InicioExpérimentations de transition écologique. Constitution, viabilité, diffusion

InicioExpérimentations de transition écologique. Constitution, viabilité, diffusion

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Publicado el miércoles 18 de noviembre de 2020 por Elsa Zotian

Resumen

Le dossier a pour objectif central d'interroger les mécanismes de constitution des expérimentations de transition écologique locale. Il s'agira ainsi d'examiner leurs conditions d'émergence (mobilisations, coalitions, territorialisation...), d'opérationnalisation (organisation, structuration, professionnalisation...), et de stabilisation (viabilité de l'expérience et son éventuelle reproductibilité). Les analyses porteront sur des études de cas, en dépassant la simple description des expériences, afin de participer à une réflexion épistémologique sur le concept même d'expérimentation.

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Argumentaire

L’expérimentation est au cœur d’un processus qui transforme les objets et les sujets qu’elle met en relation (Benmarhnia et al., 2019). Elle insiste sur les dispositifs choisis et construits. Elle met l'accent sur l'ancrage territorial, comme condition d'effectivité de la transformation et de sa durabilité. L’expérimentation se développe par le biais de procédures qui contribuent à définir et qui balisent les relations entre acteurs. Mais pour autant, elle n’est jamais un isolat complet – l'expérience s'inscrit dans un emboîtement de situations (contraintes globales et locales), de reliquats d'histoires (du territoire, des individus, des actions antérieures...). Les entités concernées par une expérimentation agissent de manière active sur sa constitution. Mais elles sont, en retour, refaçonnées par l’expérimentation elle-même. L’expérimentation constitue bien souvent une zone discursive et praxique où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer — ou à s’affronter.

Le dossier mettra l’accent sur les expérimentations qui construisent des projets alternatifs (au regard des options dominantes d’une société), situées sur un territoire, mobilisant une coalition d’acteurs, produisant un discours de justification[1]. Les « utopies réelles » (Olin Wright, 2017) sont au cœur du dossier, dans la mesure où elles procèdent à une confrontation des dimensions sociale et écologique, à partir de propositions de transformations perceptibles des modes de vie. Cela ne veut pas pour autant dire que les institutions soient exclues de ces dispositifs, et qu’elles peuvent y contribuer par des aménagements techniques (mise à disposition d’espace, etc.), juridiques (contractualisation) ou même financier (subventions).

Favorisant les approches interdisciplinaires basées sur une étude empirique, il s’agira de produire des analyses compréhensives de ces expérimentations – et non de réaliser une évaluation de leur efficacité supposée. Les propositions permettront de discuter l’importance de l’élaboration d’une proposition alternative par un collectif d’acteurs, de la construction de l’expérimentation par la progression des acteurs, qui se confrontent à partir d’un enjeu et d’un territoire et inventent des solutions collectives. Cela mettra en évidence les « prises sur le monde » (Chateauraynaud et Debaz 2019, p. 126-132) – élaboration de discours justifiant les choix de transitions, énonçant les orientations à prendre, expliquant les modalités d’actions… Il sera possible d’étudier la « participation aux choses » (Chateauraynaud et Debaz 2019, p. 126-132) : comment se construit de l’attention (interpellation sur l’état du monde) et la mise en confrontation réelle (développer des pratiques sociales, des méthodes et outils de transformation). Enfin, l’objectif sera de rendre compréhensible l’argumentation employée : mécanismes de nomination, de désignation des frontières de l’expérimentation…

Trois axes structurent le dossier :

Conditions de constitution des expérimentations

Comment se construit une expérimentation alternative ? Comment s’élaborent les alliances d’acteurs ? Comment est investi l’espace local (délimitation de la zone d’intervention, concernement des populations…) ? Comment se construit la perception d’une action commune (modalités d’acculturation des acteurs – information, formation, etc.) ? Comment s’élabore le cadre d’un projet communautaire ?

Les contributions pourront être l’occasion d’examiner l’héritage des premières tentatives d’expérimentations de modes de vie alternatifs : des phalanstères au familistère de Guise imaginé par Godin, des communautés utopiques des années 1960-1970 (Lacroix, 1981), des néo-ruraux (Hervieu-léger et Hervieu, 1983) aux ZAD (Subra, 2016), notamment en interrogeant les conditions d’une construction mémorielle de ces dispositifs et de leurs influences dans les imaginaires actuels (Deléage, 2008, p. 33-43). Il s’agira ainsi de prendre la mesure de l’illusion du nouveau (Mathieu, 2011, p. 45-77).

Elles pourront aussi examiner les schèmes discursifs construits ou mobilisés par ces acteurs (non-violence (Rognon, 2013), anti-capitalisme (Baschet, 2014), écologisme, décroissance (Mège, 2017, p. 63-86), effondrement (Hopkins, 2014)…)), en évitant cependant le simple rapport descriptif et hagiographique (Derville, 2019). Si le rapport avec le commun pourra être mobilisé, il s’agira de dépasser l’invocation discursive (Renouard, 2019, p. 59-71), pour étudier les conditions d’une production concrète d’un commun engageant une modification des modes de vie.

Conditions de viabilisation de l’expérimentation

Les propositions étudieront les conditions de viabilité de l’expérimentation. Comment elle se dote de moyens de fonctionnement qui pourront lui assurer une certaine pérennité (stabilité économique, régulations sociales, ajustements écologiques…) ? Comment elle gère le rapport avec les institutions, qui peuvent contrôler son développement (processus préventifs et répressifs) ou les conditions formelles de son développement (subventions, propriété des sols et des lieux, etc.) ? Comment elle opère une éventuelle inscription dans d’autres pratiques communes (échanges économiques, sécurité, gestion de la violence, etc.) ?

Elles pourront aussi examiner les conditions de constitution de communautés collectives. Les dimensions cognitives, qui participent à la transformation des identités individuelles et collectives, pourront aussi être étudiées. La vie militante des « expérimenteurs » pourra ainsi être analysée : comment se maintient l’identité dans l’expérience, comment se transmet (éventuellement) l’utopie originelle (Pagis, 2014) ? L’occasion d’une confrontation pragmatique aux conditions d’une régulation des difficultés relationnelles, familiales, sexuelles, économiques... Ainsi, les modalités de gestion des tensions qui reconfigurent plus généralement les liens préexistants (notamment sur les questions de genre, de socialisation religieuse, de pratiques alimentaires, de mobilité, de savoir-faire professionnel, etc.) pourront être précisées. La conciliation entre les attentes individuelles (reconnaissance, savoir-faire, compétence professionnelle et sociale, statut familial...) et les objectifs collectifs (mutualisation des ressources, réflexions sur la propriété (Denèfle, 2016), relation au pouvoir d'achat, rapport de genre (Denèfle, 2009), etc.) pourra être interrogée. Elle rend compte de la construction de savoirs partagés sur les conséquences qui nous affectent, pour prendre soin de ce à quoi les acteurs tiennent (selon J. Dewey).

Enfin, la viabilité de l’expérimentation pourra être interrogée à partir d’une confrontation avec les hétéronomies économiques et écologiques. Est-il pertinent de construire un isolat auto-centré, indépendant des contraintes écologiques globales ou des risques socio-techniques (nucléaire, chimique…) ?

La diffusion des expérimentations : maillage, mise en réseau et standardisation

Les contributions pourront examiner les mécanismes de circulation, de reprises d’arguments et de construction de l’exemplarité. On pourra ainsi examiner la manière de dépasser le fait minoritaire (Chassain, 2016, p. 7-26), pour tenter de construire une influence sur d’autres territoires : quelles sont les conditions de transférabilité ou l’extrapolation de l'expérimentation (condition de sa valorisation et de sa diffusion, comme l’exemple du Larzac ou du réseau des villes en transition (Smith, 2011, p. 99–105). Cela aidera à saisir les conditions d’une mythification des expérimentations (Hastings, 1991 ; Chibani-Jacquot, 2015 ; Hatzfeld, 2018), c’est-à-dire de leur mobilisation rhétorique.

Elles pourront ainsi mettre en avant les formes d’alliances qui se définissent relativement à ce qui est fait dans l'expérimentation (relation de réseaux, nouvelles solidarités...) : comment nouer des relations avec d'autres mouvements proches, mais aussi avec les acteurs institués ? Les actants non humains pourront faire l’objet d’une attention toute particulière, tant leur place et leur fonction est importante dans la possibilité même de constituer ces expérimentations (sur le plan alimentaire, mais aussi relationnel) (Pelluchon, 2015).

Enfin, la diffusion sera l’occasion d’examiner le poids de l'hétéronomie financière (contrainte de la propriété, du foncier…) et de la dépendance aux cycles naturelles. Ce sera ainsi l’occasion d’examiner la possibilité d’un maillage alternatif en mesure de faire face à ces contraintes.

[1] Le dossier ne porte pas sur les « transitions » construites par les acteurs institutionnels (éco-quartier, ville en transition, etc.).

Conditions de soumission

Les articles proposés devront être des documents originaux. Ils peuvent néanmoins avoir fait l’objet de communications lors d’un colloque ou de documents de travail, à condition d’être réadaptés au format de la revue Développement durable et territoires.

Les propositions d’articles (résumés de 4 500 signes espaces compris, hors bibliographie) seront soumises à un avis de pertinence pour juger de leur adéquation avec le cadrage du dossier.

Ces propositions devront donc être suffisamment précises (titre de l’article, question de recherche, outils théoriques, terrain étudié, principaux résultats). Elles devront inclure les noms et prénoms des auteur·e·s, leur statut et leur rattachement institutionnel, ainsi que le courriel de l’auteur·e correspondant.

Les auteur·e·s avisés positivement seront invités à soumettre un article complet (entre 30 000 et 55 000 signes espaces compris, bibliographie et première page incluses).

Chaque article, sous couvert d’anonymat, sera soumis à deux relectures anonymes. Cette double relecture pourra donner lieu à des demandes de corrections (mineures ou majeures), à une ré-écriture éventuelle, voire à un refus de l’article.

Calendrier prévisionnel

  • Publication de l’appel à article : septembre 2020
  • Date limite de réception des résumés étendus : 15 décembre 2020
  • Avis du comité de coordination du dossier :  janvier 2021
  • Date limite de réception des articles : 30 mai 2021

Publication prévue : Fin 2021 / début 2022

Consignes de rédaction

  • Format des résumés : 4 500 signes espaces compris max., hors bibliographie.
  • Format des articles : entre 30 000 et 55 000 signes espaces compris, bibliographie, notes et première page incluses ; voir les recommandations aux auteurs sur le site de la revue DD&T : https://journals.openedition.org/developpementdurable/1269

Adresse pour l’envoi des résumés et des contributions : experimentationsddt@gmail.com

Coordination scientifique

  • Bruno Villalba, professeur science politique, AgroParisTech, Printemps (CNRS UMR 8085)
  • Lucie Morère, chercheuse postdoctoral, Muséum national d'Histoire naturelle, Paris
  • Hélène Melin, maîtresse de conférences en sociologie et ethnologie, Université de Lille, Clersé (CNRS, UMR 8019)

Références bibliographiques

Baschet J., 2014, Adieux au capitalisme. Autonomie, société du bien-vivre et multiplicité des mondes, Paris, La Découverte.

Benmarhnia T., David P.-M., Godrie B. (dir.), 2019, Les sociétés de l'expérimentation. Enjeux épistémologiques, éthiques et politiques, Québec, Presses de l'université du Québec, coll. « Problèmes sociaux & interventions sociales ».

Chassain A., 2019, « Approches expérientielles du fait minoritaire », Tracés, n° 30, p. 7-26.

Chateauraynaud F., Debaz J., 2019, « Agir avant et après la fin du monde, dans l’infinité des milieux en interaction », Multitudes, n° 76, p. 126-132.

Chibani-Jacquot P., 2015, Loos-en-Gohelle, ville pilote du développement durable, Paris, Les petits matins.

Deléage J.-P., 2008, « Utopies et dystopies écologiques », Ecologie & politique, n° 37, p. 33-43. DOI : 10.3917/ecopo.037.0033.

Denèfle S. (dir.), 2016, Repenser la propriété. Des alternatives pour habiter, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Essais ».

Denèfle S. (dir.), 2009, Utopies féministes et expérimentations urbaines, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Géographie sociale ».

Derville G., 2019, Réussir la transition écologique, Terre vivante, coll. Conseils d’experts.

Hervieu-léger D., Hervieu B., 1983, Des communautés pour les temps difficiles : néo-ruraux ou nouveaux moines, Paris, Le Centurion.

Hopkins R., 2014, Ils changent le monde ! 1001 initiatives de transition écologique, Paris, Éditions du Seuil.

Lacroix B., 1981, L’utopie communautaire. Histoire sociale d’une révolte, Paris, PUF.

Mathieu L., 2011, « Les illusions du “nouveau” », in Lilian M. (dir.), La démocratie protestataire, Paris, Presses de Sciences Po, p. 45-77.

Mège A., 2017, « “Faire autrement”. Tensions entre idéaux et contraintes pratiques de militants pour la décroissance », Terrains & travaux, n° 31, p. 63-86.

Olin Wright E., 2017, Utopies réelles, Paris, La Découverte, coll. « L’horizon des possibles ».

Pagis J., 2014, Mai 68, un pavé dans leurs histoires. Evénement et socialisation, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Sociétés en mouvement ».

Pelluchon C., 2015, Les nourritures. Philosophie du corps politique, Seuil, coll. « L’ordre philosophique ».

Renouard C., 2019, « Pour une transition écologique : des expériences qui conduisent à des communs », Revue d'éthique et de théologie morale, n°°305, p. 59-71.

Rognon F., 2013, Lanza del Vasto ou l’expérimentation communautaire, Neuvy-en-Champagne, Le Passager Clandestin, coll. « Les précurseurs de la décroissance ».

Smith A., 2011, « The Transition Town Network: A Review of Current Evolutions and Renaissance », Social Movement Studies, vol. 10, n° 1, p. 99-105.

Subra P., 2016, Zones à défendre, de Sivens à Notre-Dame-des-Landes, Paris, L’Aube.

Lugares

  • Lille, Francia (59)

Fecha(s)

  • martes 15 de diciembre de 2020

Palabras claves

  • expérimentation, transition écologique, innovation, évaluation

Contactos

  • Bruno Villalba
    courriel : experimentationsddt [at] gmail [dot] com

Fuente de la información

  • Bruno Villalba
    courriel : experimentationsddt [at] gmail [dot] com

Para citar este anuncio

« Expérimentations de transition écologique. Constitution, viabilité, diffusion », Convocatoria de ponencias, Calenda, Publicado el miércoles 18 de noviembre de 2020, https://calenda.org/816072

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