propose (300 words)
  2. a letter of presentation of your proposal (maximum 300 words), in which you will explain in the clearest possible way (i) the theoretical problem being addressed and (ii) the novelty and importance of your contribution.
  3. a short bio-bibliographic note (maximum 200 words)

Deadline for submission of proposals: 15 September 2020

NB: The editorial board will review and select proposals taking into account only documents A and B, after having anonymised them; document C will be used only afterwards to notify the journal of the list of selected contributors.

Selected authors will have several months to complete their paper, which will then be submitted to a peer-review process. Publication of the issue is scheduled for 2022.

NB: The language of publication of the volume is French. Authors interested in this project who are not able to write in French can contact the editorial board in order to discuss the possibility of translating their contribution into French.

The issue will be published in 2022 in a prestigious French scientific journal, indexed by Scopus. (The regulations in force prevent us from mentioning the name of this journal before the publishing contract is officially signed: for purely contingent reasons, this signature had to be postponed until September).

Date(s)

  • Tuesday, September 15, 2020

Keywords

  • translation studies, translation theory, philosophy, philosophy of language, philosophy of translation

Reference Urls

Information source

  • Angelo Vannini
    courriel : repenserlatraduction [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Repenser la traduction », Call for papers, Calenda, Published on Monday, July 27, 2020, https://calenda.org/792997

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