AccueilLes conditions féminines au Sahara-Sahel

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Les conditions féminines au Sahara-Sahel

Revue « L’Ouest saharien »

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Publié le vendredi 08 janvier 2021 par Céline Guilleux

Résumé

Ce numéro thématique de la revue L’Ouest saharien souhaite mettre en valeur les recherches récentes en sciences humaines et sociales portant sur la condition féminine dans la vaste région sahélo-saharienne habitée par des populations mauritaniennes, sahraouies, marocaines, algériennes, maliennes et nigériennes. Il vise à interroger l’apparente homogénéité historique et socio-culturelle de ces dernières en engageant une discussion sur l’exceptionnalité des femmes du monde sahélo-saharien.

Annonce

Coordinatrices du numéro

  • Camille Evrard, historienne, chercheure associée au laboratoire FRAMESPA (UMR 5136 -Université Toulouse Jean Jaurès) et au laboratoire CITERES (UMR 7324 - Université deTours)
  • Erin Pettigrew, historian, Assistant Professor, History and Arab Crossroads Studies, New YorkUniversity Abu Dhabi

Argumentaire

Ce numéro thématique de la revue L’Ouest saharien souhaite mettre en valeur les recherches récentes en sciences humaines et sociales portant sur la condition féminine dans la vaste région sahélo-saharienne habitée par des populations mauritaniennes, sahraouies, marocaines, algériennes, maliennes et nigériennes. Il vise à interroger l’apparente homogénéité historique et socio-culturelle de ces dernières en engageant une discussion sur l’exceptionnalité des femmes du monde sahélo-saharien. Les sociétés au coeur de cet appel ont souvent été décrites comme uniques, au sein du monde musulman, pour ce qui est de l’indépendance féminine, tant sur le plan de l’organisation familiale et du mariage que sur celui du recours au droit musulman, voire de la présence dans l’espace public. Cela rejoint, par ailleurs, les traits communs soulignés de ces sociétés qui ont partagé, dans l’histoire, un mode de vie lié au désert, des caractéristiques socio-économiques, des pratiques religieuses marquées par l’école juridique malékite et la présence des ordres soufis, des organisations politiques non centralisées, etc. Il n’en reste pas moins qu’elles présentent aussi de nombreuses différences. Elles sont traversées par des fractures statutaires et identitaires profondes qui poussent à resserrer la focale etregarder de plus près les conditions variées de l’histoire des émancipations féminines en leur sein. Surtout, ces sociétés ont connu, pendant la période coloniale et, plus encore, au cours des processusde décolonisation et de construction des États postcoloniaux, des réalités très différentes quicomposent aujourd’hui un paysage contrasté.

On attribue souvent à la période coloniale des ruptures brutales avec un passé imaginé comme figé dans le temps. L’imposition coloniale des systèmes d’éducation, de santé, de politique représentative et d’économie - puis l’appropriation de ces systèmes par les États postcoloniaux - imprime sans doute des transformations sociales profondes et fournit de nouvelles opportunités dont les femmes se saisissent, ou qu’elles rejettent. Néanmoins, des recherches sur les périodes précédentes mettent en lumière des modèles locaux de contestation et d’action parfois remobilisés dans la période contemporaine. En outre, si jusqu’aux années 1970 avant les grandes sécheresses qui frappent la région, la plupart de ses populations sont nomades, le Sahara accueille aussi des communautés oasiennes (semi)sédentaires et urbaines. Par la suite, le développement des industries extractives, associé aux puissantes vagues de sédentarisation, entraîne un brassage socio-culturel plus important au cœur de villes “ouvrières”. Ces transformations suscitent elles aussi des positions nouvelles pour les femmes, positions qui demandent à être interrogées à la lumière d’un cadre plus vaste pour valider l’hypothèse d’un tournant dans le rapport qu’elles entretiennent à la loi, l’Etat, l’action collective. Enfin, les différences sociales et statutaires aussi bien que l’histoire politique propre à chaque pays renforcent l’hétérogénéité des expériences vécues par les femmes. Ce numéro thématique cherche donc à comprendre comment s’expriment ces réalités différentes malgré les traits communs à cette région du Sahara-Sahel.

De nombreux travaux ont été menés ces dernières années sur le féminisme, la condition des femmes et les luttes pour leurs droits dans le monde musulman (Howe, 2021 ; Bruzzi et Sorbera, 2020 ; Ali, 2012 ; Docquois et Lamloum, 2006 ; Ferjani, 2006 ; Shaheed, 2004), le monde arabe (Kréfa et Le Renard, 2020 ; Jasser et al. 2016), en Afrique subsaharienne (Burrill et. al., 2010 ; Callaway et Creevey, 1994 ; Badran, 2011 ; Gomez-Perez et Brossier, 2016 ; N’Diaye, 2014 ; Alidou, 2005), au Maghreb (Brand, 1998 ; Charrad, 2001 ; Mahfoudh et Delphy, 2014), ou encore autour de la Méditerranée (Rey et al., 2008), mettant en exergue leur longue histoire ainsi que le dialogue renouvelé qu’entretiennent les mouvements les plus récents avec les figures et les idées plus anciennes, partout dans le monde musulman. Ces recherches ont permis un panorama vaste et varié, mêlant réflexion sur les normes sociales, le féminisme et l’islam, les luttes politiques, la discussion juridique (Lydon, 2007 ; Warscheid, 2019 ; Calloway et Creevey, 1994 ; Wiley, 2018 ; Diagana, 2020 ; Dhoquois-Cohen et Lamloum, 2006). Elles ont aussi attiré l’attention sur l’évolution du droit dans le domaine de la protection des femmes victimes de violence ou de l’égalité entre femmes et hommes, et sur le poids des institutions internationales dans les évolutions sociétales et les débats que ces dernières ont entraîné (Boyd et Burrill, 2020 ; Guignard, 2018 ; Hodgson, 2017 ; Kang, 2015 ; Tripp, 2019). Il n’en demeure pas moins que les populations sahélo-sahariennes sont restées, dans ce panorama, peu représentées.

Dans l’esprit d’un renouveau des études sahariennes mettant en lumière le dynamisme historique, social, intellectuel, et économique du Sahara - auparavant considéré comme un espace vide et aride, en marge des centralités nord-africaines ou subsahariennes - ce numéro thématique se focalise sur les espaces sahariens de ce qui est aujourd’hui la Mauritanie, le Mali, le Niger, l’Algérie, le Maroc et le Sahara occidental, ainsi que sur les grandes villes sahéliennes qui accueillent un brassage socio-culturel important. Nous sollicitons des études qui s'appuient sur des approches méthodologiques variées issues des sciences historiques, anthropologiques, sociologiques, et géographiques. Il n’y a pas de limites concernant le cadre chronologique des articles, même si l’historicisation des sujets contemporains nous semble essentielle pour favoriser une meilleure compréhension des transformations dans la vie des femmes. Les thématiques et les angles d’approches attendus pour construire ce dossier sont donc très ouverts pourvu qu’ils touchent à la condition féminine dans cette région, de l’histoire ancienne à la période actuelle. Les articles pourront traiter le rapport à la famille, au droit et/ou à la religion, les courants de pensées, la place en politique ou le militantisme, des actrices observées dans un environnement local précis.

Plusieurs axes de réflexion sont proposés mais ils ne sont pas exclusifs :

  • Normes sociales, culturelles et religieuses : une homogénéité factice ?
  • Les femmes dans un contexte de marginalité (minorités ; statuts “inférieurs” ou défavorisés)
  • Le “sensible” en fonction des communautés
  • Le “genre” et la sexualité
  • Les femmes dans les traditions sahariennes d'érudition et d'autorité religieuse
  • Mobilité sociale et activités de subsistance
  • Les luttes, le droit et l’État
  • Le droit pour construire l’égalité ; le droit pour mettre fin aux violences
  • L’imbrication des droits coutumier, religieux et “positif” du point de vue de la cause des femmes
  • L’impact des réformes des codes de la famille, du statut personnel, des lois contre les violences à l’égard des femmes
  • Le rapport à l’État dans les revendications
  • Les militantismes, des moyens “d’empuissantement” contrastés
  • Les femmes dans les partis politiques nationalistes, dans les mouvements révolutionnaires
  • Les associations et organisations des femmes
  • Les moyens et les modes de lutte : politiques, religieux, sociaux
  • L’utilisation des réseaux sociaux et des médias
  • Les échanges régionaux
  • Les influences régionales ou internationales plus largesLes courants de pensées (féminisme islamique, afro-féminisme, féminisme laïc, etc.)
  • Les influences coloniales, de coopération, des institutions internationales dans les termes de la lutte
  • Le phénomène d’ “ongisation” dans l’Ouest saharien et ses impacts

Conditions de soumission

Faire acte de candidature en envoyant une courte note d’une page (problématique du texte, exposé du déroulé de l’argumentaire, exposé des données, des sources et terrains mobilisés). Les propositions, de 3 000 signes maximum, en français, espagnol, ou anglais sont à envoyer à Camille Evrard (evrardcamille1@gmail.com) et à Erin Pettigrew (erin.pettigrew@nyu.edu)

avant le 15 février 2021.

Les articles retenus, en français, espagnol ou en anglais attendus pour le mois de juin 2021 devront avoir un format de 45 000 signes espaces compris (espaces, notes de bas de page et bibliographie compris) dans leur version destinée à la publication, ainsi qu’un court résumé de 800 signes (espaces compris), et des mots clés. Ils feront l’objet d’un atelier de discussion collective qui permettra de débattre et de renforcer l’argumentaire commun. Ils seront ensuite soumis à évaluation avant leur acceptation finale. N’hésitez pas à nous contacter pour toutes précisions.

Calendrier :

  • Diffusion appel à contributions : 15 décembre 2020
  • Envoi de la proposition d’article : 15 février 2021

  • Sélection des propositions retenues : 1er mars 2021
  • Envoi d’une première version des articles présélectionnés : 30 juin 2021
  • Retour des reviewers : 15 septembre 2021
  • Textes définitifs : 15 novembre 2021
  • Publication du numéro : Printemps 2022

Dates

  • lundi 15 février 2021

Mots-clés

  • femme, Sahara, Sahel, sciences humaines et sociales

Contacts

  • Camille Evrard
    courriel : evrardcamille1 [at] gmail [dot] com
  • Erin Pettigrew
    courriel : erin [dot] pettigrew [at] nyu [dot] edu

Source de l'information

  • Camille Evrard
    courriel : evrardcamille1 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les conditions féminines au Sahara-Sahel », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 08 janvier 2021, https://calenda.org/828336

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