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Les mobilisations antimondialisation

Colloque international organisé par le GERMM avec le soutien du CEVIPOF, du CRPS et du CURAPP

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Publié le mardi 12 novembre 2002 par Jean-Pierre Masse

Résumé

Présentation La contestation des modalités et des effets de la « mondialisation néo-libérale » semble être devenue un thème central de mobilisation et d’action collective dans l’espace public contemporain. Ce mouvement (communément désigné par le

Annonce

Présentation

La contestation des modalités et des effets de la « mondialisation néo-libérale » semble être devenue un thème central de mobilisation et d’action collective dans l’espace public contemporain. Ce mouvement (communément désigné par le label de mouvement anti ou « altermondialisation ») dont les contours restent encore flous et qui se manifeste sur des terrains diversifiés (taxation des transactions financières, annulation de la dette du tiers-monde, lutte contre la « mal-bouffe » ou encore contre les « paradis fiscaux »), s’est révélé par l’ampleur des manifestations qui ont accompagné, depuis 1999, de grandes réunions internationales et par l’émergence d’organisations spécialisées (comme Attac en France). Ce sont les conditions de développement de cette nouvelle cause qui seront au centre de ce colloque.
Par quels mécanismes la lutte antimondialisation a-t-elle pu devenir en France et en Europe, en l’espace de quelques années, un thème central de revendication ? Comment s’est constitué un mouvement dont l’objectif est de lutter contre des adversaires lointains et insaisissables (la mondialisation, les organisations internationales qui sont désignées comme les promoteurs du néo-libéralisme) et qui procède donc d’une double évolution : celle du cadrage des griefs sociaux exprimés (la lutte contre le capitalisme n’étant plus pensée dans l’espace national) et celle du répertoire des actions collectives utilisables (la protestation devant être portée sur deux scènes, l’une nationale, l’autre internationale) ? Les questions portent donc à la fois sur les conditions d’émergence de cette nouvelle cause, sur les reconversions militantes et organisationnelles qui en permettent l’institutionnalisation, sur les évolutions du répertoire des actions protestataires qui en accompagnent le développement et sur l’influence de ces revendications sur la scène politique nationale et internationale.
Pour éclairer ces interrogations, on peut distinguer quatre axes problématiques dans lesquels peuvent s’inscrire les contributions. Compte tenu de la dimension internationale de l’objet, les propositions portant sur des cas étrangers, européens notamment, ou intégrant une perspective comparatiste, seront particulièrement appréciées.

1. Les conditions d’émergence d’un nouvel enjeu.

La première direction de recherche concerne la genèse de ce nouvel enjeu et les modalités de son émergence dans des espaces de débat public en Europe au cours des années 1990. L’ambition est de saisir comment la « mondialisation » est devenue une notion politiquement signifiante, mais aussi de s’interroger sur le processus parallèle de renouvellement de la critique du capitalisme qui accompagne ce mouvement (recomposition de la gauche et de l’extrême gauche, crise du syndicalisme, mouvement des « sans »). On peut, pour cela, s’attacher à retracer la généalogie des actions collectives articulant internationalisme et anti-libéralisme depuis les années soixante-dix, ou à analyser les conditions de diffusion d’une critique de la « mondialisation » dans les espaces politiques nationaux (en France et dans d’autres pays européens). Comment des syndicats, des partis, des associations spécialisées (environnement, défense des droits de l’homme), voire des responsables politiques ou administratifs (nationaux ou communautaires), ont-ils contribué à entériner ce phénomène comme une catégorie pertinente de débats et d’affrontements publics ? Une autre piste de réflexion concerne la contribution des intellectuels (universitaires, journalistes, essayistes) à la formalisation de ce nouveau cadre de perception. La « mondialisation » s’est en effet initialement constituée comme un objet de débats savants dont il faut retracer le cheminement depuis des espaces intellectuels vers des arènes politiques et contestataires (en s’intéressant particulièrement aux médiations et aux médiateurs entre ces secteurs).

2. Les acteurs de l’antimondialisation : une nébuleuse à explorer.

Le second axe de réflexion vise à établir un état des lieux du mouvement (ou faut-ils parler des mouvements) antimondialisation. La lutte contre la mondialisation néo-libérale mobilise une pluralité d’acteurs aux statuts différenciés, qui entretiennent des liens mouvants et évoluent dans des espaces hétérogènes d’action (soit parce qu’ils s’inscrivent dans des cadres nationaux différents, soit parce qu’ils sont issus de traditions politiques hétérogènes). Une première étape consiste à identifier les différents acteurs collectifs et individuels qui participent à ce mouvement en Europe, et ailleurs, et qui peuvent prendre une forme nationale ou transnationale. À côté des mouvements à forte visibilité médiatique, comme Attac, coexistent ainsi de nombreuses organisations aux formes diverses (réseaux d’experts internationaux, coordinations d’ONG, groupes d’action directe, « média-activistes », etc.) qui restent encore mal connues. De la même manière, on peut s’interroger sur la contribution à cette mobilisation d’acteurs comme les églises ou les mouvements confessionnels (notamment à propos des campagnes internationales pour l’annulation de la dette du tiers-monde) ou encore des syndicats (paysans notamment), des mouvements de défense de l’environnement ou des droits de l’homme. On peut enfin s’interroger sur les effets du développement de mouvements souverainistes ou d’un discours antimondialiste au sein de l’extrême droite
Le repérage des composantes du mouvement antimondialisation doit par ailleurs s’accompagner d’une réflexion sur les modalités de leur recrutement et de leur institutionnalisation. À partir de quelles structures préexistantes (partis, associations, clubs, journaux, etc.) sont nés les principaux mouvements antimondialisations européens ? Qui sont les militants qui s’y impliquent et dans quels groupes sociaux se recrutent-ils ? Peut-on repérer des affiliations (politiques ou idéologiques) récurrentes et/ou distinguer des itinéraires militants typiques ? Une attention particulière peut, dans ce cadre, être portée aux modes d’organisation et de fonctionnement de ces organisations (structure réticulaire, faible centralisation) dans lesquelles coexistent souvent des militants et des groupes aux affiliations et aux trajectoires hétérogènes.

3. De l’expertise à la violence : une nouvelle configuration du répertoire des actions collectives ?

Un troisième axe de réflexion concerne les modalités d’action des antimondialistes. Outre l’internationalisation (qui fait l’objet d’une réflexion à part, cf. 4), les mouvements de lutte contre la mondialisation néo-libérale, ont contribué à placer sous les projecteurs médiatiques des formes spécifiques d’action : usage (pluriel) d’Internet, valorisation de l’expertise comme source et objet d’action et revalorisation corrélative de la figure de l’intellectuel critique, modalités spécifiques d’occupation de la rue, recours à des formes spectaculaires d’action attirant l’attention des médias classiques, constitution parallèle d’une contre-information fondée sur des médias alternatifs, etc. L’analyse peut, en ce sens, porter sur les conditions d’émergence et de cristallisation de ces formes dans un répertoire d’actions collectives. Il s’agit, en particulier, de décrire et d’évaluer la nouveauté de ces modalités de protestation, en s’interrogeant sur les conditions de leur développement, mais aussi en questionnant la nouveauté de ces formes d’action (comment s’articulent-elles à des techniques classiques de protestation et quelles sont les conditions qui permettent qu’elles soient perçues, par les médias et les acteurs eux-mêmes, comme une radicale nouveauté ?). L’analyse peut, en outre, aborder plusieurs questions transversales : quelles ressources doivent mobiliser les groupes qui recourent à ces formes d’action ? En quoi ces modalités de protestation modifient-elles les conditions de l’action collective (en ouvrant de nouveaux possibles mais aussi en générant des contraintes spécifiques) ? Comment des attitudes diversifiées (par exemple vis-à-vis de la violence) peuvent elles coexister et en quoi cette apparente hétérogénéité des formes protestataires génère-t-elle des tensions et des débats internes ?


4. Du national à l’international : l’influence du mouvement antimondialiste

Un dernier axe d’interrogation concerne l’influence exercée par le mouvement sur la scène nationale et internationale. Quel est son impact sur les politiques publiques nationales : dans quelle mesure certains mots d’ordre du mouvement sont-ils intégrés au sein des partis de gouvernements et de l’administration, se traduisent-ils en mesures ou en projets législatifs ? Comment les gouvernements ou les représentants nationaux élus se font-ils les relais de certaines revendications au niveau international ou communautaire ? Et quel est l’impact international de la protestation ? Les grandes manifestations du tournant du siècle ont accrédité l’idée qu’une « société civile mondiale » était en train de naître en réaction à la globalisation du capitalisme et que les États-nation voyaient leur souveraineté rognée par la montée des « nouveaux acteurs transnationaux ». On peut cependant s’interroger sur l’ampleur de cette « transnationalisation » et réfléchir aux facteurs qui ont contribué à la rendre possible, et visible. Quelle est la part des activités internationales de ces mouvements et quelles sont les caractéristiques et les ressources des militants qui s’investissent dans cette forme d’action ? Quelles relations entretiennent-ils avec les organisations interétatiques et quelles opportunités institutionnelles ont pu contribuer au développement de ces revendications « globales » ? Les groupes s’inscrivent-ils, de plus, dans un processus de coopération transnationale durable (comment évoluent et se développent les réseaux internationaux qui fleurissent depuis 1999) et peut-on évaluer le degré de consistance d’éventuelles « identités militantes transnationales » que produirait la participation prolongée à ces formes d’action ?

Responsables scientifiques du colloque :

Eric Agrikoliansky (CURAPP-CNRS)
Olivier Fillieule (IEPI-Université de Lausanne/CRPS-Université Paris I)
Nonna Mayer (CEVIPOF-CNRS)

Comité de sélection des propositions de communication.

Eric Agrikoliansky (CURAPP-CNRS)
Olivier Fillieule (IEPI-Université de Lausanne/CRPS-Université Paris I)
Nonna Mayer (CEVIPOF-CNRS)
Philippe Gottraux (IEPI- Université de Lausanne)
Samy Cohen (CERI-FNSP)
Johanna Siméant (CRAPS-Université de Lille)
Donatella Della Porta (Institut européen de Florence/ Université de florence)
Isabelle Sommier (CRPS-Paris I)
Sabine Rozier (CURAPP-Université de Picardie)

À adresser indifféremment à :

Eric Agrikoliansky: agriko@noos.fr

Olivier Fillieule : olivier.fillieule@noos.fr
Nonna Mayer: mayer@msh-paris.fr


Calendrier :

Clôture des dépôts de proposition de communication : 31 janvier 2003.
Sélection des propositions : 28 février 2003
Envoi des communications écrites : 21 juillet 2003

Langues de travail : français et anglais.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • vendredi 26 septembre 2003

Contacts

  • Eric Agrikoliansky
    courriel : agriko [at] noos [dot] fr
  • Olivier Fillieule
    courriel : olivier [dot] fillieule [at] unil [dot] ch
  • Nonna Mayer
    courriel : mayer [at] msh-paris [dot] fr

Source de l'information

  • Nonna Mayer
    courriel : mayer [at] msh-paris [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les mobilisations antimondialisation », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 12 novembre 2002, http://calenda.org/187579