Accueil« Le paradis sur terre » ? Une géographie culturelle et politique du tourisme

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Publié le lundi 18 février 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Le quatrième numéro d'Articulo.ch - revue de sciences humaines se propose de saisir, à travers le regard des marchands de voyages, des scientifiques, des touristes et des acteurs locaux, le tourisme en tant que phénomène et champ de recherche.

Annonce

« Le Paradis sur Terre » ? Une géographie culturelle et politique du tourisme

Appel à contribution : Articulo.ch - revue de sciences humaines, 4-2008

Lorsque les marchands de voyage nous parlent du tourisme, ils évoquent des lieux paradisiaques, des édens préservés et uniques, des petits coins de paradis qui échappent miraculeusement à l'emprise du temps et des hommes.

Lorsque les géographes nous parlent du tourisme, ils évoquent par exemple des modèles dans lesquels les lieux touristiques connaissent des phases relativement identiques (Butler, 1980). À une période d’exploration durant laquelle un « découvreur » investit un espace encore inconnu dans son aire géographique d’origine succède une phase d’implication qui voit la mise en place progressive d’un système touristique. Le nombre de touristes augmente, mais un premier ralentissement de la croissance apparaît. À terme, cette croissance s’interrompt. Si rien ne relance l’attractivité du lieu, il décline.

Lorsque les touristes nous parlent du tourisme, il devient possible de montrer que les destinations touristiques sont liées à des profils psychosociaux (Plog, 1979). Les individus « psychocentriques » préfèrent les lieux familiers alors que les « allocentriques » s’orientent vers des espaces encore peu pratiqués. À chacune des phases du cycle de vie du lieu touristique correspond ainsi un public spécifique. Il importe alors de s'intéresser au touriste lui-même et de considérer ce qui fonde les pratiques touristiques (MIT, 2002, 2005).

Lorsque les acteurs locaux nous parlent du tourisme, ils rappellent que le phénomène ne peut guère être interprété seulement en termes de croissance économique, d’acculturation ou d’impact, tant il est vrai que les sociétés locales composent avec le système touristique, au point même de parfois procéder à une certaine invention de la tradition et de l’authenticité (Taylor, 2001).

À travers les yeux des marchands de voyages, des géographes, des touristes et des acteurs locaux, Articulo.ch aborde le tourisme à la fois comme un phénomène et comme un champ d’analyse scientifique. Dans ce numéro, la revue pose la question de savoir si le tourisme s’apparente ou non à une expérience paradisiaque et de quelle manière l’analyse géographique est appropriée pour traiter de ses dynamiques culturelles et politiques.

Trois axes thématiques structurent le numéro :

1. Un monde « où le temps semble s’être arrêté » ?

Le tourisme fait rêver. Ainsi que le rappelle Amirou (1995 : 115), « les publicités et les guides touristiques sont les seuls médias à nous parler encore du bonheur et du paradis sur Terre ». Dès lors, comment se construit le discours des marchands de voyage ? L’émotion, la rencontre et l’authenticité, ces trois piliers du tourisme contemporain, ne sont-ils pas usés par la massification du phénomène touristique ?

Découvrir et donner l'illusion de la découverte sont deux étapes de l'émergence des lieux touristiques. Dès lors que le monde mondialisé est supposé découvert, comment les professionnels du voyage parviennent-ils à gérer le paradoxe de proposer des destinations « reculées » et d’organiser des circuits de plus en plus fréquentés ? Comment inviter, comme certaines agences de voyage spécialisées, les touristes à être les « découvreurs privilégiés d’espaces et de populations peu accessibles » (Terres d’aventures) ?

2. Des lieux incontournables « à ne manquer sous aucun prétexte » ?

Certains lieux comme Gizeh, Paris, Angkor, le Grand Canyon ou le Taj Mahal sont devenus incontournables. Ces lieux doivent-ils leur fréquentation à leurs qualités intrinsèques ? Quels sont les problèmes posés par leur fréquentation massive ? Dans cette logique de distinction et d’élection, qu’est-ce qui fait la valeur d’un lieu et qui le transforme en site touristique ?

Dans ce mouvement, le rôle des organismes de labellisation du patrimoine tels que l’UNESCO ne peut être négligé. Ces organismes légitiment-ils le discours d’élection propre au tourisme ? Participent-ils à la définition de l'imaginaire touristique ? Leurs classements servent-ils de référence aux agences et guides de voyage pour justifier de l’intérêt des sites auprès des touristes ? Au point de vue local, quelles sont les implications du classement des sites du Patrimoine de l’Humanité ?

3. Des initiatives endogènes dans le système touristique ?

Du fait de son invention par l’élite britannique, le tourisme est usuellement présenté comme un phénomène aux représentations exogènes aux lieux visités. Du fait de l’origine essentiellement occidentale des touristes, le tourisme est également représenté comme un rapport inégal dans lequel les stratégies des marchands de voyage et des touristes s’imposent aux sociétés « visitées ». Dans ce contexte, quelle peut être l’autonomie des acteurs locaux ? Pour ces acteurs ayant fait preuve d’opportunisme économique, le tourisme peut-il devenir un instrument d’ascension sociale ?

À toujours accuser le tourisme d’être le facteur de changement social prédominant des sociétés « exotiques », on en oublierait presque qu’il ne représente qu’un facteur de changement social parmi d’autres. Dès lors, le tourisme se développe-t-il indépendamment des autres manifestations de la modernité qui caractérisent les sociétés exotiques ? Le tourisme n’évolue-t-il pas plutôt dans une sphère intermédiaire qui n'est ni celle de l'osmose, ni celle du ghetto et qui est parfois appelée la « bulle touristique » (Amirou et Bachimon, 2000 ; van Beek, 2003) ?

Soumettre une proposition d’article

Articulo.ch publie des textes en français et en anglais. Les auteurs intéressés peuvent soumettre une proposition d'article à l’adresse redaction[at]articulo(point)ch. Le document envoyé contiendra un titre, un résumé en anglais ou en français de 250 mots au maximum, 5 mots-clés ainsi que le nom, l’institution, l’adresse postale et électronique du ou des auteurs.

Le délai pour la soumission des propositions d'articles est fixé au 15 avril 2008. Après une évaluation effectuée par les membres du comité éditorial, les auteurs seront informés de l'acceptation ou du refus de leur proposition avant le 30 avril 2008. Les auteurs retenus pour participer au numéro thématique seront invités à envoyer leur article avant le 30 juin 2008 en vue d’une publication en ligne à l’été 2008.

Les auteurs sont invités à consulter les normes orthotypographiques de la revue à la page internet : http://articulo.ch/index.php?cat=Proposer

Bibliographie des ouvrages cités

Amirou Rachid, 1995, Imaginaire touristique et sociabilité du voyage, Paris : P.U.F.
Amirou Rachid, Bachimon Philippe (éd.), 2000, Le tourisme local : une culture de l'exotisme, Paris : L’Harmattan.
Beek Wouter (van), 2003, « African Tourist Encounters: Effects of Tourism on Two West African Societies », Africa, vol. 73, n° 2, pp. 251-289.
Butler Richard W., 1980, « The Concept of a Tourism Area Cycle of Evolution », Canadian Geographer, n° 24, pp. 5-12.
MIT Équipe, 2002, Tourismes 1 : Lieux communs, Paris : Belin.
MIT Équipe, 2005, Tourismes 2 : Moments de lieux, Paris : Belin.
Plog Stanley C., 1979, « Why Destination Areas Rise and Fall in Popularity ? », Cornell HCA Quarterly, vol. 14, n° 3, pp. 55-58.
Taylor John P., 2001, « Authenticity and Sincerity in Tourism », Annals of Tourism Research, n° 28-1, pp. 7-26.

“Heaven on Earth” ? A cultural and political geography of tourism

Call for papers : Articulo.ch - journal of humanities, 4-2008

When travel agents speak of tourism, they paint pictures of heavenly locations and unparalleled Gardens of Eden - little corners of paradise that remain miraculously untouched by the hand of time and man.

When geographers speak of tourism, they describe models according to which tourist destinations pass through a series of broadly similar stages (Butler, 1980). Following the initial “exploration” period, during which a “discoverer” invests in an area that is as yet unknown in the geographical area from which he comes, there comes the “involvement” stage, during which a tourism system is progressively set up. The number of tourists increases, but gradually growth begins to slow down. If nothing renews the appeal of the location, the destination declines.

When tourists speak of tourism, we begin to observe that there is a relationship between tourist destinations and psychosocial profiles (Plog, 1979). “Psychocentric” individuals prefer familiar surroundings, while “allocentrics” head for places that are still relatively unexplored. For each stage in the lifecycle of the tourist destination there is a corresponding, specific section of the public. Therefore, it is necessary to focus on the tourist itself and to consider the foundations of the tourism activities (MIT, 2002, 2005).

When local people speak of tourism, they remind us that tourism can not be interpreted only in terms of economic growth, acculturation or impact. As a matter of fact, local societies sometimes come to a compromise with the tourism industry at the risk of inventing their own tradition and authenticity (Taylor, 2001).

In this issue, Articulo.ch approaches tourism, as seen through the eyes of travel agents, geographers, tourists and local people, both as a phenomenon and as a subject for scientific analysis. It considers the question of whether or not tourism really equates to a heavenly experience and to what extent geographical analysis is a suitable method for assessing its cultural and political dynamics.

Three main issues are identified:

1. A world “where time seems to stand still”?

Tourism offers an escape from reality. According to Amirou (1995: 115), “advertisements and tourist guides are the only media that still speak to us of happiness and of heaven on earth”. How do travel agents construct their dialogue? Emotion, encounter and authenticity – are not these three pillars of contemporary tourism debased by the popularization of the tourism phenomenon?

Discovery and giving the illusion of discovery are two stages that emerging tourist destinations pass through. Once the world can be considered to be “discovered”, how do travel professionals deal with the paradox that lies in offering travel to "remote" destinations while organising tours that are increasingly popular? How are they able to invite tourists, as do certain travel agencies specialising in adventure holidays, to become the “privileged discoverers of difficult-to-access places and populations” (Terres d’aventures)?

2. Must-see destinations “not to be missed at any price”?

Certain destinations such as Giza, Paris, Angkor, the Grand Canyon or the Taj Mahal have become “must-sees”. Do these destinations owe their popularity to their intrinsic qualities? What are the problems caused by visitors arriving en masse? In this climate of distinction and choice, what gives a location value and transforms it into a tourist destination?

In line with this, the role of organisations dedicated to the protection of natural and cultural heritage such as UNESCO cannot be overlooked. Could these bodies not be said to be contributing to the tourist's imaginary and idealised concept of his destination? From a local standpoint, what are the local implications of the classification of sites as World Heritage sites?

3. Endogenous initiatives within the tourism system?

As tourism is a recent invention, it is usually presented as a phenomenon that is exogenous to the locations visited. Given that tourists essentially originate in the west, it is likewise represented as a relationship of inequality in which the strategies of the travel agents and the tourists impose upon the everyday life of the “visited” societies. In this context, can local people achieve autonomy? Can tourism become a means of upward social mobility?

Tourism represents but one factor for social change among many. Given this fact, does it develop independently of the other manifestations of modernity that are characteristic of exotic societies? Is it not rather true that tourism develops in an intermediary sphere, which is neither the sphere of osmosis nor the sphere of the ghetto, and is sometimes called the “tourism bubble” (Amirou and Bachimon, 2000; van Beek, 2003)?

How to submit?

Texts can be written in English or French. Authors are invited to submit a title, an abstract in English or French of no more than 250 words, 5 key-words, together with their name(s), postal and e-mail address(es) to redaction[at]articulo(dot)ch.

The deadline to submit an abstract is the 15th of April. The editors will then invite a selection of authors to propose full formatted papers, which will be due on 30 June 2008. The papers will then go through the usual peer-reviewed process of Articulo.ch. The publication is planned for the summer 2008.

Authors are requested to respect the journal guidelines available at : http://www.articulo.ch/index.php?art=52

References

Amirou Rachid, 1995, Imaginaire touristique et sociabilité du voyage, Paris : P.U.F.
Amirou Rachid, Bachimon Philippe (éd.), 2000, Le tourisme local : une culture de l'exotisme, Paris : L’Harmattan.
Beek Wouter (van), 2003, « African Tourist Encounters: Effects of Tourism on Two West African Societies », Africa, vol. 73, n° 2, pp. 251-289.
Butler Richard W., 1980, « The Concept of a Tourism Area Cycle of Evolution », Canadian Geographer, n° 24, pp. 5-12.
MIT Équipe, 2002, Tourismes 1 : Lieux communs, Paris : Belin.
MIT Équipe, 2005, Tourismes 2 : Moments de lieux, Paris : Belin.
Plog Stanley C., 1979, « Why Destination Areas Rise and Fall in Popularity ? », Cornell HCA Quarterly, vol. 14, n° 3, pp. 55-58.
Taylor John P., 2001, « Authenticity and Sincerity in Tourism », Annals of Tourism Research, n° 28-1, pp. 7-26.

Dates

  • mardi 15 avril 2008

Mots-clés

  • tourisme, patrimoine, économie touristique, voyage, approche culturelle

Contacts

  • Olivier Walther
    courriel : Olivier [dot] Walther [at] ceps [dot] lu
  • Laurent Matthey
    courriel : laurent [dot] matthey [at] braillard [dot] ch

Source de l'information

  • Olivier Walther
    courriel : Olivier [dot] Walther [at] ceps [dot] lu

Pour citer cette annonce

« « Le paradis sur terre » ? Une géographie culturelle et politique du tourisme », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 18 février 2008, http://calenda.org/194409