Página inicialLe récit d’enquête. Usages et fonctions en sciences sociales du sport

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Le récit d’enquête. Usages et fonctions en sciences sociales du sport

The investigation story. Uses and functions in the social sciences of sport

Revue Loisir et Société

Journal Society and Leisure

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Publicado terça, 04 de maio de 2021 por João Fernandes

Resumo

Ce numéro thématique de la revue Loisir et Société / Leisure and Society est consacré aux usages et fonctions du récit d'enquête en sciences sociales du sport. À partir de la narration problématisée, référencée et détaillée d’expériences de terrain hétérogènes et situées, cet appel à contribution invite les chercheurs en sciences sociales du sport (anthropologie, sociologie, ethnologie, histoire, géographie, science politique, sciences de gestion, etc.) à partager cet exercice de réflexivité.

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Coordination

Numéro thématique coordonné par Oumaya Hidri Neys

Argumentaire

Centrale pour les anthropologues, la question des rapports qu’entretient le.la chercheur.e avec son terrain et ses enquêtés a pénétré depuis, l’ensemble des sciences humaines et sociales. Comme l’admettait Pierre Bourdieu[1], ces dynamiques interpersonnelles ont la dimension d’« une relation sociale qui exerce des effets (…) sur les résultats obtenus », invitant ainsi les chercheurs à se soumettre à l’exercice de réflexivité. En effet, qu’il.elle fasse une étude immersive et prolongée du « lointain » ou qu’il.elle rencontre plus ponctuellement et « chez soi[2] » l’altérité, le.la chercheur.e ne peut guère faire l’économie des questions d’ordres méthodologique, épistémologique, éthique et politique relatives à sa démarche de recherche. Cela revient d’abord à interroger les intentions qui gouvernent le « choix » de son objet. Ce dernier peut relever d’un choix « opportuniste[3] », quand d’autres sont persuadés, au début de leurs enquêtes, qu’une grande familiarité avec le terrain investigué constitue un « capital d’autochtonie[4] » favorable à la suite de leurs recherches[5]. Sans céder aux sirènes de « l’illusion biographique[6] », certain.e.s sont parvenus, pour se prémunir du « rapport incontrôlé [du.de la chercheur.se] à l’objet qui conduit à projeter ce rapport non analysé dans l’objet de l’analyse[7] », à analyser de façon heuristique leur rapport plus ou moins intime à l’objet. Cela revient aussi à objectiver les conditions techniques et sociales dans lesquelles s’est déroulée son enquête et les conséquences que ces dernières ont pu avoir sur les savoirs produits. Négocier son terrain, son ou ses rôles, ses places et statuts. Se justifier, mettre en scène sa présentation et son histoire, la répéter à la demande. Impacter la relation d’enquête par ce que l’on est, ce que l’on montre, ce que l’on représente, ou encore ce que les autres croient qu’on est. Faire évoluer la frontière plus ou moins poreuse, plus ou moins visible, entre les enquêtés et l’enquêteur.rice, entre engagement et distanciation[8]. Justifier son intérêt pour l’objet et/ou le terrain enquêtés quand d’autres chercheurs se bousculent et entrent parfois en concurrence sur des terrains surinvestis ou des objets convoités. Partager des expériences marquantes, à risque ou encore relevant de l’intime avec les enquêtés. Restituer les analyses aux enquêtés au risque de l’ignorance, de l’incompréhension ou de l’instrumentation. Commettre des maladresses, éprouver des émotions ou encore l’inconfort de la posture ethnographique. Autant d’expériences d’enquête qui peuvent affecter[9], prendre l’enquêteur.rice dans diverses formes de relations intersubjectives pouvant porter à conséquences et qui participent donc, d’un travail réflexif essentiel au déroulement d’une recherche.

Les chercheurs qui ont pris « le sport » pour objet d’étude n’échappent pas à cette nécessité. Parce que depuis une trentaine d’années, on observe leur recours plus fréquent[10] et prometteur[11] à la démarche ethnologique, d’une part. Parce que la singularité de l’objet[12] renouvelle la question des rapports qu’entretient l’enquêteur.rice avec son terrain et ses enquêtés. Pourvoyeur de valeurs[13], connoté positivement[14], le sport illustre l’idéologie compétitive liée à la performance[15] et a, de fait, pénétré l’entreprise en tant qu’outil de management des relations humaines[16]. Lourd d’enjeux donc, le sport est l’objet de nombreuses attentes institutionnelles et/ou académiques qui peuvent mettre à mal l’indépendance du.de la chercheur.e[17]. Souvent présenté comme un fait universel et rassembleur, le sport est aussi traversé par des affaires[18], il peut être le théâtre de violences[19] ou de multiples discriminations qui peuvent malmener l’investigation et son.sa meneur.se. Parfois ouvert au « tout public »[20] , le milieu sportif est aussi composé de « petits mondes[21] » plus ou moins hermétiques au regard scientifique. Pouvant compter sur le « bonheur d’expression[22] » des acteurs évoluant dans des espaces confidentiels, voire relégués, d’autres chercheurs doivent composer[23] avec la forte médiatisation du sport, à tel point qu’il est possible de l’étudier à distance[24]. Le sport présente enfin la spécificité de confronter les chercheurs qui le prennent pour objet à des situations de « connaissance par corps[25] ». Le fait d’être sociologue et danseur contemporain[26] ou encore de s’initier au body-building[27] amène les chercheurs à véritablement « éprouver » leur terrain. Certains d’entre eux ont montré l’intérêt de soumettre cette immersion par corps à la réflexivité[28].

Alors même que les appels à l’introspection des chercheurs en sciences sociales se multiplient[29], force est de constater que celles et ceux qui ont pris « le sport » pour objet d’étude demeurent, à quelques exceptions près, assez frileux à y répondre. Les communications orales survivent difficilement au temps des quelques manifestations scientifiques consacrées à la question. Tout aussi rares sont les articles ou chapitres d’ouvrage issus du passage parfois obligé des thèses d’habilitation à diriger des recherches, des thèses de doctorat dans une bien moindre mesure. Est-ce à dire que les chercheurs en sciences sociales du sport ne rencontrent aucune difficulté, ne s’adonnent à aucun « bricolage », n’éprouvent aucun doute ? Tout se passe comme s’ils « dissimulaient » volontairement leur « hors cadre de l’enquête[30] » ou « oubliaient » de rendre publiques ces analyses, « le simple fait d’aboutir à un rapport d’étude constitu[ant] la preuve que l’idéal de la connaissance a triomphé des contingences ordinaires[31] ». Cela n’est pas sans conséquence. Déjà, la lecture d’« éléments de méthodologie » lisses et sereins nous renvoie, chercheur.e, « jeune » ou « confirmé.e », à un sentiment d’illégitimité scientifique quant au regard que nous portons sur nos propres difficultés. L’écriture d’un récit d’enquête constitue pourtant « un précieux antidote au découragement. Il aide à rompre « l’ignorance plurielle » (…) dans laquelle se trouvent les chercheurs, prêts, chacun de leur côté, à se croire seuls à affronter de telles difficultés[32] ». Surtout, l’étude des méthodes est une des conditions de validation scientifique des résultats de la recherche. Et à l’heure où la scientificité des sciences sociales est remise en cause, plus encore dans la section pluridisciplinaire que constituent les Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives[33], on peut penser avec Hélène Chamboredon, Fabienne Pavis, Muriel Surdez et Laurent Willemez que « le « discours de la méthode » n’est pas un luxe ou une facilité, mais au contraire une nécessité[34] ».

À partir de la narration problématisée, référencée et détaillée d’expériences de terrain hétérogènes et situées, nous invitons donc les chercheurs en sciences sociales du sport (anthropologie, sociologie, ethnologie, histoire, géographie, science politique, sciences de gestion, etc.) à adopter cette « manière réflexive et critique de répondre de [leurs] recherches[35] ». L’exercice est complexe. En faire le compte-rendu l’est plus encore, du fait de l’exigence du détail conjuguée au devoir de synthèse. Cela suppose par ailleurs des matériaux de première main, issus d’un travail de terrain avancé ou terminé car c’est un fait, « à trop vouloir se regarder nager, l’on risque d’oublier de nager[36] ». Ce conseil donné par Sophie Caratini aux plus jeunes générations de chercheurs, n’exhorte pas à une absence de réflexivité, pas plus qu’il ne nie l’utilité de l’exercice, il invite plutôt à trouver la « juste » mesure. Il nous encourage également à accueillir des propositions d’articles jugeant surfaits les usages et fonctions des récits d’enquête (selon la discipline, les méthodologies, les objets, les terrains, selon la trajectoire sociale ou encore la position institutionnelle et/ou académique du.de la chercheur.e).

Modalités pratiques d'envoi de propositions

Pour permettre une publication du dossier thématique au printemps 2022, les auteur.es sont invité.es à envoyer leur article, en respectant strictement les recommandations de la revue Loisir et Société disponibles au lien suivant :

https://www.tandfonline.com/action/authorSubmission?show=instructions&journalCode=rles20,

avant le 15 août 2021,

à la responsable du numéro : oumaya.neys@univ-artois.fr

Références

[1] Bourdieu, P. (1993). La Misère du monde. Paris : Seuil.[2] Bensa, A. (2006). La fin de l’exotisme. Essais d’anthropologie critique. Toulouse : Anacharsis ; Campigotto, M., Dobbels, R. et Mescoli, E. (2017). (Dir.) Ethnographies du proche. Perspectives réflexives et enjeux de terrain, Emulations, 22.[3] A l’instar de Loïc Wacquant qui se « retrouve » à ethnographier le club de boxe de Woodlawn, voir Waquant, L (2001). Corps et âme. Carnet ethnographique d’un apprenti boxeur. Marseille : Agone.[4] Retière, J.-N. (2003). Autour de l’autochtonie. Réflexions sur la notion de capital social populaire, Politix, 16/63, 121-143.[5] Réciproquement, certains chercheurs ont montré que les enquêtés pouvaient parfois considérer l’autochtonie de l’enquêteur comme le prédisposant à mieux appréhender et restituer les données collectées sur le terrain.[6] Bourdieu, P. (1986). L’illusion biographique, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 62/63, 69-72.[7] Bourdieu, P. et Wacquant, L. (2014). Invitation à la sociologie réflexive. Paris : Seuil.[8] Elias, N. (1983). Engagement et distanciation. Paris : Fayard.[9] Favret-Saada, J. (1977). Les mots, la mort, les sorts. La sorcellerie dans le bocage. Paris : Gallimard.[10] Duret, P. (2001). Sociologie du sport.  Paris : Armand Colin[11] Bromberger, C. (1997). L'ethnologie de la France et ses nouveaux objets. Crise, tâtonnements et jouvence d'une discipline dérangeante, Ethnologie Française, 3, 294-313 ; Bromberger, C. (2004). Les pratiques et les spectacles sportifs au miroir de l’ethnologie. In Société de Sociologie du Sport de Langue Française (Dir.). Dispositions et pratiques sportives. Débats actuels en sociologie du sport. Paris : L’Harmattan, 115-128.[12] Marsac, A. (2015). Relation d’enquête et problèmes méthodologiques dans les études ethnographiques sur les pratiques sportives, Antropológicas, 13, 90-99.[13] Pociello, C. (1999). Les cultures sportives. Paris : PUF.[14] Defrance, J. (2000). Les pratiquants du sport. In Arnaud, P. (Dir.). Le sport en France, une approche politique, économique et sociale. Paris : La Documentation française, 77-96.[15] Ehrenberg, A. (1991). Le culte de la performance. Paris : Hachette Littératures.[16] Pierre, J. et Pichot, L. (2020). (Dir.) Le sport au travail. Bien être et management. Paris : Octarès.[17] Voire les articles composant le numéro thématique dirigé par Hidri Neys, O. et Nuytens, W. (à paraître). Faire circuler les savoirs sociologiques, Sciences sociales et sport, mais également Boutroy, E. et Soulé, B. (2018). La place de la sociologie au sein d’une recherche-action collaborative : retour d’expérience sur une innovation en prévention des risques, Sociologies pratiques, 37, 59-69[18] Duret, P. et Trabal, P. (2001). Le sport et ses affaires. Une sociologie de la justice de l’épreuve sportive. Paris : Métailié.[19] Nuytens, W. (2011). L'épreuve du terrain. Violences des tribunes, violences des stades. Rennes : PUR ; Nuytens, W. (2014). Facteur de troubles ? La vigilance au cours d’une enquête de longue durée, Recherches qualitatives, 33, 64-85.[20] Trémoulinas, A. (2007). Enquêter dans un lieu public, Genèses, 66, 108-122.[21] Milgram, S. (1974). La soumission à l’autorité. Paris : Calmann-Lévy.[22] Bourdieu, P. (1993). Comprendre. In Bourdieu, P. (Dir.) La misère du monde. Paris : Seuil, 903-939.[23] Beaud, S. en collaboration avec Guimard, P. (2011). Traîtres à la nation ? Un autre regard sur la grève des Bleus en Afrique du Sud. Paris : La Découverte.[24] Moraldo, D. (2014). Analyser sociologiquement des autobiographies. Le cas des autobiographies d'alpinistes français et britanniques, SociologieS, [En ligne] ; Juskowiak, H. et Nuytens, W. (2014). Les usages et les valeurs des biographies de sportifs de haut niveau comme matériaux d’enquête, Communication [En ligne].[25] Memmi, D. (1999). L'enquêteur enquêté. De la « connaissance par corps » dans l'entretien sociologique, Genèses, 35, 131-145.[26] Sorignet, P.-E. (2011). Sociologue et danseur, quand la vocation se fait double. In Naudier, D. et al. Des sociologues sans qualités ? Paris : La Découverte, 222-240.[27] Perera, E. (2017). Emprise de poids. Initiation au body-building. Paris : L’Harmattan.[28] Andrieu, B. (2011). (Dir.). Les corps du chercheur. Une méthodologie immersive. Nancy : PUN ; Raveneau, G. (2017). Prolégomènes à une anthropologie symétrique et réflexive. In Perera, E. et Beldame, Y. In Situ. Situations, interactions et récits d’enquête. Paris : L’Harmattan, 29-42.[29] Le dernier en date n’est autre que l’appel à communications diffusé pour le Colloque « Le chercheur.e face au(x) terrain(s) : Etre mis.e à l’épreuve, éprouver et faire ses preuves », Rouen, les 2 et 3 avril 2020.[30] Benveniste, A. (2013). (Dir.). Se faire violence. Analyses des coulisses de la recherche. Paris : Téraèdre.[31] Bizeul, D. (1999). Faire avec les déconvenues. Une enquête en milieu nomade, Sociétés contemporaines, 33, 111-137.[32] Bizeul, D. (1998). Le récit des conditions d’enquête : exploiter l’information en connaissance de cause, Revue française de sociologie, 39, 751-787.[33] Soulé, B. et Chatal, R. (2018). Évaluer la recherche dans une section universitaire interdisciplinaire : les effets de la conversion bibliométrique au sein des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives. STAPS, 122, 9-30.[34] Chamboredon, H., Pavis, F., Surdez, M. et Willemez, L. (1994). S’imposer aux imposants. A propos de quelques obstacles rencontrés par des sociologues débutants dans la pratique et l’usage de l’entretien, Genèses, 16, 114-132.[35] Fassin, D. et Bensa, A. (2008) (Dir.). Les politiques de l’enquête. Epreuves ethnographiques. Paris : La Découverte.[36] Caratini, S. (2017). Réflexion comparative sur quelques postures anthropologiques vécues de l’ailleurs et du proche,Emulations, 22,127-134.

Datas

  • domingo, 15 de agosto de 2021

Palavras-chave

  • réflexivité, méthodes, sciences sociales, sport

Contactos

  • Oumaya Hidri Neys
    courriel : oumaya [dot] neys [at] univ-artois [dot] fr

Fonte da informação

  • Oumaya Hidri Neys
    courriel : oumaya [dot] neys [at] univ-artois [dot] fr

Para citar este anúncio

« Le récit d’enquête. Usages et fonctions en sciences sociales du sport », Chamada de trabalhos, Calenda, Publicado terça, 04 de maio de 2021, https://calenda.org/870335

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