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Published on Wednesday, June 08, 2022

Abstract

Le premier jour seront présentés des travaux concernant les modalités de l’habiter dans certaines situations problématiques (habitats précaires, milieu carcéral, aires d’accueil des gens du voyage). Le deuxième jour sera quant à lui consacré à la discussion de recherches liées à la notion de « confinement humanitaire » et à l’enchevêtrement des registres humanitaire et sécuritaire dans la gestion de populations « vulnérables ». Cette journée se propose de faire émerger la pluralité des conceptualisations critiques du « confinement humanitaire », en explorant la diversité de ses géographies, de ses temporalités et de ses régimes justificatoires.

Announcement

Argumentaire

Ces journées d’étude sont organisées dans le cadre d’un partenariat entre l’AFA (Association Française des Anthropologues) et l’axe 1 du LAPCOS (UPR 7278 Université côte d’Azur). Le premier jour seront présentés des travaux concernant les modalités de l’habiter dans certaines situations problématiques (habitats précaires, milieu carcéral, aires d’accueil des gens du voyage). Les débats permettront de croiser des regards anthropologiques, psychanalytiques, historiques et sociologiques sur les formes d’assignation spatiale qui émaillent nos sociétés. Le visionnage et la mise en discussion d’un webdocumentaire sur les formes de sédentarisation entreprises par les gens du voyage donnera en outre à voir une restitution publique de la recherche.

Le deuxième jour sera quant à lui consacré à la discussion de recherches liées à la notion de "confinement humanitaire" et à l’enchevêtrement des registres humanitaire et sécuritaire dans la gestion de populations "vulnérables". Cette journée se propose de faire émerger la pluralité des conceptualisations critiques du "confinement humanitaire", en explorant la diversité de ses géographies, de ses temporalités et de ses régimes justificatoires. L’anthropologie de l’humanitaire et des politiques migratoires montrent depuis une quinzaine d’années l’enchevêtrement des registres humanitaire et sécuritaire dans la gestion de populations "vulnérables" (Aradau 2004, Ticktin 2006, Fassin 2010). Les travaux sur l’encampement des migrant.e.s ont permis d’analyser le rôle du "gouvernement humanitaire" (Agier 2008) dans la construction de camps, la gestion et le contrôle de population construites comme victimes et dangereuses dans ces espaces.

C’est sous la plume de Chowra Makaremi qu’émerge la notion de "confinement humanitaire" (2009), condensant dans cet oxymoron les paradoxes en jeu dans l’établissement d’un nouveau régime d’incarcération - celui des "zones d’attente » françaises. L’anthropologue montre que des organisations de défense des droits des étranger.e.s dénonçant des conditions de détention inhumaines aux frontières ont participé à la légalisation de nouvelles structures carcérales. Une autre conceptualisation du confinement humanitaire apparaît bientôt avec les recherches de Giuseppe Campesi sur les centres d’accueils italiens pour requérant.e.s d’asile repensés en 2008 pour assumer une fonction humanitaire (2015). Dans le sillage d’un ensemble de travaux critiques de "l’humanitarisme" (Ticktin 2005, Fassin 2007), il analyse "un système d’accueil qui offre aide et hospitalité aux demandeurs d’asile, tout en les soumettant à une forme subtile de contrôle assurée par des agents humanitaires" (2015 : 17). En mobilisant encore les termes de "confinement humanitaire" dans le cas de camps humanitaires de réfugié.e.s de l’ouest de la Tanzanie, Aditi Surie von Czechowski entend dépasser la compréhension majoritaire de "l’enfermement humanitaire" en termes de biopolitique, proposant un ancrage dans les théorisations féministes noires de "l'humain" (2018).

Gageant que la notion de "confinement humanitaire" permet d’intégrer la question de "l’enfermement" sans l’y réduire, cette journée d’étude se propose d’explorer les formes d’immobilisation spatiale et temporelle qu’elle recouvre, selon des logiques de concentration et de dispersion. Suivant le concept de "séquestration temporelle", qu’Avalos mobilise pour analyser l’incertitude des vénézuelien.ne.s placé.e.s dans des abris en Colombie (2021), cette Journée d’étude souhaite interroger les politiques de mise en attente et en dépendance chapeautées par des organisations, programmes ou discours humanitaires. Depuis quand, sous quelles latitudes, dans quels contextes et temporalités le secteur humanitaire participe-t-il à l’immobilisation de populations perçues comme vulnérables ? Comment les personnes prises dans les dispositifs humanitaires investissent, déjouent et résistent au confinement, à des échelles tant individuelles que collectives ?

L’expression de "confinement humanitaire", qui circule dans la littérature anglophone sur l’humanitarisme, est issue de différentes lignées théoriques (foucaldisme, féminisme noir, féminisme matérialiste). Or, non seulement ses usages peuvent être en désaccord les uns avec les autres, mais elle n’a que très peu été utilisée en France, et mérite selon nous une discussion du fait qu’elle permet de dépasser la notion d’enfermement humanitaire, centrée sur les seuls dispositifs d’incarcération et de détention à grande échelle. En offrant la possibilité de penser les limitations de l’usage de l’espace, du temps et de la liberté mentale des personnes confinées, la notion de "confinement humanitaire" intègre des logiques de concentration, de dispersion (e.g. Tazzioli 2020), d’isolement, et de restrictions de mouvements qui se déploient dans une grande variété d’espaces (camps, centres, frontières). Notons que l’expérience récente des "confinements" sanitaires dans le cadre de la pandémie de Covid-19 est à distinguer de celle des "confinements humanitaires". Penser le confinement humanitaire permet d’établir une problématique plus resserrée et cohérente mais n’empêche pas d’éclairer les mécanismes qui traversent d’autres politiques de confinement.

Les communications se rattachent à trois grands axes de réflexion :

Axe 1 : Généalogie(s). Co-productions historiques, négociations juridiques

Quelles places occupent États, Organisations Internationales (OI), Organisations Non Gouvernementales (ONG) ou associations dans la création de dispositifs de confinement humanitaire ? Quels rapports de force entre ces différentes institutions, quelles négociations aboutissent à leur établissement et leur éventuelle pérennisation ? Il s’agira, dans le sillage des travaux de Chowra Makaremi, d’accorder une attention particulière aux assises juridiques et historiques des espaces et programmes analysés. 

Axe 2 : Le confinement humanitaire comme fabrique des rapports sociaux

Quels types de rapports sociaux les dispositifs de confinement humanitaire produisent-ils et comment les infléchissent-ils ? Dans le sillage des recherches menées sur la mise au travail gratuit de migrant.e.s en centres d’hébergement (Aubry 2019, Di Cecco 2021), on se demandera comment les lieux de mise en attente humanitaires façonnent des catégories concomitantes à des logiques de division du travail, notamment socio-sexuée (Mathieu 1991), raciale (Nakano Glenn 1992), par classes d’âge ou génération. Plus globalement, l’on se posera la question des rapports sociaux de production mis en place dans ces espaces et la façon dont ils façonnent les interactions et les trajectoires.

Axe 3 : Usages stratégiques, re-significations et résistances des confiné·e·s

Comment les confiné.e.s investissent, re-signifient et/ou résistent à l’expérience d’une immobilisation imposée "pour leur bien" ? Quels espoirs, projets et ressources participent de différents degrés d’adhésions à ces programmes ? Quelles stratégies individuelles ou collectives leur permettent d’esquiver l’intégration de ces dispositifs ou de s’en échapper ? Les usages différenciés de ces espaces participent-ils de la définition de frontières entre confiné.e.s ?

Programme

Jeudi 16 juin 2022 

9h-12h : Rencontres avec des associations de soutien aux exilé×e×s à Vintimille, co-production de cartes sensibles. Inscription à l’adresse-mail : afa.vintimille@gmail.com

14h-15h : Introduction et présentation du projet « Antenne sud » de l’AFA par Laurent Sébastien Fournier (anthropologue, Université Côte d'Azur)

15h-17h : Présentation de travaux des membres de l’axe 1 du LAPCOS (anthropologie, psychanalyse, histoire de l’art), dont la thématique générale est « Territoires et environnements : approches plurivoques de l’habiter »

  • Agnès Jeanjean (anthropologue, Université Côte d'Azur) : Habiter les restes
  • Frédéric Vinot (psychanalyste, Université Côte d'Azur) : De la production sociale à la production psychique de l'espace
  • Philippe Hameau (anthropologue, Université Côte d'Azur) : Les graffiti en milieu carcéral : entre l'individuel et le collectif

17h-20h : Présentation du web-documentaire « Des aires » de Gaëlla Loiseau (docteure en sociologie, présidente de l’ARCE Bistrot des ethnologues de Montpellier), puis débat avec l’auteure.

Vendredi 17 juin 2022

Les formes contemporaines de confinement humanitaire. Conceptualisations et spatialisations d’un paradoxe

Format hybride. Le lien zoom sera disponible sur le site de l’AFA quelques jours avant.

9h : Ouverture et introduction à la journée par Barbara Morovich (anthropologue, présidente de l’AFA, ENSAS-Université de Strasbourg), Estelle Miramond (sociologue, LCSP/Université Paris Cité, AFA) et Simone di Cecco (sociologue, URMIS/UPC)

9h30-11h : Panel 1. Les régimes juridiques du confinement humanitaire 

Modération : Serge Slama (juriste, CRJ/Université de Grenoble-Alpes)

  • Karine Parrot (juriste, LEJEP/Université de Cergy-Pontoise) : Construire les vulnérables par le droit. Assignations spatiales des demandeurs d’asile en France
  • Leila Drif (anthropologue, EHESS) : En deçà du droit : le Liban, pays-refuge et confinement humanitaire pour les réfugiés syriens 

11h-12h30 : Panel 2. Le confinement humanitaire comme fabrique des rapports de pouvoir

Modération : Bénédicte Michalon (géographe, Passages/Université Bordeaux, ICM)

  • Simone di Cecco (sociologue, URMIS/UPC) : L'asile confiné. Logistique, surveillance et minorisation dans le système d'accueil des personnes demandeuses d'asile en Italie
  • Mansha Mizra (ergothérapeute, AHS/University of Illinois Chicago) : Asylum detention and refugee camps. Reflections on the intersections between disability and humanitarian confinement

Pause déjeuner : Présentation du Journal des Anthropologues par les membres du comité de rédaction Vente d'anciens numéros du journal à prix réduit

14h-15h30 : Panel 3. Légalité et (il)légitimé d’un enfermement « protecteur »

Modération : Fatiha Kaouès (anthropologue, GSRL/EPHE, AFA)

  • Chowra Makaremi (anthropologue, IRIS/EHESS) : Le combat juridique, une résistance paradoxale
  • Estelle Miramond (sociologue, LCSP/UPC, AFA) : Contourner une aide indésirable. Évitements et évasions des centres de réhabilitation pour victimes de traite thaïlandais.

15h45-17h30 : Panel 4 : Table-ronde. Expériences de confinement humanitaire et de post-confinement : récits croisés des personnes exilées et des organisations

Modération : Alexandra Galitzine Loumpet (anthropologue, CESSMA-UPC, ICM, Non-lieux de l'exil, AFA)

  • Collectif des étudiants exilés de Galois et leurs amis, représenté par un étudiant exilé membre du Collectif et Judith HAYEM (anthropologue, Clersé, Université de Lille, AFA)
  • Charlotte Rouault (documentariste sonore, réalisatrice de Corps Étrangers)
  • Maurizio Marmo (Président de CaritasIntemelia)
  • Wenjing Guo (anthropologue, CESSMA/UPC, association Aurore, AFA)

17h30 : Conclusion par Bernard Hours (anthropologue, CESSMA/UPC, AFA)

18h : assemblée generale de l’association française des anthropologues

Bibliographie

Aradau Claudia, 2004, « The Perverse Politics of Four-Letter Words: Risk and Pity in the Securitisation of Human Trafficking », Millennium, vol. 33, no. 2, p. 251-277.

AUBRY Agnès, 2019, « Le bénévolat d’hommes migrants en Suisse : travail gratuit et mise à l’épreuve civique », Critique internationale, vol. 84, no. 3, pp. 147-164.

AVALOS MA, 2021, “Border regimes and temporal sequestration: An autoethnography of waiting”, The Sociological Review.

CAMPESI Giuseppe, 2015, “Humanitarian confinement: an ethnography of reception centres for asylum seekers at Europe's southern border”, International Journal of Migration and Border Studies, vol.1, no.4, pp.398-418

DI CECCO Simone, 2021, « Le "sale boulot" de l'intégration. Travail et racisme dans les programmes de bénévolat pour personnes demandeuses d'asile en Italie », Thèse de sociologie

FASSIN Didier, 2007, “Humanitarianism: A Nongovernmental Government”, in Feher M. (ed.) Nongovernmental Politics, New York: Zone Books: 149-160.

FASSIN Didier, 2010, La raison humanitaire : Une histoire morale du temps présent, Paris, SEUIL, 358 p.

Gallagher Anne et Pearson Elaine, 2010, « The High Cost of Freedom: A Legal and Policy Analysis of Shelter Detention for Vicims of Trafficking », Human Rights Quarterly, vol. 32, p. 73-114.

GOFFMAN Erving, 1968 [1961], Asiles. Etudes sur les conditions sociales des malades mentaux et autres reclus, Paris, Editions de Minuit.

MAKAREMI, Chowra, 2009, "Governing borders in France: From extraterritorial to humanitarian confinement." Canadian Journal of Law and Society/La Revue Canadienne Droit et Société 24.3 : 411-432.

MATHIEU Nicole-Claude, 1991, L’anatomie politique: catégorisations et idéologies du sexe, Paris, Côté Femmes et Indigo.

GLENN, Evelyn Nakano ([1992], 2009). «De la servitude au travail de service: les continuités historiques de la division raciale du travail reproductif payé », in Elsa Dorlin (dir.), Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination. Paris, PUF. Pp. 21-70.

TAZZIOLI Martina, 2020, “Governing migrant mobility through mobility: Containment and dispersal at the internal frontiers of Europe”, Environment and Planning, vol 38, no.1, pp.3-19

TICKTIN Myriam, 2005, "Policing and Humanitarianism in France: Immigration and the Turn to Law as State of Exception." Interventions 7(3): 346-68.

TICKTIN Myriam, 2006, "Where ethics and politics meet: The violence of humanitarianism in France." American Ethnologist 33(1): 33-48.

VON CZECHOWSKI, Aditi Surie, We are Human Beings:" Humanitarian Confinement, Refugee Bodies, and Human Rights. Thèse de doctorat en Philosophie, Columbia University, 2018, 343p.

Places

  • 25 avenue François Mitterrand (tramway L1 - Arrêt Saint-Jean-d'Angély) - MSHS-sud (salle Plate/Rdc)
    Nice, France (06300)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Thursday, June 16, 2022
  • Friday, June 17, 2022

Keywords

  • anthropologie, humanitarisme, confinement, camps, exilé

Contact(s)

  • Vincent Rubio
    courriel : rubiovincent [at] hotmail [dot] com
  • Estelle Miramond
    courriel : estelle [dot] miramond [at] gmail [dot] com

Information source

  • Vincent Rubio
    courriel : rubiovincent [at] hotmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Assignations spatiales », Study days, Calenda, Published on Wednesday, June 08, 2022, https://doi.org/10.58079/191e

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